Z comme zoom

Au printemps, l’Adrienne avait fait de la résistance, préférant annuler ses cours d’histoire de la musique plutôt que de les suivre en ligne avec l’application zoom, qui ne lui semblait pas fiable.

Or nous y revoilà à l’automne – d’accord, on s’y attendait – et cette fois pour le cours d’arabe.

Ce sera zoom ou zut.

Z comme zut!

Zut! se dit l’Adrienne en voyant que la prof commence à circuler entre les rangs pour se pencher sur les notes de cours des uns et des autres et vérifier s’ils ont bien formé les lettres.

Zut et zut! se dit-elle et elle retourne prestement sa feuille.

– Et toi, tu n’écris pas? demande la prof, arrivée à son banc.
– Si, si! dit l’Adrienne.

Pas moyen d’y échapper. Il faut retourner la feuille. Faire voir ce qu’on a écrit.

Et là, entre les caractères arabes, alors qu’elle s’ennuyait et en avait assez d’ânonner « alifon, bêon, têon, thêon… » qu’elle connaît par cœur depuis longtemps, elle a écrit ‘Het zal « huiswerk » worden want in de les gebeurt er niet veel…

Ce qui veut dire: ‘Il ne se passe pas grand-chose en cours, l’apprentissage devra se faire à la maison’

– Je vois, a dit la prof.

Et jusqu’à aujourd’hui l’Adrienne ne sait pas si la prof a vu ce qu’elle devait voir ou ce qu’elle ne devait pas voir 😉

Z comme zozotte

La Retraite sentimentale - Colette - Folio

Étonnement de l’Adrienne, quand à la page 60 de la Retraite sentimentale, Annie, la vieille amie de Claudine se traite de « zozotte ».

Ce ne serait donc pas un belgicisme, dû au néerlandais « zot » (sot, en français), comme elle le pensait?

Pas de réponse dans le petit Robert,  selon lequel le mot ‘sot’ serait d’origine inconnue.

Cherchons donc plus loin.

ÉTYMOLOGIE

Picard, sot, fou, mains sottes, mains engourdies par le froid ; wallon, so, sott ; espagn. et portug. zote ; angl. et anglo-saxon, sot ; holl. zot ; bas-lat. sottus. Origine inconnue.

Voilà ce qu’en dit le Littré.

C’est fou 🙂

***

Toutes les références et tous les liens pour l’illustration et le livre de Colette ont déjà été donnés ici, le 16 août.

Z comme Zou! Zou!

Mon frère et moi : souvenirs d'enfance et de jeunesse / par Ernest ...

Notre grand’mère était morte plusieurs années avant ma naissance; mais j’ai entendu assez souvent parler d’elle pour affirmer que ce n’était point une âme ordinaire. Plébéienne au sang chaud, royaliste convaincue, trempée dans les rudes épreuves de la Terreur, elle rappelait par sa beauté, ses formes sculpturales, ses yeux largement fendus, quelques-uns des portraits du peintre David.

Lorsque Antoine Reynaud la connut, elle avait vingt ans; elle était veuve d’un premier mari, mort fusillé dans l’une de ces échauffourées de la Lozère contre lesquelles la Convention envoya un de ses membres, Châteauneuf-Randon.

De ce mariage, un fils lui restait. Elle avait couru avec lui les plus effroyables périls. Décrétée d’accusation en même temps que son mari, elle s’était réfugiée à Nîmes, où résidait une partie de sa famille, tandis que lui-même fuyait d’un autre côté. Là, elle vivait obscure et cachée, attendant la fin des mauvais jours. Un matin, elle commit l’imprudence de sortir, son enfant dans les bras. La fatalité la plaça sur le passage de la déesse Raison, qu’on promenait processionnellement dans les rues, et voulut que la citoyenne à qui était échue cette haute et passagère dignité connût notre grand’mère. Du plus loin qu’elle l’aperçut, elle l’interpella, en criant:

—Françoise! à genoux!

