O comme only one!

DSCI7340_LI

Do you have hot chocolate? demande le type à la dame de la cafétéria, à Zeebrugge, sans même s’enquérir de ses connaissances en anglais. Tout comme le feront, quelques minutes plus tard, des Espagnols et des Allemands.

You want a hot chocolate? répond-elle, la main déjà posée sur l’engin.

One! only one for me!

Puis il se tourne vers son épouse:

What do you want, honey?

N’est-ce pas, qu’il y a matière à réflexion à propos de cette petite conversation 🙂

Après s’être installé à la table d’à côté, très content de lui, il apostrophe l’Adrienne:

Going back home? comme si ce bateau n’allait transporter que des touristes anglais rentrant chez eux.

Alors quand elle lui dit qu’elle va à un mariage dans le Yorkshire, il se met à rigoler tout seul en débitant quelques phrases bien senties sur les habitants de cette région – dont apparemment il ne fait pas partie.

Dans le minibus qui l’amène à York, l’Adrienne demande au chauffeur:

– Vous pourriez me dire quelle est la réputation des gens du Yorkshire? Parce qu’un Anglais, avant d’embarquer, m’a dit toute une litanie sur eux et je ne suis pas sûre d’avoir bien compris.

– Ah! fait-il en soupirant. On dit tant de choses, sur eux. Par exemple qu’ils croient qu’ils ont le meilleur thé au monde. Et que leur gentillesse n’est qu’une façade. They pretend to be friendly but in fact they are not.

Alors, pendant ces quelques jours passés avec la famille du marié, submergée par les thank you so much! you are so sweet! oh that’s so thoughtful of you! you really are a gem! et autres formules du même genre, elle ne peut que repenser à ce que lui a dit le chauffeur 🙂

***

photo prise sur le bateau, à l’aller, avec le portefeuille dont sortira le premier billet à l’effigie de Her Majesty, la lecture appropriée et le sac voyageur 🙂

Sur Wikipédia, on trouve comme stéréotype numéro 1 à propose des Yorkshiremen: There is a British saying that « a Yorkshireman is a Scotsman with all the generosity squeezed out of him », donc qu’ils sont des Ecossais dont on aurait extrait la dernière goutte de générosité.

H comme Hond

DSCI7363 (2)

Le voilà, l’animal dont il faut prendre soin pendant que ses maîtres sont en voyage de noces.

Il est grand et bien élevé. Il aime poser pour les photos.

Il s’appelle Ted.

– C’est grâce à moi qu’ils ont leur chien, m’a confié un homme à la fête, en guise de préambule et présentations.

Il semblait considérer que ça lui valait ses lettres de noblesse.

Ou que ça justifiait sa présence en ce lieu puisque le chien était là avant que le couple n’existe 🙂

E comme émouvoir

 

Zeebrugge port gets ready for Brexit

Si Horace et Boileau avaient raison, qu’une véritable œuvre d’art doit plaire et émouvoir, alors la cérémonie du mariage est une œuvre d’art.

Croyez-en l’Adrienne, experte en émotions et débutante douée en stiff upper lips. Pour les journées d’adieux à ses élèves, à ses collègues, au comité directeur, elle avait prévu un mouchoir supplémentaire… et bien, elle n’en a pas eu besoin 😉

Bref, la canicule s’est terminée juste à temps pour qu’on puisse s’attifer et respirer quand même, on a emmené le chien des futurs époux – un grand clébard beige dont on aura la garde pendant que leurs maîtres seront en voyage de noces – et c’est dans un décor de conte de fées qu’on va pouvoir goûter la gastronomie britannique (ne riez pas, amis belges, canadiens, suisses et français qui pensez que votre cuisine est la meilleure au monde ;-)) dès qu’ils se seront dit ‘I DO!’

***

écrit pour Olivia Billington avec les mots imposés suivants: canicule – expert – clébard – cuisine – conte – émouvoir

La photo a déjà servi: October 23, 2018 – Zeebrugge, Belgium: View of the port of Zeebrugge, the world’s largest car terminal, which is now preparing itself for a hard Brexit. The banner about the port of Zeebrugge being « Brexit proof » has been put there by Port Authorities. Une banderole affirmant que le port de Bruges-Zeebruges etait pret pour le Brexit a ete installee a proximite du terminal ou auront lieu les futurs controles douaniers.

C comme coquelicot

DSCI7302

C’est aujourd’hui, si tout se passe comme prévu, que l’Adrienne passe du coquelicot de sa rue aux poppies du Yorkshire.

