K comme krapoverie

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Un beau jour, voilà une drôle de façon de parler, comme s’il ne se passait de choses bonnes à raconter que les « beaux » jours… Un beau jour, donc, qui n’était pas si beau que ça et d’ailleurs il faudrait plutôt dire un soir, ou une nuit, mais quelle importance ce genre de détail, barrons-le.

Et croyez-moi, pas besoin de s’endormir près d’un lac ni de voir surgir un aigle noir. Encore une preuve s’il en fallait que ce n’était pas un beau jour, quoi qu’en dise la chanson. Surtout que là aussi c’était la nuit. Enfin peut-être.

Et là, couic ! On se sent mal à l’aise, on frise le #metoo et on n’a pas trop envie de remuer ces choses-là donc on se dit qu’on a encore une raison de plus de détester l’expression si bancale « un beau jour » et qu’on fera bien de la rayer de son vocabulaire, sauf à raconter des contes de fées aux petits enfants.

– Tu peux le prouver ? demande-t-elle quand on lui dit « j’ai des dons de guérisseur » et voilà ce qui arrive à force d’exercer l’esprit critique des enfants, ils ne croient plus à rien dès qu’ils ont six ans, veulent des preuves et des arguments imparables, des pourquoi et des comment, des diplômes et des certificats d’authenticité. Et froncent les sourcils quand on leur débite un conte.

Pas de bol ce jour-là – ou était-ce une nuit – elle est restée insensible à l’imposition des mains, aux incantations, aux pierres chaudes ou froides, les tables n’ont pas tourné et l’esprit n’était point là. En tout cas pas là où il aurait dû être et peut-être même l’avait-on perdu, irrémédiablement.

Comme par hasard, il y avait sa mère, ou sa sœur, à Vesoul ou à Vierzon, à Honfleur ou à Hambourg, mais jamais à Anvers, là où on voulait aller, ce n’est pas trop loin et il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir, on n’a qu’à choisir au hasard. Mais il paraît que le hasard n’existe pas ou que s’il existe, il fait mal les choses.

Moralité: ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on partira n’importe où bras dessus bras dessous en chantant des chansons.

***

merci à Joe Krapov pour la consigne qu’on peut trouver ici. Il faut traiter le sujet « J’ai des dons de guérisseur » et introduire, toutes les cinq minutes une formule tirée avec les dés :

Un beau jour – Et croyez-moi – Et là, couic ! – Tu peux le prouver ? – Pas de bol – Comme par hasard – Moralité

Adrienne et ses addictions

Avec le billet du 25 septembre, les lecteurs de l’Adrienne ont pu prendre connaissance de sa dernière addiction, le café. (1) 

Ceux qui viennent depuis plus longtemps savent qu’il y a également l’addiction à internet. No comment tongue-out 

Mais la toute première, l’initiale, la primo-arrivée, concerne les lettres, les mots, les phrases, les langues: savoir écrire, savoir lire, raconter des histoires. (2) 

Alors vous pensez bien que l’annonce d’un marathon de lecture chez Margotte a fait tilt dans la tête de l’Adrienne: elle s’est inscrite sans réfléchir. Elle est allée à la bibliothèque. Elle en a rapporté quelques kilos de livres. (3) Elle s’est installée et a lu, bu des cafés et écrit des billets de blog, réunissant ses trois addictions qui ont l’avantage de coûter bien moins cher que si elle était accro au shopping, aux jeux de hasard ou aux chaussures. cool 

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Un des livres rapportés de la bibliothèque est La Belgique en toutes lettres, tome 3, Tranches de vie (4) éd. Luc Pire, Espace Nord, 2008. 

lire,lecture,lecteur,défi (5)

Premier arrêt de lecture à la page 28, sur un extrait d’un roman de Marie-Claire Blaimont, Black Lola, paru en 1994 aux éd. Le Cerisier. 

