Z comme zussen

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– Mets ton chapeau de soleil, dit Delphine.

Puis elle ajoute, d’un ton plus doux:

– Viens, on y va.

Elle prend la main de Marinette.
La petite suit docilement la grande.
Sûre qu’elle va la mener là où elle veut aller.

Ce qui est terrible, depuis ces dernières semaines, c’est que quand elles sont dans la maison de maman, leur papa leur manque. Fort.

Et quand elles sont dans la maison de papa, leur maman leur manque.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 10 – merci le Goût!

Ces deux petites, où vont-elles ? C’est Pivoine qui me l’a demandé. Elle n’en sait rien mais elle se le demande… J’ai une idée car je les connais, je sais pourquoi elles vont vers ces rochers noirs, là-bas. Et ce qu’elles pensent et se disent. Mais vous ? Je suis sûr que oui mais dites-le. Ce sera bien, je crois…

Le titre ‘zussen’ signifie ‘sœurs’.
Texte écrit en souvenir d’un petit garçon de trois ans qui un jour m’a pris la main dans l’espoir que je le mènerais jusque chez sa maman.
Qui habitait trop loin pour pouvoir y aller à pied.

Z comme Zola

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Dans une lettre de 1927, Joseph Roth répond à une question qui lui a été posée par Gerhart Pohl: quelle est l’influence de Zola sur la littérature allemande de leur époque, donc celle de l’entre-deux-guerres et de la montée du nazisme.

Comme cette année-là est aussi celle de l’exécution de Sacco et Vanzetti, la première réaction de Joseph Roth est « il n’y a plus de Zola sur cette terre » (p. 202: « er is geen Zola meer op deze wereld »).

Puis il s’explique:

« Ik weet niet of hij nu (na de oorlog) en in Amerika (het land van eindeloze onmenselijkheid) de moord zou hebben verhinderd. Maar dat geen van onze ‘wereldberoemde’ schrijvers gereageerd heeft, is voor ons, tijdgenoten, meer dan beschamend: het is om moedeloos van te worden. Het geloof – zowel hier als in Amerika – dat er geen gerechtigheid meer is, moet ons kil en koud hebben gemaakt. » (p.202)

« Je ne sais pas s’il [Zola] aurait pu éviter ce meurtre aujourd’hui (après la guerre) et aux Etats-Unis (le pays de l’infinie inhumanité). Mais qu’aucun de nos écrivains ‘mondialement connus’ n’ait réagi, voilà qui pour nous, contemporains, est plus que honteux: on en perdrait tout courage. La conviction qu’il n’y a plus de justice – ici comme aux Etats-Unis – doit nous avoir glacés. »

Il répond ainsi à une question qui se pose encore de nos jours, sur le rôle de l’artiste dans la société: doit-il oui ou non s’engager, prendre position dans les grands débats actuels? 

« Je moet wel blind zijn om te denken dat het ‘literaire’ bij een schrijver niets te maken heeft met zijn behoefte om te reageren op ‘de actualiteit’, met zijn belangstelling voor het gewone leven en alles daaromheen: de diepe armoede van het volk en de brutale wetten van de rijkdom. Niemand staat boven de wereld waarin hij leeft. […] Iemand die zich bij het lezen van een krantenartikel over de schending van de mensenrechten niet aangesproken voelt, heeft niet langer het recht over mensen en hun activiteiten te schrijven in zijn boeken. » (p. 203)

« Il faut être aveugle pour croire que le ‘littéraire’ chez un auteur n’a rien à voir avec son besoin de réagir à l »actualité’, ni avec son intérêt pour la vie quotidienne et tout ce qu’il y a autour: l’immense pauvreté du peuple et les lois brutales des riches. Personne ne se trouve au-dessus du monde dans lequel il vit. […] Si on ne se sent pas concerné par la lecture d’un article sur la violation des droits de l’homme, on n’a plus le droit d’écrire des livres sur les êtres humains et leurs activités. »

Puis il revient à Zola et à la question de son influence sur la littérature allemande des années 1920 en y répondant par une question qui est à la fois une accusation et un vœu:  

« Daarom kan hij volgens mij heel Duitsland tot voorbeeld strekken. Want onze schrijvers zitten alleen maar aan hun schrijftafel. […] Welke beroemde Duitse schrijver heeft zich iets aangetrokken van de zwarte Reichswehr, de vermoorde arbeiders of de rechtszaak tegen Hitler? Hoeveel Dreyfus-affaires hebben wij sinds 18 niet gehad? » (p. 203)

« Voilà pourquoi selon moi il [Zola] pourrait servir d’exemple à toute l’Allemagne. Parce que nos écrivains se contentent de rester assis à leur bureau. […] Quel écrivain connu s’est soucié de la Reichswehr noire, des ouvriers assassinés ou du procès contre Hitler? [en 1924, suite au putsch manqué de Munich le 9 novembre 1923] Combien d’affaires Dreyfus n’avons-nous pas eues depuis 1918? »

***

Bref tout est excellent et terriblement actuel dans cet ouvrage dont traitait déjà ce billet-ci.

Z comme zèle (ter)

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– Alors? dit la mère de l’Adrienne, à peine leur improbable trio était-il monté dans le train du retour vers Hull. Alors? tes activités sont déjà planifiées, pour le mois de septembre?

Mes activités pour septembre, se dit l’Adrienne interloquée. Quand on n’est que le 20 juillet et qu’on rentre de vacances dans le Yorkshire? Était-elle supposée régler ça depuis Skipton? 

***

Vendredi dernier, l’Adrienne téléphone à sa mère. La semaine a été caniculaire, mais la mère de l’Adrienne refuse d’ouvrir une fenêtre du côté de la rue, en matinée ou en soirée. Ça ferait entrer des poussières. Au troisième étage.

