L comme liberté, j’écris ton nom

d2128-4073319178-3

C’est le thème de la semaine de la poésie, la liberté. Tous les profs de néerlandais ont fait participer leurs élèves, qui ont écrit de fort jolies choses, souvent drôles, spirituelles, sensées ou vécues. 

Vrijheid.

Puis un midi une élève arrive complètement bouleversée au bureau des coordinatrices.

En état de choc.

Pendant la pause, son père l’a vue passer dans la rue, alors qu’elle allait s’acheter un pain garni. Or elle n’était pas seule: il y avait des garçons. Hé oui, nous sommes une école mixte, ce monsieur devrait le savoir. Mais il s’est mis à vociférer, à traiter sa fille de ‘sale pute’ et à lui promettre la punition qu’elle mérite quand elle rentrerait, ce soir-là.

C’est ainsi que Madame a appris que cette jeune fille reçoit des coups.
Que sa mère reçoit des coups.
Que sa sœur reçoit des coups.

Alors vous comprenez, avec une urgence comme celle-là, et aussi quelques autres, Madame n’a pas eu le temps de répondre aux commentaires, ces derniers jours.

Publicités

K comme krapoverie

293e5-3189870668

Un beau jour, voilà une drôle de façon de parler, comme s’il ne se passait de choses bonnes à raconter que les « beaux » jours… Un beau jour, donc, qui n’était pas si beau que ça et d’ailleurs il faudrait plutôt dire un soir, ou une nuit, mais quelle importance ce genre de détail, barrons-le.

Et croyez-moi, pas besoin de s’endormir près d’un lac ni de voir surgir un aigle noir. Encore une preuve s’il en fallait que ce n’était pas un beau jour, quoi qu’en dise la chanson. Surtout que là aussi c’était la nuit. Enfin peut-être.

Et là, couic ! On se sent mal à l’aise, on frise le #metoo et on n’a pas trop envie de remuer ces choses-là donc on se dit qu’on a encore une raison de plus de détester l’expression si bancale « un beau jour » et qu’on fera bien de la rayer de son vocabulaire, sauf à raconter des contes de fées aux petits enfants.

– Tu peux le prouver ? demande-t-elle quand on lui dit « j’ai des dons de guérisseur » et voilà ce qui arrive à force d’exercer l’esprit critique des enfants, ils ne croient plus à rien dès qu’ils ont six ans, veulent des preuves et des arguments imparables, des pourquoi et des comment, des diplômes et des certificats d’authenticité. Et froncent les sourcils quand on leur débite un conte.

Pas de bol ce jour-là – ou était-ce une nuit – elle est restée insensible à l’imposition des mains, aux incantations, aux pierres chaudes ou froides, les tables n’ont pas tourné et l’esprit n’était point là. En tout cas pas là où il aurait dû être et peut-être même l’avait-on perdu, irrémédiablement.

Comme par hasard, il y avait sa mère, ou sa sœur, à Vesoul ou à Vierzon, à Honfleur ou à Hambourg, mais jamais à Anvers, là où on voulait aller, ce n’est pas trop loin et il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir, on n’a qu’à choisir au hasard. Mais il paraît que le hasard n’existe pas ou que s’il existe, il fait mal les choses.

Moralité: ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on partira n’importe où bras dessus bras dessous en chantant des chansons.

***

merci à Joe Krapov pour la consigne qu’on peut trouver ici. Il faut traiter le sujet « J’ai des dons de guérisseur » et introduire, toutes les cinq minutes une formule tirée avec les dés :

Un beau jour – Et croyez-moi – Et là, couic ! – Tu peux le prouver ? – Pas de bol – Comme par hasard – Moralité

J comme journaliste

DSCI7130

L’Adrienne ne sait pas si c’est dû à sa dégaine chaussures plates et col roulé, mais le responsable du stand l’a prise pour une journaliste et invitée à faire des photos et demander tout renseignement qu’il lui fallait.

C’était pourtant l’avant-dernier jour de la BRAFA et on peut supposer que les journalistes étaient passés depuis longtemps, laissant la place, ce dernier samedi midi, aux ultimes badauds.

Dont l’Adrienne. Qui bien sûr l’a détrompé – non, elle n’était pas journaliste pour une revue culturelle ou artistique – mais elle a trouvé la méprise d’autant plus comique que c’était le stand de Tintin et Hergé 🙂

Avec, il est vrai, de magnifiques planches originales. Comme celle ci-dessus, du Crabe aux pinces d’or.

