C comme canne à pêche aux souvenirs

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Impossible, impensable, de laisser filer tout un printemps et tout l’été sans la traditionnelle excursion d’un dimanche dans les Ardennes.

Les grands-parents, parents et enfants embarquent dans deux voitures et les voilà en route. Tôt le matin, parce qu’il faut profiter de sa journée et que de nombreuses étapes sont prévues. D’abord pour les dévotions de grand-mère, puis pour la soif de grand-père. C’est dans l’ordre des choses, après les cierges et les prières, c’est tout juste l’heure de l’apéro et on se trouve pile-poil dans une ville où la bière trappiste est excellente: Rochefort.

La petite, évidemment, a choisi de voyager dans la voiture de grand-père, ses conversations sont plus rigolotes. Même quand il parle de ciment blanc, de brouettes ou de truites.

Dans sa voiture on rit tellement qu’on en oublie presque d’avoir la nausée.

Alors quand on lit Une partie de pêche. Un jeudi, de bon matin, debout sur une roche, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires. Ah, quel bonheur, quand au bout de quinze à vingt minutes, en allongeant et retirant lentement l’amorce sur l’eau agitée, tout à coup une secousse répétée m’avertit que le poisson avait mordu et qu’ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée.

C’était un gros ! Je le laissai filer, et puis, relevant la gaule à la force du poignet, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée.

On ne peut que se souvenir de grand-père, qui nous faisait nous tordre de rire chaque fois qu’il disait: Vu que la truite coûte cent francs de moins dans les Ardennes que chez nous, je fais des économies en allant les manger là-bas. Alors je vous invite tous, comme ça j’économise six cents francs 🙂

Sacré grand-père.

***

Truite arc-en-ciel par Jon Q. Wright et consignes chez Lakévio, que je remercie: 

Une partie de pêche.

Un jeudi, de bon matin, debout sur une roche, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires. Ah, quel bonheur, quand au bout de quinze à vingt minutes, en allongeant et retirant lentement l’amorce sur l’eau agitée, tout à coup une secousse répétée m’avertit que le poisson avait mordu et qu’ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée.

C’était un gros ! Je le laissai filer, et puis, relevant la gaule à la force du poignet, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée.

(d’après Erckmann-Chatrian)

Doublez le texte (au moins !) grâce à l’ajout d’adjectifs, adverbes, conjonctions, propositions conjonctives, relatives, etc… Bref, noyez le poisson !

 

B comme Bush Beer

Il n’est que neuf heures du matin mais Johnny, le serveur du Sports Bar (Terminal A, gate 58) peut déjà servir une Bush à une dame. La transaction se fait en anglais.

« One for the road« , aurait dit mon grand-père, qui avait logé deux Tommies à la Libération. Et grand-mère Adrienne aurait ajouté qu’une seule Bush, même prise après un copieux repas du dimanche, ça lui montait déjà à la tête:

‘t Zit in mijn hoofd! disait-elle dès qu’elle avait pris deux gorgées de n’importe quelle boisson alcoolisée.

Evoquer le nom de cette bière en présence de mes grands-parents, cela valait immanquablement de la part de mon impitoyable taquin de grand-père l’histoire de la deuxième Bush commandée par inadvertance (et par Adrienne) un dimanche à Bonsecours (http://www.mairie-bonsecours.fr/)

Mes grands-parents et deux couples d’amis se rendaient ainsi le dimanche après-midi dans des lieux de pèlerinage où on passait cinq minutes aux dévotions et deux ou trois heures dans un des charmants petits cafés qui ne manquent jamais autour de ce genre d’endroit. Heureusement, les alcootests n’avaient pas encore été inventés.

Or un jour, grand-mère Adrienne avait eu l’audace, lors de la troisième ou quatrième tournée, de commander sa deuxième Bush. Sans doute était-elle lasse d’être toujours à la traîne des autres et de boire des eaux plates pendant que le reste de la compagnie, dames comprises, éclusaient leurs Stella, leurs Gueuze, leurs trappistes ou leurs Pale-Ale.

– Pour moi ce sera une Bush, avait-elle donc déclaré. Nous offrant ainsi, jusqu’à la fin de sa vie, l’histoire de la deuxième Bush de ce beau dimanche de printemps à Bonsecours. Cette histoire, tout le monde la connaissait par coeur, depuis le temps, mais riait quand même chaque fois. Grand-mère Adrienne aussi, que voulez-vous qu’elle fasse d’autre Innocent. Puis l’histoire se clôturait par sa petite phrase rituelle:

Ik was niet zat, maar ‘t zat in mijn hoofd!

Ce qui faisait dire laconiquement à mon père que chez lui, la bière allait plutôt en direction de l’estomac. Mais grand-mère Adrienne ne comprenait pas l’ironie et répétait:

– Chez moi, ça monte à la tête!

http://www.br-dubuisson.com/index.php?option=com_content&view=article&id=8&Itemid=36&lang=fr

O comme Orval

L’Adrienne était en train de pédaler devant un film romantique (voir le post du 13 février, k comme kiné) quand elle remarque tout à coup que sur le bar où Angelina Jolie est accoudée pour vider son malheur on peut voir un verre d’Orval.

Orval! Nos bons moines ont-ils payé pour ce genre d’apparition (si on ose ce mot dans ce contexte)? Est-ce que ce genre d’apparition fait vendre une bière de plus? Est-ce que d’autres que l’Adrienne ont relevé ce détail? Est-ce que ça ajoute à la notoriété de cette trappiste?

Alors on se dit qu’on va commencer une liste-des-films-où-apparaît-une-marque-de-bière.

Cette affection particulière pour le petit jeu des listes est une chose que l’Adrienne a en commun avec quelques célébrités littéraires, comme Georges Perec 😉 On le dit en toute modestie car sans Philippe Didion, on ne s’en serait sans doute pas aperçue. Lui aussi est un mordu de petites et de grandes listes. Ce qui fait que maintenant l’Adrienne ose s’y adonner sans traîner la honte de passer son temps à des puérilités: c’est une activité hautement littéraire cautionnée par de grands noms!

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