Z comme zoo

L’homme est un animal comme les autres, Hubert en est convaincu depuis longtemps, et ses heures passées sur une chaise du parc ne font que le conforter dans cette opinion.

Il procède à ce qu’il appelle « de petites expériences » et trouve éminemment jouissif d’avoir « toujours raison ».

Par exemple en ce moment, il a baptisé l’expérience – tout à fait personnelle et pas le moins du monde académique – « L’habit fait le moine ».

Elle consiste à adapter sa tenue afin de capter l’attention d’un semblable.

Comme lui, vous aurez sûrement remarqué que le promeneur de chien a facilement une conversation avec un autre promeneur de chien. Il va se prouver qu’on peut étendre la constatation à tous les domaines qu’on veut.

Vous le voyez donc ici, chaussé de sneakers de la fameuse marque aux trois bandes, avec un pantalon de jogging léger et respirant et un T-shirt de running qui évacue bien la transpiration: les initiés ne manqueront pas de saisir au premier coup d’œil tous ces détails importants.

Oui, il a pensé à tout!

A la main, il ne tient pas de livre, mais des prospectus richement illustrés d’articles de sport.
Sur l’accoudoir, une serviette jaunâtre supposée avoir servi à essuyer sa transpiration…

– Vous savez, dit la petite dame au chapeau bleu à côté de lui, pour les joggeurs, ce n’est pas le bon moment de la journée.
Et puis, ils ne s’asseyent pas: ils courent.

***

Écrit pour le devoir 151 de Monsieur le Goût – merci à lui – qui propose cette aquarelle avec la consigne suivante:

Cette toile d’Adela Burdujanu montre l’allée d’un parc un jour de printemps. Ce doit être l’approche du printemps qui me dit que cette toile ferait un chouette « Devoir de Lakevio du Goût ». C’est du moins ce qui m’a poussé à vous le proposer. Nous avons tous, j’en suis sûr, quelque chose à dire sur la fin de l’hiver ou les premiers soleils « efficaces ». Nous avons tous un jardin ou un parc préféré, celui qui nous a vus, assis si ce n’est « avachis » sur une chaise. Nous avons alors, soit un livre sur les cuisses, soit, comme disait Lakevio « L’œil balayant ». Le regard attaché à un texte ou à l’affût d’un spectacle intéressant ou attendrissant. Je le sais, vous avez toutes et tous quelque chose à dire sur une allée de parc à l’orée du printemps.

Z comme zyeuter

C’était une chambre avec « vue » sur une cour intérieure: sur les trois côtés visibles, il n’y avait que des fenêtres et de petits balcons d’appartements.

Tous semblaient bizarrement inoccupés: il n’y avait jamais de lumière derrière aucune des fenêtres, ni le matin ni le soir, pas de guirlandes lumineuses ni d’autres décorations et rien n’y bougeait.

Un peu étrange comme sensation.
Où étaient tous ces gens?

Par contre, pendant ces deux jours l’Adrienne a eu la compagnie d’une mouette qui la tenait bien à l’œil.
Qui lissait ses plumes.
Faisait son stretching.

Elle en a conclu que de ce côté-là aussi elle devait être la seule fenêtre éclairée.

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photo prise à Ostende le 24 décembre dernier

Z comme zorg

Il était le premier sourire du matin quand l’Adrienne allait à l’école et qu’il fumait sur le pas de sa porte.

Il est rare de le rencontrer en rue, il ne sort que pour aller s’approvisionner au petit magasin du coin.

Mais jeudi il était en route de bonne heure quand l’Adrienne l’a croisé.

Il est vrai que depuis plus d’une semaine, il avait un souci: la banque qui s’occupe de ses versements était fermée.

– Il faut tout de même que je paie ma télé et mon électricité! dit-il.

Lui, comme la maman de meilleure amie et même celle (toujours en pleine forme) de l’Adrienne, et tant d’autres, ne se débrouillent pas avec les nouvelles technologies.

Le petit monsieur a besoin d’un guichet avec une vraie personne qui lui fasse sa paperasse.

La mère de l’Adrienne a besoin de sa fille qui est à 850 km. Elle ne comprend pas qu’il faut donner des procurations. Elle pense que sa fille n’a qu’un coup de fil à passer pour tout régler.

