Z comme Zemlinsky

Il y avait un concert classique dans la petite ville de l’Adrienne, elle y est allée, évidemment.

Le Quatuor Zemlinsky – un quatuor tchèque du nom du compositeur autrichien qui a été actif à Prague de 1911 à 1927 – a offert un merveilleux moment de grâce pendant lequel l’Adrienne a eu beaucoup, beaucoup de mal à ne pas penser tout le temps à un autre nom en Z qui lui ressemble très fort et qui est, vous l’aurez deviné, celui du président ukrainien.

Bref, un Z comme Zorba, ce sera pour une autre fois 😉

Z comme zootje ongeregeld

C’est l’expression qui vient spontanément à l’Adrienne – en même temps qu’un grand sourire, la pêche et la banane – quand elle se trouve dans le cercle très joyeux de la chorale, celle qu’elle avait appelée Geitenwollensokken et dont elle avait déjà vanté la belle discipline 😉

Bref, d’arrêts imposés en reprises timides et éphémères, la petite chorale a recommencé ses réunions chaque quinzaine, malheureusement dans chef de chœur.

Il faut dire que c’est bien beau, l’esprit hippie et anar-sur-les-bords, ça rigole, ça papote, ça arrive en retard, certains au bout de cinq ans ne savent toujours pas si elles sont sopranos ou altos, s’ils sont ténor, baryton ou basse, la moitié au moins ne lit pas la musique, certains chantent faux (ou disons: ont du mal à garder la note ;-)), ne viennent qu’une fois sur deux (ou sur trois) donc il faut tout reprendre à zéro, à peu près à chaque répétition.

Zootje ongeregeld, joyeux bazar, petite troupe en pagaille, bande de fous, tout ça et bien plus, et c’est adorablement rigolo.

Sauf pour le chef.

Z comme zoo

L’Adrienne a trouvé assez rigolo d’apprendre que la grille monumentale du zoo de New York soit l’œuvre d’une fonderie bruxelloise, plus précisément celle de Molenbeek: la Compagnie des Bronzes de Bruxelles à Molenbeek-Saint-Jean, aujourd’hui musée.

Vous vous souvenez sûrement de ce que pensait de la capitale belge le président précédent et dans le cas d’une fonderie le mot « hellhole » pourrait presque se justifier 😉

Le site du musée ici.

Z comme zèle

L’Adrienne le savait depuis longtemps, depuis 2017, l’année d’avant les travaux à la rue (voir photo): les travaux préliminaires à (faire) réaliser soi-même – la récolte séparée des eaux de pluie et des eaux usées – seraient contrôlés un jour.

Monsieur l’Entrepreneur a fait ces ouvrages ainsi qu’un petit plan qui les résume, tout ça a été fort compliqué et fort coûteux, plus de 5000 euros. Il a par exemple fallu creuser une tranchée sur toute la longueur du jardin à cause de la situation en coin de rue.

Ce mois-ci était venu le moment du contrôle par les instances officielles, c’est-à-dire un jeune homme fort zélé délégué par la société de distribution d’eau potable.

Alors que chez tous les voisins la chose avait eu lieu depuis longtemps – l’Adrienne s’était même inquiétée : les contrôleurs l’avaient-ils oubliée ? Un courrier avait-il été perdu ? – bref chez tous les autres ça avait été une petite formalité de cinq à dix minutes, OK, on a vu, c’est bon, signez ici, au revoir !

Mais, vous l’avez deviné, chez elle rien de tout cela : pendant deux heures et demie, il a cherché, cherché la faille, cherché la faute, cherché l’erreur.

L’Adrienne a dû faire couler des litres d’eau de chaque robinet, tirer les chasses d’eau en haut, en bas. Zélé contrôleur a même voulu aller sur le toit plat – donc passer par la chambre de l’Adrienne, par-dessus son lit, par la fenêtre… – pour voir si cette conduite d’eau allait bien là où on lui disait qu’elle allait, dans la petite citerne d’eau de pluie, sous la cuisine.

Imaginez ce tableau d’un matin d’hiver : portes ouvertes devant et derrière, fenêtres ouvertes, robinets qui coulent, machine bruyante qui fait de la fumée… et l’Adrienne, qu’il fait courir en haut, en bas, dehors à la rue pour vérifier si la fumée qu’il envoie par les tuyauteries sort d’un côté ou de l’autre sur le trottoir.

Bref, la voilà de plus en plus démoralisée.

Et bien sûr, il l’a trouvée, « l’erreur » : dehors sur la mini-terrasse il y a un « putje » d’autrefois, un petit trou d’évacuation qui ne sert plus parce que Monsieur l’Entrepreneur l’a remplacé par un autre, en dénivelé, de sorte que maintenant s’il pleut fort la cuisine ne se transforme pas en piscine. Mais ce « putje », explique le zélé contrôleur, soit il fallait le fermer, soit le raccorder à la conduite d’eau de pluie.

