U comme une mère

Une mère pète un câble.

Au deuxième jour de « confinement ».

Elle n’en peut déjà plus.

Quatre enfants et deux ordi, chaque enfant reçoit des tas de tâches de la part des profs et elle n’en peut plus, dit-elle.

Pour moi le problème ce n’est pas les deux ordi pour quatre enfants – qui en plus ont chacun leur GSM sur lequel ils passent la journée, dit-elle.
Apparemment pas à travailler pour l’école.

Le problème n’est pas non plus que le prof de sa fille fasse sa vidéo-conférence à huit heures du matin: qu’est-ce qui l’empêche d’exiger de sa fille de se lever aux heures habituelles? Puisqu’on nous conseille de garder une bonne hygiène de vie et de continuer à bien structurer nos journées. Au lieu de passer la journée à manger, comme font ses enfants. A ce qu’elle dit 😉

Pour moi, la phrase-clé de sa frustration est celle-ci: « Now our children will find out how dumb we are« .

Or, aucun prof ne veut que les parents fassent le travail à sa place.
Aucun.
Au contraire même.

Si l’élève a des questions, c’est au prof qu’il doit les poser.
S’il a besoin d’aide, c’est au prof qu’il doit s’adresser.

Le prof a absolument besoin de ce feed-back pour faire du bon travail.

Ceci étant dit, la vidéo est hilarante 🙂

Et je ne peux m’empêcher de me demander quel coup de gueule elle pousserait si les profs n’essayaient pas, par tous les moyens, de continuer leur enseignement!

 

U comme umami pour tous?

Le rayonnement de la gastronomie française fait partie des priorités d'Emmanuel Macron.

Il y a dans cette histoire quelque chose que l’Adrienne n’a pas compris et elle compte sur vous pour le lui expliquer 😉

Elle l’a d’abord vu dans la presse flamande: Frankrijk wil af van ‘elitair’ gastronomisch imago. Ce qui donne en traduction: la France veut se débarrasser de son image gastronomique ‘élitiste’.

Il est déjà intéressant de remarquer que le mot ‘elitair/élitiste’ a été placé entre guillemets. Il semble supposer que les produits culinaires français ne soient pas à la portée de tous.

Or, si on lit bien l’article (voir lien ci-dessous vers les communiqués français) il s’agit plutôt de faire connaître (i.e. de vendre) les produits français sur les marchés étrangers:

« Nous avons raté la ‘world food’, c’est-à-dire le produit que l’on peut trouver partout », a insisté le responsable, assurant vouloir rendre accessible les produits français « au plus grand nombre » […] « 

Faut-il donc comprendre que, tout comme on peut trouver partout dans le monde des pizzerias « napolitaines », du fast-food américain ou des sushi bars « japonais », ainsi que de quoi se confectionner ces plats « typiques » chez soi, on devrait disposer de la même chose pour une « spécialité » française?

Et si oui, laquelle sera ainsi dénaturée pour plaire au plus grand nombre?

article en français et source de l’image ici.

U comme uniforme

Si par extraordinaire vous trouviez un jour à votre porte deux olibrius en jaune fluo, un grand maigre coiffé à la Tryphon Tournesol et un petit gros qui vous surprend par sa ressemblance avec Oliver Hardy, n’y voyez rien de louche ou de bizarre et faites-leur confiance. Ce sont deux fantastiques techniciens de chez Proximus.

Chaque problème est unique et il faut chaque fois innover: le câble est trop en surface, à l’intérieur il est quasiment inaccessible et les ouvriers qui refont la rue prétendent ne pas savoir ce qu’ils en ont fait. Bref, il faut de l’idée.

Ils sont dans votre bureau et examinent la situation.

– Il n’y a pas longtemps que vous avez ce piano, dit Oliver Hardy. Je le vois aux petits plastiques qu’il y a encore autour des pédales.

Vous riez. Bien vu!

Puis il vous laisse un peu interloquée quand il vous raconte que lui aussi joue d’un instrument. Qu’il joue dans un groupe. Qu’il suit des cours pour un deuxième instrument. Et que Tryphon Tournesol est musicien, lui aussi.

Quand tout remarche et qu’ils partent de chez vous, vous leur dites que vous aviez l’intention de passer à Telenet, mais qu’ils vous ont réconciliée avec Proximus 🙂

***

photo du professeur Auguste Piccard, qui a inspiré à Hergé le personnage de Tryphon Tournesol (source de la photo wikipedia)

écrit pour Les petits cahiers d’Emilie (merci Emilie!) avec les mots imposés suivants: extraordinaire – fantastique – bizarre – orignal – tournesol – olibrius – unique – visionnaire – surprendre – innover – idée – interloquer

(on pouvait en laisser tomber, ce que j’ai fait :-))

U comme une confession

faux passeports

Depuis neuf ans, je n’ai plus connu cette disponibilité, cette attente, ce sentiment d’être prêt à recevoir une visite inconnue à laquelle, d’avance, on se soumet tout. Neuf ans pendant lesquels amour, famille, métier, tout ce qui occupe l’âme et les jours de la plupart des hommes, avait en fait, cessé de dépendre de moi; neuf ans pendant lesquels je ne fus rien d’autre qu’un communiste, un révolutionnaire, un militant; neuf ans pendant lesquels, armé de cette grâce que peut conférer aussi une foi terrestre, je tins en mépris toute activité qui ne fût un combat. (1) (p.13)

