P comme Patrice

(c) Agentschap Onroerend Erfgoed

En Belgique, si tu trouves un trésor dans ton champ, il t’appartient.

Cette bonne nouvelle a donné des idées à un de nos voisins du sud, un certain Patrice T., qui s’est acheté une petite prairie à Gingelom, soi-disant pour y installer une caravane, parce que – dit-il – il aime se promener dans cette région.

Fin 2019, il déclare – comme la loi belge l’y oblige – aux autorités belges compétentes qu’à l’aide de son détecteur à métaux il a découvert des monnaies gallo-romaines dans son petit terrain, à Gingelom.

Malheureusement pour lui, les archéologues belges ont rapidement détecté la fraude: deux seaux entiers de monnaies d’argent dans un petit trou d’à peine 40 cm de profondeur (donc dans une couche de terre beaucoup trop récente pour pouvoir abriter 14 154 pièces de monnaie du 3e siècle) et d’une espèce qu’on trouve beaucoup en France mais très rarement chez nous, ce trésor ne pouvait avoir été trouvé à Gingelom, il devait provenir d’ailleurs et très probablement de France.

Les services belges ont donc alerté leurs homologues français, où le Patrice T. est déjà bien mal ‘fiché’ pour avoir pratiqué illégalement des recherches archéologiques.

On a donc fait une perquisition chez lui et trouvé d’autres trésors, 13 246 au total, datant de l’âge de bronze, de fer, de l’époque romaine et mérovingienne, bracelets et colliers, fibules, statuettes, boucles de ceinture et même un dodécaèdre romain dont on ne connaît à ce jour qu’une centaine d’exemplaires.

Selon les experts français, la valeur totale s’élèverait à 772 685 €.

Stupeur et tremblements

devoir de Lakevio du Goût_58 .jpg

– Alors? Tout va bien?
– Oui, ça roule! Et toi?
– Comme sur des roulettes!
– Hahaha! Mais encore?
– Une mosaïque… vingt centimètres sur vingt, à peu près…
– Pfffiouuu! Pas mal!
– Et toi?
– Cette fois, je crois bien que c’est moi le gagnant… un petit cavalier de bronze. Deuxième siècle avant notre ère. Et en parfait état!
– Bravo, mes compliments!

***

Entre 1944 et 1977, environ 44 000 objets ont été volés dans des églises, musées et sites archéologiques italiens. Il faut bien sûr y ajouter ceux qui ont été volés avant et après ces deux dates…

***

Texte écrit pour le 58ème devoir de Lakevio du Goût – que je remercie:

Mais que diable se disent-ils? Mais que diable ont-ils vu? J’espère que nous aurons une idée d’ici lundi…

Stupeur et tremblements

Nous le regrettons amèrement, disent-ils avec cynisme sur leur site internet , cette destruction n’aurait pas pu avoir lieu et nous avons la ferme intention de changer nos pratiques:

« We deeply regret the events at Juukan Gorge and have unreservedly apologised to the Puutu Kunti Kurrama and Pinikura people (PKKP). The destruction of the rockshelters should not have happened, and we are absolutely committed to listening, learning and changing. »

Cynisme, dis-je, puisque la société minière Rio Tinto prévoit la destruction d’encore 124 autres sites aborigènes, comme on peut le lire ici, avec toute l’info en français.

Comment un outil réalisé en os de kangourou il y a 28 000 ans et un site habité depuis 46 000 ans pourraient-ils rivaliser avec les tonnes de minerai de fer et les dollars que cela rapporte?

On demande gentiment à deux ou trois responsables de se retirer et on continue son business:

«Un exemple frappant de l’absence de véritable prise de conscience du problème de fond, c’est que, comme chaque fois qu’un scandale survient, les hauts dirigeants remerciés vont néanmoins recevoir une indemnité conséquente consécutive à leur départ. M. Jacques, comme peut-être les deux autres hauts dirigeants en question, va, en toute logique, sortir de l’entreprise sans trop de casse, grâce à son «parachute doré» [… et Rio Tinto va] reprendre le cours normal de [ses] activités.» (source ici)

Photo et article ici.

