Y comme Yuiwakamiya

L’Adrienne, qui trouve déjà terriblement exotique la littérature russe, avec ses noms, prénoms, noms du père et diminutifs affectueux, tout ça pour chacun des personnages, est en ce moment plongée dans plus exotique encore: un roman traduit du japonais 🙂

Un véritable cadeau pour l’abécédaire et la lettre K dès les premières pages du livre: Kamakura, Kanagawa, Kyûshû, kyô-bancha (thé vert).

On n’y boit et mange que des choses tout à fait inconnues de la lectrice: kombu, karintô, purée d’azuki ou sauté de liseron d’eau.

Même le calendrier n’offre pas de repères occidentaux: shôsho (aux alentours du 7 juillet), risshû (vers le 7 août), délimitent la saison pluvieuse de l’été et de l’arrière-saison.

Les vêtements (inconnus, comme les geta, que la narratrice fait claquer sur le sol, donc on suppose que ce sont des chaussures ;-)), les rituels (inconnus) dans des sanctuaires (exotiques), et tout ce qui concerne les différents alphabets japonais et chinois, les encres, leur fabrication, leur utilisation, les pinceaux, les crayons, les diverses sortes de papier, les styles d’écriture, l’importance du choix des timbres…

Bref, dans le train pour Bruxelles l’Adrienne était au Japon 🙂

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Et un peu en Belgique aussi, à la page 113:

« J’ai opté pour du vergé crème fabriqué en Belgique, un type de papier utilisé depuis longtemps par les familles royales et nobles d’Europe. Les vergeures – les marques laissées par les fils du tamis utilisé pour fabriquer le papier, qui lui donnent son nom – forment des aspérités ténues, pareilles à des rides, qui projettent de subtiles ombres sur la feuille blanche. Au toucher, ce papier a la chaleur du fait main, il en émane bienveillance et douceur. C’était parfait pour communiquer les sentiments de Monsieur Sonoda. » (1)

Ito Ogawa, La papeterie Tsubaki, traduit par Myriam Dartois-Ako, éd. Picquier, 2018.

(1) et les miens à l’amie qui m’a offert ce cadeau 🙂

Y comme yard

106ème devoir de Lakevio du Goût

Les voyez-vous, à l’arrière-plan du tableau, ces chalutiers à vapeur en route vers l’Angleterre?

Ils ont quitté Ostende pour Milford Haven, où il en arrive quotidiennement en cette mi-septembre de 1914. D’autres seront envoyés au port de Fleetwood. Tous seront embrigadés pour la défense de l’espace maritime anglais et l’indispensable approvisionnement.

Parmi eux, il y a Louis Ponjaert.
Il est le schipper du O.151, Nadine, que la Société des Pêcheries ostendaises vient d’acquérir en janvier de cette année-là.

L’homme a tout juste cinquante ans.
C’est lui qui sera une sorte de recordman du sauvetage en mer. Le 25 décembre 1914 il sauve 42 membres de l’équipage d’un navire marchand anglais torpillé par les Allemands et le 30 mars 1917 il réussit l’exploit de sauver l’équipage entier du Liverpool, 73 personnes.

Nombreux sont les pêcheurs ostendais à être victimes d’un U-boot ou de mines. Mais Louis Ponjaert réussit à rentrer à Ostende après la guerre et continuera son travail de schipper – commandant d’un bateau de pêche – sur le O.151 jusqu’en 1921.

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Ceci n’est pas une fiction – sources oostendse visserij in 14-18.pdf et ici – Pour ceux qui souhaiteraient prononcer correctement Ponjaert, dites « ponne » puis « yarte » – Merci à monsieur Le Goût pour sa consigne:

Mais que diable fait cette barque vide au bord de l’eau ? Au moins ça m’inspire… Mais vous ? J’espère que lundi vous aurez dit quelque chose sur cette embarcation mystérieuse.

Y comme yoga

En lisant Yoga d’Emmanuel Carrère, l’Adrienne n’a cessé de se demander si ce livre avait constitué une publicité pour Vipassana ou tout le contraire.

Elle suppose que oui, finalement et malgré ce que l’auteur en dit.

D’ailleurs elle-même, qui était décidée à ne plus rien lire de lui – son égo effrayant de démesure et son narcissisme encore au-delà, elle en avait vraiment assez vu, se disait-elle – elle-même donc s’y est laissé prendre.

