7 comme 1907

Le 19 novembre 1907, l’écrivain préféré de Walrus a l’honneur de trois colonnes en première page du Figaro pour y donner ses Impressions de route en automobile.

Style et contenu sont fort différents – évidemment – du même genre d’exercice réalisé par René Boylesve (voir ici). Il faut dire qu’entre 1894 et 1907, ces drôles de machines ont eu le temps de faire quelques progrès, non seulement au niveau de la mécanique mais aussi en ce qui concerne le confort des voyageurs.

Et le voyage de Proust est un peu moins téméraire que les 600 km prévus par Boylesve et ses amis: son chauffeur, Alfred Agostinelli, doit le conduire de la côte normande – probablement Cabourg – jusqu’aux environs de Lisieux. Même pas 40 km.

Ce qui leur prend tout de même de nombreuses heures 😉

Ceux qui voudraient lire le texte entier plus facilement que sur cette page du Figaro le trouveront ici.

J comme Jaguar

L’Adrienne pataugeait dans la boue devant chez elle, en route pour faire les courses, quand elle a vu un homme en détresse – oui, vous lisez bien, un homme en détresse – lui faire de grands signes pour attirer son attention.

– Je dois être à la rue du F***, crie-t-il, c’est par où?
– Alors là, à pied vous y seriez très vite, sauf qu’en ce moment, même à pied on ne passe pas… et en voiture, c’est compliqué, à cause des travaux.
– Oui, j’ai remarqué, fait-il.
– Vous avez un GPS? demande l’Adrienne, qui se rendra compte du ridicule de sa question quand elle verra la bagnole, cinq minutes plus tard.

Bref, il devait faire demi-tour, s’y retrouver dans le labyrinthe du nouveau quartier résidentiel, remonter jusqu’à l’entrée de la ville puis redescendre par la grand-rue et ne pas rater le bon embranchement, sur sa droite.

Pas évident pour quelqu’un qui ne connaît pas le patelin et qui va manquer son rendez-vous avec un mort. Il aurait déjà dû y être. Au funérarium.

– Vous savez quoi, dit l’Adrienne, en voyant qu’il restait planté là sans avoir l’air de bien enregistrer ses explications – données déjà au moins deux ou trois fois, moult gestes à l’appui – je vais monter dans votre voiture et vous accompagner jusque-là.

Ce n’est qu’après avoir ouvert la portière et posé un premier soulier – fort crotté – sur l’élégant tapis assorti aux coussins de cuir beige clair, que l’Adrienne a vu les sigles et constaté qu’elle embarquait dans la bagnole préférée de sa mère. Une Jaguar.

Une Jaguar XJ (1) – pour cinq à six minutes de confort et la voix de Madame GPS qui a fini par être d’accord avec les indications que donnait l’Adrienne.

Au dernier embranchement 😉

***

(1) c’est de là aussi que vient l’illustration

Y comme yolo

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L’Adrienne est sur l’autoroute entre Ostende et Bruxelles.

Elle essaie de se maintenir autour des 120 km à l’heure parce que c’est la limite imposée en Belgique, quand tout à coup une Porsche la dépasse à toute allure.

Le propriétaire est une de ces personnes qui ont mille euros de trop et se sont offert une plaque d’immatriculation personnalisée.

Sur la sienne, seulement quatre lettres: YOLO.

Et bien vous savez quoi? L’Adrienne a éclaté de rire, là, toute seule à son volant.

You only live once, et peut-être plus très longtemps…

Voilà exactement le genre de conducteur dont grand-mère Adrienne disait, chaque fois qu’elle en rencontrait un: « celui-là, il ne mourra pas dans son lit! »

source de la photo ici.

