T comme trente

30 % de la planète – a-t-on pu lire ces jours-ci suite au sommet mondial pour la biodiversité – devrait être protégé.
Et le projet de Grande Muraille Verte – pour arrêter la désertification en Afrique – devrait être augmenté ou relancé.

Greta et Greenpeace trouvent que ce n’est pas assez mais l’Adrienne applaudit: tout ce qui va dans le bon sens est bon à prendre.
Comme on dit dans sa langue, alle beetjes helpen.

D’ailleurs de nombreux pays, de nombreuses régions et des tas de gens s’occupent dans leur coin de planter et de reboiser.
Même dans la ville de l’Adrienne.
Des initiatives de la ville et aussi privées.
On ne manque pourtant pas d’arbres, ici, mais en a-t-on jamais assez 😉

Bref, applaudissons et regardons des vidéos comme celle ci-dessus, réalisée au Pakistan.
Puis allons voir le reboisement de l’Islande, de l’Éthiopie ou d’autres pays encore et réjouissons-nous pour chaque arbre planté.

Enfin, pour ceux qui ont 26 minutes 13, il y a le document ci-dessous:

X c’est l’inconnu

Tu devrais voir ce cirque, raconte l’amie au téléphone, quand je rentre des courses, le vendredi matin.

Oui, parce qu’elle y va le plus tôt possible, dans l’idée que pommes et poires n’ont pas encore été manipulées par cent autres mains, et elle n’y va qu’une fois par semaine.

Tu devrais voir ce cirque et combien de temps ça dure avant que tout ce que j’ai acheté soit enfin rangé!

J’imagine! dit l’Adrienne.

Il faut savoir que l’amie était déjà « en temps normal » une adepte de l’hygiène à 100 % alors depuis mars dernier… voilà, vous aussi vous imaginez 😉

Passer ses mains au gel avant, pendant et après, désinfecter tout ce qu’elle touche, avant et après, les poignées de portes, celle du frigo, des armoires, les sacs de courses… Une véritable épreuve.

Mais ça ne les empêche pas d’avoir quand même bien ri en se racontant qu’après avoir ouvert la boîte aux lettres et y avoir trouvé du courrier, elles se demandent si elles doivent laisser reposer les enveloppes bien fermées un jour ou deux avant d’en prendre connaissance 😉

Première rencontre

Les Belges, selon les dires de Tshiamuena, avaient débarqué dans son patelin à la faveur des vaccins contre la varicelle. Quatre ou cinq médecins stagiaires qui devaient traiter une centaine de mômes. Alors qu’elle vadrouillait dans son village, elle était tombée nez à nez avec l’un d’eux. – Tu as quel âge? Elle n’avait pas su comment réagir. Elle avait souri du bout des lèvres. Tout en tremblant de peur, elle s’était efforcée de soutenir le regard de l’homme. Depuis sa naissance, c’était la toute première fois qu’elle croisait un Blanc. Ses parents, ses oncles, ses tantes, ses nièces, ses cousins, également. Comme la majorité des gens de son village. […]

Lorsqu’un marchand, en rentrant de ses pérégrinations, avait confirmé non sans tristesse que les Blancs se servaient de morceaux de métal pour manger, il avait déclenché une hilarité sans précédent. Pendant plus d’une année, lorsque le type revenait sur ce fait divers, on s’éclatait jusqu’à rouler par terre. […]

Comme l’homme blanc arrivait par la mer, le fleuve ou l’océan, des rumeurs circulaient selon lesquelles c’était un animal marin qui après des années de solitude et de putréfaction corporelle s’était décidé à sortir des eaux à la recherche d’une vie meilleure sur terre. On assimilait l’homme blanc à un revenant ou même à un ancêtre – succombé par noyade ou de mort naturelle -, qui à l’issue d’un séjour aquatique prolongé avait perdu la couleur de sa peau […]

Fiston Mwanza Mujila, La Danse du Vilain, éd. Métailié, 2020, p.69-71

Le premier billet sur ce livre est ici.

