Y comme il y a…

Il y a ceux qui laissent leurs détritus et ceux qui les ramassent.

Il y a ceux qui allument les feux de forêts et ceux qui s’efforcent de les éteindre.

Il y a ceux qui font de leur mieux dans leur coin et ceux qui pensent que ça ne sert à rien.

Il y a ceux qui prédisent des catastrophes imminentes et ceux qui ne veulent toujours pas croire qu’il y a un problème.

Et ces derniers temps il y a ceux grâce à qui on peut juger de la reconnaissance universelle d’une œuvre, d’un artiste: c’est à un de ses tableaux qu’ils iront coller la paume de leur main.

Dans le top trois il y a Jan Van Eyck (illustration ci-dessus), Vincent Van Gogh (ici) et Sandro Botticelli (ici).

Y comme y en a encore

Quand y en a plus, y en a encore, disait le père de l’Adrienne, généralement comme trait d’humour quand par exemple il fallait « finir un plat » ou quand une corvée était interminable, genre épluchage de crevettes grises.

Ici, après l’Anisette, Felicia, Cornelia et Penelope, vous voyez Sweet Juliet.

Une autre rose à la fois belle, solide et parfumée que l’Adrienne avait dans son jardin d’autrefois.

Celle-ci a été repérée dans le jardin de Glyndebourne le 18 juin dernier.

Reconnaissable entre toutes elle aussi 🙂

Y comme YYY

– Vous qui êtes curieux de tout et vraiment intéressé pour tout savoir, dit finement la guide à Jef, il y a une chose que vous avez sûrement déjà remarquée mais que vous ne m’avez pas encore demandée…

Jef s’arrête, tout interdit.
Bravo Madame la guide, sourit l’Adrienne.

– Vous aurez sûrement remarqué que ma plaque d’immatriculation commence par YYY?

Jef ne l’avait pas remarqué mais bien sûr il a sa fierté et ne l’avoue pas 😉

– Et bien, une plaque comme celle-là, c’est pour indiquer que j’ai trois enfants. Et que donc je ne paie pas de taxe.

L’Adrienne, qui subodore une bonne petite blague que se permet la guide envers un emm…, examine attentivement toutes les plaques d’immatriculation qu’elle rencontre, jour après jour, et toutes les voitures du parking où la guide a rangé son auto.

Aucune plaque n’a les trois lettres YYY.

Aujourd’hui encore derrière son écran l’Adrienne sourit.
Aucun des sites consultés sur la politique de natalité en Grèce ne parle d’exonération de taxes, uniquement d’une récente prime par naissance comme seule tentative de faire remonter la courbe.

Bien joué, Madame la guide 🙂

***

Photo prise en descendant de Mystras, la guide à l’avant-plan et oui, Jef est visible aussi.

Bien sûr, si quelqu’un a envie de creuser, de vérifier et de contre-vérifier, no problem: l’Adrienne aussi aime tout savoir 🙂

Y comme yapa que

Y a pas qu’à Venise, vous direz-vous en voyant l’image de la vidéo ci-dessus, que des paquebots trop gros viennent faire des trucs hasardeux (euphémisme).

Couper l’isthme de Corinthe pour y faire passer les navires par un canal est un travail qui n’a été réalisé qu’à la fin du 19e siècle – la grande époque aussi de Suez et Panama – mais c’est une chose dont on rêve depuis l’Antiquité.
Non, ils n’étaient pas fous, les Romains 😉 et les Grecs non plus.

Malheureusement les Grecs avaient la mauvaise idée de consulter la Pythie pour tout et rien et il leur a semblé qu’elle le leur déconseillait. (1)

Et les Romains avaient toujours ici ou là d’autres urgences, comme des irréductibles à mater et des empereurs à trucider.

Pour ceux que ça intéresse, un bon article sur les Tentatives de percement dans l’Antiquité, où vous pourrez lire que Néron lui-même a donné le premier coup de pelle.

En or, bien sûr 😉

***

(1) raconté par Hérodote, Livre I: chapitre CLXXIV.