C’est elle qui t’a fait goûter les couques, le pain perdu, (…) le boudin avec de la compote (…) Le laitier passait et, ta cruche en main, tu le regardais verser le lait blanc qu’on allait ensuite faire bouillir, en surveillant sa montée. Si elle ne trouvait pas la monnaie, elle appelait au secours saint Antoine de Padoue. A deux ans, à cinq ans, à huit ans, tu ne rêvais que d’une chose, (…) c’était te blottir contre sa grosse poitrine et l’écouter te raconter, la regarder vivre, sentir l’odeur de cuisine calfeutrée, cette chaleur du poêle à charbon, étouffante, qui poussait à la somnolence. 

Tout ce que tu sais d’ici, tout ce qui t’a finalement servi à vivre chez nous, c’est d’elle que tu le tiens, elle t’a fait pousser des racines (…). 

La vierge de Lourdes sous son globe, entre deux obus bien astiqués de la guerre de 14-18, les rameaux sur la croix, les napperons de dentelle, la loque à poussières qu’on secoue sur le seuil, l’entrée de la cave avec le beurrier, la cruche à lait (…), le lait qui bout sur le poêle, les murs encombrés de photos, les meubles encombrés de bibelots de bazar, les galettes dans une vieille boîte à biscuits dont le couvercle coinçait, (…) la lampe qu’on allume le plus tard possible le soir, alors que la cuisine est depuis longtemps plongée dans la pénombre et qu’on continue à attendre, attendre quoi, tranquillement… Comment aurais-tu su tout cela? 

lire,lecture,lecteur,défi

dans cet extrait, tout correspond parfaitement à grand-mère Adrienne… 

***

(1) Il n’en a tout de même fallu que deux pour la rédaction de ce billet.

(2) A l’âge de cinq ans, mini-Adrienne était bien meilleure en fiction qu’elle ne l’est aujourd’hui tongue-out 

(3) les livres se comptent en kilos pour deux raisons: ça dit plus sur le nombre de pages ainsi que sur l’effort qu’il y aura à fournir pour les trimbaler à pied sur un kilomètre, à l’aller et au retour. 

(4) toujours les voies de la bibliothécaire en chef sont et restent impénétrables: pourquoi ce troisième volume et pas les deux premiers? Mystère! 

(5) info trouvée dans le journal La libre Belgique du 23 septembre 2008:

O comme Oceano Mare

La mer, c’est notre bout du monde d’enfant de cinq ans qui a du mal à s’imaginer qu’au delà de toute cette eau, il y a l’Angleterre, comme on le lui dit. Qui croit que quand elle saura nager, c’est là qu’elle ira.

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Ostende, 13 août 2014

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La mer et le vent, aucun souci n’y résiste.

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On ne s’en lasse pas

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 « De l’aube claire jusqu’à la fin du jour »

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quand les pêcheurs de crevettes partent pour la nuit

 (le titre du billet est emprunté à Alessandro Baricco
http://tecalibri.altervista.org/B/BARICCO-A_oceano.htm)

« Potrebbe essere la perfezione »

comme cet arc-en-ciel, par exemple

 mer,ostende,italien,littérature

 

R comme réponse

Les « tag », ça connaît des saisons, me semble-t-il, comme les noix. En tout cas il en est tombé pas mal ces dernières semaines.
 
D’abord celui du portrait chinois. Il me vient d’Elisabeth
 
Un écrivain : Albert Camus. Non, Jorge Semprun. Attendez, Georges Perec, aussi!
Un aliment : le pain aux noix (pour déguster le saint-marcellin coulant avec Elisabeth)
Un supplice : devoir choisir une seule réponse alors qu’il y a tellement d’autres choses que je voudrais nommer
Un animal : éléphant, chien, chat, coccinelle, mésange, je les aime (presque) tous, même les vers de terre (très utiles, les vers de terre, et tellement pathétiques quand je les vois égarés sur le tarmac, que je les prends délicatement entre deux doigts pour les reposer dans l’herbe)      
Une couleur : bleu parme (c’est la couleur que j’aurais voulue pour ma chambre à coucher quand j’avais 14 ans mais ma mère me l’a interdit, elle a choisi un papier peint roccoco. C’est peut-être pour ça que depuis que j’ai des murs à moi – enfin, à moitié à moi – je les laisse tout blancs)
Une pièce (d’un château, d’une maison, d’un immeuble…) : la bibliothèque? mais avec une piscine à côté
Une profession : prof (je ne sais rien faire d’autre Langue tirée)
Un objet : mon ordinateur
Une chanson : il faut vraiment choisir entre Brel et Brassens? (oui je sais je date terriblement)
Un défaut : têtue et paresseuse (une paresseuse très contrariée dans son vice mais on va voir ce qu’on va voir le jour où elle prendra sa retraite hahaha elle va s’en payer une tranche, sur son lit de mort!)
 
