20 romans

La semaine dernière, le magazine féminin que lit la mère de l’Adrienne se risquait à établir la liste des « vingt romans à lire au moins une fois dans sa vie ».

L’Adrienne, qui déteste établir elle-même ce genre de liste où il faut faire des choix, forcément arbitraires, nécessairement réducteurs, est néanmoins toujours très intéressée pour lire celles établies par d’autres. Elle s’arme donc de papier et de crayon pour noter les titres proposés.

Pas de surprise, en tête de palmarès, l’Etranger de Camus et le Petit Prince de Saint-Exupéry.

En dehors du domaine francophone, on ne s’étonne pas de trouver Orwell (1984) ou Oscar Wilde (The portrait of Dorian Gray) même s’il y a sûrement encore des tas de romans qui les valent ou qui leur sont supérieurs.

Soit.

Mais là où les sourcils se lèvent, c’est pour une Laura McVeigh ou pour Harry Potter à l’école des sorciers et deux ou trois autres dont on se demande comment ils méritent le libellé « à lire au moins une fois dans sa vie ».

Passe encore qu’il s’y trouve un roman d’Agatha Christie ou Mercure d’Amélie Nothomb 😉

W comme wagon de train pour l’enfance

artemare
Pour mini-Adrienne, le souvenir le plus ancien concerne madame B, une gentille vieille dame qui avait un hôtel dans le département de l’Ain. 
C’est là que mini-Adrienne, alors âgée de trois ans, a reçu un jour comme dessert des framboises avec de la crème fouettée.
De la crème fouettée, s’est étonnée mini-Adrienne, qui croyait que ce sort était réservé aux méchants dans les contes.
La mère n’était pas trop d’accord que la petite se fasse une orgie de framboises à la crème: 
– C’est gras! répétait-elle au père d’un air de blâme. Et c’est beaucoup trop! Elle va être malade! 
Mais le père a dû voir que mini-Adrienne était au septième ciel de la béatitude gastronomique et ne lâcherait pas son bol… On le lui a laissé et là, sur la terrasse couverte de l’hôtel de madame B, elle a dégusté ses premières framboises et sa première crème fouettée. Ça ne s’oublie pas, voyez Amélie Nothomb, née à deux ans et demi par la grâce du chocolat belge 🙂
Ah! chère madame B! quelle merveilleuse idée elle avait eue là! Reconnaissance éternelle!
Plus jamais mini-Adrienne n’a mangé de framboises sans avoir une pensée émue pour madame B: elles ont cette saveur mythique du souvenir d’enfance et de l’interdit maternel.
photo: carte postale ancienne en vente sur e-bay
texte écrit pour le marathon d’écriture 2019

T comme tarif

L’Adrienne a failli tomber à la renverse en lisant qu’Eric-Emmanuel Schmitt monnayait ses « conseils d’écrivain » dans des master class en vidéo à 120 € – si on désire une rencontre avec l’écrivain, c’est évidemment plus cher: 500 €.

Avant de lui retirer mon estime, j’ai fait un petit tour des « master class d’écrivain » et constaté que le mal était fort répandu. Certains s’y adonnent à titre privé et font leur pub sur leur site personnel, comme Alexandre Jardin, 200 € pour « découvrir ses secrets d’écrivain ». D’autres y sont engagés par leur maison d’édition, comme Gallimard: 1500 € pour plusieurs séances en présence de l’écrivain. Ou par la BNF, une séance avec un écrivain comme notre Amélie Nothomb et là l’entrée est gratuite.

Voilà, me suis-je dit, Eric-Emmanuel et Alexandre doivent sans doute manquer de beurre dans leurs épinards.

L comme Laurent-Perrier

– A quoi bon être riche si ce n’est pour boire d’excellents champagnes? Vous qui êtes obsédé par l’or, ne savez-vous pas que le champagne en est la version fluide?

Amélie Nothomb, Barbe bleue, Albin-Michel 2012, p.50

– L’inventeur du champagne rosé a réussi le contraire de la quête des alchimistes: il a transformé l’or en grenadine.

idem, p.59

– Du Laurent-Perrier cuvée Grand Siècle! Vous avez bien fait les choses! Je débouche!

idem, p.66

– C’est du velours, ce champagne. Du velours doré. Incroyable, dit-elle.

idem, p.78, en parlant du Dom Pérignon 1976

– Il y a un réconfort que seul le grand champagne procure, soupira-t-elle.

idem, p.135, un Krug grande cuvée brut

– C’est la plus belle des bouteilles de champagne. Elle a incroyablement réussi l’osmose du cristal et de l’or.

idem, p.151, le Cristal-Roederer

 – Le bon champagne aide à penser, dit-elle.

idem, p.156

C’est ainsi qu’au fil de l’histoire, on entend à intervalles réguliers « le plus beau bruit du monde: » (p.152) une bouteille de champagne qui perd son bouchon. 

