L comme limousine

– Tu as une nouvelle voiture? demande l’amie à qui l’Adrienne ouvre sa porte.

Elle montre le bel exemplaire long et sombre et rutilant garé juste devant et oui, elle est sérieuse: comme chaque fois qu’elle vient et qu’une bagnole est garée devant chez l’Adrienne, elle lui pose cette question:

– Tu as une nouvelle voiture?

C’est ainsi que tous ceux qui passent devant sa maison pensent que les poubelles ou autres choses qui traînent devant chez elle lui appartiennent 😉

Comme le jour où quelqu’un avait déposé (ou perdu?) un matelas sur son bout de trottoir et que sa directrice s’était étonnée, en route pour l’école, de voir ça là, alors que l’Adrienne est tellement « écolo » 😉

F comme fou chantant

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Il pleuvait des cordes samedi matin au retour du marché mais ça n’empêchait pas le vieux petit monsieur à longue barbe grise de chanter sur le pas de sa porte.

Ce qui est tout de même une nouveauté remarquable, vu que d’habitude, tout en fumant un cigarillo, il fait des blagues à l’Adrienne.
Et une causette 🙂

– Nous ne sommes donc pas deux, mais trois, se dit-elle en rentrant chez elle toute trempée de pluie.

Trois fous chantants.

Le troisième étant Joe Krapov, bien sûr, mais ça, vous l’aviez deviné 🙂

Adrienne est en retard

Quatre anniversaires n’avaient pas pu être fêtés pour diverses raisons – lockdown et fermeture des restaurants, problèmes familiaux et autres – deux anniversaires de l’Adrienne et deux de l’amie de toujours.

– Cette fois, on ne le remet plus, déclare l’amie. On y va mercredi.

Alors elles y sont allées.

Elles ont parlé un peu d’autrefois, de ce temps béni d’avant leurs huit ans, et beaucoup du temps actuel.

Les mamans ont le même âge et si celle de l’Adrienne est toujours pétante de santé, celle de l’amie décline terriblement.

L’amie, ses deux sœurs et son frère se relaient à son chevet, dorment chez elle à tour de rôle. Lui font la cuisine. S’occupent de tout, absolument tout.

C’est dur quand une maman redevient un petit enfant mais ne se laisse pas traiter en petit enfant.

– Sa maladie lui change le caractère, dit sobrement l’amie.

Bref, un anniversaire a été fêté, peu importe lequel, et il en reste trois autres avant que ceux de 2022 ne s’annoncent, إِنْ شَاءَ ٱللَّٰهُ 😉

J comme Jivara

Jeudi dernier, l’Adrienne a appris un nouveau mot, c’est Jivara.

Autour de la table, aucun des six convives n’a demandé à savoir ce que c’était, le contexte « dessert » et « chocolat » semblait suffire à la bonne compréhension.

L’Adrienne en était bien contente, comme elle était la seule à parler français, elle avait déjà dû expliquer ce qu’était une ballotine.
Ou du riz vénéré.

– Ben… c’est du riz noir.

Ils n’ont pas eu l’air de la croire 😉

C’est vrai que souvent les restaurateurs veulent déployer autant de pompe et de mystère dans les appellations que dans l’assiette 😉

H comme heures exquises

Constater au réveil qu’on a bien dormi
Prendre le café avec une amie qui est à 1500 km
Rire
Recevoir un message, une carte, une lettre
Entendre des chants d’oiseaux, une belle musique
Rire
Voir des amis et fêter une amitié au restaurant
Rencontrer un(e) ancien(ne) élève
Rire
Marcher dans la nature
S’installer confortablement pour un bon livre, un bon film
Rire
Aimer les enfants des autres
être heureuse quand après de longues explications le petit s’écrie « ça a fait ding ding dans ma tête! J’ai compris! C’est facile, en fait! »
Et rire.

***

écrit d’après la consigne suivante de Joe Krapov, qu’on remercie vivement d’avoir repris les krapoveries!

Le Sel de la vie

Vous étiez en vacances ou vous êtes resté·e chez vous cet été. Vous avez vécu ces deux derniers mois des moments que vous n’avez pas volés.

A l’instar de Françoise Héritier, listez donc sous la forme d’une liste de verbes à l’infinitif suivis de leurs compléments ceux dont vous vous souvenez et qui pourraient constituer, selon vous, le sel de la vie.

V comme vie

L’Adrienne paiera-t-elle sa folle témérité en reprenant une vie « normale » 😉

Elle retourne au restaurant avec des amis, les reçoit chez elle sans masque, reçoit des câlins de petit Léon.

En septembre, la chorale reprendra le jeudi soir, le yoga le lundi matin, les cours du soir ‘en présentiel’.