***
 
Ensuite il y a eu le tag de Berthoise
 
Quel est mon plus gros défaut…

ben comme j’ai dit ci-dessus: je procrastine beaucoup trop ce que je n’aime pas faire – procrastiner est un mot qui sert à enjoliver la paresse –  et au cas où ce ne serait pas un défaut assez grave: je suis têtue, il faut de solides arguments pour me faire changer d’avis

Ce que je pense d’une personne ayant mes traits de caractère…

LOL je n’en ai encore jamais rencontré! je le jure!
Mais j’exhorte mes élèves à ne pas procrastiner Clin d'œil

Si j’ai déjà vécu un amour interdit…

Non je suis quelqu’un de très rangé (ce n’est pas ce qu’on croirait en voyant mon bureau, je sais) mais j’ai une imagination débordante, depuis toute petite je me raconte des histoires qui sont de véritables romans et je me fais des films dans ma tête

Ce que je vois dans mon avenir…

Rien. Je n’ai pas la moindre idée du lieu où je vivrai dans un, deux ou cinq ans, ni du nombre d’années de travail qui me restent à faire, ni des moyens dont je disposerai pour occuper mon temps après que j’aurai pris ma retraite. Je ne sais pas quels livres je pourrai encore lire, quels pays je visiterai, de quel reste de santé je jouirai encore à ce moment-là … je ne sais rien.
Je verrai bien! Carpe diem Cool

A quelle occasion j’ai eu mon dernier fou rire…

Au moment où j’écris ce billet, mes derniers fous rires du jour sont d’origine « scolaire ».

Le matin, il y a d’abord eu ce collègue d’électricité, un vieux monsieur à moustaches, qui a mimé comment réagit un de ses gars de professionnelle quand il lui demande de remettre un devoir: plongée dans le cartable, recherche fiévreuse, papiers en pagaille… alors que l’élève, le prof et les copains savent tous que c’est un cinéma dont personne n’est dupe: le gars (appelons-le Kevin) « oublie » toujours ses devoirs. Finalement le prof dit: « ça va Kevin, tu peux t’arrêter de chercher, tu me le donneras demain »

A la pause, une prof qui a travaillé dix ans dans le privé a raconté qu’un jour tout le bureau a vu tomber un slip par la jambe du pantalon de leur chef. Le matin en enfilant son pantalon il n’avait pas remarqué que son slip sale de la veille se trouvait encore à l’intérieur du vêtement… « Il y a comme un truc qui me gêne, là, à hauteur du genou… » disait-il précisément en se levant de sa chaise…

A midi, la collègue de musique a fait tomber un petit pois dans son décolleté. Elle l’a cherché quelques secondes puis a déclaré: « Oh ça ne fait rien, il finira bien par ressortir »… et on a beaucoup ri en repensant à l’histoire du slip Langue tirée

 

D comme le défi du déménagement

 

La première fois, elle avait 21 ans, elle quittait la maison pour s’installer avec l’homme-de-sa-vie dans un studio de leur ville universitaire. Tout son avoir se trouvait dans le coffre de la voiture familiale.

Un an plus tard, les études terminées, il a fallu quitter le petit studio, la ville et la vie universitaires, pour s’installer dans une maison louée pas loin de l’endroit où elle allait faire ses débuts de prof. La camionnette d’un ami  a transporté tout leur barda en un seul voyage.

Le bail de trois ans terminé, ils sont allés se mettre au vert. Ils voulaient cultiver un jardin et élever des poules. Le déménagement n’a pas été une grosse affaire, elle ne s’en souvient même plus.

