T comme Tyler

Il paraît que tous les livres d’Anne Tyler se déroulent au sein de familles au sens large – de celles où il y a une pièce rapportée ou comme dans celui-ci, trois enfants d’un précédent mariage du mari.

Au centre se trouve une femme, bien évidemment, ici elle s’appelle Rebecca, a cinquante-trois ans et n’est subitement pas trop contente de ce qu’elle est devenue.

Elle a abandonné ses études pour épouser un homme qui avait déjà trois petites filles et six ans plus tard elle était veuve avec quatre enfants. Maintenant que les quatre filles sont mariées et qu’elle est plusieurs fois grand-mère, elle se demande si elle a fait les bons choix.

Que serait-elle devenue si elle avait épousé son amoureux, Will, qu’elle a laissé tomber du jour au lendemain sans explications, pour épouser en quinze jours un divorcé avec trois enfants?

Elle qui aimait le calme, la lecture, les études, n’a plus ouvert un livre ni même lu un article un peu sérieux et vit entourée de gens, sans avoir une minute à elle.

Rebecca décide donc de se donner une seconde chance de « faire le bon choix » et recontacte Will, l’amoureux éconduit trente-cinq ans plus tôt…

Le livre a fait l’objet du téléfilm visible ci-dessus (2004) avec Blythe Danner, Peter Fonda, Faye Dunaway, Jack Palance… Il est extrêmement fidèle au texte, sauf sur un point: Rebecca, dans le livre, est une femme qui a un grave problème de surpoids. Mais l’actrice est mince comme un fil.

anne tylerLire le premier chapitre ici.

 

T comme Tintin

Pour ceux que ça intéresse, les livres de Serge Tisseron sont ici.

– M’enfin! s’énerve tante Alicia, ce n’est tout de même pas si compliqué!

Pourtant oui, ça l’était. Je continuais à confondre les oncles et les cousins, les tantes et les cousines. Tout le monde me semblait avoir le même âge, sur ces photos.

– Bon, je te le répète une dernière fois, après c’est à toi.

Observe bien la photo de mariage des grands-parents: ils ont déjà la trentaine et à peu près l’air qu’ils ont gardé, cette face réjouie de gens bien nourris et contents de leur sort. Tu ne peux pas te tromper, il me semble! Après tu as leurs enfants: Dimitri, le militaire, Alexis, le banquier – il a bien une tête de banquier, ne me dis pas le contraire! – et Georges, l’érudit, avec ses petites lunettes rondes et son air ahuri. Bon.

Leurs épouses, je te l’accorde, on pourrait les confondre, retiens bien un signe distinctif: Sonia a le nez pointu, Eva les joues rondes et Margarita est cette opulente qui aime bien montrer sa jolie voix.

Avec ça, tu en sais assez pour te présenter à eux et tu verras, si tu dis que tu es la fille d’Anastasia, les quelques anecdotes que je t’ai racontées suffiront à semer le doute dans leur esprit… et si tu te montres assez fine, ta fortune est faite!

Consigne: Généalogie fictive et Tintinesque chez Joe Krapov

L’animateur a lu dans le « Nouveau nouveau magasin d’écriture » de Hubert Haddad l’entresort n° 8 dans lequel il est dit : » S’inventer une généalogie extravagante à partir de la lecture d’une vieille liste de mariage d’un de vos ascendants. »

Il suggère que chacun.e s’invente une généalogie fictive à partir des pages de garde des albums de Tintin de Hergé. Autrement dit : tous ces personnages sont des membres de votre famille d’un jour. Racontez-nous qui ils sont.

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T comme tu t’y vois?

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Il faut qu’on se parle, dit Madame à Arne. Pas contrariant, il est ponctuel au rendez-vous. J’ai comme l’impression, dit Madame, que tu négliges complètement tes études… Qu’est-ce qui se passe? J’aurai bientôt 18 ans, dit-il, et je pense arrêter mes études. Arrêter tes études? Avant la fin de l’année? Quand tu es si près du but? Et pour faire quoi, à la place? Ben, je ne sais pas, aller travailler… Et qu’est-ce que tu crois trouver, comme travail?

C’est là qu’on voit l’hésitation. Il n’en a pas vraiment idée.

