Y comme yaourt

Pour mini-Adrienne, à cinq ans, les choses sont claires: la poule, pond des œufs, la brebis donne la laine – et le bonheur de voir des agneaux au printemps – la vache, on la trait pour le lait.

Et c’est là que les problèmes commencent: mini-Adrienne n’aime pas le goût du lait.
L’odeur du lait.
La « peau » de la crème de lait qui flotte dans son café.

A l’époque, l' »intolérance » n’avait pas encore été inventée.
Disons que c’était « instinct de survie ».
Le lait donnait envie de vomir.
Voilà.

Par contre, chez grand-mère Adrienne, incorporé à la poudre magique Impérial, il devenait jaune et épais, une crème à la vanille luisante et veloutée.
Ou à Pâques, mélangé aux figurines en chocolat qu’on y faisait fondre.
Là, d’accord.

Or un jour que mini-Adrienne était malade, si malade que l’école était interdite et qu’elle avait le droit de passer la journée dans le fauteuil de son papa, à attendre que la maladie s’en aille, le médecin avait ordonné qu’elle boive du lait.

Punition sur punition!

On aurait pu le lui servir en perles, en berlingot, avec du miel – tiens, sa mère n’a pas pensé à y mettre du chocolat! – ça n’y aurait rien changé.

Elle s’est bien forcée à obéir, pourtant.

***

écrit pour les Plumes d’Émilie – merci Émilie! – avec les mots imposés suivants:
miel – perle – brebis – crème – sein – velouté – traire – chocolat – poule – berlingot – intolérance – incorporer – survie.

Peut-être les choses auraient-elles été différentes si mini-Adrienne avait été nourrie au sein?
Mais ici le mot n’avait pas sa place 😉

Y comme y en a marre!

D’un stylo vengeur, Matteo barre tout ce qu’il vient d’écrire. Son irritation est telle qu’il finit par crever le papier.

Les notifications de son instituteur sur son dernier bulletin n’ont eu pour effet qu’une immense frustration, un grand découragement.

Quand Cindy rentre de la laverie – combien de fois par semaine fait-elle la navette depuis que son lave-linge est en panne ? – elle trouve l’appartement sens dessus dessous, son précieux hibiscus renversé et toute la boîte de dominos éparpillés sur le tapis.

– Matteo ! Qu’est-ce qui s’est passé, ici ? Et où est ton petit frère ?
– Il dort !

Cindy soupire. C’est vrai que son cadet a ce don de pouvoir traverser une nuit de sommeil pleine de bruits sans se réveiller. Mais tout de même. Elle aimerait habiter dans un endroit plus calme. Que les garçons aient chacun leur chambre. Et un petit jardin où se défouler.

ça me gave, ces exercices ! Y en a marre ! J’y comprends rien ! Qu’est-ce que ça veut dire, ‘ambiguïté’ ?

Nouveau soupir de Cindy.
Sur la table, il y a la lettre l’invitant à une session de formation pour « optimiser et uniformiser les méthodes de travail. »

Dans quel monde vivront mes garçons, se demande-t-elle.
Bientôt il faudra un bac + 5 pour être femme de ménage…

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots suivants:

1 barre 2 dormir 3 notification 4 irritation 5 habiter 6 hibiscus 7 domino 8 navette 9 uniformiser 10 laverie 11 gaver 12 immense et le 13e pour le thème : ambiguïté. 

Y comme y a pas moyen

74ème Devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_74 .jpg

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue… »

Non, non ça ne va pas être possible!

Oh mon dieu seigneur, non et non et non!
J’en suis incapable!
Ah mon dieu seigneur mais pourquoi c’est tombé sur moi!

Ainsi se lamentait cette pauvre Suzanne, qui pouvait bien prier et allumer des cierges, ça ne changerait rien: c’est elle qui allait devoir jouer le rôle de Phèdre, pour la représentation de fin d’année scolaire, alors que ce qu’elle aurait voulu, c’est juste faire une toute petite récitation, un tout petit poème, tiens, celui de Verlaine, par exemple, juste quatorze petits vers faciles à retenir et pouvoir vite, vite quitter la scène sur un

« Et qu’il bruit avec un murmure charmant
Le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées ! « 

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne 74:

Que peut donc être en train de faire cette jeune femme, assise à son bureau, peinte par Carl Larsson ? Le savez-vous ? Je le sais parce que je la connais.
Je sais même que ça devrait commencer par :
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ».
Et se terminer sur
« Et qu’il bruit avec un murmure charmant, le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées. »

Y comme Y en a, je vous jure!

Y en a, je vous jure, marmonna Gérard en voyant une vieille dame s’extirper péniblement de la voiture qui venait de se garer à l’entrée du domaine.

Franchement, on a beau préciser que le parcours est difficile, qu’il n’est pas accessible aux voitures d’enfants, qu’il faut de bonnes chaussures de marche, etc. etc. à chaque fois c’est la même histoire.

Il soupira.

Est-ce que ça tombe toujours sur moi ou est-ce que les autres guides-nature ont le même genre de public « varié » ?

Il avait déjà une jeune femme en talons hauts, dans son petit groupe…

Il lui avait poliment fait remarquer que ce n’était pas adéquat mais elle a ri en disant qu’elle avait l’habitude et ne marchait bien qu’avec ça.

Ça, c’est-à-dire une hauteur d’au moins sept centimètres.

Bref.

La vieille dame, enfin debout, ou à peu près, attendait que son accompagnatrice lui tende ses cannes. Deux grosses cannes !

Comment lui dire diplomatiquement que ça n’allait pas, mais alors pas du tout le faire !

Il lui en venait des gouttes de sueur malgré les 3°C et il sortit son mouchoir pour s’éponger le front.