– Tu n’as qu’à dire que tu es ma fille! rétorque-t-elle quand l’Adrienne essaie de lui expliquer quelle sorte de formulaire il faut remplir.

– Nous n’avons rien réglé au moment où maman était « encore bien », dit meilleure amie. Alors maintenant on a un tas de démarches et de difficultés. On doit pourtant la vendre, sa maison!

Hé oui, pour payer les soins et la maison de retraite.

Mais quand la maman était « encore bien », elle jugeait inutile le « zorgvolmacht« , une sorte de procuration qui donne la permission à quelqu’un de s’occuper de tes affaires, financières ou autres, le jour où tu n’en es plus capable.

– Et ma femme de ménage! poursuit le petit monsieur, ça fait un mois qu’elle n’est plus venue!

Normalement elle vient tous les quinze jours.

– Et bien, rit l’Adrienne, elle aura d’autant plus de travail, quand elle viendra!

Mais il reste soucieux:

– J’espère qu’elle va venir cette semaine…

Lui aussi aurait besoin que quelqu’un téléphone à sa place…

***

‘zorg’ est le mot qui veut dire ‘soin’, prendre soin, donner des soins, mais aussi ‘souci’

Z comme ZEN

Heureusement que Madame, après deux mois de cours de tai chi, a plus ou moins appris comment se tenir longuement debout sans avoir le dos en compote en moins d’un quart d’heure, parce que dans la grande salle où les « gamins » qu’elle a eus en classe – enfin, pas tous, mais deux ou trois quand même – tapaient sur des marimbas et d’autres trucs qui font un boucan d’enfer, il n’y avait pas de chaises.

Bref, Madame est restée debout une heure et demie pour applaudir Simon – lui, elle savait qu’il serait là – mais à sa grande joie aussi L***, celui dont personne ne croyait qu’il était capable d’un effort soutenu, à commencer par ses propres parents…

Et là elle peut voir que oui: un effort soutenu et une concentration intense, non seulement pendant le concert d’hier mais certainement pendant de longues années pour arriver à ce résultat 😉

– Est-ce que vous pourriez lui parler, disaient ses parents alors qu’il avait seize ans, il veut changer de filière mais nous on pense que c’est par paresse, alors on n’est pas d’accord.

Donc le gamin avait dû convaincre Madame de sa motivation pour qu’à son tour Madame puisse convaincre les parents…

Qui étaient là aussi, bien sûr, pour applaudir leur fils au concert d’hier.

– Je suis vraiment contente de voir et d’entendre jouer L***! leur dit Madame.

Et elle ne peut s’empêcher d’ajouter:

– Et vraiment contente de savoir qu’il avait la bonne motivation pour changer de filière, puisqu’il poursuit dans ce domaine, comme il l’avait dit!

Il fait des études de Business Management, donc oui, passer en filière économique était une bonne idée.

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photo prise hier au concert et L*** est dans le flou à l’avant-plan mais ne vous étonnez pas, c’est voulu 😉

Z comme zébré

L’Adrienne l’autre jour a failli se faire écraser alors qu’elle était au beau milieu d’un passage zébré.

Écrasée par une ambulance 🙂

Oui, riez. Parions qu’à vous aussi ça rappelle un sketch de Raymond Devos 😉

Presque écrasée et copieusement injuriée par le chauffeur qui a tenu à s’arrêter pour exprimer ses doutes au sujet de ses facultés mentales et visuelles (et c’est là qu’est le rapport avec la canne blanche du monsieur de l’illustration ;-))

L’Adrienne pensait – peut-être à tort – que vu qu’elle était déjà à mi-chemin du passage zébré et que l’ambulance n’avait pas mis sa sirène, elle pouvait finir de traverser.

A tort ou à raison, elle ne le sait pas, en fait.

Et vous?

Z comme zèbres

Voilà! Y a plus qu’à l’envoyer!

Avec cette photo-là, je suis sûr de le gagner, ce concours!

Tout y est, pile poil dans le thème: c’est graphique, c’est famille, c’est vacances…
Franchement, je suis assez content de moi.
Difficile de faire mieux!

