T comme trouille

boussole

[…] Sarah avait pris les billets, avion direct pour Bandar Abbas par une nouvelle compagnie au nom chantant d’Aria Air, dans un magnifique Iliouchine de trente ans d’âge réformé par Aeroflot où tout était encore écrit en russe – je lui en ai voulu, quelle idée, des économies de bouts de chandelles, tes économies, tu me la copieras, tu me copieras cent fois « Je ne voyagerai plus jamais dans des compagnies loufoques utilisant de la technologie soviétique », elle riait, mes sueurs froides la faisaient rire, j’ai eu une trouille bleue au décollage, l’engin vibrait tout ce qu’il pouvait comme s’il allait se disloquer sur place. Mais non. Pendant les heures de vol j’ai été très attentif aux bruits ambiants. J’ai eu de nouveau une belle suée quand ce fer à repasser a fini par se poser, aussi légèrement qu’une dinde sur sa paille.

Mathias Enard, Boussole, éd. Babel 2017, p.263.

J’ai beaucoup ri en lisant ce passage, parce que j’ai eu exactement la même « trouille bleue » en décembre 1991, avec le même genre de vieil avion russe qui circulait pour une compagnie roumaine entre Bruxelles et Bucarest.

Oui, « l’engin vibrait » et pas seulement au décollage…

Je n’ai cessé de garder l’œil fixé sur l’aile visible à ma gauche et où, me semblait-il, il manquait quelques vis. Je m’attendais à ce que des plaques de métal en tombent en plein vol 😉 

J’ai été moi aussi « très attentive aux bruits ambiants », avec « de belles suées » jusqu’à l’arrêt complet sur le tarmac dans la nuit de l’hiver roumain. Me demandant si le même miracle allait vouloir s’accomplir pour le voyage du retour vers Bruxelles.

L’amie Violeta, à qui je confiais mes craintes, m’a rassurée en me vantant la qualité inégalable des pilotes roumains 🙂 

Je ne sais pourquoi ça me faisait penser à cet ami de mon grand-père qui, dans un camp de concentration nazi, a été opéré d’urgence par un autre prisonnier, qui était médecin. A l’aide d’une boite à sardines.

source de la photo et info sur le site de l’éditeur.

Question existentielle

Mais qu’est-ce que j’irais y faire? s’exclame l’Adrienne en lisant l’injonction qui lui est faite par Brussels Airlines: 

« Madame Adrienne, envolez-vous vers l’Afrique en Business Class et cumulez le double de Miles ! » 

Qu’est-ce que j’irais y faire, se demande-t-elle une seconde fois, je ne trouve déjà pas le temps d’aller passer un second week-end à la mer!  

Chère Mme Adrienne,

Ne manquez pas cette occasion de cumuler le double de Miles sur nos vols vers quelques-unes des destinations les plus surprenantes de l’Afrique, tout en profitant du confort et du service hors-pair de notre Business Class.

Cumulez le double de Miles de prime en Business Class sur tous nos vols entre Bruxelles et :

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Pour bénéficier de cette offre exceptionnelle, enregistrez-vous ici avant le 30 juin 2017, réservez votre vol Brussels Airlines en Business Class et voyagez entre le 1er mai et le 30 juin 2017. 

Et puis, si le voyage est à faire entre le premier mai et le 30 juin 2017, l’Adrienne est désolée, mais elle n’a pas de congés. 

Enfin, si c’est une photo comme celle-ci qui doit appuyer l’argument de vente, l’Adrienne est re-désolée. En néerlandais, ça s’appelle « een afknapper », le truc, le détail, la chose qui te fait définitivement renoncer.

brussels airlines.jpg

Ne cherchez pas, il n’y a pas de traduction française pour « afknapper », mais je pense que vous aurez compris tongue-out

Info 7 sur 7

J’ai une collègue qui ne prend jamais l’avion:

– Tu es folle! me dit-elle. Moi, je ne cours pas ce risque… S’il m’arrivait quelque chose, mes filles resteraient toutes seules. Non, non! Jamais je ne prendrai l’avion!

Elle ne voyage donc qu’en voiture.