Yoga? Intéressant! Voyons ce qu’il en dit.

En fait ça ne parle pas tellement de yoga mais beaucoup, beaucoup de lui et de son itinéraire d’enfant gâté qui se plaint quand même beaucoup, beaucoup d’avoir été tant privilégié par la vie, depuis le berceau jusqu’à la page finale (392, oui quand même il faut bien cela pour se re-re-re-raconter ;-)) où il annonce à ses lecteurs qu’une nouvelle femme lui sourit « et commence à l’aimer ».

Et hop! il est de nouveau « pleinement heureux d’être vivant ».

Tant mieux pour lui.

Si vous voulez vous amuser à compter combien de fois il y a « je », « me », « moi » par ligne de texte, c’est ici 🙂

Y a-t-il un pilote dans l’avion?

‘Uit de klauwen van de taliban’: foto van huppelend meisje in Melsbroek gaat de wereld rond

L’Adrienne était déterminée à ne pas parler de ce qui se passe là-bas – il y a assez d’autres média pour le faire – mais ce qu’elle a lu vendredi soir l’a tellement choquée qu’il faut qu’elle le dise:

1.dans l’ambassade du Royaume-Uni, à Kaboul, alors qu’on y avait (soi-disant) soigneusement fait disparaître tout document compromettant avant l’évacuation le 15 août, des feuilles traînaient encore par terre, portant les noms et coordonnées complètes d’Afghans ayant travaillé pour les Britanniques. Trois de ces familles n’ont été évacuées qu’après que le Times avait communiqué la chose aux autorités. On est sans nouvelles des autres…

2.Plus fort encore, si possible, du côté des Américains, qui ont tout bonnement communiqué aux taliban des listes avec les noms de citoyens américains et afghans qui ont travaillé pour eux.

D’où la question du titre: y a-t-il un pilote dans cet avion? et si oui, vers quel mur l’envoie-t-il?

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la photo montre une famille afghane à sa descente de l’avion à Melsbroek (Belgique), photo touchante par le bonheur évident de la petite fille sautillante – source ici.

Y comme yeux

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Ilias était arrivé à l’école pour y faire ses deux dernières années: son père, excédé par sa paresse, avait espéré que le choc serait salutaire.

Malheureusement, s’il y avait eu choc, ce n’était pas du côté d’Ilias, mais chez les filles de sa nouvelle classe.
Et même chez toutes celles d’autres classes, qui s’agglutinaient autour de lui à chaque récré.

Ilias faisait sensation avec son allure athlétique, sa peau bronzée et ses yeux clairs.

Et puis, comme pour le copain Geoffroy, dans le petit Nicolas, « celui qui a un papa très riche qui lui achète tout ce qu’il veut« , il était aussi celui qui avait la plus belle moto. Rouge.

Bref, Ilias s’est tout de suite beaucoup plu et n’a changé en rien son comportement.

– Vous n’allez pas vous aussi, dit le papa à Madame, lors de l’entretien parents-professeurs, me parler de ses beaux yeux, j’espère?

Car oui, même les profs étaient sous le charme 🙂

Aujourd’hui, Ilias a une femme, un fils de deux ans, un chien et un vrai travail: Madame espère que son papa est content.

Y comme y a de l’orage dans l’air

C’était le samedi 19 juin.

Grosse ambiance chez les voisins: quatre voix, la radio, les deux chiens et les glapissements d’un troisième.

Sapristi, se dit l’Adrienne « ik voel de bui al hangen« .
On dirait un chihuahua et j’ai la très forte impression qu’après le départ de ce couple d’amis, la bête glapissante va rester.

Ainsi soit-il.
Amen.

L’Adrienne n’a même pas besoin de boule de cristal: avec ses voisins, le pire est toujours à venir 🙂

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l‘image illustre l’expression néerlandaise, ik voel de bui al hangen, « je sens déjà l’averse », expression utilisée quand on pressent ou devine un danger, un problème.

Y comme yaourt

Pour mini-Adrienne, à cinq ans, les choses sont claires: la poule, pond des œufs, la brebis donne la laine – et le bonheur de voir des agneaux au printemps – la vache, on la trait pour le lait.

