Z comme zèle (ter)

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– Alors? dit la mère de l’Adrienne, à peine leur improbable trio était-il monté dans le train du retour vers Hull. Alors? tes activités sont déjà planifiées, pour le mois de septembre?

Mes activités pour septembre, se dit l’Adrienne interloquée. Quand on n’est que le 20 juillet et qu’on rentre de vacances dans le Yorkshire? Était-elle supposée régler ça depuis Skipton? 

***

Vendredi dernier, l’Adrienne téléphone à sa mère. La semaine a été caniculaire, mais la mère de l’Adrienne refuse d’ouvrir une fenêtre du côté de la rue, en matinée ou en soirée. Ça ferait entrer des poussières. Au troisième étage.

Elle refuse aussi de se tenir tranquille aux heures les plus chaudes: elle sort pour ses promenades entre 13.30 h. et 16.30 h., point barre.

– Alors? lui dit-elle au téléphone, tu as géré ton mois d’août?
– Gérer mon mois d’août? répond l’Adrienne. Qu’est-ce que ça veut dire?
– Et bien ça veut dire profiter de tes vacances!

Décidément, l’Adrienne et sa mère ont des vues très opposées.

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Photo prise du train entre Skipton et Hull le 20 juillet dernier.
Admirez surtout les beaux gros nuages aux nuances variées de gris 😉

Z comme zèle

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Surprise de l’Adrienne, en rentrant de l’école lundi dernier, surprise et surtout de la gêne devant cet étalage sur le trottoir de gentille voisine Casque d’Or.

Comme si on exposait sa vie intime. Les vieilleries accumulées, qui datent de l’époque de ses parents et dont elle n’a jamais su se défaire.

Et aussi de plus belles choses, qui sont déposées dans le camion. Le reste subira un second tri le lendemain.

L’Adrienne ne peut s’empêcher d’y voir de l’excès de zèle: il n’y a pas une semaine que la voisine est enterrée, pas quinze jours qu’elle est morte.

Sans doute que la semaine prochaine il y aura une affichette ‘maison à vendre’…

Z comme Zorzi

Il a écrit un livre qui s’appelle L’Harmonie du monde, l’armonia del mondo (publié en latin en 1525). Homme de la renaissance italienne, Vénitien, érudit apparemment curieux de tout, comme il se doit pour l’uomo universale de l’époque. 

Vous savez comment se passe une recherche internet: de fil en aiguille, vous allez des paquebots de la lagune à une église à un moine franciscain qui se met à étudier l’hébreu pour lire les écrits bibliques dans le texte… Et ainsi vous arrivez chez Francesco Zorzi et vous vous passionnez pour son Armonia del mondo au point de vouloir le lire. Vous arrivez sur un article qui en parle en des termes très élogieux:

« un libro che si fa ancora leggere per lo stile raffinato, e per l’utopia simbolica che lo anima. L’armonia di cui parla il titolo è quella, segreta e divina, che lega tutti gli aspetti del reale.

un livre encore intéressant à lire pour son style raffiné et pour l’utopie symbolique qui l’inspire. L’harmonie dont parle le titre est celle, secrète et divine, qui relie tous les aspects du réel.

è un sorprendente progetto intellettuale, ora per la prima volta reso accessibile in italiano dalla traduzione di Saverio Campanini, accompagnata da un ricco apparato di note e commenti. Una smisurata città ideale di parole da riscoprire e in cui, perché no, gradevolmente perdersi.

c’est un projet intellectuel surprenant, rendu accessible pour la première fois en italien par la traduction de Saverio Campanini, qui l’accompagne richement de notes et de commentaires. Une immense cité idéale de mots à redécouvrir et où – pourquoi pas – se perdre agréablement. » (traduction de l’Adrienne)

Voilà en effet à quoi l’Adrienne perd agréablement son temps.

Cependant, à tous ces amis et gentils collègues inquiets pour sa santé mentale et son bien-être futur, qui lui posent la question: « Mais à quoi passeras-tu ton temps, quand tu n’auras plus l’école? » elle peut difficilement répondre « Je le perdrai sur google » 🙂

Z comme Zapprenants

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C’est chez Sophie Pouille que Madame a appris le mots: les Zapprenants. La seule différence est que Sophie a des « Zapprenants de petite taille » et Madame des Zapprenants plus grands qu’elle. Sauf une ou deux exceptions 😉

En ce moment, les Zapprenants de Madame sont en voyage à Paris, ils rentrent ce soir de quatre belles journées bien remplies.

Madame est très impatiente d’avoir leurs réactions jeudi matin à la première heure.

