A comme archéologie

Des archéologues louvanistes reconstituent les visages d’anciens habitants de Sagalassos

Des archéologues de la KU Leuven ont, en collaboration avec l’université turque de Burdur, reconstitué les visages d’un homme et d’une femme de Sagalassos, cité antique située au sud-ouest de la Turquie. Ces deux humains ont vécu respectivement au début du 3e et entre les 11e et 13e siècles après Jésus-Christ. Sagalassos est l’un des sites antiques les mieux conservés de Turquie. Cette ville fut fondée au 5e siècle avant Jésus-Christ et complètement abandonnée au 11e siècle, à la suite de tremblements de terre, invasions et épidémies de peste. Depuis 1990, des fouilles archéologiques y sont menées sous la direction d’une équipe de la KU Leuven (université catholique de Louvain).

La reconstitution des deux visages a pour but de mieux mettre en images la vie quotidienne à Sagalassos au moment de son apogée, a expliqué le professeur Jeroen Poblome, actuellement à la tête du projet de recherche, lors de la présentation du résultat à la presse ce lundi.

L’homme romain, baptisé Rhodon, était vraisemblablement âgé de plus de 50 ans au moment de son décès et appartenait à la classe moyenne. Les fractures et troubles articulaires repérés sur son corps témoignent d’une vie rude. La femme byzantine, Eirènè, avait 30 à 50 ans lorsqu’elle est morte. Elle a moins souffert de troubles articulaires. Elle a été enterrée de manière plus austère que Rhodon, qui a été retrouvé entouré de cadeaux funéraires.

Pour leur redonner un visage, une équipe de l’université de Burdur a d’abord réalisé un “scan-3D” des crânes. Leurs traits ont ensuite pu être déduits avec une précision de 75%. Pour la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, les chercheurs se sont basés sur les caractères dominants de la population actuelle de la région. Des sources historiques ont été mobilisées pour la coiffure et la coupe de la barbe.

Les deux visages sont à découvrir dans la bibliothèque de la KU Leuven jusqu’au 25 juin. Ils retourneront ensuite sur leur terre natale pour une grande exposition sur Sagalassos qui se tiendra à Istanbul cet automne puis au musée de Burdur.

 

source: ici – hier l’Adrienne a pris le train pour Louvain, c’est pourquoi elle confie au journal le soin de rédiger son billet de ce dimanche, surtout que l’ordi ne veut pas télécharger les photos qu’elle a prises elle-même 🙂

Tous les billets sur le voyage d’août 2016 à Sagalassos sont ici 🙂

P comme plancher et Picomtal

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C’est en s’extasiant sur les beautés de ce tableau de Caillebotte que l’Adrienne est tombée sur un bouquin qui l’utilise pour sa couverture. Du moins en partie, puisqu’il y a trois « raboteurs » de plancher sur le tableau.

Ainsi, de fil en aiguille, elle tombe sur une de ces merveilleuses actions du hasard: un historien en vacances arrive dans une maison d’hôtes dont on a refait une partie du parquet. Et sous certaines lattes, on a découvert des bouts de planches sur lesquelles le menuisier de l’époque (1880-81) a écrit une ou deux phrases. On en a trouvé ainsi 72.

Ça peut sembler peu, 72 phrases, pour en extraire un récit de vie de tout un village mais ça a suffi, grâce aux noms, aux dates, à un tas de sources vérifiables.

Comme l’explique l’auteur dans sa conférence (en lien ci-dessous), Joachim Martin, le menuisier de 1880, écrit en toute franchise une sorte de testament sur sa vie: il sait qu’il ne sera lu que dans une centaine d’années, quand il faudra refaire le plancher, et que tous ceux qu’ils mentionnent seront morts. Comme lui-même, d’où la phrase clé mise en couverture du livre.

Vidéo de la conférence donnée par l’historien à l’Ecole nationale des Chartes. Je cite:

Les écrits laissés par les gens du peuple sont rares, d’où l’intérêt de cette source totalement inédite, que constituent les 72 phrases laissées par un menuisier des Hautes-Alpes sous le plancher qu’il était en train de poser au château de Picomtal en 1880-1881. Une fois les phrases transcrites, l’enquête a pu commencer. Elle a révélé qui était le personnage qui avait ainsi voulu livrer son témoignage à la postérité, mais aussi dans quel environnement il évoluait. Sachant qu’il ne sera pas lu avant cent ans, il se livre et n’épargne personne dans le village, offrant une peinture acérée des mœurs de son temps. Conférence de Jacques-Olivier Boudon, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université, donnée à l’École des chartes, le 19 mars 2018, dans le cadre du cycle «Les grandes voix». 

Photo et plus d’info sur le site de la maison d’édition Belin.

S’il est vrai qu’un plancher n’a qu’une durée de vie de cent ans, conclut l’Adrienne, celui de l’étage devra être refait en 2022. Qui sait ce qui s’y trouvera 🙂

F comme fritte

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Dans la salle du Neues Museum qui lui est réservée, la belle princesse s’ennuie.