N comme naturel, naturelle

– C’est votre couleur naturelle? demande Ali.

Puis il repose sa question en pointant l’index en direction de l’avant-bras de Thérèse.

– Bien sûr! dit-elle.

Et elle ajoute, en faisant un signe vers l’Adrienne:

– Ma mère est aussi blanche qu’elle, puisqu’elle est Portugaise.

Pourtant, Thérèse se considère Congolaise. Quand elle dit « chez nous », c’est du Congo qu’elle parle.

– Mais vous-même, dit-elle à Ali, vous n’êtes pas très noir non plus.

– Nous en Somalie on est moins noirs que dans d’autres pays africains, dit-il.

C’est ainsi que l’Adrienne, chaque mardi avant-midi, s’étonne, se marre et apprend plein de choses avec son babbelgroep 🙂

K à profusion

Si jamais vous étiez en manque de K pour votre abécédaire, ouvrez le livre de Fiston Mwanza Mujilla à n’importe quelle page.

Les rivières s’y appellent Kwango, les villes Kiala, Kolwezi, Kinshasa, Kisangani, Kikvit, Kananga, les provinces Kasaï, Katanga, la prison Kasapa, l’hôtel Karavia, l’avenue Kimbangu, la chaussée de Kasenga, le quartier Kamalondo, le lac Kipopo, le petit séminaire Kabwe, la base militaire Kamina, les enfants soldats « kadogo », ‘petit bout de chou‘, le poste frontière zambien Kasumbaleza, l’instrument de musique kora, le musicien Kouyaté, les personnages fictifs Kalombo, Kabuya, Kavungu, Kasongo.

Et comme un des protagonistes est un écrivain autrichien, il va au café Kaiserfeld et aime Kleist, Keats et Kosovel.

CKFD!

C comme Comment résister?

Comment résister à l’attrait d’un livre signé Mwanza, le nom qu’on avait choisi pour parler du réfugié qu’on avait hébergé?

Impossible. Vous le comprenez sûrement 🙂

La Danse du Vilain, donc.

Il faut un peu s’accrocher au début, mais le tout est prenant, et pas seulement parce que l’action se situe principalement dans ce grand pays d’Afrique auquel tous les Belges sont plus ou moins liés, qu’ils le veuillent ou non.

Oui, les choix narratifs de l’auteur rendent la lecture un peu compliquée: on passe d’un lieu à un autre, souvent sans crier gare – Lubumbashi, au sud du Congo et Lunda Norte, au nord de l’Angola, deux importantes régions minières et entre les deux une frontière poreuse, a fortiori en temps de guerre – on fait un saut dans le temps, entre les années 80 et la fin du règne de Mobutu (1997), ce qu’on ne peut comprendre que si on connaît un peu l’histoire du pays.

Mais surtout, on passe d’un narrateur à un autre, ce qu’on ne saisit pas du premier coup: le « je » peut être Sanza, un gamin des rues, ou Franz, l’écrivain autrichien; le « nous » représente les Zaïrois, comme une sorte de chœur antique qui donne son opinion sur les événements… D’autres chapitres sont à la 3e personne, avec un narrateur omniscient.

Le tout baigne dans une orgie lexicale et stylistique, prenez par exemple l’incipit:

La Madone n’était pas une chipie sous l’emprise de l’alcool et autres breuvages sans posologie. Elle n’était pas une prophétesse de malheur et de scenarii sortis d’on ne sait quel caniveau. Même pas une vendeuse de rêves, d’espérances boiteuses, de chimères, et vous savez bien où mènent ces breloques quand elles n’en finissent pas de pleuvoir dans vos oreilles.

Fiston Mwanza Mujilla, La Danse du Vilain, éd. Métailié, 2020, p.11 (incipit)

Et qu’est-ce que ça raconte, vous demandez-vous.