Première remarque: ses filles sont largement adultes, gagnent bien leur vie et vivent toutes les deux en couple, loin de maman.

Deuxième remarque: selon des statistiques trouvées récemment en ligne (Info 7 sur 7), le risque de mourir dans un accident d’avion est de 1 sur 5862 tandis qu’il est de 1 sur 272 comme passager d’une voiture. Si on est conducteur, on remonte à 1 sur 85.

Troisième remarque: elle ferait mieux aussi d’éviter d’aller se baigner (le risque de mourir noyé est de 1 sur 1073) ou de se promener en rue (un sur 623)

Une chose est sûre: elle mourra un jour. Moi aussi, d’ailleurs.

 

Ça, c’est du 7 sur 7 Langue tirée

Carpe diem!

voyage,carpe diem,7

l’avion qui nous a emmenées en Italie, ma mère et moi Cool

 

22 choses à faire pour passer le temps dans un aéroport

Zaventem, premier juillet 2012

1.au lieu de se précipiter, faire du trajet entre l’entrée et le lieu de l’embarquement une longue promenade de badaud

2.choisir la plus grande librairie et feuilleter tous les magazines et livres qui vous intéressent; en ressortir tout naturellement avec le dernier numéro du Magazine Littéraire consacré à l’éloge du voyage

3.s’offrir un cappuccino chez Rouge: il coûte 3,90 € mais les sièges sont moelleux et on vous le sert avec un gros beignet

4.profiter des soldes pour oser entrer dans les boutiques de luxe; ne rien acheter

5.pousser le vice jusqu’à essayer « just for the fun » un jean blanc Armani et être heureuse de constater qu’avec votre mètre soixante-cinq, le pantacourt prend des allures de « tu vas aux fraises? » ou « tu as de l’eau dans ta cave? »

6.chercher une baraquette où on vend des fruits; voilà ce qui vous prendra le plus de temps et ne vous coûtera rien: vous n’en trouverez pas

7.entrer dans un magasin de chaussures et essayer des modèles de star; faire tomber une pile de boîtes, tout soigneusement remettre en place

8.observer les gens, source inépuisable d’émerveillement

9.écouter toutes les langues autour de vous et essayer de les identifier

10.tenter de joindre votre mère au téléphone; elle n’est pas chez elle et son portable n’est pas allumé, pourtant la veille encore elle vous avait bien redit de noter son nouveau numéro, « comme ça tu pourras me contacter si tu veux »…

11.essayer de voir le titre ou l’auteur du livre que les gens lisent autour de vous; à gauche, The last siege, Constantinople 1453 et à droite, Ne vous retournez pas, Maud Tabachnik

12.vous demander pourquoi l’aéroport préconisait de venir au moins deux heures à l’avance: en ce dimanche après-midi, il fait fort calme

13.écouter les conversations téléphoniques; difficile de faire autrement, même en se bouchant les oreilles

14.admirer la vue sur les gros-gros-zavions

Roma juillet 2012 006 - kopie.JPG

15.lire; ce qui prend trois fois plus de temps que normalement, à cause des cris d’enfants, des appels répétés pour d’autres vols, des sonneries diverses de téléphone (très en vogue actuellement, la sonnerie qui ressemble à celle qu’émettaient les vieux appareils en bakélite noir dans les films américains des années 40)

16.penser à vos blogamis en feuilletant le Magazine Littéraire: l’éditorial consacré à Proust vous fait sourire et penser à ceux qui l’ont dévoré avec passion (et même fait le pèlerinage à Combray) et ceux qui ne sont jamais venus au bout du premier volume; page 7 une pub pour les (très onéreux) ateliers d’écriture de la NRF; page 9 un article en clin d’œil à Nuages, Utopie et uchronie Clin d'œil

17.méditer un instant sur la citation de Charles Dantzig trouvée en page 29: « Ah, les blogs. Pour l’écrivain, les blogs sont un assèchement de la littérature. Aucun travail de forme. »

18.enlever la veste, enlever l’écharpe, remettre la veste, remettre l’écharpe… (ad libitum): la climatisation est un brin trop fraîche…

