Première fois

Il faut une première fois en toute chose, se dit l’Adrienne en refermant la porte avec un sourire.

Et elle a une pensée pour son grand-père, le jour où petit cousin Alain avait employé le mot ‘vieux’ mais s’était très vite repris avec un ‘pardon! je voulais dire troisième âge!’ – ‘Ah! je préfère ça!’ avait répondu grand-père.

– Je suis venu vous dire, venait de déclarer Estevan au travers de son masque, que par respect pour vous, je ne viendrai plus me faire aider pour mes cours. On doit prendre soin des personnes du troisième âge.

L’Adrienne a eu envie d’éclater de rire mais comme il était très sérieux, elle l’a simplement remercié de cette marque de respect 🙂

O comme odorat

En ces temps un peu particuliers, certaines choses prennent une importance… particulière!

Ainsi par exemple, le moment où on ouvre le paquet de café, chaque matin, et où on met le nez dedans, pour en inspirer goulûment les effluves…

et se dire que tout va bien, on a encore un odorat en parfait état de fonctionnement 🙂

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Une étude a révélé que les troubles du goût touchent 88 % des personnes infectées et 86% présentent des troubles de l’odorat, comme on peut le lire ici. Où on explique que la cortisone pourrait être un traitement efficace.

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je vous ai remis la photo de la dernière expérience cappuccino, depuis je ne l’ai plus retentée 😉

J comme J’ai tout essayé!

J’ai tout essayé! se lamente le traiteur italien au moment où l’Adrienne déclare « Bon, je vais remettre cet ornement inutile! »

Les lunettes, c’est une très belle invention, mais elle ne s’accorde pas avec le port du masque.

J’ai tout essayé, répète-t-il, toutes les sortes de masques, toutes sortes de produits à mettre sur les verres des lunettes, même du Dr*ft, rien ne marche!

Je compatis! répond l’Adrienne.

Sur le chemin du retour, elle se dit qu’elle pourrait très bien les ranger dans un tiroir, vu qu’avec l’âge sa myopie a tellement amélioré qu’elle n’a plus besoin de lunettes, ni pour voir loin, ni pour voir près.

Embué ou non, c’est un ornement inutile 🙂

Mais si vous avez un bon truc, le traiteur italien est demandeur!

X c’est l’inconnu

Deux jeunes collaboratrices de l’association qui s’occupe des quartiers défavorisés ont lancé un projet lors du confinement printanier.

Elles ont sélectionné dix-sept personnes qui acceptaient de tenir un journal pendant deux semaines et ont guidé leur écriture à l’aide de quelques questions.

Elles en font le bilan aujourd’hui pour envoyer leurs conclusions aux responsables politiques de la ville et de la région.

Ces gens-là ne savent-ils donc pas qu’il y a des habitants en situation précaire?
Si, bien sûr.

Ne savent-ils pas ce que c’est que de vivre au jour le jour avec de trop petits moyens financiers?
Si, ils le devraient, en tout cas.

Alors? direz-vous.

Alors, il est important de leur remettre le nez dans cette réalité trop souvent occultée ou rejetée.
Et de voir comment de petites choses simples peuvent améliorer la situation.

Important de leur donner des exemples concrets.
De vraies tranches de vie de gens qui se débattent pour survivre et qui ont dû, en plus de leur précarité ‘habituelle’, gérer les problèmes qui se sont ajoutés à cause du confinement: la perte du petit boulot, la garde des enfants, le suivi de leur travail scolaire…
Des mamans qui ne maîtrisent pas nécessairement l’outil numérique, qui sont le seul gagne-pain, qui vivent dans une petite maison insalubre, sans terrasse ni jardin.

Car comme l’écrit une des participantes: « Personne n’est au courant de ma situation. Il y a des années que je gère tout ça toute seule. »

N comme naturel, naturelle

– C’est votre couleur naturelle? demande Ali.

Puis il repose sa question en pointant l’index en direction de l’avant-bras de Thérèse.

– Bien sûr! dit-elle.

Et elle ajoute, en faisant un signe vers l’Adrienne:

– Ma mère est aussi blanche qu’elle, puisqu’elle est Portugaise.

Pourtant, Thérèse se considère Congolaise. Quand elle dit « chez nous », c’est du Congo qu’elle parle.

– Mais vous-même, dit-elle à Ali, vous n’êtes pas très noir non plus.