– Vous n’accompagnez pas? a demandé gentil G*J*K* rencontré vendredi dernier.
– Hélas non! a dit Madame, je n’ai plus l’énergie qu’il faut pour ce genre de voyage. J’ai besoin de dormir, la nuit.
– C’est vrai que nous, la nuit, on ne dort pas, a-t-il ri.
– C’est justement ça le problème, a ri Madame.

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La photo ci-dessus a été prise le jour de l’anniversaire de la mère de Madame, qui cette année-là a été fêtée à Paris 🙂

Z comme zen

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Ah! petite fille, petite fille!
Tu es pressée de dévorer les plaisirs de la vie, d’être déjà au lendemain et de vieillir!
Apprends à profiter de l’immédiateté au lieu de te pencher au-dessus de la margelle dans l’espoir d’entrevoir le visage de ton prince charmant.
Vis aujourd’hui et reste sereine face à ces proliférations de hasards: ils sauront répondre à tes désirs.
Retiens ces deux mots de latin ou lis les poètes: cueille les roses de la vie…

Petit poisson deviendra grand, laisse-lui le temps.

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Texte écrit en hommage à ma grand-mère Adrienne pour les Plumes reprises par Emilie avec les mots imposés suivants: PLAISIR – HASARD – PROFITER – CUEILLIR – AUJOURD’HUI – LENDEMAIN – ROSE – SEREIN – POISSON – PROLIFÉRATION – LATIN – IMMÉDIATETÉ – MARGELLE – DÉSIR – DÉCADENT – DÉVORER – on pouvait en laisser tomber un.

Photo: la rose Pierre de Ronsard, déjà utilisée ici plus d’une fois 🙂 

Z comme zou! on jette!

farinade

M. et Mme L ont un hôtel-restaurant sur la place du marché dans une petite ville du Midi, juste devant le jeu de boules sous les platanes et à côté du bar des Sports.
Mme L est une fille du Sud à l’accent charmant, toujours frileuse, toujours son petit cardigan. Dès qu’elle n’a plus ses 27°, elle accueille la famille en disant « Il fait frisquet, aujourd’hui, hein! ».
M. L est aux fourneaux et ne se montre jamais en salle. Lui est Auvergnat, alors il présente parfois une spécialité de sa région d’origine, comme la farinade. 
Le père s’est pris d’amitié pour eux, qui sont pourtant à l’opposé de tout ce qu’encensent à l’époque ses chers Gault et Millau. 
Le chef est aux antipodes de la « nouvelle cuisine », la sienne est certes faite de bons produits du terroir, mais généreuse et sans fioritures. Madame n’a rien de ces « charmantes patronnes » qui ne sont que façade et faux sourires; elle a son franc-parler et sourit rarement. 
D’ailleurs justement, elle n’a pas envie de rire: ces messieurs du Gault&Millau ont écrit sur son établissement. Et de quoi ont-ils parlé? Ni de son charmant accueil, ni de la bonne cuisine de son mari: ils ont déploré qu’il y ait « des hordes d’enfants » dans son restaurant. Et – ô horreur! – des touristes hollandais.
Vous vous rendez-compte? dit-elle au père. Mais qu’est-ce que je dois faire, moi? Interdire les enfants? Interdire les Hollandais?
Alors le père s’est dit que finalement, le Gault&Millau, ce n’était pas une bible non plus.

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texte écrit pour le marathon d’écriture 2019
source de la photo et recette de la farinade ici.

Z comme Zeebrugge

Zeebrugge port gets ready for Brexit

Zeebrugge is Brexit proof, peut-on lire sur de grands affichages le long du port. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement, Brexit proof, se demande l’Adrienne, à un moment où on ne sait pas encore quelles seront les modalités de ce Brexit?

Dans un article du 7 décembre, un journaliste du Guardian se pose la même question. Vous le lirez si ça vous intéresse.

L’aspect le plus comique de la chose, ce sont ces Britanniques qu’il interviewe sur leur vote pour ou contre le Brexit, à l’époque. Comme ce chauffeur de camion qui fait le trajet Zeebrugge-Hull depuis toutes ces années et qui a voté pour le Brexit, dans l’idée que ‘ça ne passerait pas’ parce que si ça passait, ça ruinerait son boulot ( » I never thought it would pass. Brexit could wreck my job »).

Ou comme cette touriste de 71 ans qui a voté pour le Brexit mais revient d’une visite au marché de Noël à Bruges. Elle aussi est persuadée que ça ne changera rien puisque de toute façon “People will still want their fun, won’t they?”