Résultat : rapport négatif et nouveau contrôle dans les 60 jours.

Z comme zonnetje

« C’est l’automne », a-t-on écrit en grandes lettres sur cette vitrine ostendaise, « alors c’est moi-même qui serai het zonnetje in huis« .

Ce qui veut dire littéralement « le petit soleil de la maison ».
Donc: être le rayon de soleil, au sens figuré.

Mais vous aviez compris, n’est-ce pas 🙂

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photo prise à Ostende le 22 octobre – pour ceux qui veulent savoir ce que fait OverKop Oostende c’est ici ou ici.

Z comme zalig!

C’était jour de grand vent à Ostende et sur la plage rugissante, avec la marée montante, il n’y avait que quelques adeptes de cerfs-volants.

La digue aussi on l’avait quasiment pour soi seul, il fallait se tenir penché pour ne pas être renversé par la rafale et réussir à avancer un peu tout de même.

Alors quand l’Adrienne a croisé une dame luttant dans l’autre sens contre les éléments, elle a reconnu cette étincelle de bonheur dans ses yeux (bleus) et lui a lancé un:

Zalig, hé!

« Zalig« , c’est le degré supérieur de ce qui est agréable et rend heureux 🙂

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photo prise à Ostende le 22 octobre

Z comme Zink

David Van Reybrouck krijgt de Prix du livre européen voor Zink
© Stephan Vanfleteren

Qui d’entre vous a entendu parler de ce petit territoire de 3,44 km² à la frontière entre l’Allemagne et les Pays-Bas/la Belgique, créé neutre en 1816 sous le nom de Moresnet Neutre?

Pas l’Adrienne, en tout cas, jusqu’à ce qu’elle lise le petit essai de David Van Reybrouck, Zink (traduit en français et paru chez Actes Sud) dont voici l’incipit:

Drie weken voor mijn geboorte stierf een man van 68 die de laatste twintig jaar van zijn leven voornamelijk bij het raam had gezeten. Hoestend, rochelend, rokend. Zijn pijp verbrandde meer lucifers dan tabak. Geduldig en vriendelijk schilde hij de aardappels en sneed hij de prei. Het was de zomer van 1971, in het uiterste oosten van België, het gebied dat Duitstalig is. ‘Ik zie hem nog zitten,’ zegt Betty, een van zijn dochters, ‘daar in de hoek.’ Ze wijst naar een stoel bij het raam. Betty is samen met drie van haar oudere broers in het ouderlijk huis blijven wonen. We zitten met zijn allen in de salon, ik met een schriftje op schoot. ‘De laatste jaren kwam hij niet meer buiten. Ik heb hem nooit
anders gekend dan moeizaam ademend,’ zegt ze. De drie grijze broers knikken.

Trois semaines avant ma naissance, un homme de 68 ans, qui avait passé le plus gros des vingt dernières années de sa vie à la fenêtre, mourait. Toussant, crachotant, fumant. Sa pipe a consumé plus d’allumettes que de tabac. C’était l’été de 1971, dans le coin le plus oriental du pays, en Belgique germanophone. « Je le vois encore », dit Betty, une de ses filles, « là dans le coin. » Elle désigne une chaise à la fenêtre. Betty et trois de ses frères aînés vivent encore dans la maison familiale. Nous sommes tous au salon, moi avec un petit carnet sur les genoux. « Les dernières années, il ne sortait plus. Je ne l’ai jamais connu que respirant difficilement », dit-elle. Les trois frères acquiescent.

Langdurig ziek, sedentair bestaan, tamelijk jong gestorven – het lijkt niet te wijzen op een erg bewogen leven. Maar ik heb inmiddels geleerd dat de laatste levensjaren van een mens vaak weinig zeggen over het leven dat eraan voorafging. Zachtmoedige bejaarden blijken soms decennialang onuitstaanbare sujetten te zijn geweest. Bij jovialen komt het gezeik vaak met de jaren. En zelfmoord volgt soms op een leven vol uitbundigheid.

Malade de longue durée, vie sédentaire, mort assez jeune – ça ne paraît pas indiquer une vie très mouvementée. Mais j’ai eu l’occasion d’apprendre que les dernières années de vie ne disent généralement pas grand-chose sur ce qui a précédé. Parfois un doux vieillard a été un personnage exécrable. Un jovial est devenu râleur. Et un suicide termine une vie exubérante.

