T comme treuil

DSCI7620

A Ostende, dans le cadre de la Journée du Patrimoine, en plus des activités culturelles et des conférences, il y avait de nombreuses propositions ludiques, comme celle de la photo ci-dessus: quatre personnes prennent place sur les quatre vélos reliés à des filins et ‘pédalent’ pour arriver tout en haut.

Où on s’arrête un instant pour profiter de la vue – on peut voir par exemple les éoliennes installées au large sur les bancs de sable – puis on redescend en douceur.

Au milieu d’une foule de badauds qui filment, commentent et prennent des photos 🙂

T comme tu t’es vu quand t’as bu?

défi 573

-Là! là il y a une tête!

Le pépé pointe sa canne vers le haut du mur.

– Ben oui, dit le fils en haussant les épaules, c’est des sculptures, il y en a partout dans cette église.

– Mais non, non, s’énerve le pépé, là! là! une tête qui bouge!

– Faudra arrêter de picoler, pépé, rigole le fils, ça ne te vaut rien, le Vosne-Romanée.

Dans la galerie supérieure qui fait le tour de la nef, Camille darde un regard qu’elle veut sérieux et menaçant à faire peur, chaque fois que le vieil homme lève la tête, puis disparaît à nouveau sans être vue des autres. Ça l’amuse toujours beaucoup de faire ce genre de blague aux touristes.

– Mais enfin! là, je vous dis! une tête rousse!

– Ah! pépé, ça suffit, s’exclament maintenant les uns et les autres, excédés. Et mémé ajoute, en marmonnant:

– Il est rond comme un boulon.

Alors, pour le punir d’avoir des visions sous l’effet de l’alcool, il est privé de vin pendant toute la suite du voyage en Bourgogne.

***

écrit pour le Défi du samedi, merci Walrus!

T comme trompe-l’œil

DSCI7452

En passant devant une pâtisserie de Whitby, les nouveaux mariés ont eu une soudaine envie de sucre. 

– Et toi, qu’est-ce que tu veux? a demandé l’amie.

L’Adrienne a scruté l’étalage où des tas de gâteaux  inconnus d’elle rivalisaient de beauté mais aucun ne lui faisait envie. Le sucre, elle s’en passe facilement.

Elle s’est finalement laissé tenter par la prometteuse couleur brune d’un de ces machins ronds, en bas à droite de la photo (qui date de début juillet).

– Ça s’appelle un jap, dit la vendeuse. A chocolate jap.

L’Adrienne, persuadée de mordre dans une somptuosité chocolatée, a été bien déçue: sous les vermicelles et la couche de crème, il n’y avait que du biscuit sec et le tout ne contenait que très peu de cacao.

On en revient donc toujours à la sagesse du grand-père, We reizen om te leren, on voyage pour apprendre 😉

 

T comme terrasse

Recroquevillée sur la terrasse, derrière les grandes plantes en pot, elle se cache pour fumer.

Elle sait quelles remarques cinglantes elle aurait à digérer si sa patronne la surprenait, avachie sur le pouf en skaï, à tirer sur sa clope. Ou si une voisine d’un appartement limitrophe la voyait.

Mais là, elle est tranquille jusqu’à la fin de l’après-midi, sa patronne est chez sa pédicure-manucure-visagiste. Comme si cela pouvait arrêter l’outrage des ans et autres stigmates du grand âge.

« Je me respecte et je me soigne, alors que d’autres se laissent aller », siffle-t-elle au moins une fois par semaine en direction de son aide-ménagère, qui a toujours la queue de cheval qui se défait.

« C’est vrai que j’ai d’autres soucis que mes ongles ou mes futures rides », se dit Paméla en oubliant de tirer sur sa cigarette, tellement son attention est prise par les caravanes de forains qui s’installent sur la place pour la kermesse d’été.

Et comme chaque année à la même époque, elle décide qu’elle repartira avec eux.

***

Aquarelle de Marcos Beccari et consignes chez lakévio, que je remercie: La toile du jour et les dix mots choisis à introduire dans votre histoire :

cheval – cinglant – stigmate – outrage – porcelet – caravane – pouf – parfum – digérer – limitrophe

T comme Tyler

Il paraît que tous les livres d’Anne Tyler se déroulent au sein de familles au sens large – de celles où il y a une pièce rapportée ou comme dans celui-ci, trois enfants d’un précédent mariage du mari.

Au centre se trouve une femme, bien évidemment, ici elle s’appelle Rebecca, a cinquante-trois ans et n’est subitement pas trop contente de ce qu’elle est devenue.

