R comme rire

On ne le croirait pas en regardant les adaptations pour le cinéma ou la télévision, mais il y a de l’humour chez Simenon et ses Maigret.

Par exemple, dans Maigret au Picratt’s (1951) qu’on peut voir dans la vidéo ci-dessus – qui diffère trop de l’original, soit dit en passant – on peut lire ceci: 

C’était une de ces journées mornes par lesquelles on se demande ce qu’on est venu faire sur la terre et pourquoi on se donne tant de mal pour y rester.

Georges Simenon, Maigret au Picratt’s, in Tout Simenon volume 5, Presses de la Cité 1988, p. 240

Elle commençait à trouver que la police n’est pas aussi curieuse qu’on le prétend, car Maigret ne l’aidait pas du tout, ne la poussait pas à parler, l’écoutait avec l’indifférence d’un vieux confesseur assoupi derrière son grillage.

Georges Simenon, Maigret au Picratt’s, in Tout Simenon volume 5, Presses de la Cité 1988, p. 299

R comme retour au musée

 

 

Deux jours à Ostende, c’est aussi l’occasion de remettre timidement les pieds dans une expo, comme celle organisée régulièrement à la maison Spilliaert.

L’occasion de voir chaque fois d’autres œuvres, dont la plupart proviennent de collections privées, offrant ainsi une occasion unique de les admirer. Comme celle-ci, des Baigneuses dans le parc, une aquarelle de 1920. Aux couleurs et au sujet infiniment plus frivoles que ce qu’on a l’habitude de voir chez l’ami Léon 😉

L’expo en cours devait normalement ouvrir le 15 mars dernier, pile au moment où toute la vie sociale et culturelle a pris fin pour trois mois, et se terminer le 7 juin, pile au moment où les activités reprennent tout doucement.

Elle a heureusement pu être reportée et l’Adrienne était là, à l’ouverture de la porte, à onze heures du matin… avec seulement deux autres personnes, masques et gel y compris 😉

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Toute l’info sur l’expo ici et un beau catalogue avec info et quelques autres œuvres peu connues ici.

R comme renoncement

alcohol alcoholic bar blur

Il avait dû renoncer à l’alcool, lui qui était capable de vous dire rien qu’au nez si un champagne était composé de plus ou moins de pinot noir, de meunier ou de chardonnay. Une décision qui avait été âprement négociée par sa femme et par son patron: l’alcool ou le boulot, l’alcool ou le foyer. Il était légitimement fier d’y avoir réussi.

Par contre là où il était indécrottable, c’était au niveau du vocabulaire. Même l’arrivée de deux enfants dans son couple n’avait rien changé dans sa façon peu civilisée de s’exprimer: quand-ce qu’on bouffe?, c’est quoi ce fricot de m...?, arrête de bâfrer!

Ce qui rend d’autant plus étonnant le choix d’un mot savant lorsqu’il avait à déclarer, autour d’une table ou lors d’un apéro, « non merci, je ne bois pas d’alcool ». Désormais il disait « non merci, je suis abstème« .

Et depuis qu’il employait ce mot-là, on ne le regardait plus de travers comme un ancien alcoolo, mais avec la déférence due à un grand malade.

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écrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés: fricot – bâfrer – fuir – abstème – meunier – négocier.

Photo de Joonas Kääriäinen sur Pexels.com

R comme Rang

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Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre. En tout cas dans mon métier, c’est primordial. Comme je n’ai pas le temps de me perdre dans les détails, il me faut aller tout de suite à l’essentiel. Sans me tromper. Sinon je risque de passer à côté d’une merveille et de rapporter de la pacotille. Ce serait trop bête.

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Tante Alicia a quelques bijoux qu’elle porte peu parce qu’elle les estime démodés ou de peu de valeur. Ils quittent rarement leur coffret du troisième tiroir de la commode. Mais elle a un rang de perles, un joli tour de cou, qui fait toute sa fierté. Elle saisit chaque occasion d’expliquer que les vraies perles sont une matière vivante et que c’est pour cette raison qu’elle ne les enferme pas dans un coffret: il faut qu’elles respirent! Le rang de perles est donc précieusement disposé dans une coupelle tapissée de velours sombre, posée sur la commode.