Elle ira au théâtre et au concert.

Par contre, le voyage en Grèce, qui devait avoir lieu en octobre, est annulé.
Remis à 2022, sine die.

***

Alles komt goed, ‘tout va s’arranger’, affichait cette ancienne élève au début de la pandémie.
Et non, elle n’est pas brocanteuse, elle fait de la pâtisserie 😉

Dernièrement

83ème devoir de Lakevio du Goût.

Devoir de Lakevio du Goût_83.jpg

Samedi dernier, le miracle a finalement eu lieu.

D’abord il y avait eu la maladie.
Grave.
Le diagnostic.
Les hospitalisations.
Les chimio.
Les complications diverses.

Puis s’y était imbriquée la pandémie.
L’interdiction de se voir dans un lieu clos.
La fermeture des lieux publics.
Ni cafés, ni restaurants.

Deux années entières où il y avait toujours un obstacle.

Jusqu’à samedi dernier.

L’Adrienne et sa tantine ont enfin pu s’asseoir ensemble sur une terrasse, à l’ombre d’un parasol, prendre un café et bavarder.

La tantine a toujours mille choses à raconter… et une petite envie de vin blanc 🙂

***

Cette toile d’Aldo Balding m’a interpellé, curieux que je suis. Mais que se racontent ces deux femmes ? Attentive est l’une, certes. Mais que dit l’autre ? À lundi.

V comme Voisard

Photo de freestocks.org sur Pexels.com

La parole est partout et elle surabonde.
Plus que jamais méfions-nous des paroles en l’air.
Tout se dit et rien ne se dit.
Rien n’est dit si tout se dit.

Alexandre Voisard, L’ordinaire et l’aubaine des mots, éd. Empreintes, 2020, p.48.

De woorden zijn overal en in overvloed.
Laat ons meer dan ooit loze praatjes wantrouwen.
Alles en niets wordt gezegd.
Zegt men alles dan zegt men niets.

Traduction de l’Adrienne.

Merci pour la poésie suisse, cette inconnue, chère Loulou 🙂

E comme ensemble

On veut bien l’accepter dans la troupe, avait dit le responsable, mais il n’a pas l’âge requis. Normalement, il faut avoir huit ans.

Et c’était vrai: il en avait à peine sept.

– Cependant, nous y mettrons une condition: c’est qu’il participe au camp, l’été prochain.
– Ce ne sera pas un problème, a répondu le père, c’est justement ça qui lui fait le plus envie.

C’est ainsi que petit frère a trouvé son copain-pour-la-vie, celui qui de tout temps a un an d’avance sur lui, avec qui il a fait les quatre cents coups et qu’aujourd’hui encore vous verrez en photo à ses côtés sur son profil fb.

Ensemble.

Un point c’est tout 🙂

***

écrit pour La Licorne qui imposait deux choses: la photo ci-dessus et le thème « Ensemble, c’est tout », à placer au choix.

Merci à elle de m’avoir rappelé que je n’avais plus participé depuis 2018!

L comme lichette

Le père, on l’a déjà dit ici, c’est celui qui est passionné de gastronomie et compulse ses bibles culinaires pour en extraire tous les repas de fêtes de la famille élargie: chacun.e compte sur son savoir-faire pour rendre gustativement inoubliables les réveillons, les communions, les anniversaires du filleul et autres réunions autour d’une table.

Dans la cuisine, l’Adrienne a toujours été son son petit second et le voyait peser, mesurer, compter, vérifier.
« La gastronomie est une science exacte », disait-il.

Puis il y a eu belle-maman, qui avait aussi sa réputation de fine cuisinière à tenir.
Qui pesait à peu près.
Oubliait de regarder l’heure.
Prétendait voir quand un mets était prêt.

L’Adrienne souriait et se disait qu’elle avait trouvé là l’exact opposé de son père.

Mais elle se trompait.

Elle s’en est rendu compte le jour où elle a assisté à la confection du cozonac de Nouvel An chez l’amie Violeta, et ça s’est confirmé avec la baklawa.

Oui, il y a une recette, des ingrédients à peser et à mesurer.
Mais on ajoute un peu plus de ceci.
Puis de cela.
Pour compenser.
Parce que c’est devenu trop sec.
Ou trop liquide.
On goûte.
Y a-t-il assez de sucre?
Non, il n’y en a jamais assez 🙂
On en rajoute.
On regoûte.
On fait goûter.
On rajoute.

Et c’est ainsi, que de lichette en tantinet, de soupçon en larme ou en nuage, on devient la reine du pifomètre.

***

écrit pour le Défi du samedi: Lichette, ribambelle et fifrelin.
Merci Maître Walrus!