Impossible à résumer, mais ça parle d’enfants des rues, de chercheurs de diamants, d’agents du service de sécurité, de gens qui survivent le jour et font la fête la nuit en dansant la rumba congolaise et qu’au Congo ta vie peut basculer d’un seul coup, dans un sens comme dans l’autre, selon les pouvoirs en place.

Plus d’info sur le site de Métailié et les dernières nouvelles de Lubumbashi ici.

B comme Black Bazar

black bazar

Quatre mois se sont écoulés depuis que ma compagne s’est enfuie avec notre fille et L’Hybride, un type qui joue du tam-tam dans un groupe que personne ne connaît en France, y compris à Monaco et en Corse. En fait je cherche maintenant à déménager d’ici. J’en ai assez du comportement de mon voisin monsieur Hippocrate qui ne me fait plus de cadeaux, qui m’épie lorsque je descends au sous-sol dans le local des poubelles et qui m’accuse de tous les maux de la terre. En plus, quand j’entre chez moi je ne supporte plus de deviner la silhouette de mon ex et celle de L’Hybride qui rôde quelque part. J’ai pourtant nettoyé le studio de fond en comble, j’ai même repeint les murs en jaune à la place du bleu ciel qu’il y avait avant. Il n’y a donc aucune trace qui devrait rappeler qu’une femme et un enfant vivaient avec moi dans cette pièce. Sauf peut-être la chaussure que ma compagne a oubliée sans doute dans la précipitation. Ce jour-là elle devait se dire que je pouvais rentrer d’un instant à l’autre et la surprendre en train de rassembler ses affaires alors que moi je savourais ma Pelforth au Jip’s. Si je suis tombé sur cette chaussure c’est un peu grâce aux conseils d’un de mes potes au Jip’s, Paul du grand Congo. Il m’avait confié entre deux verres de bière que lorsqu’une femme te quitte il faut à tout prix que tu déplaces ton lit pour tirer un trait sur ta vie passée et éviter les cauchemars dans lesquels des petits hommes te hantent et te veulent du mal. Il avait raison. J’ai eu en effet plein de cauchemars pendant les sept nuits qui ont suivi le départ de mon ex. Je sautais des murailles de Chine et retombais dans le vide. J’avais des ailes, je m’envolais très haut, je parcourais plus de dix mille kilomètres en quelques secondes, puis je me posais sur un sommet dix fois plus haut que l’Himalaya et vingt-cinq fois plus haut que nos montagnes de la forêt du Mayombe. Je me retrouvais au milieu des Pygmées du Gabon qui m’encerclaient avec des sagaies empoisonnées. Je ne pouvais pas les semer, ils volaient plus vite que moi. Pendant mon enfance on nous disait qu’ils avaient des pouvoirs surnaturels parce qu’ils étaient les premiers hommes à qui Dieu avait confié les clés de la Terre depuis les temps de la Genèse.

Alain Mabanckou, Black Bazar, Seuil, 20119, p.9 (Prologue)

On peut lire la suite ici.

Excellente lecture et pour s’en convaincre, choix des libraires et petite revue de presse ici.

photo et info sur le site de l’éditeur, Le Seuil.

Z comme Zina et Zeit

vénus k g

L’Adrienne a appris à ses dépens qu’il ne fallait pas se fier aux quatrièmes de couverture. C’est pourtant ce qu’elle a fait en lisant ce qu’il y avait au dos de ce livre-ci:

Le photographe ne voyait que la mère qui lavait ses cheveux rouges puis les nattait sous l’œil de verre qui suivait ses bras nus levés haut pour fixer la masse de tresses au sommet du crâne. Clic clac malgré les regards désapprobateurs des voisins. Ne voyait qu’elle et ses cheveux mélangés à l’argile rouge. La boîte noire retombée sur la poitrine de l’homme, la mère n’aurait pas dû sourire mais rentrer chez elle, refermer sa porte, dérouler sa natte. 