Et c’est là que les problèmes commencent: mini-Adrienne n’aime pas le goût du lait.
L’odeur du lait.
La « peau » de la crème de lait qui flotte dans son café.

A l’époque, l' »intolérance » n’avait pas encore été inventée.
Disons que c’était « instinct de survie ».
Le lait donnait envie de vomir.
Voilà.

Par contre, chez grand-mère Adrienne, incorporé à la poudre magique Impérial, il devenait jaune et épais, une crème à la vanille luisante et veloutée.
Ou à Pâques, mélangé aux figurines en chocolat qu’on y faisait fondre.
Là, d’accord.

Or un jour que mini-Adrienne était malade, si malade que l’école était interdite et qu’elle avait le droit de passer la journée dans le fauteuil de son papa, à attendre que la maladie s’en aille, le médecin avait ordonné qu’elle boive du lait.

Punition sur punition!

On aurait pu le lui servir en perles, en berlingot, avec du miel – tiens, sa mère n’a pas pensé à y mettre du chocolat! – ça n’y aurait rien changé.

Elle s’est bien forcée à obéir, pourtant.

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écrit pour les Plumes d’Émilie – merci Émilie! – avec les mots imposés suivants:
miel – perle – brebis – crème – sein – velouté – traire – chocolat – poule – berlingot – intolérance – incorporer – survie.

Peut-être les choses auraient-elles été différentes si mini-Adrienne avait été nourrie au sein?
Mais ici le mot n’avait pas sa place 😉

Y comme y en a marre!

D’un stylo vengeur, Matteo barre tout ce qu’il vient d’écrire. Son irritation est telle qu’il finit par crever le papier.

Les notifications de son instituteur sur son dernier bulletin n’ont eu pour effet qu’une immense frustration, un grand découragement.

Quand Cindy rentre de la laverie – combien de fois par semaine fait-elle la navette depuis que son lave-linge est en panne ? – elle trouve l’appartement sens dessus dessous, son précieux hibiscus renversé et toute la boîte de dominos éparpillés sur le tapis.

– Matteo ! Qu’est-ce qui s’est passé, ici ? Et où est ton petit frère ?
– Il dort !

Cindy soupire. C’est vrai que son cadet a ce don de pouvoir traverser une nuit de sommeil pleine de bruits sans se réveiller. Mais tout de même. Elle aimerait habiter dans un endroit plus calme. Que les garçons aient chacun leur chambre. Et un petit jardin où se défouler.

ça me gave, ces exercices ! Y en a marre ! J’y comprends rien ! Qu’est-ce que ça veut dire, ‘ambiguïté’ ?

Nouveau soupir de Cindy.
Sur la table, il y a la lettre l’invitant à une session de formation pour « optimiser et uniformiser les méthodes de travail. »

Dans quel monde vivront mes garçons, se demande-t-elle.
Bientôt il faudra un bac + 5 pour être femme de ménage…

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots suivants:

1 barre 2 dormir 3 notification 4 irritation 5 habiter 6 hibiscus 7 domino 8 navette 9 uniformiser 10 laverie 11 gaver 12 immense et le 13e pour le thème : ambiguïté. 

Y comme y a pas moyen

74ème Devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_74 .jpg

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue… »

Non, non ça ne va pas être possible!

Oh mon dieu seigneur, non et non et non!
J’en suis incapable!
Ah mon dieu seigneur mais pourquoi c’est tombé sur moi!

Ainsi se lamentait cette pauvre Suzanne, qui pouvait bien prier et allumer des cierges, ça ne changerait rien: c’est elle qui allait devoir jouer le rôle de Phèdre, pour la représentation de fin d’année scolaire, alors que ce qu’elle aurait voulu, c’est juste faire une toute petite récitation, un tout petit poème, tiens, celui de Verlaine, par exemple, juste quatorze petits vers faciles à retenir et pouvoir vite, vite quitter la scène sur un

« Et qu’il bruit avec un murmure charmant
Le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées ! « 

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne 74:

Que peut donc être en train de faire cette jeune femme, assise à son bureau, peinte par Carl Larsson ? Le savez-vous ? Je le sais parce que je la connais.
Je sais même que ça devrait commencer par :
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ».
Et se terminer sur
« Et qu’il bruit avec un murmure charmant, le premier « oui » qui sort de lèvres bien-aimées. »