V comme Viator

Les fouilles préventives obligatoires avant tout travail de construction en ville ont du bon, elles permettent toujours de belles découvertes, qu’elles soient grandes comme des fondations de bâtiments antiques ou petites comme cet objet trouvé à Tongres, une feuille de plomb de 12 cm sur 14. 

« La nature magique du document ne fait aucun doute et le support – du plomb – indique qu’il s’agit de magie négative : nous sommes donc en présence d’une tablette de malédiction, une “défixion” », indiquent les scientifiques qui l’ont étudié.
Signes particuliers de cet objet datant de la fin du premier siècle après Jésus-Christ : il est très bien conservé et se présente à plat, alors que ce genre de tablette est plutôt retrouvé roulé ou plié. De tels objets, usuellement déposés dans les cimetières ou les puits, étaient utilisés pour jeter un mauvais sort à quelqu’un.

[…]

Quatre « défixions » sur plomb provenant d’Hadrumète et de Carthage (en Tunisie), ainsi que de l’Isthme de Corinthe (en Grèce), présentent des formules et des dispositifs pratiquement identiques à ceux de la tablette de Tongres. Le modèle commun auquel remontent ces cinq documents est à chercher dans un manuel de magie, rédigé peut-être en Égypte comme l’essentiel de la littérature de ce genre. Des copies de ce livre ont circulé jusqu’en Tunisie et en Grèce, et même jusqu’aux confins septentrionaux de l’Empire, comme nous l’apprend la tablette de Tongres.

article complet ici.

Des dessins et des textes en caractères latins et grecs sont incisés dans le métal, comme on peut bien le lire sur l’illustration ci-dessous.

Et tout en bas se trouve le nom du destinataire de ces malédictions, Caius Iulius Viator, fils d’Ingenua.

Conclusion: V comme Verwensing 🙂

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illustrations: La  tablette de malédiction © ULB/musée gallo-romain de Tongres (source Daily Science)

Verwensing est le mot en néerlandais pour malédiction.

U comme Urbs, urbis

photo et article de Daily Science:

BIENVENUE À FALERII NOVI, LA VILLE ROMAINE SOUS LES CHAMPS

Durée de lecture : 4 min

Inutile d’écarquiller les yeux. On ne voit que des champs et des arbres à la cité antique de Falerii Novi. Pourtant, des chercheurs belges et britanniques viennent de mettre au jour tout un nouveau quartier dans cette une cité romaine qui a vu le jour en 241 av. J.-C.

Cette découverte, réalisée dans la vallée du Tibre, à une cinquantaine de kilomètres de Rome, repose sur l’usage d’une technologie qui avait déjà fait ses preuves à Bruxelles, en 2018. A l’époque, François Blary, professeur d’histoire de l’art et d’archéologie à l’ULB et co-directeur du Crea-Patrimoine, le centre d’archéologie de l’Université Libre de Bruxelles, avait passé la Grand-Place de Bruxelles au radar de sol. Ces scanners avaient permis de discerner dans le sous-sol des structures archéologiques anciennes.

Une technique perfectionnée… depuis 1910

Cette fois, c’est une équipe de l’université de Gand et de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni, qui a ausculté le sous-sol, en Italie. Pendant trois ans, avec leur radar de sol, ils ont ratissé les champs qui entourent l’abbatiale de Sainte-Marie, tout à côté de l’actuel village de Falerii Novi.

Ces archéologues ont pu cartographier complètement l’antique ville romaine. Leur radar de sol  fonctionne comme un radar ordinaire, en faisant rebondir les ondes radio sur les objets et en utilisant l’”écho” pour construire une image. La différence est qu’il détecte ici des objets souterrains.

Bien que ce principe soit utilisé depuis les années 1910, ces dernières années, les progrès technologiques ont rendu l’équipement plus rapide et plus performant.

Découvertes de plusieurs bâtiments

Cela a conduit à la découverte de plusieurs nouveaux bâtiments, dont un complexe de bains, un marché et un temple. Les chercheurs ont également découvert ce qui semble être une sorte de monument public, différent de tout ce qui avait été observé auparavant dans de telles cités.

« La ville est bien documentée dans le registre historique et ne se trouve pas sous des bâtiments modernes, ce qui en fait un excellent endroit pour mener ce genre d’études », indiquent les chercheurs. « En tant que telle, elle a fait l’objet de décennies d’analyses à l’aide d’autres techniques non invasives, comme la magnétométrie. Celle-ci permet de mesurer le modèle magnétique du sol qui est influencé par l’activité antique ».

