W comme war is over

nov 1918 Bruxelles

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Onze minutes seize. Un petit document filmé par la section cinématographique de l’armée française en novembre 1918.

D’abord, le 21 novembre, une rue de Bruxelles au départ des dernières troupes allemandes. Des gens les regardent, un tram passe, des Quick et Flupke se faufilent entre les groupes de soldats.

Puis, le 22 novembre, le retour de l’armée et des souverains belges dans leur capitale quittée quatre ans plus tôt. La famille royale est à cheval mais ça n’empêche pas la foule de s’agglutiner à son passage, l’empêchant de poursuivre sa route. On soulève les chapeaux, les casquettes, on soulève de terre des enfants et des femmes pour qu’ils puissent mieux voir, à toutes les fenêtres on agite des mouchoirs. C’est le genre de folie comme celle que décrit Albert Londres à Anvers deux jours avant.

La dernière partie du film montre l’entrée du général de Castelnau à Colmar, le 22 novembre 1918. Avec jeunes filles en costume alsacien 🙂

Photo d’archives RTBF, la famille royale à Bruxelles devant le palais de la Nation, le 22 novembre 1918.

L’émouvant reportage d’Albert Londres sur le retour du roi Albert Ier à Bruxelles est ici.

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U comme unité

I comme indécis

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Chez les parents de Souleyman, il y a une fenêtre de chaque côté de la porte d’entrée.

Sur celle de droite, une grande affiche est collée, vantant une candidate « verte ».

Sur celle de gauche est accrochée la souriante binette d’un candidat « rouge ».

Ils sont donc au diapason de beaucoup de gens que Madame rencontre ces temps-ci et qui lui disent:

– Cette fois, je ne sais vraiment pas pour qui voter!

Or, les élections communales et provinciales sont prévues pour dimanche prochain.

Par contre, ceux qui n’ont pas hésité un seul jour à trouver la réaction qui convenait au coup fumant de Banksy, ce sont nos amis surréalistes belges.

Je sais, c’est un pléonasme 🙂

La photo ci-dessus fleurissait sur les réseaux sociaux dès le lendemain.

Z comme zèbres

Quand l’Adrienne est arrivée place Colignon, il était un peu plus de midi. Quelques hommes étaient à quatre pattes en train de s’affairer autour d’un passage zébré, aidés et encouragés par femmes et enfants.

Pendant ce temps-là, des voitures passaient, des gens s’arrêtaient, des mariés se faisaient photographier et congratuler sur les marches de l’hôtel de ville et le soleil brillait.

C’est en repassant par là trois quarts d’heure plus tard que l’Adrienne a pu entrevoir un début de résultat de ces étranges opérations:

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 L’Adrienne n’a pas osé demander à ces drôles de zèbres s’ils s’étaient enquis de l’opinion des autorités communales et policières sur leurs activités artistiques…

– C’est bien joli, leur a-t-elle dit, et elle a vu une grande fierté dans les yeux des enfants et de leurs parents.

– Ils ne sont pas tous exactement pareils, a dit la petite fille, mais c’est normal, dans la nature non plus ils ne sont pas tout à fait pareils!

E comme Ensor

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« Une étrange justesse de vision s’émanait de cette oeuvre suggestive des silences de la maison, des douceurs, de la causerie, des molles détentes d’un mutuel abandon, dans la paix d’une chambre close où la filtration du jour extérieur, bluté à travers des rideaux, émettait comme un fin poudroiement de clarté. »

Voilà ce qu’écrit Camille Lemonnier en 1887 à propos de ce tableau de James Ensor, Après-midi à Ostende (1881), photographié en août dernier au Mu.Zee d’Ostende.

J’aime quand les écrivains parlent de tableaux qu’ils ont aimés 🙂

Ci-dessous, le Salon bourgeois de la même année 1881 me semble presque encore mieux convenir à la description faite par Camille Lemonnier, mais peut-être est-ce tout simplement parce que la photo est d’un peu meilleure qualité…

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I comme ironique

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Pourquoi serait-il étrange de dire que la peau sombre de Muanza a pâli en entendant la traduction de la lettre signée à l’encre bleue par le ministre de la Justice lui-même?

C’est vrai qu’il faut bien le connaître pour discerner ses émotions mais depuis le temps qu’il vit dans leur vert paradis, Marie le lit à livre ouvert.

Une demi-page sous l’en-tête du Ministère, place Poelaert n°3 (1), datée de la mi-février, où dans un français suave il est dit qu’on est « au regret de vous faire savoir » qu’on ne peut « accéder à votre requête » et que si Muanza « désire régulariser son séjour à un autre titre, il doit entreprendre, après avoir quitté la Belgique, les démarches nécessaires à partir de l’étranger. »

– Il me reste le Canada, finit-il par dire. J’ai des amis, là-bas. Tu es d’accord pour m’accompagner à l’ambassade, à ton prochain jour de congé?

Marie se demande comment il est possible, qu’au bout d’une année à se battre contre tous ces moulins administratifs, avec toujours des réponses négatives, jusqu’à cette fin de non-recevoir arrivée le midi même, Muanza n’ait toujours pas compris qu’aucune ambassade, fût-elle canadienne, n’acceptera sa requête.

A la radio, la voix d’Edith Piaf fait rimer ‘accordéoniste’ et ‘triste’… Marie se sent terriblement triste. Et vidée d’énergie.

Elle tient encore la lettre à la main, où en six phrases fort civiles on détruit la vie d’un homme.

***

(1) celle-là même que Marcel Thiry appelle ironiquement ‘place Poularde’, les ‘pneus d’or’ ne sont probablement pas ceux de l’Alfa Romeo de son fils, quoique 😉

Or la ville affaireuse où se font gloutonner
Les homards, les caviars, les pommards, les palourdes,
Où l’asphalte, usé de pneus d’or, est jalonné
De fontaines de bock et de places Poulardes.

in Toi qui pâlis au nom de Vancouver, Paris, Seghers, 1975, p.210

***

Ecrit pour l’Agenda ironique d’août 2018

Thème: Toi qui pâlis au nom de Vancouver”, du poète belge Marcel Thiry (1897-1977) accompagné de sept mots tirés au hasard dans le même recueil : paradis, accordéoniste, suave, Alfa Romeo, février, accord et civil.

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et encore deux photos du vert paradis quitté il y a cinq ans 🙂