Maar zelden was het contrast groter dan bij deze vroeg versleten man. In de loop van enkele uren in dat stille huis leer ik dat hij niet alleen elf kinderen, maar ook vijf nationaliteiten en twee identiteiten heeft gehad. Een veelbewogen, maar weinig rooskleurig leven. ‘Mein Leben war von Anfang an ein Leidensweg,’ staat er op zijn doodsprentje, dat zijn dochter voor mij fotokopieert. Er zijn mensen in wier lichamen de geschiedenis zoveel lijnen trekt, krast en kerft, dat stilzitten, zodra het kan, nog de enige optie is.

Mais rarement le contraste aura été aussi grand que chez cet homme prématurément usé. Au cours des quelques heures dans cette tranquille demeure, j’apprends qu’il a non seulement eu onze enfants, mais aussi cinq nationalités et deux identités. Une vie mouvementée et pas très rose. ‘Mein Leben war von Anfang an ein Leidensweg,’ (ma vie a été un calvaire dès le début) lit-on sur son image mortuaire, que sa fille me photocopie. Il y a des gens chez qui l’histoire a tracé tant de lignes sur le corps, griffé, tailladé, que l’immobilité est la seule option, sitôt que possible. (traduction de l’Adrienne)

Bref, moins de soixante pages (quatre-vingts dans la version française :-)) sur l’absurdité des frontières et des décisions prises « en haut lieu » qui se répercutent douloureusement sur la destinée des hommes.

Broyés par l’histoire et victimes « d’être nés quelque part ».

Toute l’info en français sur le site d’Actes Sud.

Ceux qui ont bonne mémoire se souviendront peut-être qu’il a déjà été question du même auteur ici 🙂

Z comme zone de nuit

La chambre occupée de deux à huit ans a une fenêtre à main gauche, avec vue sur les toits. L’hiver, elle laisse passer de l’air froid. A main droite, le lit cage du petit frère. Il réussit tout de même à en sortir.

La chambre occupée de huit à vingt et un ans a une fenêtre à droite, avec vue sur la campagne. Des rideaux gris clair dessinent d’étranges ombres sur l’armoire en face du lit.

La chambre chez les grands-parents, où le lit en bois sculpté est si haut qu’on a du mal à grimper dedans. C’est celui de l’arrière-grand-père. Il a un matelas dans lequel on s’enfonce profondément. De l’armoire s’échappent des odeurs de ouate thermogène, supposée éloigner les mites.

La chambre chez une cousine du père où on est envoyée un été pour apprendre le néerlandais « standard ». On se souvient juste du coin près de la porte où est posée la valise, que la cousine a fouillée: elle a constaté que la mère n’avait pas prévu assez de petites culottes pour la quinzaine de jours.

La chambre de l’appartement de l’oncle, à la mer, avec ses odeurs si particulières et le sable qui s’incruste jusque dans le lit, malgré toutes les précautions.

La chambre d’hôtel d’un été à Saint-Jean-le-Thomas, deux fenêtres, deux grands lits, un lavabo et un bidet dans lequel le petit frère reçoit son bain.

La chambre dans la chapellerie, avec ses hauts plafonds et ses deux fenêtres sur la rue. Une nuit dans ce lit a quelque chose d’impressionnant et de solennel. On sait que c’est celui où la petite Ivonne est morte à 30 ans. On sait que la dernière à l’avoir vue vivante, c’est la voisine d’en face. Par cette fenêtre-là, précisément.

La belle chambre avec vue sur le magnolia soulangeana pendant la première année à l’université.

La chambre sous les toits, chez les futurs beaux-parents, où le vent et la pluie sur le velux empêchent de dormir.

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inspiré par l’atelier d’été de François Bon, consigne numéro 1, à la manière de Georges Perec, Les lieux où j’ai dormi.

Photo du soulangeana dans le jardin d’avant, comme celui de la Maria-Theresiastraat.

Z comme zigotos

Vous vous souvenez des deux zigomars du 15 mai?

Les « Jojo-la-Terreur » d’il y a trente ans sont finalement restés des petits macho, l’autre jour ils avaient le tableau de chasse ci-dessus sur leur fb et se vantaient du peu de choses de la liste qu’ils n’avaient jamais faites.

Seulement cinq points manquants.

– Il n’y a vraiment pas de quoi se vanter, s’est dit Madame avec un peu d’humeur en déchiffrant la liste.

Deux jours plus tard, elle reprend son auto – restée sous son auvent depuis le 2 janvier, au point qu’elle commençait à se demander quelle utilité ça pouvait bien avoir, ce truc à quatre roues – et devinez quoi?

Elle a roulé sans permis.

Resté à la maison, dans l’autre sac.

Mais bon, « gotten a ticket« , elle avait déjà coché, un jour elle a dépassé les 70km/h et ça lui a coûté le prix d’une paire de chaussures.

Pas de quoi se vanter, donc 😉