T comme trois cent quarante

Vous le savez déjà, Madame est très fière de ses anciens élèves, de celui qui ratisse des feuilles dans le parc comme de celui qui a été applaudi summa cum laude à son doctorat en astrophysique.

Alors évidemment elle est très fière aussi de celui qui est travailleur social dans la maison de quartier.

Très fière qu’il soit heureux et fier d’avoir pu distribuer 340 repas de Noël, préparés par des bénévoles pour ceux qui, dans notre ville, vivent dans la précarité.

Et des jouets collectés pour les enfants.

Bon Noël à tous!

T comme traditions

Achttien meter hoge kerstboom zorgt voor kerstsfeer op Brusselse Grote Markt
© Belga Images

Je sais, écrit notre échevin des festivités – tous les jours il trouve une bonne raison de se mettre en valeur sur fb 😉 – je sais que normalement notre ville met un point d’honneur à attendre que saint Nicolas soit passé avant d’installer le sapin de Noël sur la Grand-Place, mais cette année-ci est tellement exceptionnelle et nous avons tellement besoin de (patati et patata, vous devinez la suite).

Bref, on pouvait admirer notre jeune et dynamique échevin des festivités sur une dizaine de photos formant un mini-reportage sur l’installation du fameux sapin.

Comme chaque année, il est offert par un habitant de la ville – vous savez bien, un jour après les fêtes on plante son sapin de Noël dans le jardin et vingt ans plus tard il est plus grand que la maison, envahit toute la pelouse, alors on se dit que c’est peut-être le moment de l’offrir à la ville, qui s’occupe de l’abattage et du transport.

Cette année il est donc de nouveau très majestueux avec ses onze mètres et ses deux tonnes et demie.

Bruxelles, bien sûr, fait encore mieux avec un sapin de 18 mètres en provenance du jardin d’un hôtel de Robertville, dans les Hautes Fagnes 🙂

T comme ticket mystère

Parmi les « inclassables » qui finissent toujours par lui rester entre les mains quand elle décide de faire du rangement, l’Adrienne a quelques exemplaires de ces tickets pour une fête de juillet 1908 à Bruxelles.

Ils datent d’une époque où « rien ne se perd, rien ne se crée » et ont été découpés, pliés, recyclés… pour donner l’épaisseur voulue dans un cadre photos 😉

Des recherches sur cette fête ou cette organisation philanthropique n’ont pas encore donné de vrais résultats. De quels « frères d’armes » pourrait-il s’agir? Vu la date de fondation, peut-être d’anciens de la campagne du Mexique?

Mais il a été possible d’identifier le Président d’honneur: il s’agit de Théophile Charles Joseph Ninitte, né le 18 mai 1840 à Gand et décédé le 24 juillet 1921 à Bruxelles, inhumé au cimetière de Laeken, militaire de carrière, Lieutenant Général et décoré de la Légion d’honneur.

Quant à savoir qui, dans la famille de l’Adrienne, a pu acheter ces billets ou se rendre à cette fête, là le mystère est total.

La chose la plus intéressante, c’est peut-être le dos du ticket 🙂

Voyez vous-même:

T comme tas

Une des choses les plus spectaculaires lors d’une promenade dans les bois de conifères de l’Eifel, ces énormes fourmilières patiemment construites par des armées de Formica rufa.

En voyant le nombre de ces énormes tas, l’Adrienne en a pris des photos, pour montrer à Monsieur le Goût à quel point la fourmi se porte bien, suite à un de leurs récents échanges de commentaires.

Las! que peut-on lire sur wikisaitout?

Que cette espèce a le statut NT, c’est-à-dire « quasi menacé ».

T comme trois petits points de suspension

La fiche que le garçon de bureau avait fait remplir et qu’il tendait à Maigret portait textuellement :

Ernestine, dite la Grande Perche (ex-Micou, actuellement Jussiaume), que vous avez arrêtée, il y a dix-sept ans, rue de la Lune, et qui s’est mise à p… pour vous faire enrager, sollicite l’honneur de vous parler de toute urgence d’une affaire de la plus haute importance.