Pendant qu’il cherchait ses mots pour la renvoyer illico d’où elle venait, la voilà qui s’avançait vers lui à petits pas, tout sourire, même ses yeux de myosotis lui souriaient :

– Ah ! lui dit-elle, qu’est-ce que je suis contente qu’on organise une promenade dans ce domaine ! C’est ici que je suis née !

Puis elle ajouta fièrement à la cantonade : Il y a quatre-vingt-sept ans !

***

écrit en réponse à la première question du jeu d’écriture L’atelier en question(s): Qui va venir au rendez-vous?

Merci à Annick SB pour l’organisation!

Y comme Ypsilon

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Vous qui passez régulièrement, vous savez que l’Adrienne a ses opinions sur un certain nombre de choses qui lui tiennent à cœur.

L’une d’elles est le choix des prénoms qu’on donne (ou parfois inflige) aux enfants.

Alors l’autre jour un article intitulé ‘Ypsilon‘ a retenu son attention.

La journaliste y témoigne des préjugés à l’encontre de certains prénoms, en particulier ceux qui – comme le sien (Vicky) – se terminent par un y.

Comment elle-même se formait une idée préconçue sur base d’un prénom tel que Kimberly.

Et comment à l’âge de 16 ans ça lui a fait se rendre compte de l’existence de la marginalité et des classes sociales.

A 16 ans, sa conclusion a été: tu es une fille avec un prénom qui se termine par y?
Tu es une working class girl.
Une Cindy, une Tiffany.
Une Kimberly, une Vicky.

Bref, après une ou deux expériences négatives, « Je ne voulais plus être mon prénom », écrit-elle.

Sa dernière phrase a quelque chose de poignant: « Als je je klein voelt, komt dat doorgaans omdat iemand anders je klein heeft gemaakt. » Si tu te sens petit (inférieur, minable, insignifiant) c’est généralement parce que quelqu’un te l’a fait sentir.

Y comme yakalire

Dans sa version numérique, l’hebdomadaire flamand Knack offre chaque jour un ‘tip tegen de coronadip‘.

Tip‘ veut dire petit conseil, astuce et ‘dip‘ veut dire petite baisse de tonus, petit coup de mou.

Samedi dernier, le magazine conseillait la lecture, non seulement comme mode d’évasion mais aussi pour tous ses effets positifs sur l’être humain, comme les a décrits Alain de Botton.

Un de ces effets est la réduction du stress.

Selon une recherche réalisée en 2009 par le neuropsychologue David Lewis, lire six minutes par jour ferait baisser le niveau de stress de plus de 60%, un résultat supérieur à celui qu’on obtient par tous les autres moyens, comme le jeu, la promenade, la musique… ou celui qui vous est propre 😉

Y comme y a pas que

Cousin numéro trois est marathonien. Champion de triathlon. Amateur des parcours les plus lourds, de ces ‘trails’ où il faut grimper des dénivelés boueux.

Apparemment, il n’est pas le seul.
Apparemment, le ‘trail’ ne leur suffit pas.
Il leur faut de l’ultra-trail.
Et c’est l’équipe belge qui vient de remporter les championnats du monde de cette discipline, devant les Etats-Unis.

Course d’endurance et ‘last man standing‘, comme dans le film They shoot horses, don’t they.

Ce last man standing, c’étaient deux Belges, dont un incroyable champion qui s’appelle Karel Sabbe et est dentiste à Gand:

« Cette fois, il vient de repousser les limites physiologiques de l’être humain puisque jamais avant lui un homme n’avait couru 75 heures, plus de trois jours et trois nuits donc, parcourant 503 kilomètres sans s’arrêter. »

Tout ce que vous voulez savoir sur cette compétition: ici.

Y comme Yvan

« Jadis, nous avions, même les plus modestes d’entre nous, des tirelires. […] Nous apprenions ainsi l’attente, la patience, la réflexion, la prise de conscience et le sens du rituel au moment de casser la tirelire, le discernement quant à l’achat visé et, de là, la capacité d’attention vouée à cet achat […]. La tirelire a disparu, et les vertus citées ci-dessus sont emportées dans le maelström de la consommation effrénée […]. »

Yvan Pommaux, Lire est le propre de l’homme, L’école des loisirs, 2011, p.87

Y comme y a pas de souci

Tiens! se dit l’Adrienne en faisant une petite promenade matinale, je croyais qu’il était interdit de passer la nuit sur la plage?

Apparemment, elle devrait mieux se renseigner: à gauche sur la photo, un petit groupe de jeunes roupillait paisiblement et à droite on remarque une petite tente encore bien fermée, sous laquelle très certainement se trouvaient d’autres dormeurs.

Et tout ça en août 2020, alors que les plages d’Ostende, en journée, ne sont accessibles que sous réservation.

« Les jeunes sont désordre », comme disait le personnage du jardinier dans un livre de Michel de Saint-Pierre 🙂

***

Pour ceux que ça intéresse, le livre en question est « Le Milliardaire » et la phrase suivante est « Mais faut reconnaître parfois qu’ils ont de l’idée. »

Y comme Yaka

Yaka Modeler

Yaka, c’est ce merveilleux pays où vit le petit frère. Et dont régulièrement il envoie des injonctions:

– Yaka envoyer un mail.
– Yaka téléphoner.
– Yaka leur dire ceci. Leur demander cela.
– Yaka chercher.
– Yaka régler.

Et toujours c’est urgent. A faire plutôt la veille que le jour même.

Et toujours c’est simple.

Alors cette nuit l’Adrienne s’est dit qu’elle devrait avoir l’audace de lui répondre:

– Yaka le faire toi-même.

Juste une fois.

Pour voir ce que ça donnerait 😉

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source de la photo ici.