F comme fritte

Nefertiti_berlin

Dans la salle du Neues Museum qui lui est réservée, la belle princesse s’ennuie.

Qu’on ait interdit de la photographier, passe encore, on la trouve des milliers de fois sur le WWW et dans tellement de livres qu’elle est le visage de femme le plus connu au monde. Juste un peu concurrencée par une mystérieuse Italienne 😉

Mais qu’on interdise à ses admirateurs de parler? de chuchoter? Plus le moindre petit compliment, plus aucune platitude comique, nul émerveillement, plus rien ne traverse l’épaisse paroi de verre.

Silence total, sauf un « chut » sévère de temps en temps de la part de la gardienne, toujours sur le qui-vive, toujours de mauvaise humeur, toujours à taper sur l’épaule d’un contre-venant qui sort son portable pour une discrète photo.

Ses admirateurs ont juste le droit de se remplir les yeux de sa beauté d’une symétrie parfaite, du bleu (poudre de fritte, coloré avec de l’oxyde cuivrique), du vert (fritte en poudre, coloré avec du cuivre et de l’oxyde de fer), du blanc, du noir, du jaune et du rouge clair de sa peau.

source de la photo wikimedia commons

E comme effets

18-07-17 (37bis)

En bleu-blanc-rouge aussi ces trois touristes pour leur découverte du Reichstag et de son amusant jeu de miroirs sous la coupole de verre.

Arrivés la veille en fin d’après-midi, ils ont été subjugués par la ponctualité des trains allemands, l’affabilité de l’hôtelière, l’efficacité des guichetiers, la discipline des usagers de la route et le sourire des serveuses.

Dans les musées, chacun respirait la joie de vivre et la journée s’est terminée sur le merveilleux accueil au Reichstag, où ils ont eu le bonheur de faire la queue deux fois sous le soleil, parce que la première fois ils avaient un quart d’heure d’avance sur l’horaire de leur réservation.

La facétieuse police militaire réussissait à faire sans rire de sympathiques blagues, comme par exemple fermer la porte de l’ascenseur à moitié vide juste au moment où un couple veut y pénétrer.

Bref, depuis leur retour, ils n’ont pas de mots assez forts pour chanter les louanges de Berlin 🙂

D comme droit

18-07-17 (41bis)

L’Adrienne est fière de Monsieur Neveu, qui est fier de lui, fier d’être Français et fier d’étudier le droit.

Il aime s’habiller en bleu-blanc-rouge et arborer une ou deux autres preuves de son appartenance à sa patrie.

– D’où venez-vous? demandaient les dames aux guichets des musées.

Et quand l’Adrienne répondait:

– De Belgique…

Monsieur Neveu tenait à préciser, en français, que lui venait de France.

Malheureusement, aucune des personnes rencontrées ne prétendait comprendre ou parler un seul mot de français, ce qui l’a beaucoup choqué.

Quant à ses propres connaissances d’autres langues, il a une théorie fort simple et fort belle qui l’en dispense:

– Le français est une langue si difficile qu’il est normal qu’on ne puisse pas en apprendre une seconde.

C comme Cecilia

18-07-22 (20) Longhi

Dans la pièce sombre et fermée sur elle-même, hiver comme été, que ce soit pour se garder de la chaleur, du froid, ou de la pestilence du canal, Cecilia Maria est resplendissante de blondeur, de fraîcheur rose et bleue, au milieu des trois hommes qui assistent à sa leçon de chant.

L’oncle Gandolfo, toujours vêtu de noir de la tête aux pieds, se tient tout près d’elle, jusqu’à toucher la soie bruissante de sa jupe, frôler son bras ou sa main, toute son attention tendue vers elle. Il ne s’occupe pas de Padre Antonio, qui prise son tabac en les observant. De toute façon, le Padre ne dira rien. Le Padre sait quels intérêts sont en jeu.