Tu as déjà regardé les pages des offres d’emploi? Tu as vu les compétences demandées?

Oui, il sait qu’il n’a aucune qualification.

Je sais bien, dit Madame, qu’il faut des gens pour balayer les rues ou ramasser les poubelles, et j’ai un immense respect pour ceux qui le font, ils font un travail utile et dur, mais je suppose que ce n’est pas à ça que tu penses, quand tu dis que tu vas arrêter tes études et aller travailler?

Il rit. Non, ce n’est pas ce qu’il voudrait.

Alors samedi, de passage à Bruxelles, Madame voit se balancer deux laveurs de vitres et elle repense à sa conversation avec Arne.

Elle espère qu’il terminera sa formation professionnelle en électricité.

T comme tussentaal

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Samedi matin, l’Adrienne a failli s’étrangler dans son café en lisant cette question existentielle typiquement flamande: dois-je élever mon enfant dans la langue néerlandaise standardisée? Cette langue, argumente l’auteur de l’article, n’existe pas puisque personne ne la parle.

Toute sa vie déjà l’Adrienne – et avec elle tous les Flamands – ont été confrontés à cette question de la koinè: faut-il imiter la façon de parler hollandaise? faut-il bannir les mots typiquement flamands?

Depuis toujours, la réponse à ces questions a été: oui! Un oui virulent: il n’y a qu’une norme, c’est le néerlandais de la Hollande. Donc on est élevés à coups de ‘ne dites pas… mais dites’ et on se sent ‘mal dans sa langue’, infériorisés, à vie.

Pourtant, quand on rencontre des Hollandais, on se rend compte qu’eux non plus ne parlent pas la koinè… Chaque région a ses accents et ses typicités lexicales, pas seulement en Flandre. Mais le Hollandais le fait sans le moindre complexe, apparemment.

Des générations de profs ont enseigné à des générations de petits Flamands qu’il faut dire ‘jij bent’ et non ‘gij zijt’, ‘ham’ et pas ‘hesp’, ‘schooletui’ et pas ‘pennenzak’. La liste est longue, très longue, et donne surtout le sentiment que dès qu’on ouvre la bouche, on commet des impairs.

Ces mots imposés ‘d’en haut’ servent souvent à égayer les repas de famille, quand les enfants organisent un petit concours pour tester les adultes sur leur savoir fraîchement acquis avec leurs instituteurs. Mais dans la vie courante, personne ne les utilise. Si chez le boucher on disait ‘een plakje ham’, il n’est pas certain qu’il comprenne qu’on veut une tranche de jambon.

Bref, la question continue de donner des débats houleux, à forte charge émotionnelle, débats dans lesquels les arguments deviennent très vite ad hominem.

C’est pourtant une question essentielle, car si les Flamands maîtrisent la koinè tout en ne l’utilisant pas, que doivent faire les nouveaux arrivants, de plus en plus nombreux, à qui on apprend la langue standard mais qui se rendent très vite compte qu’elle ne leur est que peu utile dans la vie quotidienne?

***

source de l’illustration ici sous le titre ‘Le Flamand adore son dialecte mais ne le parle presque plus‘ la ‘tussentaal‘ a remplacé les dialectes, une sorte de koinè pour la Flandre – un autre article sur le sujet ici et une étude sur le cas des jeunes de Flandre Occidentale ici.

T comme tout beau, tout blanc

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Quand il a commencé à neiger mardi matin, Madame était en classe avec ses élèves de cinquième (la Première) et ils ne l’ont remarqué qu’en sortant dans le couloir, à neuf heures et quart. Sans doute parce que la classe était bien éclairée et qu’il faisait encore un peu sombre dehors.

Madame n’a pas été la dernière à s’écrier avec émerveillement « Oh! il neige! » et depuis la récré de mardi à dix heures, toutes les pauses sont désormais très physiques: au lieu de se coller aux radiateurs en grignotant des sucreries, grands et petits se ruent dehors pour des batailles de boules de neige.

Madame aussi a aimé marcher dans la neige, comme sur la photo ci-dessus, prise mercredi matin sur le chemin de l’école.

Il est question d’aller faire du ski de fond en Hautes-Fagnes jeudi prochain avec les 16-18 ans… Les klimaatspijbelaars choisiront-ils la sortie sportive ou le pavé bruxellois?