– Si vous achetez les trois, dit l’homme, ce n’est que 2 millions.

Elle se demande encore si elle a bien entendu 😉

I comme influence

 

jacqueline Gnott- keys

Ce n’était que fort tardivement que sœur Marie de la Miséricorde avait senti la vocation. Il avait fallu d’abord qu’elle perde l’éclat de sa jeunesse et que l’ergot du seigle ravage sa famille. Mais elle y a vu l’influence divine et c’est tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers le couvent où sa tenue correcte et son assiduité aux offices l’ont très vite fait accepter.

La plupart du temps, sœur Marie de la Miséricorde est à l’atelier des brodeuses. Elle coud au petit point de précieuses dentelles aux bordures de velours grenat pour Monseigneur l’évêque pendant que d’autres, plus habiles, brodent des symphonies de couleurs, de fleurs et d’oiseaux sur les ornements liturgiques.

Cette vie lui plaît, la douceur des jours qui s’écoulent a un effet lénifiant et le corps comme le cœur y trouvent leur compte. Sœur Marie de la Miséricorde ne reçoit jamais de visite et elle en est bien contente. Le passé est le passé, qu’il reste enfoui à jamais.

Elle en est là de ses pensées quand une main posée sur son épaule et une voix qui chuchote à son oreille viennent fracasser cette belle sérénité:

– Sœur Marie de la Miséricorde, quelqu’un vous attend au parloir…

***

Aquarelle de Jacqueline Gnott et consignes chez Lakévio, que je remercie: dix mots à caser, histoire de trouver des serrures à ces clés: tardivement – symphonie – éclat – bordure – ergot – influence – grenat – correct – fracasser – parloir

 

H comme heureux

DSCI6153 (2)

Le vieux petit monsieur à longue barbe grise a de vieilles baskets trouées rafistolées avec du fil de fer. Mais il a toujours l’air heureux.

Maintenant que les jardinets ont été remplacés par de la boue et de la pierraille – cinq fois déjà que les dernières fleurettes, les derniers vers de terre rescapés ont été dérangés pour divers travaux préparatifs – il se tient dans l’ouverture de sa porte et hèle l’Adrienne si l’échange doit être plus important qu’un bonjour météorologique.

Comme c’était le cas hier matin: il s’approche, une enveloppe blanche à la main, pour la faire lire à l’Adrienne. C’est l’annonce d’une naissance et une invitation à un ‘babyborrel‘. Quelle bonne nouvelle, s’écrie-t-elle, toutes mes félicitations! vous avez un petit-fils? Non, dit-il, c’est chez mon frère. Mais vous serez de la fête, dit-elle, c’est super!

Le vieux petit monsieur à longue barbe grise a de vieilles baskets trouées rafistolées avec du fil de fer. Mais il a toujours l’air heureux. Et toujours une bonne nouvelle à annoncer.

G comme Girls!

DSCI7129

– Combien, ces danseuses? demande la vieille dame d’un air hautain.

Le prix énoncé ne semble pas l’émouvoir. Il s’agit pourtant d’une somme qui permettrait largement d’acquérir et de meubler quatre ou cinq maisons comme celle de l’Adrienne, une pour chaque Girl, en quelque sorte.

L’oeuvre n’est pas datée de manière précise, on estime qu’elle a été réalisée vers 1930. Par un spécialiste du genre, un artiste d’origine roumaine dont l’Adrienne n’avait jamais entendu parler, Demetre (Dumitru, en roumain) Chiparus (1886-1947).

On pourrait objecter que toutes ses danseuses – celles de la photo mais aussi les autres – se ressemblent. Qu’il est répétitif.

Mais il n’empêche que ces statuettes dégagent beaucoup de charme. Et que si elles ne coûtaient pas quatre ou cinq maisons, on les verrait bien sur le meuble de grand-mère Adrienne. Vu qu’il date de la même époque.

Ou sur le manteau de cheminée. Made in 1922 🙂

***

photo prise à la Brafa le 2 février 2019, Les Girls, Demetre Chiparus.

F comme Folon

DSCI7132

La valise invite au voyage. Elle est ouverte et des oiseaux la traversent.

Liberté. Evasion. 

Juste l’esquisse d’un paysage: dunes de sable? montagnes couvertes de neige? rochers? 

Qu’importe! Ce qui compte, c’est la liberté, l’évasion.

Et voyager léger 🙂

***

photo prise à la Brafa – il y a deux ans je vous montrais un autre Folon.

J’aime Folon 🙂