Le maître de musique, debout derrière l’épinette, a les yeux baissés sur la partition qu’il tient en mains. Il n’est là que pour la forme. Mais peu lui importe, la contessa paie honorablement les leçons pour sa fille et la collation est de qualité.

Cecilia Maria chante une canzonetta d’amore tout en regardant son oncle, qui lui a promis un fiancé. Jeune et bien fait, lui a-t-il assuré. Bien mieux que celui que sa mère prétend lui faire épouser. Elle met tout son cœur dans son chant en pensant à un jeune homme qu’elle n’a même pas encore vu en portrait.

D’ailleurs, des hommes, Cecilia Maria ne sait rien de plus, ou presque, que ce qu’elle peut voir sur le tableau accroché derrière elle au mur du salon de musique.

A ses pieds, son petit chien s’impatiente. C’est l’heure de la collation, la servante a du retard.

Lui seul entend ses pas dans le couloir et sent les effluves du chocolat chaud et des gâteaux tièdes aux amandes et aux fruits confits.

***

Tableau de Pietro Longhi, La Lezione di musica, photographié à la Gemäldegalerie à Berlin en juillet 2018. Je n’ai parlé qu’une fois de ce peintre, après une visite du musée de Venise (Ca’Rezzonico) où se trouvent plusieurs de ses oeuvres intimistes, que j’aime beaucoup.

Texte écrit d’après les consignes de Caro qui voulait un tableau, des couleurs et les cinq sens. Merci Caro!

B comme Burger

18-07-17 (25bis)

– Pour ces huit jours, a déclaré la mère de l’Adrienne dès le premier soir, j’ai décidé de ne me priver de rien. 

Ça a un peu étonné l’Adrienne, qui n’a jamais eu l’impression que sa mère se privait de quelque chose, et ça l’a encore plus étonnée quand elle a vu ce que ça signifiait concrètement:

– J’ai envie d’un hamburger avec des frites, a-t-elle dit.

Elle a trouvé les frites un peu grosses et la salade un peu chaude.

C’est là que l’Adrienne a pensé: « Rien n’est parfait, soupira le renard. »

Mais elle s’est tue, bien sûr.

A comme Apple

18-07-16 (9) Apple

Il y a de ces choses que vous ignoriez mais par bonheur vous avez un neveu. C’est ainsi que vous avez appris que notre société qui se croit moderne s’organise en tribus.

– Moi, dit-il fièrement, je fais partie de la tribu Apple. 

Ça a l’air de le rendre à la fois fier et heureux, alors vous en êtes contente pour lui.

Mais vous ne l’auriez jamais su si vous n’étiez pas entrée dans cet énorme Apple Store sur l’avenue la plus chic de Berlin, simple curiosité de votre part que d’ailleurs Monsieur Neveu n’a pas comprise:

– Mais qu’est-ce que tu veux y faire, tu n’as même pas de smartphone?

– Ben justement, regarder, voir et apprendre!

Vous êtes sortie de là un peu étourdie et pourtant vous n’avez osé toucher à aucun des centaines d’appareils disposés sur les grandes tables de l’immense salle, tous allumés et proposés à la curiosité investigatrice (ou à la fièvre acheteuse) du passant et du promeneur.

Vous ne vous sentez définitivement pas à la hauteur pour être intronisée dans cette tribu.

Première impression

18-07-16 (7)

A notre arrivée à l’hôtel, Monsieur Neveu a été fortement impressionné:

– Quelle belle porte! C’est chic, ici!

Pendant le reste de la semaine, « la belle porte » est devenue un des principaux sujets de plaisanteries. On appelle ça « le comique de répétition »:

– On est au second sans ascenseur, disions-nous en nous traînant péniblement en haut des marches chaque soir alors que nous avions déjà une quinzaine de kilomètres dans les jambes,  mais on a une belle porte!

– Il n’y a pas de viennoiseries au petit déjeuner, mais il y a une belle porte!

– La dame n’est pas gentille, mais elle a une belle porte!