Après, ils ont déménagé encore deux fois, avec l’aide de la famille, de quelques amis et d’une camionnette louée qui devait faire de plus en plus de va-et-vient. Elle a du mal à jeter des choses et l’homme-de-sa-vie veut tout conserver.

Vingt-cinq ans plus tard, les deux greniers sont pleins, tout comme le garage et les chambres à l’étage. Quand elle partira, car elle devra bientôt partir, il faudra qu’elle fasse venir trois camions : celui des déménageurs, celui d’un vide-greniers et celui des éboueurs.

Le plus dur sera de faire le tri…

Mais elle se rassure en se disant que pour son tout dernier déménagement, un simple coffre suffira.

***

Mais ce jour-là, je veux qu’on rie, je veux qu’on danse, je veux qu’on s’amuse comme des fous Langue tirée

http://www.dailymotion.com/video/xnonw_le-moribond-1961_music

texte écrit pour le défi 147

B comme bolides et B comme beau monde

Un dimanche matin place Sainte-Catherine.

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Du beau monde et de précieux bolides d’hier et d’aujourd’hui. Du beau monde qui se reconnaît, se congratule et se photographie.

Ma valise et moi slalomons à grand bruit de roulettes sur les gros pavés de la place Sainte-Catherine (merci Brel) et pourtant nous restons invisibles.

Ici personne ne parle de forêt vierge ni de serpents boa…

http://www.classiccarpassion.com/fr/agenda/evenements-futurs/televie-2010-rallye-balade-des-vallees.aspx

http://www.allansporttelevie.be/index.php?option=com_content&task=blogcategory&id=23&Itemid=8

… mais bon, ça a tout de même rapporté 20000 € à Télévie.

W comme wagon de train pour Paris

Il faudrait que je trouve un moment pour me rendre à Paris, où un nouveau musée s’est ouvert au boulevard Saint-Germain, un de ces musées faits pour moi, le Musée des Lettres et des Manuscrits. Le site est ici: http://www.museedeslettres.fr/public/index.php

Sa toute première expo est consacrée à Proust et se termine après-demain. Toutes les infos pour ceux qui voudraient encore y courir avant la fin du mois http://www.museedeslettres.fr/public/exposition/proust-du-temps-perdu-au-temps-retrouve/46

Ou alors vous attendez le 16 septembre, pour l’ouverture de l’expo sur l’Académie française http://www.museedeslettres.fr/public/exposition/l-academie-francaise-au-fil-des-lettres-de-1635-a-nos-jours/62

Mais à mon avis, la collection permanente vaut le détour à elle seule. En tout cas pour des gens qui, comme moi, se sentent fondre devant une feuille de papier, pourvu qu’elle contienne quelques jolis mots… que ce soit une lettre de Descartes à Huyghens, de Sade à sa femme, de George Sand à Flaubert, un manuscrit de Rimbaud ou de Verlaine.

Mais ce qui me ferait sauter dans le train sans plus attendre, c’est un cahier à spirale.

 

Jacques BREL
Schaerbeek, 1929 – Bobigny, 1978

Cahier à spirale vert comportant de nombreuses chansons autographes, [1964].

Ce cahier de cinquante-neuf pages, écrites par le compositeur et chanteur belge, contient notamment quatre couplets, avec variantes, ratures, ajouts et corrections, de la mythique chanson Amsterdam. Lorsque Brel la compose, il imagine une chanson de marin ressemblant à un tableau de Bruegel, avec une note classique d’accordéon en sourdine. De l’ébauche à la version définitive, tous les mots d’Amsterdam sont couchés sur ce cahier. Brel interprète cette chanson pour la première fois, en ouverture, lors d’un concert à Versailles, en 1964. Le public n’est alors pas enthousiaste. Au fil des pages, on trouve aussi les quatre couplets, avec variantes, des Timides, des strophes de La chanson de Jacky, de Cheval, des ébauches pour l’Âge idiot, ainsi que diverses notes pour les chansons Grand-mère, La ville s’endormait, Je m’en remets à toi, etc.

 

On peut réécouter la chanson Amsterdam ici et voir Brel en « live »: http://www.dailymotion.com/video/x2cmrs_jacques-brel-amsterdam_music