Le radar de sol de dernière génération utilisé ici peut sonder le sol à diverses profondeurs.  Les relevés réalisés à Falerii Novi ont été effectués tous les 12,5 cm, sur l’ensemble du site. De quoi éclairer les chercheurs sur la façon dont les villes ont été construites et sur leur évolution dans le temps. L’occupation du site s’est effectivement étendue sur plus de neuf siècles.

Semi-automatisation du traitement des données

Le travail d’interprétation des données récoltées a été semi-automatisé. Une innovation dans le domaine. “L’utilisation des données du radar de sol à haute résolution génère des quantités massives d’informations, rendant l’analyse manuelle très longue”, explique le professeur Martin Millett, un des chercheurs anglais du projet.

Il faudra encore un peu de temps avant que la carte de Falerii Novi ne soit entièrement analysée. Néanmoins, cette recherche a déjà révélé beaucoup de choses sur la ville. « Elle semble notamment moins standardisée que celle de nombreuses autres villes bien étudiées, comme Pompéi, révélant la complexité et la variation de l’urbanisme romain », estime l’équipe scientifique.

Une équipe pour laquelle l’objectif principal de cette recherche était de disposer de nouvelles données sur les villes romaines en Italie, afin de répondre à des questions concernant les processus d’urbanisation, les diversités régionales de l’urbanisme romain, l’évolution des populations, les relations entre villes et campagnes à l’époque romaine…

N comme Narcisse, Léda, Orion

Après les fresques représentant Narcisse, celles de Léda et le cygne, voici les dernières découvertes archéologiques.

Dans la vidéo ci-dessus, Massimo Osanna, le directeur du site de Pompéi, présente deux maisons en particulier.

D’abord, la casa del giardino, donc une maison avec jardin – lequel pourra un jour être reconstitué à l’identique, car on a pu prélever assez de restes, surtout sous forme de racines, pour savoir exactement ce qui y était planté.

Dans cette maison on a retrouvé également onze victimes, surtout des enfants rassemblés dans la même pièce. L’absence d’hommes fait supposer que ceux-ci étaient à l’extérieur pour chercher du secours ou une autre activité du genre.

La seconde maison est la casa di Orione, la maison d’Orion, appelée ainsi pour ses mosaïques sur le thème du mythe d’Orion. Elle possède également une bonne partie de son décor de la période la plus ancienne, en stuc imitant le marbre.

Ci-dessous, la maison d’Orion plus en détail et en français:

R comme Rascar Capac

En prévision du reportage que montre Arte ce soir, toute l’info dans cet article de Daily Science de mars 2017; Rascar Capac passe au scanner. En voici deux extraits:

La plus célèbre des momies précolombiennes des Musées royaux d’Art et d’Histoire, qui avait inspiré Hergé, le dessinateur de Tintin, notamment pour son album « Les sept boules de cristal », vient de passer au CT-scan des Cliniques Universitaires Saint-Luc. Son étude fait partie d’un nouveau projet de recherche mené au Musée et par une doctorante de l’UCL: Caroline Tilleux. (…)

«Après avoir fait subir de tels examens d’imagerie médicale aux momies égyptiennes du Musée, nous avons décidé d’étudier de la même manière nos momies précolombiennes dans le cadre du projet IRAM (Interdisciplinary Research Andean Mummies)», indique le Dr Serge Lemaître, archéologue et conservateur des collections « Amériques », au Musée du Cinquantenaire. « Ces examens peuvent nous en apprendre beaucoup sur ces momies, sans leur causer le moindre dommage. » (…)

L’archéologue, dit un des chercheurs dans le documentaire d’Arte, est un policier scientifique. Dans ce cas-ci, il s’agit de découvrir un maximum de choses sur l’identité de la « victime », âge, sexe, lieu et conditions de vie.

Plus loin dans le reportage, un autre expert dit que « le cheveu est vraiment le mouchard de l’organisme« . Ainsi par exemple, les cheveux de la momie révèlent que cet homme se nourrissait principalement de pommes de terre, de lupin et de tomates…

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source de la photo ici.

reportage sur Arte au programme ce soir: https://www.arte.tv/fr/videos/085383-000-A/tintin-et-le-mystere-de-la-momie-rascar-capac/

un article sur France Culture de mars 2019 ici.