Et qui, dans le jury, pourrait se douter que ça a été mis en scène, hein?
On ne va pas leur demander leur livret de famille, à ces zèbres!

***

Texte écrit pour le jeu de septembre chez Filigranes – merci à elle! – avec une photo de René Maltête et le titre « Livret de famille ».

Z comme Zand

Quand un bus ou un tram n’est pas en service, avant de le quitter son conducteur met l’affichage adéquat, « hors service », par exemple, « en pause », « en route vers le dépôt », ou des variantes comme « mijn collega pikt je op« , mon collègue vous emmènera.

Ce tram ostendais a fait dans l’humour et l’originalité, « zand gevuld » peut se comprendre de diverses façons, mais zand=sable, le rapport avec les lieux est évident.

Bref, ça a bien fait rire l’Adrienne et ceci clôturera la série ostendaise de juillet 2022 🙂

Z comme Zakat

Le bus traversait un quartier où on ne voyait absolument aucun major Thompson, aucune miss Marple et le plus comique était la réflexion d’une dame qu’il y avait tout de même moins d’étrangers à Londres que chez elle, réflexion qu’elle faisait au moment même où on traversait des kilomètres de rues où hommes et femmes portaient tous les signes extérieurs de leur appartenance à l’islam 😉

C’est à ce moment-là que l’Adrienne a vu une grande affiche publicitaire qui montrait une petite fille souriante dans un décor de maisons en ruines: « Zakat means we can eat today« 

Zakat! se dit-elle joyeusement, car elle venait d’apprendre le mot la semaine d’avant, avec Nabila.

Zakat, c’est le devoir de donner une aumône proportionnelle à ce qu’on gagne.
Il existe même des sites permettant de faire le calcul du pourcentage dû.

Comme le zakat est principalement lié au mois de Ramadan, alors que les besoins ne se limitent évidemment pas à un mois dans l’année, on essaie d’engager les musulmans à donner l’aumône toute l’année durant, pour que les petites filles dans les ruines puissent manger tous les jours.

Z comme zut!

– Ah zut! s’est exclamée l’Adrienne en apprenant il y a quelque peu la mort de Miss.Tic.

Et comme une sorte d’hommage elle est allée voir tout ce qu’elle pouvait trouver sur les œuvres laissées ça et là par l’artiste sur les murs de Paris.

– Encore une bonne raison d’aller à Paris, a-t-elle soupiré.

Elle a eu envie de dire un deuxième zut – un bien gros, bien fort – quand elle a appris la cause de ce décès qu’elle juge prématuré.
Sale maladie!

D’ailleurs au moment où elle écrit ce billet, juste après la parution du devoir de lakévio du Goût, on est vendredi matin et c’est le jour anniversaire d’une mort encore bien plus prématurée.

Alors c’est tout naturellement que l’Adrienne a lâché un troisième zut, en retournant chez Monsieur le Goût pour faire un copier-coller du lien vers son blog, et qu’elle a vu qu’entre-temps il avait ajouté dix mots imposés.

Zut et flûte.

Crotte zut flûte

***

Merci à Monsieur le Goût pour l’image et les consignes:

Miss Tic, que vous connaissez sûrement, est morte il y a quelques jours.
J’ai vu pour la première fois ses traces sur les murs de mon quartier il y a près de cinquante ans. J’avais été frappé par ce pochoir. Et vous ?
Ce qui serait gentil, ce serait que vous y mettiez les mots suivants :

Mathématique
Papillon
Coquelicot
Terre
Soleil
Branche
Équation
Somme
Produit
Égal

Z comme Zemlinsky

Il y avait un concert classique dans la petite ville de l’Adrienne, elle y est allée, évidemment.

Le Quatuor Zemlinsky – un quatuor tchèque du nom du compositeur autrichien qui a été actif à Prague de 1911 à 1927 – a offert un merveilleux moment de grâce pendant lequel l’Adrienne a eu beaucoup, beaucoup de mal à ne pas penser tout le temps à un autre nom en Z qui lui ressemble très fort et qui est, vous l’aurez deviné, celui du président ukrainien.

Bref, un Z comme Zorba, ce sera pour une autre fois 😉