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Après le passage de l’expert en « discernement de la beauté d’une chose », tante Alicia a constaté que le coffret du troisième tiroir de la commode avait disparu. Mais que le précieux rang de perles se trouvait toujours bien en évidence, dans sa coupelle.

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Des années plus tard, elle s’était remise du vol de ses bijoux, mais pas d’avoir été si vilainement trompée par celui qui lui avait offert les perles.

Mon cœur est donc contraire à tous les autres cœurs,
Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée,
Crevant de désespoir le fiel de mes douleurs.

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Photo et consignes n° 35 chez Monsieur Le Goût, que je remercie:
De « confinement » à « enchaîné » il n’y a qu’un songe. Cette photographie du Russe Gueorgui Pinkhassov vous inspire-t-elle ? Ce serait gentil de commencer ce qu’elle vous a inspiré par cette remarque d’Oscar Wilde: « Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre » Et si vous le terminiez par ces deux vers d’Agrippa d’Aubigné:
« Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée. »
Entre les deux, libre à vous.

R comme Robot Robbie

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C’est l’invention d’un entrepreneur limbourgeois et elle n’existe pour le moment qu’à un exemplaire (prototype) mais le robot a été testé sur plusieurs chantiers et a reçu les réactions enthousiastes des ouvriers du bâtiment, tant il leur facilite la tâche, surtout en épargnant leur dos, vu que Robbie – c’est le nom du robot – les aide principalement en soulevant et plaçant au bon endroit tout ce qui est pesant.

Pour les jeunes, c’est comme un jouet, et pour les plus âgés, qui commencent à souffrir du dos, c’est un cadeau. Pour l’entrepreneur et ses clients aussi, puisqu’il permet de manipuler des ‘briques’ d’une plus grande dimension – elles sont fabriquées spécialement pour lui – et de terminer le gros oeuvre deux fois plus vite. 

Ce n’est pas à proprement parler un ‘robot’, nous explique-t-on, c’est un ‘cobot’, une machine qui travaille en duo avec l’homme. Un robot collaboratif.

Bref.

Encore un nouveau mot à mettre au dictionnaire.

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info, vidéo et source de la photo ici

R comme rubberwood

Vous vous souvenez d’Oliver Hardy et Tryphon Tournesolqui après avoir sonné chez l’Adrienne pour réparer sa connexion internet, l’avaient épatée par leurs connaissances en musique?

Et bien, ce n’est pas tout 🙂

Au moment de sortir, Oliver Hardy se tourne vers l’escalier et déclare devant l’Adrienne, interloquée:

Rubberwood!
– S’il vous le dit, c’est que c’est vrai, ajoute fièrement Tryphon Tournesol. C’est un pro!
– Et c’est bon, ça, rubberwood? s’enquiert-elle auprès de l’expert.

Oliver fait une petite moue, on sent une hésitation, puis il donne son verdict:

– Ce n’est pas mauvais… Et c’est surtout beaucoup moins cher que le hêtre.

Rubberwood, en français on dit plutôt hévéa, un arbre qu’on plante pour son latex, principalement en Asie du Sud-Est, et qu’on abat quand il ne produit plus assez. Son bois est alors récupéré pour du mobilier ou des escaliers… et on replante.

Mais ce que l’Adrienne ne s’explique pas – et ce qu’elle n’a pas osé demander – c’est pourquoi cet homme, qui a à peine une quarantaine d’années et qui semble si passionné par le bois et la menuiserie, a délaissé les copeaux pour les installations téléphoniques…

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texte écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: musique – cigogne – arbre – quarantaine – hésitation – envoûtement – copeaux – sonner

image du site de la FAO.

R comme Renoir

Mini-Adrienne passe huit jours à l’hôpital et reçoit des visites.
Chacun lui apporte une babiole pour laquelle elle remercie poliment.
Chaque fois elle espère en vain que ce sera un livre.

Le cadeau dont elle se souvient le mieux, c’est celui de Catherine, qui vivait avec sa grand-mère dans un magasin d’articles de décoration.
C’était un petit cadre d’à peine dix centimètres entourant un carré de soie sur laquelle étaient peintes les deux jeunes filles de Renoir au piano.

– Que c’est joli! que c’est fin! s’exclame sa mère.