Elle a abandonné ses études pour épouser un homme qui avait déjà trois petites filles et six ans plus tard elle était veuve avec quatre enfants. Maintenant que les quatre filles sont mariées et qu’elle est plusieurs fois grand-mère, elle se demande si elle a fait les bons choix.

Que serait-elle devenue si elle avait épousé son amoureux, Will, qu’elle a laissé tomber du jour au lendemain sans explications, pour épouser en quinze jours un divorcé avec trois enfants?

Elle qui aimait le calme, la lecture, les études, n’a plus ouvert un livre ni même lu un article un peu sérieux et vit entourée de gens, sans avoir une minute à elle.

Rebecca décide donc de se donner une seconde chance de « faire le bon choix » et recontacte Will, l’amoureux éconduit trente-cinq ans plus tôt…

Le livre a fait l’objet du téléfilm visible ci-dessus (2004) avec Blythe Danner, Peter Fonda, Faye Dunaway, Jack Palance… Il est extrêmement fidèle au texte, sauf sur un point: Rebecca, dans le livre, est une femme qui a un grave problème de surpoids. Mais l’actrice est mince comme un fil.

anne tylerLire le premier chapitre ici.

 

T comme Tintin

Pour ceux que ça intéresse, les livres de Serge Tisseron sont ici.

– M’enfin! s’énerve tante Alicia, ce n’est tout de même pas si compliqué!

Pourtant oui, ça l’était. Je continuais à confondre les oncles et les cousins, les tantes et les cousines. Tout le monde me semblait avoir le même âge, sur ces photos.

– Bon, je te le répète une dernière fois, après c’est à toi.

Observe bien la photo de mariage des grands-parents: ils ont déjà la trentaine et à peu près l’air qu’ils ont gardé, cette face réjouie de gens bien nourris et contents de leur sort. Tu ne peux pas te tromper, il me semble! Après tu as leurs enfants: Dimitri, le militaire, Alexis, le banquier – il a bien une tête de banquier, ne me dis pas le contraire! – et Georges, l’érudit, avec ses petites lunettes rondes et son air ahuri. Bon.

Leurs épouses, je te l’accorde, on pourrait les confondre, retiens bien un signe distinctif: Sonia a le nez pointu, Eva les joues rondes et Margarita est cette opulente qui aime bien montrer sa jolie voix.

Avec ça, tu en sais assez pour te présenter à eux et tu verras, si tu dis que tu es la fille d’Anastasia, les quelques anecdotes que je t’ai racontées suffiront à semer le doute dans leur esprit… et si tu te montres assez fine, ta fortune est faite!

Consigne: Généalogie fictive et Tintinesque chez Joe Krapov

L’animateur a lu dans le « Nouveau nouveau magasin d’écriture » de Hubert Haddad l’entresort n° 8 dans lequel il est dit : » S’inventer une généalogie extravagante à partir de la lecture d’une vieille liste de mariage d’un de vos ascendants. »

Il suggère que chacun.e s’invente une généalogie fictive à partir des pages de garde des albums de Tintin de Hergé. Autrement dit : tous ces personnages sont des membres de votre famille d’un jour. Racontez-nous qui ils sont.

 Page 1 G réduite  Page 2 réduite
 Page 3 G réduite  Page 4 D réduite

T comme tu t’y vois?

DSCI7185.JPG

Il faut qu’on se parle, dit Madame à Arne. Pas contrariant, il est ponctuel au rendez-vous. J’ai comme l’impression, dit Madame, que tu négliges complètement tes études… Qu’est-ce qui se passe? J’aurai bientôt 18 ans, dit-il, et je pense arrêter mes études. Arrêter tes études? Avant la fin de l’année? Quand tu es si près du but? Et pour faire quoi, à la place? Ben, je ne sais pas, aller travailler… Et qu’est-ce que tu crois trouver, comme travail?

C’est là qu’on voit l’hésitation. Il n’en a pas vraiment idée.

Tu as déjà regardé les pages des offres d’emploi? Tu as vu les compétences demandées?

Oui, il sait qu’il n’a aucune qualification.

Je sais bien, dit Madame, qu’il faut des gens pour balayer les rues ou ramasser les poubelles, et j’ai un immense respect pour ceux qui le font, ils font un travail utile et dur, mais je suppose que ce n’est pas à ça que tu penses, quand tu dis que tu vas arrêter tes études et aller travailler?

Il rit. Non, ce n’est pas ce qu’il voudrait.

Alors samedi, de passage à Bruxelles, Madame voit se balancer deux laveurs de vitres et elle repense à sa conversation avec Arne.

Elle espère qu’il terminera sa formation professionnelle en électricité.