Il faut dire qu’en dehors de l’accueil du premier soir, la dame avait sévèrement rectifié, quand je disais « votre hôtel »:

– Ce n’est pas un hôtel, c’est une pension! « es ist eine Pension, kein Hotel! »

Ce qui a fait dire à Monsieur Neveu, très en verve magritienne:

– Ceci n’est pas un hôtel, mais il a une très belle porte!

 

Y avait qu’à se renseigner avant!

Voilà. La réponse à mes questions est là. Cette jeune Berlinoise a remarqué l’hostilité des habitants de sa ville envers les touristes et a commencé à enquêter sur le sujet. 

Y avait qu’à se renseigner avant, au lieu de googler « onvriendelijk + Berlijn » après le retour dans la mère patrie, me direz-vous, mais ça ne m’aurait pas fait changer d’avis.

J’aime me rendre compte par moi-même 🙂

***

Dans le petit film ci-dessus, Nana A.T. Rebhan explique son projet, donne la parole à différents Berlinois et demande de l’aide financière pour réaliser son documentaire, ce qu’elle a fait en 2014, voir ici.

X c’est l’inconnu

18-07-19 (9)

A Potsdam, au palais de Sans Souci, on trouve encore un peu d’herbe verte près des statues. Parce qu’elles sont longuement passées au karcher.

Plus loin, dans le jardin botanique, on voit ce pauvre arbuste victime de ce que monsieur Neveu appelle « la rigueur allemande » 🙂

18-07-19 (10)

Sur l’étiquette rouge il est marqué qu’il est interdit de l’arroser.

On se demande ce qu’il a fait de mal pour mériter cette mort lente.

Wagon de train

18-07-16 (4) Köln

Le premier problème a eu lieu alors qu’on n’était encore qu’à Cologne mais on ne s’en est pas alarmé: où n’y a-t-il jamais de retard ou d’autre pépin?

A Hanovre, le train est resté à l’arrêt en gare. Longtemps. Sans explication. Mais comme on n’avait plus de changement jusqu’à Berlin, on ne s’en est pas inquiété.

Peu avant Berlin, une voix au micro annonce que vu le retard, les gens rateront leur correspondance. Point barre. On a trouvé ça fort cavalier mais par bonheur ça ne nous concernait pas.

***

Au départ de Berlin, le train n’arrive pas. Au bout d’une heure, il en arrive un autre. On nous intime l’ordre d’y monter mais entre Berlin-Hauptbahnhof et Berlin-Spandau un contrôleur chez qui on se renseigne dit qu’on n’a qu’à descendre à Spandau et faire un rebooking. Pour 30 euro par personne. Un autre à qui on demande à quelle heure ce train arrivera à Cologne se met à vociférer que ce n’est pas sa faute si notre train est en panne et qu’on aille se faire voir. On l’avait pourtant abordé avec gentillesse et délicatesse, dans notre meilleur allemand. Et qu’on n’avait qu’à venir en voiture.

On finit par arriver à Cologne. Au lieu d’avoir eu les places réservées, on a dû rester debout. Ou s’asseoir par terre. Comme dit monsieur Neveu, « on est vermoulus » (1).

A Cologne, on doit avoir le train pour Aix-la-Chapelle, qui continue sur Liège et Bruxelles. Il a une heure de retard. Puis reste encore vingt minutes en gare. A quelle heure serons-nous à Bruxelles? demande timidement l’Adrienne, qui n’en peut plus de se faire agresser verbalement par tout ce qui est Allemand. Vu qu’on a 80 minutes de retard, aboie le contrôleur, vous arriverez 80 minutes plus tard que prévu.

Ce qui veut dire qu’on n’aura plus de train pour rentrer à la maison. Heureusement, gentille amie nous attend à la gare. Il est 22.30 h.

***

(1) on lui a expliqué que ça s’utilisait pour les objets en bois rongés par les vers mais il prétend qu’il a appris cette expression de Belmondo 😉

Photo prise à la gare de Cologne le 16 juillet.