Maigret jeta un coup d’œil en coin au vieux Joseph pour savoir s’il avait lu le billet, mais l’huissier à cheveux blancs restait impassible. Il était probablement le seul, ce matin-là, dans tous les bureaux de la P.J., à ne pas être en bras de chemise, et, pour la première fois après tant d’années, le commissaire se demanda par quelle aberration on obligeait cet homme quasi vénérable à porter au ou une lourde chaîne avec une énorme médaille.

Il y a des jours comme ça, où l’on se pose des questions saugrenues. Cela tenait peut-être à la canicule. Peut-être aussi à ce que l’atmosphère de vacances empêchait de prendre les choses très au sérieux. Les fenêtres étaient grandes ouvertes et la rumeur de Paris vibrait dans le bureau où, avant l’entrée de Joseph, Maigret était occupé à suivre des yeux une guêpe qui tournait en rond et heurtait le plafond invariablement au même endroit. Une bonne moitié des inspecteurs étaient à la mer ou à la campagne. Lucas portait un panama qui, sur sa tête, prenait des allures de hutte indigène ou d’abat-jour. Le grand patron était parti la veille, comme tous les ans, pour les Pyrénées.

– Saoule? demanda Maigret à l’huissier.
– Je ne crois pas, monsieur Maigret.

Car il arrive à certaines femmes, quand elles ont trop bu, d’éprouver le besoin de faire des révélations à la police.

Simenon, Maigret et la Grande Perche, 1951, in Tout Simenon volume 5, Presses de la Cité, p. 543 (incipit)

***

Les trois points de suspension ont intrigué l’Adrienne: s’agit-il de masquer le mot ‘picoler’? ça ne semble pas assez raide, comme vocable, pour y jeter un voile pudique. En tout cas pas de nos jours 😉 S’agit-il d’un autre mot? mais alors lequel?

A part ça, il y a comme toujours tous ces éléments qui font la saveur du livre et qui disparaissent à l’écran: les traits d’humour (comme ici le panama aux allures de hutte indigène), l’atmosphère étouffante à cause de la canicule et le léger laisser-aller pour cause de vacances (dans le film Maigret est comme d’habitude habillé du manteau pardessus le veston), des détails comme cette guêpe, toutes ces réflexions pertinentes sur la psychologie des personnages… et les odeurs! 

Bref, quand on lit et qu’on regarde le film juste après, on se souvient des mots, des répliques, de tout, et on remarque ce qui a été omis ou conservé.

Comme cette petite phrase qu’on avait relevée p.555 à propos du mari de la Grande Perche: « Né gibier, il trouvait tout naturel d’être chassé ».

T comme Tante Léa

Jour après jour, le départ définitif de la mère de l’Adrienne se prépare:

– Est-ce qu’il y a des livres de ton père qui t’intéressent? demande-t-elle.

Bien sûr qu’ils l’intéressent! Elle les prendrait bien tous, si elle avait la place pour les mettre. Mais il faut se raisonner. En prendre deux ou trois. Mettons cinq ou six et n’en parlons plus 😉

En donnant la préférence à ceux qui ont vraiment compté pour le père.

Comme celui de l’illustration, qui a dû être un de ses tout premiers achats d’homme marié: Menus et recettes de Tante Léa, paru aux éditions de la Libre Belgique en 1959.

Deux choses frappent tout de suite à la lecture de l’introduction de cette bible de plus de six cents pages.

D’abord, qu’elle s’adresse uniquement à un public féminin:

« […] notre but a été d’essayer de procurer à [nos] lectrices un recueil de conseils pratiques répondant aux mille problèmes que se posent journellement les maîtresses de maison. » (p.7)

Ensuite, que les familles étaient sans doute plus nombreuses à l’époque:

« L’indication précise des ingrédients nécessaires, chaque plat étant calculé pour six personnes. » (p.7)

Enfin, on remarque aisément que la page qui a été le plus consultée est celle des carbonnades flamandes 🙂

Viande de bœuf 3/4 de kg, 1/4 de kg d’oignons, 50 gr de beurre, 1 tranche de lard gras, une demi-bouteille de bière de ménage, 2 morceaux de sucre, une tranche de pain, une cuillerée à soupe de moutarde, thym, laurier, sel et poivre. (p.161)

T comme tajines et tartelettes

Quand on sonne chez Maryam en plein milieu de l’après-midi, elle s’étonne. Elle n’attend personne. Elle dépose son smartphone et va ouvrir, la petite Hourya sur les talons. Ah! c’est une amie. Elle ne fait que passer. Et en effet, la conversation ne dure qu’un petit quart d’heure. Avec les préliminaires d’usage:

– Oh! mais tu as maigri, on dirait!
– Oui? tu crois? peut-être un peu, avec le Ramadan…
– Moi je maigris toujours pendant le Ramadan, dit l’amie qui est fine comme une latte.