Après le passage d’un photographe occidental, la femme aux cheveux rouges disparaît brutalement de la palmeraie où elle vivait, laissant derrière elle ses deux enfants bouleversés. Le mari et les enfants suivront les traces de la mère de ville en ville, et la retrouveront des mois plus tard sur les murs de Séville, devenue top model célèbre grâce au photographe. Ascension rapide suivie d’une chute brutale : l’engouement de l’Occident pour l’étrangère est de courte durée ; les mannequins noirs ne sont plus à la mode, remplacés par les Slaves éthérées… Misère et maladie rattrapent la reine d’hier. 
Avec son incroyable talent de romancière, Vénus Khoury-Ghata nous entraîne dans les rues et les faubourgs de Séville, et livre un roman tragique et drôle sur l’exil, la famille et la condition des migrants.

Le deuxième élément qui a été décisif, c’est la lecture de l’incipit: les prénoms des jumeaux, Zina et Zeit, ont tout de suite fait sourire l’Adrienne, qui ne pouvait que penser à ses deux derniers chatons qu’elle avait nommés Zêta et Jones, sans se préoccuper de savoir s’ils étaient fille ou garçon.

Leur mère ayant suivi l’homme aux cheveux jaunes de l’autre côté du désert, Zina et Zeit se sont installés dans le figuier. Elle sur la plus haute branche, lui sur la plus basse.

Les figues arrachées aux oiseaux, seule nourriture pour ceux qui regardent d’en haut les maisons basses comme des tombes, les visages impassibles comme les nuages qui refusent de pleuvoir ; les tatouages qui enferment la parole derrière les lèvres des femmes.

« Rentrez les jumeaux, crie soir et matin la grand-mère. L’odeur du figuier rend aveugle et tarit le lait dans le sein des mères. Rentrez à la maison. La honte sur nous. Le village vous regarde. »

Ce que la grand-mère appelle maison est un cube de boue séchée percé de trois trous : deux lucarnes et une porte.

Ce qu’elle appelle village n’est que du sable sur du sable. Des murs qui s’effritent au soleil, un ruisseau qui apparaît, disparaît quand bon lui semble et un figuier sur un sol voué au palmier.

Un vrai figuier qui ne doit rien à personne avec des fruits si âpres, même les sauterelles n’en veulent pas.

Village construit sur les épaules d’un village englouti qui remonte au déluge, disent ceux qui n’ont rien à dire et qui profitent du khamsin qui fait migrer le sable pour faire ressortir un toit, un mur, parfois deux, jamais plus de deux.

Vénus Khoury-Ghata, L’adieu à la femme rouge, Mercure de France, 2017, p.9-10 (incipit)

Bref, un bon moment de lecture, des problèmes d’une actualité brûlante racontés avec acuité et humour, en termes choisis, sans manichéisme, d’une grande humanité. A recommander 🙂

Info et photo sur le site de l’éditeur et lecture des premières pages – le livre est à paraître en Folio pour octobre 2018.

K comme Kénya

Depuis fin mars, les scientifiques se disputent au sujet de la faille énorme apparue dans le paysage kényan. Est-elle due au mouvement des plaques tectoniques ou aux fortes pluies? 

Ce que l’Adrienne aimerait plutôt savoir, c’est si Eliud Njoroge Mbugua et sa femme ont trouvé à se reloger. Et comment les villageois, qui travaillent cette terre, pourront continuer à y vivre. A en vivre.

Mais ce qui intéresse les journalistes, c’est de savoir dans combien de millions d’années il y aura un continent de plus, et si la circulation est rétablie sur l’autoroute de Nairobi.

kenya

source de la photo: https://www.instagram.com/p/Bgfhdr8DJS6/?taken-at=886210120https://www.instagram.com/p/Bgfhdr8DJS6/?taken-at=886210120

article Le Parisien sur la discussion entre scientifiques ici