Elle refuse aussi de se tenir tranquille aux heures les plus chaudes: elle sort pour ses promenades entre 13.30 h. et 16.30 h., point barre.

– Alors? lui dit-elle au téléphone, tu as géré ton mois d’août?
– Gérer mon mois d’août? répond l’Adrienne. Qu’est-ce que ça veut dire?
– Et bien ça veut dire profiter de tes vacances!

Décidément, l’Adrienne et sa mère ont des vues très opposées.

***

Photo prise du train entre Skipton et Hull le 20 juillet dernier.
Admirez surtout les beaux gros nuages aux nuances variées de gris 😉

Z comme zèle

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Surprise de l’Adrienne, en rentrant de l’école lundi dernier, surprise et surtout de la gêne devant cet étalage sur le trottoir de gentille voisine Casque d’Or.

Comme si on exposait sa vie intime. Les vieilleries accumulées, qui datent de l’époque de ses parents et dont elle n’a jamais su se défaire.

Et aussi de plus belles choses, qui sont déposées dans le camion. Le reste subira un second tri le lendemain.

L’Adrienne ne peut s’empêcher d’y voir de l’excès de zèle: il n’y a pas une semaine que la voisine est enterrée, pas quinze jours qu’elle est morte.

Sans doute que la semaine prochaine il y aura une affichette ‘maison à vendre’…

Z comme Zorzi

Il a écrit un livre qui s’appelle L’Harmonie du monde, l’armonia del mondo (publié en latin en 1525). Homme de la renaissance italienne, Vénitien, érudit apparemment curieux de tout, comme il se doit pour l’uomo universale de l’époque. 

Vous savez comment se passe une recherche internet: de fil en aiguille, vous allez des paquebots de la lagune à une église à un moine franciscain qui se met à étudier l’hébreu pour lire les écrits bibliques dans le texte… Et ainsi vous arrivez chez Francesco Zorzi et vous vous passionnez pour son Armonia del mondo au point de vouloir le lire. Vous arrivez sur un article qui en parle en des termes très élogieux:

« un libro che si fa ancora leggere per lo stile raffinato, e per l’utopia simbolica che lo anima. L’armonia di cui parla il titolo è quella, segreta e divina, che lega tutti gli aspetti del reale.

un livre encore intéressant à lire pour son style raffiné et pour l’utopie symbolique qui l’inspire. L’harmonie dont parle le titre est celle, secrète et divine, qui relie tous les aspects du réel.

è un sorprendente progetto intellettuale, ora per la prima volta reso accessibile in italiano dalla traduzione di Saverio Campanini, accompagnata da un ricco apparato di note e commenti. Una smisurata città ideale di parole da riscoprire e in cui, perché no, gradevolmente perdersi.

c’est un projet intellectuel surprenant, rendu accessible pour la première fois en italien par la traduction de Saverio Campanini, qui l’accompagne richement de notes et de commentaires. Une immense cité idéale de mots à redécouvrir et où – pourquoi pas – se perdre agréablement. » (traduction de l’Adrienne)

Voilà en effet à quoi l’Adrienne perd agréablement son temps.

Cependant, à tous ces amis et gentils collègues inquiets pour sa santé mentale et son bien-être futur, qui lui posent la question: « Mais à quoi passeras-tu ton temps, quand tu n’auras plus l’école? » elle peut difficilement répondre « Je le perdrai sur google » 🙂

Z comme Zapprenants

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C’est chez Sophie Pouille que Madame a appris le mots: les Zapprenants. La seule différence est que Sophie a des « Zapprenants de petite taille » et Madame des Zapprenants plus grands qu’elle. Sauf une ou deux exceptions 😉

En ce moment, les Zapprenants de Madame sont en voyage à Paris, ils rentrent ce soir de quatre belles journées bien remplies.

Madame est très impatiente d’avoir leurs réactions jeudi matin à la première heure.

– Vous n’accompagnez pas? a demandé gentil G*J*K* rencontré vendredi dernier.
– Hélas non! a dit Madame, je n’ai plus l’énergie qu’il faut pour ce genre de voyage. J’ai besoin de dormir, la nuit.
– C’est vrai que nous, la nuit, on ne dort pas, a-t-il ri.
– C’est justement ça le problème, a ri Madame.

***

La photo ci-dessus a été prise le jour de l’anniversaire de la mère de Madame, qui cette année-là a été fêtée à Paris 🙂

Z comme zen

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Ah! petite fille, petite fille!
Tu es pressée de dévorer les plaisirs de la vie, d’être déjà au lendemain et de vieillir!
Apprends à profiter de l’immédiateté au lieu de te pencher au-dessus de la margelle dans l’espoir d’entrevoir le visage de ton prince charmant.
Vis aujourd’hui et reste sereine face à ces proliférations de hasards: ils sauront répondre à tes désirs.
Retiens ces deux mots de latin ou lis les poètes: cueille les roses de la vie…

Petit poisson deviendra grand, laisse-lui le temps.

***

Texte écrit en hommage à ma grand-mère Adrienne pour les Plumes reprises par Emilie avec les mots imposés suivants: PLAISIR – HASARD – PROFITER – CUEILLIR – AUJOURD’HUI – LENDEMAIN – ROSE – SEREIN – POISSON – PROLIFÉRATION – LATIN – IMMÉDIATETÉ – MARGELLE – DÉSIR – DÉCADENT – DÉVORER – on pouvait en laisser tomber un.

Photo: la rose Pierre de Ronsard, déjà utilisée ici plus d’une fois 🙂