Les Cariens furent réduits en servitude par Harpage, sans avoir rien fait de mémorable. Ils ne furent pas les seuls. Tous les Grecs qui habitent ce pays ne se distinguèrent pas davantage. On compte parmi eux les Cnidiens, colonie de Lacédémone. Leur pays, qu’on appelle Triopium, regarde la mer. La Bybassie commence à la péninsule ; et toute la Cnidie, si l’on en excepte un petit espace, est environnée par la mer : au nord, par le golfe Céramique ; au midi, par la mer de Syme et de Rhodes. C’est ce petit espace, qui n’a environ que cinq stades d’étendue, que les Cnidiens, voulant faire de leur pays une île, entreprirent de creuser pendant qu’Harpage était occupé à la conquête de l’Ionie ; car tout leur territoire était en dedans de l’isthme, et ne tenait au continent que par cette langue de terre qu’ils voulaient couper. Ils employèrent un grand nombre de travailleurs ; mais les éclats de pierre les blessant en différents endroits, et principalement aux yeux, d’une manière si extraordinaire qu’il paraissait bien qu’il y avait l’a quelque chose de divin, ils envoyèrent demander à Delphes quelle était la puissance qui s’opposait à leurs efforts. La Pythie, comme les Cnidiens le disent eux-mêmes, leur répondit en ces termes, en vers trimètres : « Ne fortifiez pas l’isthme, et ne le creusez pas. Jupiter aurait fait une île de votre pays, si c’eût été sa volonté. » Sur cette réponse de la Pythie, les Cnidiens cessèrent de creuser ; et, lorsque Harpage se présenta avec son armée, ils se rendirent sans combattre.

Y, adverbe pronominal de lieu

Il y avait dans leur chambre quatre lits blancs, mais une seule fenêtre.
– Dis-nous, Karl, dis-nous ce que tu vois par la fenêtre…

Ainsi commence La Fenêtre, une nouvelle de Maurice Pons (à lire ici) que malheureusement l’Adrienne avait déjà lue et par conséquent reconnue dès les deux premières lignes.

Mais bien sûr, dans la maison de quartier on est là aussi pour parler, échanger, rencontrer.

Depuis que la nouvelle saison de rencontres « lire ensemble » a commencé, il y a dans le petit groupe un homme au regard triste. La quarantaine. Les cheveux châtains en brosse. Les yeux très clairs.

Après la lecture d’une nouvelle – entrecoupée de pauses pour permettre à chacun d’exprimer ce qu’il a compris, ce qu’il en pense, ce que ça lui évoque – après cette lecture-là suit celle d’un poème.
Dès la première fois, Alexander a déclaré que la poésie, ce n’était pas son truc. On l’a rassuré: c’est son droit 🙂

Puis, mercredi dernier, c’était ce poème de Charles Bukowski, dont voici la version originale (avec traduction ‘simultanée’ de l’Adrienne):

there’s a bluebird in my heart that
il y a un merlebleu dans mon cœur qui
wants to get out
veut en sortir
but I’m too tough for him,
mais je suis trop fort pour lui,
I say, stay in there, I’m not going
je dis, reste là, je ne vais
to let anybody see
permettre à personne
you.
de te voir.
there’s a bluebird in my heart that
il y a un merlebleu dans mon cœur
wants to get out
qui veut en sortir
but I pour whiskey on him and inhale
mais je lui verse du whisky et j’aspire
cigarette smoke
la fumée de cigarettes
and the whores and the bartenders
et les putes et les barmen
and the grocery clerks
et les employés de magasin
never know that
ne savent jamais
he’s
qu’il est
in there.
là-dedans.