Première

DSCI8098

La ville de Tongres affirme fièrement être la première de notre pays et son logo annonce la couleur: « Tongeren, de eerste stad« , Tongeren, la première ville.

L’Adrienne s’y est beaucoup promenée, vendredi dernier, a admiré le mur d’enceinte romain, le mur médiéval, la basilique de Notre-Dame et son incroyable trésor. En plus de merveilleux antiphonaires du 14e siècle et de précieux reliquaires d’à peu près tous les saints du paradis, il y a une collection de vêtements liturgiques qui semblent venus tout droit de Roma (Fellini)

photo prise vendredi vers les cinq heures du soir, sur la promenade du mur d’enceinte romain.

 

Le bilan du 20

bladspits

Sur une bande de terre entre deux ruisseaux, protégée au nord et à l’est pas une rangée de collines, il y a cent mille ans – peut-être un peu plus, peut-être un peu moins – dans ma ville vivaient des Néandertaliens.

N’est-ce pas une chose émouvante d’observer l’impact sur la pierre de chaque coup donné à celle-ci pour obtenir cette pointe de lance?

N’est-ce pas vertigineux de se projeter cent mille ans en arrière? Comment s’imaginer leur mode de vie, le climat du paléolithique moyen, le langage utilisé?

Puis on se dit que c’est tout aussi vertigineux de s’imaginer le futur et quelle sorte de vie – humaine ou non – il y aura sur la terre dans cent mille ans. 

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copyright de la photo H. Vandendriessche, UGent.

A comme archéologie

Des archéologues louvanistes reconstituent les visages d’anciens habitants de Sagalassos

Des archéologues de la KU Leuven ont, en collaboration avec l’université turque de Burdur, reconstitué les visages d’un homme et d’une femme de Sagalassos, cité antique située au sud-ouest de la Turquie. Ces deux humains ont vécu respectivement au début du 3e et entre les 11e et 13e siècles après Jésus-Christ. Sagalassos est l’un des sites antiques les mieux conservés de Turquie. Cette ville fut fondée au 5e siècle avant Jésus-Christ et complètement abandonnée au 11e siècle, à la suite de tremblements de terre, invasions et épidémies de peste. Depuis 1990, des fouilles archéologiques y sont menées sous la direction d’une équipe de la KU Leuven (université catholique de Louvain).

La reconstitution des deux visages a pour but de mieux mettre en images la vie quotidienne à Sagalassos au moment de son apogée, a expliqué le professeur Jeroen Poblome, actuellement à la tête du projet de recherche, lors de la présentation du résultat à la presse ce lundi.

L’homme romain, baptisé Rhodon, était vraisemblablement âgé de plus de 50 ans au moment de son décès et appartenait à la classe moyenne. Les fractures et troubles articulaires repérés sur son corps témoignent d’une vie rude. La femme byzantine, Eirènè, avait 30 à 50 ans lorsqu’elle est morte. Elle a moins souffert de troubles articulaires. Elle a été enterrée de manière plus austère que Rhodon, qui a été retrouvé entouré de cadeaux funéraires.

Pour leur redonner un visage, une équipe de l’université de Burdur a d’abord réalisé un “scan-3D” des crânes. Leurs traits ont ensuite pu être déduits avec une précision de 75%. Pour la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, les chercheurs se sont basés sur les caractères dominants de la population actuelle de la région. Des sources historiques ont été mobilisées pour la coiffure et la coupe de la barbe.

Les deux visages sont à découvrir dans la bibliothèque de la KU Leuven jusqu’au 25 juin. Ils retourneront ensuite sur leur terre natale pour une grande exposition sur Sagalassos qui se tiendra à Istanbul cet automne puis au musée de Burdur.

 

source: ici – hier l’Adrienne a pris le train pour Louvain, c’est pourquoi elle confie au journal le soin de rédiger son billet de ce dimanche, surtout que l’ordi ne veut pas télécharger les photos qu’elle a prises elle-même 🙂

Tous les billets sur le voyage d’août 2016 à Sagalassos sont ici 🙂