P comme pétrole

Panhard,_Lavassor_et_Mayade_en_1892
– Mes amis, nous dit M. d’Éprouesse, nous faisons, si vous voulez bien, nos cent kilomètres par petite journée. C’est peu, trouvez-vous. Une bicyclette en rougirait. Mais nous en serons mieux pour faire escale à notre guise, bonne chère à notre appétit et dodo tout notre content : nous faisons un voyage d’agrément.
Car, M. d’Éprouesse voyage en voiture à pétrole.
Pendant l’été de 1894, l’écrivain René Boylesve fait un premier voyage en automobile avec deux amis et un mécanicien.
Ils partent de Paris pour se rendre au lac du Bourget.
Le voyage – environ 600 kilomètres – leur prendra neuf jours, vu que leur machine ne fait que du 17 km/h. Ce que l’auteur appelle « une allure vive ».
Si vive, dit-il, que lorsqu’on roule, on ne ressent pas la chaleur du jour.
La machine, qu’ils ont baptisée Azurine, tombe régulièrement en panne. On répare sur place et on redémarre: vers treize heures, on est à Barbizon, pour y déjeuner.
Enfin nous revoici lancés ; l’aiguille du compteur enregistre des kilomètres vierges d’incidents nous faisons dix-sept ou dix-huit à l’heure; nous voyons pointer les clochers de Melun; nous opérons dans la ville une descente à tous freins.
A une heure, nous atteignons Barbizon. Tout le monde sait ce qu’est un déjeuner à l’hôtel de la Forêt, qui ne diffère pas sensiblement pour les voyageurs en voiture à pétrole, sinon par la condescendance que nous obtenons du personnel et l’inquiétude mal dissimulée qu’inspirent à d’élégantes jeunes femmes notre tenue et nos barbes saupoudrées de poussière, Une halte de deux grandes heures ne nous paraît pas exagérée. Puis nous faisons une délicieuse traversée en forêt, en vitesse moyenne, nous brûlons Fontainebleau, et, par la charmante vallée du Loing, parmi des prairies et un continuel et reposant voisinage d’eau, nous gagnons à sept heures précises la pittoresque petite ville de Moret aux portes fortifiées, à l’antique ceinture de murailles, où la rencontre fortuite de l’admirable artiste S… et de sa gracieuse femme nous vaut un dîner et une soirée inopinés durant lesquels la conversation, qui ne peut s’écarter du pétrole, nous amène à jeter les bases d’une idéale voiture dont je vous épargne le plan fantastique et que nous souhaitons à la postérité.
La postérité, on connaît, tout au moins jusqu’à 125 ans plus tard 😉
Si ça vous a donné envie, le texte complet est iciAzurine, ou le nouveau voyage (publié en 1895)
Source de la photo ici – Panhard, Levassor et Mayade en 1892.

J comme Joni Junes

Lyon : La Mulatière-jonction du Rhône et de la Saône

74 651 amendes pour excès de vitesse ont été envoyées de France en Belgique, en cette première moitié de l’été 2019.

C’est ce que nous apprenait Joni Junes samedi dernier, précisant qu’avec ce chiffre nos compatriotes détiennent une sorte de record.

Vu que ce sont ceux de juin et juillet, on peut supposer que s’y ajouteront les Fangio d’août, à moins qu’entre-temps la nouvelle ait fait son chemin: non, les radars et autres caméras n’ont pas tous été vandalisés par les gilets jaunes – même s’il s’agissait de six radars sur dix – et de toute façon, nos voisins du sud se dépêchent d’en remettre d’autres en circulation, encore plus performants, paraît-il, appelés ‘radars tourelles’ et pouvant contrôler 32 véhicules à la fois sur cinq bandes de circulation, dans les deux sens et sur une centaine de mètres.

Ouf!

Sans compter les autres petites innovations, comme sur l’Autoroute du Soleil près de Lyon, entre Dardilly et Pierre-Bénite, où la vitesse maximale a été réduite à 70 km/h. Mais avec un tronçon à la Mulatière, où on ne peut plus faire que du 50.

Or Jef et Martine, parents d’élèves passant leurs vacances en Ardèche chaque année depuis plus de vingt ans, croient connaître le trajet et ses embûches par cœur…

Espérons qu’ils ouvriront l’œil en passant là!

source de la photo ici

D comme déjanté

L’Adrienne roulait allègrement un vendredi soir en direction de la maison quand elle a senti comme un cahot inhabituel. Un pneu crevé, a-t-elle fini par deviner.

C’était la première fois que ça lui arrivait mais il faut dire aussi qu’elle ne conduisait que depuis quelques mois.

Le temps de trouver un endroit où se garer – elle était quelque part au milieu des champs, à deux kilomètres de son vert paradis, sur une route de campagne où il était impossible même de se croiser – l’Adrienne roulait sur la jante.

***

Consigne du défi 557: J’ai pensé un instant- écrit Walrus – vous proposer Doudou, mais je me suis rappelé avoir écrit quelque chose là-dessus à l’occasion du défi #115 (une époque où, vous le constaterez, les défis étaient un rien plus compliqués que ceux d’aujourd’hui). Alors, je vous file un truc où même le CNRTL ne vous sera d’aucun secours : Déjanté 

5571

Y comme Y en a, je vous jure!

DSCI6765

Hier, l’Adrienne a refait en sens inverse les 800 et quelques kilomètres – et oui, le canard est toujours vivant 🙂

Sur une aire d’autoroute, après avoir pris de l’essence HyperChère, elle se gare pour aller payer à la caisse, comme c’est demandé.

Malheureusement, ça n’a pas plu à un Parisien qui arrivait en trombe et considérait que cette place lui était réservée.

Il s’est donc conduit en parfait gentleman: après avoir déversé quelques injures, puis des menaces, il a garé sa voiture derrière celle de l’Adrienne, l’empêchant de partir avant que lui-même l’ait décidé.