Ma grand’mère avait à peine dix-sept ans, la repartie prompte et l’ironie facile. Elle répondit à cet ordre par un geste de gamin. La foule se précipita sur elle: «Zou! zou!» Elle prit sa course à travers la ville, pressant son enfant contre son sein, atteignit un faubourg et put rentrer chez elle par le jardin, en passant sur l’étroite margelle d’un puits, au risque de s’y laisser choir. Elle disait plus tard:

—Un chat n’aurait pas fait ce que j’ai fait ce jour-là.

Elle était sauvée momentanément; mais trop de périls menaçaient sa sûreté pour qu’il lui fût possible de rester à Nîmes. Elle partit le même soir pour le Vivarais.

Elle dut faire une partie de la route à pied, voyageant à petites journées, logeant à la fin de ses longues marches dans une ferme ou chez des curés constitutionnels à qui de bonnes âmes l’avaient recommandée. Ce fut pendant ce voyage, traversé par les plus cruelles angoisses, qu’elle apprit la mort de son mari.

Elle était arrivée la veille dans un pauvre village nommé Les Mages. Logée au presbytère, elle fut douloureusement impressionnée en entrant dans la chambre qui lui était destinée. Le cimetière s’étendait sous ses croisées; la lune dessinait dans la nuit les croix des tombes. Il lui fut impossible de s’endormir.

Puis, ce fut l’enfant qu’elle allaitait qui parut à son tour saisi de terreur. Rouge et les yeux hagards, le pauvre petit être cria et pleura toute la nuit, se débattant dans les bras de sa mère qui s’efforçait en vain de l’apaiser.

Quelques heures plus tard, ma grand’mère apprenait que son mari était mort, non loin de là, fusillé, au petit jour. Elle ne cessa jamais de croire que son fils avait eu durant cette affreuse nuit la vision du supplice de son père.

Extrait du chapitre III de Mon frère et moi, souvenirs d’enfance et de jeunesse par Ernest Daudet, éd. Plon, 1882, lisible dans son intégralité ici.

Z comme zeevonk

Images de Bredene

Ce mois-ci l’Adrienne a encore appris un nouveau mot, zeevonk en néerlandais, et apparemment en français surtout connu sous son nom latin, noctiluca scintillans.

Des photos et des vidéos de merveilleuses vaguelettes d’un bleu fluorescent ont fait le tour de nos réseaux sociaux et journaux, après qu’elles avaient été observées sur la plage de Bredene, près d’Ostende

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Un phénomène relativement neuf dans notre mer du Nord, une autre conséquence – et une preuve, s’il en fallait encore – du réchauffement climatique.

Toute l’info en français ici, avec des explications sur le phénomène et d’autres photos – source des photos et article en néerlandais ici.

Z comme Zand

brown sand

Lundi en fin d’après-midi, l’Adrienne avait enfin un beau trottoir tout neuf.
Recouvert de divers gros tas de sable clair.

Alors vous la connaissez, elle a pris une petite brosse et a commencé à introduire patiemment le sable dans les interstices entre les pavés.

– Faut laisser ce travail aux ouvriers! dit un homme qui passait là avec son chien.

Non tenu en laisse, le chien, et qui s’est dépêché d’aller lever la patte sur le magnifique plant de citronnelle.

– Vous croyez que les ouvriers vont brosser le trottoir? Demain?

– Ah! demain, je n’en sais rien, mais c’est leur travail, pas le nôtre!

Ils ont continué à deviser pendant que le chien explorait le couloir, le jardin et les jambes de l’Adrienne.

– Et ce trou, là? fait l’homme en désignant l’aération de la petite cave, vous allez le laisser ouvert?

– Les ouvriers ont cassé la pierre qui était posée dessus, dit l’Adrienne.

– S’il pleut, vous allez avoir de l’eau dans votre cave!

Hélas! ne parlez pas de ce genre de malheur à l’Adrienne! Mais elle ne lui a pas raconté ses mésaventures aquatiques.

Bref, de fil en aiguille il a proposé de venir dès le lendemain lui faire un peu de travail de maçonnerie pour fermer tout ça.

Donc depuis mardi soir, l’Adrienne n’a plus de trou d’aération à sa cave.

Et le plus beau de tout: vous savez qui c’est, ce charmant voisin?

Celui qui jusqu’à l’an dernier venait chaque quinzaine, le jour des immondices, déposer ses sacs de canettes de bière.