Ah! combien de séances nocturnes, autour des tables en bois blanc, à discuter les thèses, à chercher les mots d’ordre; combien de meetings, dans les salles saturées de fumées et de sueur, d’impatience et d’espérance; combien de manifestations et dans combien de villes, au-devant de ces cortèges escortés des camions de police et guettés par les fusils; combien d’itinéraires à travers cette Europe où mon destin m’enfermait, toujours seul contre le pouvoir, automitrailleuses de Hambourg, barque illégale sur la Baltique, rets de gendarmes de Sofia, officiers à toutes les frontières – il faut passer, passage, passe-passe, faux passeports. (2) (p.13-14)

Remonterai-je le cours de ces neuf années? 1919. J’écrivais en ce temps-là. Écrivais-je? Ou si, croyant capter le monde, je le rêvais! Tout à coup, le parti communiste me prit tout entier.
J’éprouve encore ce mouvement qui, alors, s’empara de moi. La faculté de droit. Les auditoires obscurs de la rue des Sols. Les cours étaient pleins de soldats qui revenaient du front. Le soir, dans les brasseries, on agitait frénétiquement le destin du monde (p.14)

[…] l’illusion enivrante de trouver dans Marx une explication complète et cohérente du monde terrestre dans son passé, son présent et son avenir. En fait, je disais que je venais au communisme par les voies de la doctrine, mais je sais maintenant que ce qui me persuadait, c’étaient les tristes images de la vie: une ouvrière éblouie devant de faux bijoux, l’air content d’un garçon livreur mal lavé, les queues des cinémas, tout ce qui montrait la bourgeoisie appâtant les pauvres avec son matérialisme veule et l’appétit de la perdition. (3) (p.15)

Je parlais le soir dans des groupes d’étudiants et pour frapper leur esprit, j’élevais avec ferveur l’ombre de bouleversements sanguinaires. Plusieurs me suivaient et s’assemblaient autour de moi. Depuis, ils ont rejoint leur classe et parlent avec attendrissement de ces engouements généreux. C’est ainsi que je fus délégué de mon pays à cette assemblée où quelques jeunes intellectuels venus des universités d’Europe fondèrent l’Internationale des étudiants communistes. (p.15-16)

***

(1) Voir le billet du 20 octobre, sur Faux passeports, de Charles Plisnier.

(2) c’est moi qui souligne ces mots qui ont donné leur titre au livre.

(3) ce qui est aujourd’hui le discours des militants de l’écologisme…

U comme une vie (ter)

DSCI7746 (2)

L’Adrienne est en train de s’habituer à ne plus être Madame. Lundi soir, dans un des couloirs de l’académie de musique, elle rencontre Alena:

– Ça me fait tout bizarre de ne plus être ta prof, lui dit-elle.
– Je comprends, répond Alena.

Un peu plus tard elle ajoute:

– Je comprends que c’est dur pour vous de nous lâcher.

Incroyable comme ils sont clairvoyants, les élèves de Madame.
Pardon, anciens élèves.
Ex-Madame.
😉 

L’Adrienne, disais-je, est en train de s’habituer à une vie sans école, sans élèves:
Il lui arrive de rester encore un peu au lit après six heures du matin.
Elle prend de longs week-ends à Ostende ou à Bruxelles – merci les amis!
Les dimanches se passent sans stress du lendemain.
C’est merveilleux.

Le 17 septembre à midi pile Madame a été rayée de la plate-forme numérique de l’école.
Juste au moment où elle avait été jeter un œil aux premiers résultats en maths et en français de « ses » élèves et qu’
elle retournait à la rubrique ‘correspondance’ dans le but d’envoyer un message de félicitations à Lilya: PAF!

« Vous n’avez pas accès à cette fonction » lit-elle en toutes lettres sur son écran.

– Voilà, se dit l’ex-Madame, il fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre.

Une nouvelle vie, donc 🙂

Une vie nouvelle!

***

photo prise lors d’une promenade vespérale le 20 septembre

U comme urbex

DSCI6895

L’Adrienne ne s’en rendait pas compte, mais les fois où elle a exploré une usine désaffectée ou une maison en ruine, elle s’adonnait à l’urbex.

Plus fort encore, le jour où elle n’a pas résisté à la tentation d’aller visiter les caves de son école, elle se laissait aller à la cataphilie.

Rien de moins.

C’est expliqué ici: « L’exploration urbaine, abrégé urbex (de l’anglais urban exploration), est une activité consistant à visiter des lieux construits et abandonnés par l’homme, mais cette pratique inclut également la visite de lieux interdits, cachés ou difficiles d’accès, tel que des tunnels de métro, des catacombes, des chantiers de constructions/rénovations et des rooftop (sommets d’immeubles, monuments…). La pratique regroupe ainsi diverses activités dites « underground » comme la ‘cataphilie‘, la ‘toiturophilie’. L’explorateur urbain est communément désigné par le néologisme urbexeur. »

Un site avec des lieux et des photos ici, principalement au Canada, mais également en France ou en Belgique.

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photo prise dans ma rue juste avant la démolition totale d’une usine textile, sa cheminée et sa maison de maître. Ainsi que son grand jardin et ses beaux arbres, dont un magnifique saule pleureur. Il y a bien de quoi pleurer…