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source de la photo

http://www.albin-michel.fr/Barbe-bleue-EAN=978222624296959

U comme ὕδωρ

ὕδωρ = eau

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celle de la mer

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celle qui tombait sous forme de crachin
dimanche dernier à Bruxelles

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celle qu’on boit sous forme de « murmure d’écume »
et de « perles d’air bondissantes »
comme le dit si joliment Gabrielle Colette
dans « Prisons et paradis » (1932)

***

J’aime les trois

cool

pour le projet Hibou

 https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj…

 thème 8 – eau

Stupeur et tremblements

Stupeur et tremblements, samedi dernier à la foire du livre, non pas chez l’Adrienne, mais chez Monsieur Neveu, au moment où il s’est trouvé nez à nez avec notre Amélie.

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Il y avait une queue incroyable pour recevoir d’elle un autographe, faire un selfie ou même un gros câlin. Amélie prend le temps de bien faire ce qu’elle fait. On a pu la voir consoler une jeune fille en pleurs et poser pour maints photographes de tout âge.

Comme l’Adrienne avait son appareil et qu’une foule de gens mitraillaient déjà notre vedette, elle y est allée aussi de son petit cliché.

Malheureusement, au moment du déclenchement, Amélie dit quelque chose qui lui déforme un peu la bouche. Pour ne pas qu’un portrait mal foutu pourrisse le net, l’Adrienne l’a donc soigneusement découpé.

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– J’en suis tout retourné, a fini par dire Monsieur Neveu, qui normalement ne se tait jamais plus longtemps que vingt secondes.

Puis, comme il est féru de mode et de ‘look‘, il a longuement détaillé et commenté sa tenue. Il a trouvé ses ‘gros godillots‘ inélégants.

– C’est pour pouvoir tenir le coup longtemps, toute une journée à la foire, l’a excusée l’Adrienne, qui était venue en baskets pour la même raison. 

– Tiens! a-t-il dit quand il a finalement retrouvé tous ses esprits, elle boit du champagne!

 

Z comme Zumkir

Ma bibliothèque communale est un endroit magique comme internet (quoiqu’en plus modeste): tu cherches un truc et tu en trouves trois autres.

Ainsi, c’est en passant en revue des rayonnages à la recherche de Roland Barthes que je suis tombée sur Michel Zumkir et sa tentative de décryptage de notre Amélie.

De A à Z, je ne connais pas de meilleure méthode si on veut donner une illusion de classement et d’exhaustivité Langue tirée

Le livre est d’une lecture facile et tout à fait sympathique, même si l’auteur fait tout pour garder un ton neutre et objectif, basé sur des témoignages et des documents, comme il sied à un chercheur. Évidemment, ce portrait date de 2003 et aurait besoin d’une bonne petite mise à jour…

Amélie y est-elle « dévoilée »? Pas vraiment, et j’en suis bien contente, ce n’est ni un livre people, ni une intrusion dans sa vie privée. 

Ceux qui espéreraient y trouver « le secret de son succès » seront déçus: on est plus dans la biographie que dans l’analyse littéraire, plus dans les faits, les chiffres et les anecdotes, même si certains personnages de ses romans sont expliqués en relation avec son vécu et ses lectures.

Bref, un portrait d’une femme sensible et sympathique, pas du tout d’un « monstre » comme l’annonce le sous-titre du livre. 

Mais je suppose qu’il fallait bien ça pour attirer le lecteur.

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une bonne analyse du livre ici:

https://textyles.revues.org/771

Et pour Roland Barthes? Faudra que j’y retourne Clin d'œil

***

Quelques extraits?

p.14-15: Amitiés: Pour les personnes que l’on a interrogées, la romancière est ce que l’on nomme familièrement « une bonne amie », attentive, fidèle, très fidèle même, à l’écoute des autres, elle donne beaucoup, attend autant en retour.

p.21: Belge: « Au début, je trouvais que la Belgique était un pays lourd. Je me sentais écrasée. Et je me demande si l’origine de beaucoup de talents belges n’est pas là. On a besoin de se créer une folie pour ne pas être englué dans cette espèce de conformisme épais. Quand on se met à délirer, on délire plus que nos voisins. Je dirais même, sans vouloir faire de la démagogie patriotique, qu’il y a plus d’écrivains originaux en Belgique qu’en France. Et l’humour belge est magnifique, beaucoup plus drôle due le français: Philippe Geluck, Stefan Liberski… »

p.53: écrire: « Écrire, c’est la plus grande nécessité, la plus grande jouissance, la plus grande passion de ma vie. Écrire, c’est continuer l’enfance par d’autres moyens, c’est plus qu’un métier, c’est ma raison de vivre, mon moyen de supporter la vie. C’est tout à la fois. Oui, écrire, c’est tout. »

***

Après, c’est comme avec le « j’aime/je n’aime pas » de Roland Barthes, on peut s’amuser à se trouver des points communs: l’amour pour Bruxelles, la lecture, tout enfant, du dictionnaire explicatif pour se nourrir de mots nouveaux et de définitions, les humanités gréco-latines, la culture biblique, une mère qui refuse le sucre, l’isolement à l’université tellement on est « autre », l’amour des transports en commun comme lieu d’observation, d’inspiration et d’écriture.

En toute modestie, bien évidemment.