Oui, celui-là même!

Photo de Negative Space sur Pexels.com

Z comme zwemmen

2019-01-01 (3)

Ne demandez pas à l’Adrienne comment il se fait qu’elle n’aille plus jamais nager, alors qu’elle aime tant ça. Elle ne le sait pas elle-même.

Oui, elle aime énormément l’eau et l’autre jour, en lisant ce poème, elle a tout à fait reconnu la plupart des sentiments évoqués: 

Een zwemmer is een ruiter

Zwemmen is losbandig slapen in spartelend water,
is liefhebben met elke nog bruikbare porie,
is eindeloos vrij zijn en inwendig zegevieren.

En zwemmen is de eenzaamheid betasten met vingers,
is met armen en benen aloude geheimen vertellen
aan het altijd allesbegrijpende water.

Ik moet bekennen dat ik gek ben van water.
Want in het water adem ik water
word ik een schepper die zijn schepping omhelst,
en in het water kan men nooit geheel alleen zijn
en toch nog eenzaam blijven.

Zwemmen is een beetje bijna heilig zijn.

Paul Snoek, Hercules. Gedichten, Brussel, Manteau (1960)

Le nageur est un cavalier

La natation est un sommeil libertin dans l’eau qui barbote,
c’est aimer par chaque pore encore actif,
c’est être infiniment libre et triompher à l’intérieur de soi.

Nager c’est tâter la solitude avec les doigts,
c’est raconter avec les bras et les jambes des secrets d’autrefois
à l’eau qui comprend toujours tout.

Je dois avouer que j’adore l’eau.
Dans l’eau je respire eau
je deviens un créateur qui embrasse sa création,
dans l’eau on n’est jamais tout à fait seul
tout en étant solitaire.

Nager a presque une petite odeur de sainteté.

Paul Snoek (traduction de l’Adrienne)

***

photo prise en Islande, hiver 18-19, au Blue Lagoon, fermé aussi en ce moment pour les raisons que l’on sait 😉

Z comme zero zucchero

DSCI7374

Sans sucre, sans œufs, sans lait, sans farine, dit Stefania.

Voilà comment elle fait des biscuits ou gâteaux secs.

Vous devinez que l’Adrienne a voulu vérifier, surtout ce « sans sucre » lui semblait impossible.

Alors pour satisfaire votre curiosité, voici ce que Stefania appelle « zero zucchero »: pour une tasse de flocons d’avoine et une poignée d’amandes, il faut une tasse de jus de pommes et une demi-tasse de raisins secs. Vous mixez tout ça légèrement et vous en faites des petits tas sur une plaque que vous mettez 15 minutes au four à 150°.

Zero zucchero, le jus de pommes et les raisins secs?

La bonne blague 🙂

***

L’illustration n’a rien à voir avec le billet puisque c’est le gâteau de mariage de G&S, l’été dernier, avec comme principaux ingrédients du sucre, des œufs, de la farine pour le biscuit, de la pâte à sucre pour le décorer et du « lemon curd » pour le fourrer.

Mais ne demandez pas à l’Adrienne si c’était bon, elle n’en a pas mangé 😉

Z comme zizi

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« Ceci, dit la guide, est une stèle représentant un guerrier scythe.

Comme vous pouvez aisément le constater vous-mêmes, il s’agit bien d’un homme. »

Sourires entendus et légers hahaha chez la guide et dans l’assistance.

On dirait bien que seule l’Adrienne n’a pas compris que ce qu’elle prenait pour un glaive ou un poignard attaché à la ceinture est en fait ceci:

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Statue funéraire en pierre d’un guerrier scythe – dit le catalogue – trouvée à Lumina (en Roumanie) et datant de 600 à 500 avant notre ère.

Elle mesure 115 cm de hauteur et était placée au sommet d’un tertre recouvrant la tombe du guerrier.

Il est représenté armé d’une hache, d’un poignard et d’un akinakès, l’épée traditionnelle des Scythes.

Il s’agit d’une des premières représentations humaines dans l’art scythe.

Photos prises à Tongres à l’expo Dacia Felix. Encore ouverte jusqu’en avril 2020.