Qu’on ait interdit de la photographier, passe encore, on la trouve des milliers de fois sur le WWW et dans tellement de livres qu’elle est le visage de femme le plus connu au monde. Juste un peu concurrencée par une mystérieuse Italienne 😉

Mais qu’on interdise à ses admirateurs de parler? de chuchoter? Plus le moindre petit compliment, plus aucune platitude comique, nul émerveillement, plus rien ne traverse l’épaisse paroi de verre.

Silence total, sauf un « chut » sévère de temps en temps de la part de la gardienne, toujours sur le qui-vive, toujours de mauvaise humeur, toujours à taper sur l’épaule d’un contre-venant qui sort son portable pour une discrète photo.

Ses admirateurs ont juste le droit de se remplir les yeux de sa beauté d’une symétrie parfaite, du bleu (poudre de fritte, coloré avec de l’oxyde cuivrique), du vert (fritte en poudre, coloré avec du cuivre et de l’oxyde de fer), du blanc, du noir, du jaune et du rouge clair de sa peau.

source de la photo wikimedia commons

P comme Pompéi

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Pompéi était à Bruxelles, collègue-amie V voulait la voir, alors ça s’est organisé vendredi dernier.

Partout où il était marqué en trois langues « don’t touch », « niet aanraken », « ne pas toucher », on avait justement très envie de le faire. Comme l’envie de sentir le grain de cette statue de marbre.

Mais on s’est retenues 🙂

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Une fois de plus, on s’est extasiées sur l’ingéniosité technique et la somme de connaissances scientifiques des Romains. Capables d’opérer de la cataracte, par exemple. 

Une fois de plus on s’est dit qu’on n’a rien inventé: il y avait là un cuit-œufs. Sauf qu’il est en bronze au lieu d’être en plastique 😉 

C’est à la Bourse, on a donc en même temps pu jeter un œil à l’intérieur de ce bâtiment. Assez impressionnant.

Voir le dossier pédagogique? Voir des photos? Encore jusqu’au 5 août!

Derniers jours

Une des principales différences entre les derniers jours de skynet et ceux de Pompéi, c’est qu’on ne trouvera rapidement plus aucune trace de l’un alors qu’on en trouve toujours de l’autre.

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Comme cette découverte de mai 2018, par exemple, d’un homme dont la fuite a été coupée net (et la tête en même temps) par la chute d’un bloc de rocher pesant 300 kilos.

Article et source de la photo ici.

F comme fouillons, fouillons!

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De temps en temps, les charmants jeunes gens qui grattent la terre dans les profondeurs de ma ville organisent une petite visite des lieux de fouille. De grands affichages, comme sur la photo ci-dessus, les montrent dans un de ces « moments suprêmes »: après la découverte d’un lieu funéraire de l’époque romaine, vers l’an 50 de notre ère.

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Tout notre folklore est basé sur une ‘légende’ qui place notre ville dans une  tradition chrétienne, comme si notre saint fondateur l’avait créée de toutes pièces dans un ‘no men’s land’ désert. Voilà une des choses que les fouilles permettent d’avancer avec certitude: notre cousin  Neanderthalensis est passé par ici, comme en témoignent ces quelques outils vieux de plus de 40 000 ans. Et après lui beaucoup d’autres, sans interruption. 

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Les premières traces de sédentarité ont pu être datées de l’âge du bronze, assez précisément: entre 1800 et 1500 avant notre ère.

Mais les fouilles qui ont lieu en ce moment dans le centre ouvrent une autre « capsule de temps », celle du moyen âge. Dimanche après-midi, les citadins intéressés par l’histoire de leur ville suivaient le jeune archéologue qui leur montre ici les fondations d’un petit bâtiment qu’on appelle « vierschaar » et qui servait à rendre la justice tout au long du (long) moyen âge: le bailli et les échevins, assis en carré autour du prévenu debout, décidaient de son sort…

 

D comme Doggerland

Doggerland

Le dix avril dernier, le navire Belgica est parti pour une expédition archéologique des fonds marins du Doggerland, vaste territoire qui, comme le montre la carte ci-dessus, réunissait la Grande-Bretagne au continent européen jusqu’à ce qu’un tsunami, associé à la montée progressive du niveau de la mer, l’engloutisse définitivement vers 6500 avant J.-C. 

Comme des bateaux de pêche remontent parfois des restes préhistoriques – os de mammouths, outils et ossements humains – les scientifiques des universités de Gand (en Belgique) et de Bradford (dans le Yorkshire) veulent établir la carte de ce territoire – on peut y voir le lit d’anciens fleuves, par exemple – et espèrent y trouver des renseignements sur des activités humaines d’avant la dernière époque glaciaire, il y a dix mille ans. 

A peu près 🙂

N’est-ce pas vertigineux? 

source de la photo (carte) – article De Standaard – article Le Vif