Les paris sont ouverts 🙂

T comme théâtre

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Je me souviens de la première fois, c’était dans ma ville, en plein air, avec comme décor une maison du 17e siècle (photo) et on jouait Poil de Carotte. Ce jour-là j’ai failli dire à mon père « Poil de Carotte, c’est moi » mais je me suis tue. Ça me semblait si évident que je pensais qu’il l’aurait compris tout seul…

Je me souviens d’une autre première fois, j’étais sur la scène avec quelques copines de classe, nous avions sept ans, c’était la fête de l’école, j’étais une des fleurs que le papillon devait butiner pendant que d’autres chantaient la venue du printemps et mes parents ont trouvé que j’avais une certaine raideur.

Je me souviens d’une troisième première fois, j’avais dix-neuf ans et j’étais en deuxième année à l’université, j’étais Colombine dans une pièce de Ghelderode qu’on avait pu monter avec un « vrai » metteur en scène, une expérience formidable, mes parents ne se sont pas déplacés pour venir me voir. 

Je me souviens de ma première fois à l’opéra, mais j’y ai déjà consacré un ou deux billets 🙂

Je me souviens de l’enchantement de ma première fois à la Monnaie. Nous avions cassé notre tirelire et nous nous étions offert un verre de champagne ruineux parce que le moment le valait bien et tant qu’à faire une folie, faisons-la jusqu’au bout.

***

Consigne de Joe Krapov, que je remercie (comme tu vois, je suis tout de même arrivée à cind ‘je me souviens’ ;-))

En vous inspirant (ou pas) des illustrations d’Hélène Builly, écrivez, à la manière de Georges Perec, des phrases qui commencent par « Je me souviens » et qui sont relatives au théâtre ou à l’opéra.

Vous pouvez si vous le souhaitez séparer vos écrits en deux pages : sur la première vous vous souvenez de pièces, d’opéras, d’acteurs, d’actrices ou de faits que tout le monde connait. Sur la seconde, vous relatez des souvenirs plus personnels.

T comme trajet

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L’école est à un peu plus de deux kilomètres de la maison. La petite ne commence à respirer librement que dans la dernière moitié du trajet. Alors seulement elle ose lâcher la main du petit frère et enfin changer son cartable de main. Il est lourd, le cartable, et capricieux, le petit frère. Il sait qu’il peut lui faire bondir le cœur en essayant de lâcher sa main et de faire mine d’aller sur la chaussée. Il n’aime pas marcher. Il faut le traîner. La route grimpe. Il n’a que trois ans.

Trois ans plus tard, la petite rentre seule. Pour le petit frère, la mère a trouvé une gentille voisine et sa 4L. Alors, en chemin, elle peut changer le cartable de main autant qu’elle veut. Heureusement, parce qu’il est encore plus lourd. Il lui arrive de le poser à terre, pour cueillir des primevères, observer des fourmis ou ramasser des faines. Il y a mille choses intéressantes dans la deuxième partie du trajet. Puis passe la voisine avec sa 4L qui klaxonne joyeusement. La petite sourit, agite la main et reprend son cartable. 

consigne d’écriture: s’inspirer de l’extrait ci-dessous d’Isabelle Desesquelles, Je voudrais que la nuit me prenne, Belfond, 2018

L’école est à trois kilomètres de notre maison, on y va par un chemin que nous étions les seuls à prendre ; nos marches tous les deux, matin et soir, parfois l’un derrière l’autre dans les sentes les plus étroites, elles sont au-delà de la mémoire, parce que c’est arrivé, un père et sa fille, chacun avec son cartable et nos mains qui se cherchaient, se retenaient, la pression de la sienne enserrant la mienne, comme nous y puisions une douceur. Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant quand il soupçonne que le meilleur ne va pas durer, qu’il n’est pas garanti, le bonheur ? Grâce à ses parents, à leur offrande d’amour, l’enfant ne voudra pas le croire, il balaiera son soupçon dans un câlin de sa mère, un rire de son père, et l’enchantement permanent de l’enfance, il le croira résolument. La protection de ses parents lui donnera le sentiment de l’invincible bonheur. Et on s’y arrime.