Mais mini-Adrienne aurait préféré que la grand-mère de Catherine soit libraire 🙂

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tableau de Renoir et consignes chez Lali, que je remercie!

R comme Rascar Capac

En prévision du reportage que montre Arte ce soir, toute l’info dans cet article de Daily Science de mars 2017; Rascar Capac passe au scanner. En voici deux extraits:

La plus célèbre des momies précolombiennes des Musées royaux d’Art et d’Histoire, qui avait inspiré Hergé, le dessinateur de Tintin, notamment pour son album « Les sept boules de cristal », vient de passer au CT-scan des Cliniques Universitaires Saint-Luc. Son étude fait partie d’un nouveau projet de recherche mené au Musée et par une doctorante de l’UCL: Caroline Tilleux. (…)

«Après avoir fait subir de tels examens d’imagerie médicale aux momies égyptiennes du Musée, nous avons décidé d’étudier de la même manière nos momies précolombiennes dans le cadre du projet IRAM (Interdisciplinary Research Andean Mummies)», indique le Dr Serge Lemaître, archéologue et conservateur des collections « Amériques », au Musée du Cinquantenaire. « Ces examens peuvent nous en apprendre beaucoup sur ces momies, sans leur causer le moindre dommage. » (…)

L’archéologue, dit un des chercheurs dans le documentaire d’Arte, est un policier scientifique. Dans ce cas-ci, il s’agit de découvrir un maximum de choses sur l’identité de la « victime », âge, sexe, lieu et conditions de vie.

Plus loin dans le reportage, un autre expert dit que « le cheveu est vraiment le mouchard de l’organisme« . Ainsi par exemple, les cheveux de la momie révèlent que cet homme se nourrissait principalement de pommes de terre, de lupin et de tomates…

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source de la photo ici.

reportage sur Arte au programme ce soir: https://www.arte.tv/fr/videos/085383-000-A/tintin-et-le-mystere-de-la-momie-rascar-capac/

un article sur France Culture de mars 2019 ici.

R comme rousse

2019-11-01 (13)

Spéciale dédicace à Monsieur Le Goût et aux autres amateurs de rouquines, voici Carmen Gaudin, peinte par Toulouse-Lautrec vers 1884.

Né en 1864, il a donc juste vingt ans et écrit à sa mère: «Je peins une femme qui a la tête en or absolument.»

A voir au Grand Palais, ainsi que quelques autres tout aussi flamboyantes.

Lui aussi aimait les rousses 🙂

Voir l’hommage aux rousses ici.

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Photo prise le premier novembre à l’expo Toulouse-Lautrec (accessible jusqu’au 27 janvier)

R comme rebondir

devoir de Lakevio du Goût1.jpg

version 1

Quand Eva est sortie du tribunal, ses amis l’attendaient.

– Voilà, c’est fait! leur a-t-elle simplement dit.

Grégoire a jeté un œil au clocher de l’église:

– Bientôt midi, s’est-il écrié, faut que je file chercher Louise à la crèche! Je t’appelle ce soir!

Les trois copines formaient un bloc consterné, ne sachant trop que dire.
C’est finalement Élodie qui a pris l’initiative:

– Viens, on t’offre un chocolat chaud! 

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version 2

A la sortie de l’église, Grégoire les a tout de suite quittées.

Elles ont compris et accepté qu’il n’avait pas envie de parler.

Aucune d’entre elles n’avait même osé lui dire qu’il aurait dû enlever son bonnet pendant l’office.

– Au revoir, les filles, il a dit, les mains dans les poches, remarquant in extremis le camion arrivé brusquement à sa hauteur alors qu’il allait traverser.

– Pauvre Grégoire, dit Élodie en se tournant vers Eva, qui se tenait un peu à l’écart, les yeux baissés sur les pavés inégaux du parvis. Pauvre Grégoire, il ne s’en remettra jamais…

– Il s’en remettra, se dit Eva en reboutonnant son manteau sous le vent aigre.

Mais elle a préféré garder cette pensée pour elle.

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Devoir de Lakevio du Goût N° 13: Que fait-elle là, qui semble isolée du groupe ? Elle semble penser à autre chose. Mais à quoi ? Peut-être le savez-vous. Si vous le savez, dites-le, comme toujours dans la zone commentaire de mon devoir. Celui que j’aurai fait lundi.

Merci Le Goût!