19.balancer entre le désir de bouger encore un peu avant les deux heures d’avion et l’envie de rester tranquillement assise avec le permis d’embarquer tout près en main

20.tant qu’à faire, commencer à s’exercer à parler la langue du pays où on va et se faire de grandes conversations dans la tête

21.prendre papier et stylo et faire la liste des 22 choses à faire pour passer le temps dans un aéroport

22.constater que tout à coup tout le monde se lève pour faire la queue; rester encore un peu assise et s’offrir une dernière fois le luxe de se laver abondamment les mains aux toilettes…

Roma juillet 2012 007 - kopie.JPG

et tout ça pour avoir A room with a view Cool

Stupeur et tremblements

Je m’étonne qu’un couple d’Espagnols puisse monter à bord de l’avion armé de deux grands parapluies bien solides et bien pointus alors qu’un jour on m’a même confisqué mon petit coupe-ongles sous prétexte qu’il avait une minuscule lime de deux centimètres.

Je m’étonne qu’on nous demande d’éteindre tous nos appareils électroniques pendant le décollage et l’atterrissage, mais qu’il n’y ait aucun contrôle. Ma jeune voisine a gardé son GSM allumé du début à la fin du voyage sous prétexte qu’elle avait oublié son code d’accès et qu’elle devait appeler ses parents pour qu’ils viennent la chercher à l’aéroport.

Aurais-je dû cafarder?

Je me suis posé la question. Finalement, je ne l’ai pas fait. J’ai juste eu un peu de stress en plus Langue tirée mais l’avion a décollé et atterri sans problèmes.

Je ne sais pas quelles conclusions je dois tirer de tout ça…

Dernière application

Une des dernières applications de nos fameux réseaux sociaux devrait nous permettre de sélectionner nos voisins d’avion. Je lis que la KLM offrira ce service dès 2012 (mais sans doute pas encore tout de suite demain Langue tirée).

Ce futur service doit permettre de choisir son siège « en fonction d’intérêts communs ou de relations d’affaires », en regardant le profil des voyageurs sur un réseau social que je ne nommerai pas (LOL, il s’agit bien sûr de fb et de Linkedin).

Moi, il me semble que je préférerais laisser cela au hasard. Les seules fois où mon voisin d’avion m’a vraiment gênée, c’est quand c’était quelqu’un pour qui les sièges n’étaient absolument pas adaptés à sa corpulence, de sorte qu’il avait besoin de la moitié du mien… et de mes côtes pour y loger son coude.

Par contre, j’aimerais bien sélectionner celui qui sera assis derrière moi! Mais je ne pense pas que je pourrai déduire de son profil fb si oui ou non il a l’intention de bourrer mon siège de coups de pieds…

Bref, tout ceci pour vous dire que ce matin je prends l’avion Cool

Feliz año nuevo!

voyage, espagne

Pelayo en 2009

voyage, espagne
à Malaga le 30 décembre 2009

Z comme…

La scène se passe dans un petit aéroport. Des gens arrivés avec une paire d’heures d’avance ont largement le temps de s’installer avec un café, un sandwich ou un steak frites. Beaucoup de steak frites, même s’il n’est que dix heures du matin.

Je fais durer mon cappuccino en lisant Moravia. Je suis déjà dans l’ambiance romaine Clin d'œil.
Un voyageur est venu s’asseoir en face de moi. Il est passé au rayon librairie et étale ses achats devant lui.

Qu’est-ce que nos lectures disent sur nous?

Il s’est offert un magazine français, avec de belles photos de mers bleues et de voiliers blancs. Un journal flamand. Et un gros guide de voyage en anglais: Greece.

Tiens, me dis-je, il va en Grèce.

Mais peu après, l’avion pour Thessaloniki part sans lui.

La bonne réponse est à la lettre Z: il va à Z comme Zadar.

Je ne savais même pas où c’était. Mais depuis, j’ai cherché et trouvé: c’est en Croatie.

***

« We reizen om te leren« , dit le proverbe en néerlandais. (traduction littérale: on voyage pour apprendre)