Et à part ça, de quoi parlent-elles pendant ce quart d’heure que dure la visite?
De manger!
De nourriture. De recettes. De faire une pastilla. De la bonne adresse d’un pâtissier marocain qui vient d’ouvrir en ville…

C’est tout de même étrange, se dit l’Adrienne en rentrant chez elle, de n’avoir que ce sujet de conversation en ce moment…

Le soir, elle remarque la même chose chez l’amie S***, d’origine tunisienne, kiné et engagée dans la politique locale: dès que c’est le Ramadan, sur sa page fb le discours politique laisse la place aux recettes.

Cette année principalement de makroudh, de tajine melsouka et de briks au fromage. Il paraît que c’est excellent avec du brie 🙂

***

la vidéo, c’est juste pour vous donner une idée de ce que sont les makroudh…
vous pouvez couper le son et regarder en double vitesse 😉

T comme Tantale

by Jean-Michel Folon | Jean michel folon, Folon et Michel

Avant de partager avec vous son cabinet, l’ophtalmo veut s’assurer que vous ne toussez pas. C’est ce que dit une affichette très artisanale placardée sur toutes les portes.

Ce n’est pas qu’il soit pinailleur – c’est un homme d’un naturel courtois et affable – mais ne tergiversons pas et passons au désinfectant tout ce que le patient précédent pourrait avoir touché.

D’ailleurs, regardez ses pauvres mains, à la peau rongée par les produits qu’il passe et repasse deux fois par quart d’heure sur tous ses appareils. Et sur le boîtier pour le paiement par carte, même si désormais vous payez sans contact.

Allons-nous vers un abêtissement des relations humaines ou au contraire vers un monde plus véritablement convivial? Vers plus de conscience verte ou plus d’emballages et autres plastiques que jamais? Chi lo sà?

Mais vous espérez être bientôt débarrassée de cette nouvelle forme du supplice de Tantale: l’interdiction de porter la main au visage, de se gratter le nez ou de se frotter les yeux.

***

Ecrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés suivants: cabinet – tergiverser – Tantale – abêtissement – pinailleur – emballage – partager – convivial – sniper.

L’image représente un Folon qui est accroché dans la salle d’attente de l’ophtalmo.

T comme traduttore…

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Aux pages 270-271 de l’épais volume relatant la biographie du petit Marcel – et en même temps c’est la fresque de toute une époque, de tout un milieu, avec autant de personnages que dans la Recherche elle-même – on peut lire ceci, concernant les efforts dudit Marcel pour traduire Ruskin:

Rien n’est meilleur, pour connaître un écrivain et se pénétrer de sa pensée, que de le traduire. Le simple effleurement de la page par l’œil, comme c’est le cas lorsqu’on lit un texte dans sa langue, est remplacé par l’application nécessaire au déchiffrage de phrases obscures, à la quête de certains mots dans le dictionnaire, et l’hésitation devant plusieurs termes entre lesquels il faut choisir, impose une lenteur favorable à la réflexion, à l’approfondissement de la signification de la phrase. En compensation de ces peines, il y a le plaisir d’avoir vaincu l’obstacle et de voir les mots s’ordonner suivant une logique, la pensée de l’auteur jaillir soudain, comme un rayon de soleil perçant les nuées. De là, d’ailleurs, à se sentir un peu l’auteur de ce qu’on vient de traduire, il n’y a qu’un pas que le disciple franchit parfois dans l’ivresse de sa trouvaille […]

C’est tellement vrai 🙂

A quoi j’ajouterais: plus le texte est bon, plus il y a de plaisir à le traduire!

(et inversement, bien sûr ;-))