there’s a bluebird in my heart that
il y a un merlebleu dans mon cœur
wants to get out
qui veut en sortir
but I’m too tough for him,
mais je suis trop fort pour lui,
I say,
je dis,
stay down, do you want to mess
reste là, tu veux
me up?
m’embrouiller?
you want to screw up the
tu veux tout foutre
works?
en l’air?
you want to blow my book sales in
tu veux bousiller mes ventes de livres
Europe?
en Europe?
there’s a bluebird in my heart that
il y a un merlebleu dans mon cœur
wants to get out
qui veut en sortir
but I’m too clever, I only let him out
mais je suis trop malin, je ne le laisse aller
at night sometimes
que parfois la nuit
when everybody’s asleep.
quand tout le monde dort.
I say, I know that you’re there,
je dis, je sais que tu es là,
so don’t be
alors ne sois pas
sad.
triste
then I put him back,
puis je le remets à sa place,
but he’s singing a little
mais il chante un peu
in there, I haven’t quite let him
là-dedans, je ne l’ai pas tout à fait laissé
die
mourir
and we sleep together like
et nous dormons ensemble comme
that
ça
with our
avec notre
secret pact
pacte secret
and it’s nice enough to
et c’est assez beau pour
make a man
faire pleurer
weep, but I don’t
un homme, mais moi
weep, do
je ne pleure pas, et
you?
vous?

Charles Bukowski

Mercredi dernier, il a suffi de ce poème pour qu’Alexander sorte un peu de sa carapace. Complètement ému.

Il l’avait parfaitement compris du premier coup, mieux que les deux ou trois autochtones du groupe, et cette sorte de lutte du bien et du mal, dans le cœur de l’homme, lui a fait dire en conclusion de la conversation:

– Je suis Russe et j’en ai honte. J’ai quitté la Russie à 22 ans. J’y suis né mais je ne veux plus jamais y mettre les pieds. Je ne veux plus être Russe.

Y comme yaka

Experts twijfelen aan nut van VR-bril voor koeien: geen wetenschappelijk bewijs voor hogere melkproductie

Yaka leur mettre des lunettes de réalité virtuelle, avait dit il y a quelques semaines un éleveur turc, qui avait testé sur deux de ses vaches la vue (virtuelle) de vertes prairies pour recevoir d’elles en retour une meilleure production de lait.

L’Adrienne – comme des millions d’autres gens sûrement – avait regardé la vidéo réalisée dans son étable.

Vaches contentes, éleveur content?
Attendons la suite, s’était-elle dit.

La suite, c’est dans cet article de mardi dernier qu’on peut la lire, et comme c’est en néerlandais, voici l’essentiel de la chose: les experts ont comme un doute 😉

D’abord, dit un expert allemand, il semble impossible que la réalité virtuelle pendant seulement 20 minutes par jour suffise à augmenter la production de 22 à 27 litres par jour.

Ensuite, il y a les lunettes: elles sont conçues pour le regard humain. Or, les vaches ont une vision différentes, disent-ils, ce qui fait que pour elles la vue de ces vertes prairies doit plutôt ressembler à des effets clignotants, des images tremblotantes.

Bref, rien de concluant, même si la Russie expérimente avec ces lunettes depuis 2019, pour compenser le manque d’espace et de lumière, vu les conditions de détention des vaches à lait.

Oui, détention.

***

source de la photo ici et la vidéo ci-dessous au cas où vous l’auriez ratée 😉

Y comme Yuiwakamiya

L’Adrienne, qui trouve déjà terriblement exotique la littérature russe, avec ses noms, prénoms, noms du père et diminutifs affectueux, tout ça pour chacun des personnages, est en ce moment plongée dans plus exotique encore: un roman traduit du japonais 🙂

Un véritable cadeau pour l’abécédaire et la lettre K dès les premières pages du livre: Kamakura, Kanagawa, Kyûshû, kyô-bancha (thé vert).

On n’y boit et mange que des choses tout à fait inconnues de la lectrice: kombu, karintô, purée d’azuki ou sauté de liseron d’eau.

Même le calendrier n’offre pas de repères occidentaux: shôsho (aux alentours du 7 juillet), risshû (vers le 7 août), délimitent la saison pluvieuse de l’été et de l’arrière-saison.