Ce qui veut dire que si vous n’avez plus de réponse à vos commentaires, c’est qu’elle sera privée d’Internet.

Sur le bateau entre Zeebrugge et Hull – une douzaine d’heures de traversée, principalement de nuit – seulement 30 minutes de wifi sont comprises dans le prix.

Que peut-on faire en trente minutes sinon marcher tout doucement vers une fontaine 😉

Chez l’amie, à peine sera-t-on installée qu’il faudra repartir: le mariage et les fêtes ont lieu sur la côte est, dans un endroit très beau et très sauvage où paraît-il l’internet n’a jamais mis les pieds.

(paraphrase d’une expression paternelle, il faisait toujours sourire l’Adrienne quand il disait « un endroit où la main du bon dieu n’a jamais mis les pieds » 😉 )

Bref, quelques billets sont prévus et pour le reste, on verra!

Portez-vous bien 🙂

G comme gentillesse

85961-dyn007_original_448_336_pjpeg_2634699_062030deab6f15133a6b76bb4b00c9a9

Cette fois, se dit l’Adrienne en marchant d’un bon pas vers l’appartement de sa mère, elle ne pourra pas se plaindre que je ne lui raconte jamais rien… j’ai de quoi alimenter la conversation.

Deux heures plus tard, l’Adrienne marche de nouveau d’un bon pas en rentrant chez elle. Elle sait tout sur la voisine d’en haut, d’en bas, d’à côté. Sur l’ophtalmo, le dermato. Sur qui a dit quoi et ce qu’il faut en penser, jusqu’à la troisième génération.

Mais sa mère ne sait rien sur la boule au ventre que l’Adrienne avait la veille, en se rendant à son ultime cours de FLE. Elle ne sait rien des émotions bien douces que lui ont données ses élèves. Elle ne sait rien de rien.

Alors vous comprenez combien vous êtes précieux, vous tous ici qui prenez le temps de lire et de comprendre et de trouver les mots gentils à mettre en commentaire.

Merci à vous tous.

G comme (votre) Gentillesse et G comme (ma) Gratitude.

Première nouvelle

it's been a while

– Cette année, dit la mère de l’Adrienne, on ne pourra pas fêter ton anniversaire.

Première nouvelle! Le fêtent-elles ensemble, habituellement? Mais l’Adrienne préfère ne pas polémiquer:

– Ah? Pourquoi? qu’est-ce qu’il y a?

– Et bien, depuis deux ou trois semaines, j’ai parfois du mal à déglutir, alors je suis allée chez Christian – la mère de l’Adrienne appelle son médecin, son dentiste… par leur petit nom – et mercredi après-midi j’ai un rendez-vous à la radiologie. Je dois y être à 14.30 h.

– Si tu veux, je t’y accompagne, propose l’Adrienne.

– Oui, ce serait bien… J’ai sûrement un cancer de la gorge… Ça ne peut être que ça!

– Mais non! c’est quasiment impossible! tu n’as jamais fumé ni vécu avec des fumeurs!

– Oui, mais ces dernières années, je vis en ville, et avec tous ces gaz d’échappement…

L’Adrienne s’est tue. Ah quoi bon argumenter avec quelqu’un pour qui chaque petite tache brune sur la main est un mélanome, chaque battement de cœur un peu accéléré le signe imminent d’un infarctus. Elle est la meilleure cliente des spécialistes de la ville.

– C’est la fin, conclut la mère d’un ton dramatique. Il fallait bien que je meure de quelque chose…

***

Le mercredi suivant, elles sont toutes les deux à la radiologie. Même l’Adrienne est stressée 🙂

La gorge de la mère est examinée à fond par deux spécialistes. Quand elle réapparaît, elle ne dit rien.

– Tu sais déjà quelque chose, demande l’Adrienne, ou il faut attendre qu’ils envoient les résultats à Christian?

– Je le sais déjà, dit la mère.

Silence. L’anxiété de l’Adrienne monte de trois crans.

– Et ils t’ont dit quoi?

– Que c’est un cadeau de l’âge.

Et elle sort de la clinique en regardant bien droit devant elle.

***

écrit pour le Défi du samedi avec le thème imposé ‘histologie‘ – merci aux amis qui m’ont envoyé de chouettes cartes 🙂 (comme celle-ci, qui pourrait servir à un billet « coiffeur philosophe », si j’avais encore un coiffeur philosophe… – source de l’image ici)