– Nous en Somalie on est moins noirs que dans d’autres pays africains, dit-il.

C’est ainsi que l’Adrienne, chaque mardi avant-midi, s’étonne, se marre et apprend plein de choses avec son babbelgroep 🙂

F comme figues

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

Mercredi vers dix heures du matin, on sonne à la porte de l’Adrienne.

En allant ouvrir, elle se demande quelle sorte de vendeur de calendrier elle va trouver, mais elle se trompe: il y a là un homme avec un petit garçon – pourquoi n’est-il pas à l’école, celui-là? – qui lui demande si le figuier dans le jardinet contre le mur de la maison est à elle – ben oui, à qui serait-il donc? – et s’il peut cueillir quelques figues pour son gamin – un enfant déjà fort grassouillet, mais soit, mieux vaut une poignée de figues qu’un sachet de chips.

– Elles ne sont pas mûres, elles ne mûrissent plus, dit l’Adrienne, je ne crois pas que vous en trouverez de bonnes à manger.

Mais il a tout de même été voir, a enjambé la petite clôture, piétiné le romarin et pris quelques fruits pour son fils qui les a dévorés sans tarder.

Et voilà, se dit l’Adrienne en refermant sa porte, voilà pourquoi il n’y a plus de figues mûres sur l’arbre, des passants passent et se servent.

Ça fait déjà quelques semaines qu’il n’y a plus de figues mûres, sauf du côté de la porte de la cuisine, où le passant qui passe risquerait d’être pris en flagrant délit 😉

B comme bons côtés

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Il a tout de même de bons côtés, le masque, se dit l’Adrienne en se préparant des pommes de terre à l’oignon rouge, huile d’olive, sauge et ail. On peut même s’en mettre deux gousses, personne ne sera incommodé par l’odeur 😉

Et quand on a mangé de la laitue ou des épinards, on n’a pas à se soucier d’un petit résidu vert éventuellement resté collé entre deux dents.

On peut même, comme Terezina, venir au groupe de conversation en français alors qu’on est en attente d’un dentier.

Sauf que Terezina, au lieu de profiter de cet écran, proclame:

– C’est bien, ce masque! comme ça vous ne voyez pas que je n’ai pas de dents!

et aussitôt le baisse sous le menton pour montrer ses gencives 🙂

O comme On sonne!

Dans la maison d’autrefois au milieu de nulle part, les seuls qui sonnaient à la porte étaient des Témoins de Jéhovah – on s’en était d’ailleurs émerveillé. Tous les autres visiteurs entraient par la porte-fenêtre.
Sans sonner.

En ville, c’est différent. Il faut sonner pour faire savoir qu’on est là. Sauf les quelques-uns qui entrent par la porte côté jardin.

Bizarrement, ces cinq ou six dernières années on n’a plus vu de Témoins de Jéhovah. Par contre, on a régulièrement un jeune homme qui se propose de faire payer moins cher le gaz et l’électricité.

Chaque fois il vous donne l’impression d’être là par pure bonté d’âme.

– Si je comprends bien, lui a demandé l’Adrienne, vous êtes une sorte de philanthrope?

Et il a eu l’honnêteté de répondre:

– Oh non! il faut que je gagne ma vie, aussi!

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photo de la porte-fenêtre d’autrefois, un jour de lavage de vitres, avec Mama Moussa sur la table du jardin.

N comme nettoyage

Depuis le confinement on dirait que l’Adrienne s’énerve plus facilement – en tout cas sur fb où ces derniers mois elle « nettoie » de temps en temps des gens qui tiennent des propos lui déplaisant.

Elle a commencé par une ou deux personnes affichant des sympathies à droite de la droite, imbéciles heureux d’être nés quelque part mais niant à d’autres le droit d’y vivre.

Puis elle a zigouillé un ancien élève trumpiste – elle pourrait lui pardonner cette sympathie, tout le monde peut se trumper, mais pas son acharnement à vouloir prouver qu’il est le meilleur président au monde.

Et ces derniers jours elle a une furieuse envie de liquider l’ancienne collègue qui met entre cinq et dix articles en ligne chaque jour pour tenter de démontrer à quel point les experts ont tout faux dans leur façon de gérer la pandémie. 

Voilà: fb sert à souhaiter les anniversaires, à féliciter pour les mariages, les naissances, l’achat d’une maison, une réussite scolaire, un nouveau boulot, la communion de la petite… et pour le reste, il y a les journaux 😉