Les vêtements (inconnus, comme les geta, que la narratrice fait claquer sur le sol, donc on suppose que ce sont des chaussures ;-)), les rituels (inconnus) dans des sanctuaires (exotiques), et tout ce qui concerne les différents alphabets japonais et chinois, les encres, leur fabrication, leur utilisation, les pinceaux, les crayons, les diverses sortes de papier, les styles d’écriture, l’importance du choix des timbres…

Bref, dans le train pour Bruxelles l’Adrienne était au Japon 🙂

***

Et un peu en Belgique aussi, à la page 113:

« J’ai opté pour du vergé crème fabriqué en Belgique, un type de papier utilisé depuis longtemps par les familles royales et nobles d’Europe. Les vergeures – les marques laissées par les fils du tamis utilisé pour fabriquer le papier, qui lui donnent son nom – forment des aspérités ténues, pareilles à des rides, qui projettent de subtiles ombres sur la feuille blanche. Au toucher, ce papier a la chaleur du fait main, il en émane bienveillance et douceur. C’était parfait pour communiquer les sentiments de Monsieur Sonoda. » (1)

Ito Ogawa, La papeterie Tsubaki, traduit par Myriam Dartois-Ako, éd. Picquier, 2018.

(1) et les miens à l’amie qui m’a offert ce cadeau 🙂

Y comme yard

106ème devoir de Lakevio du Goût

Les voyez-vous, à l’arrière-plan du tableau, ces chalutiers à vapeur en route vers l’Angleterre?

Ils ont quitté Ostende pour Milford Haven, où il en arrive quotidiennement en cette mi-septembre de 1914. D’autres seront envoyés au port de Fleetwood. Tous seront embrigadés pour la défense de l’espace maritime anglais et l’indispensable approvisionnement.

Parmi eux, il y a Louis Ponjaert.
Il est le schipper du O.151, Nadine, que la Société des Pêcheries ostendaises vient d’acquérir en janvier de cette année-là.

L’homme a tout juste cinquante ans.
C’est lui qui sera une sorte de recordman du sauvetage en mer. Le 25 décembre 1914 il sauve 42 membres de l’équipage d’un navire marchand anglais torpillé par les Allemands et le 30 mars 1917 il réussit l’exploit de sauver l’équipage entier du Liverpool, 73 personnes.

Nombreux sont les pêcheurs ostendais à être victimes d’un U-boot ou de mines. Mais Louis Ponjaert réussit à rentrer à Ostende après la guerre et continuera son travail de schipper – commandant d’un bateau de pêche – sur le O.151 jusqu’en 1921.

***

Ceci n’est pas une fiction – sources oostendse visserij in 14-18.pdf et ici – Pour ceux qui souhaiteraient prononcer correctement Ponjaert, dites « ponne » puis « yarte » – Merci à monsieur Le Goût pour sa consigne:

Mais que diable fait cette barque vide au bord de l’eau ? Au moins ça m’inspire… Mais vous ? J’espère que lundi vous aurez dit quelque chose sur cette embarcation mystérieuse.

Y comme yoga

En lisant Yoga d’Emmanuel Carrère, l’Adrienne n’a cessé de se demander si ce livre avait constitué une publicité pour Vipassana ou tout le contraire.

Elle suppose que oui, finalement et malgré ce que l’auteur en dit.

D’ailleurs elle-même, qui était décidée à ne plus rien lire de lui – son égo effrayant de démesure et son narcissisme encore au-delà, elle en avait vraiment assez vu, se disait-elle – elle-même donc s’y est laissé prendre.

Yoga? Intéressant! Voyons ce qu’il en dit.

En fait ça ne parle pas tellement de yoga mais beaucoup, beaucoup de lui et de son itinéraire d’enfant gâté qui se plaint quand même beaucoup, beaucoup d’avoir été tant privilégié par la vie, depuis le berceau jusqu’à la page finale (392, oui quand même il faut bien cela pour se re-re-re-raconter ;-)) où il annonce à ses lecteurs qu’une nouvelle femme lui sourit « et commence à l’aimer ».

Et hop! il est de nouveau « pleinement heureux d’être vivant ».

Tant mieux pour lui.

Si vous voulez vous amuser à compter combien de fois il y a « je », « me », « moi » par ligne de texte, c’est ici 🙂