Adrienne jubile

Non, ça ne lui avait pas plu du tout, à l’Adrienne, quand d’un seul coup d’œil sur le bureau, Berthe avait décrété:

– Moi aussi je suis bordélique.

Bon, on peut s’entendre sur le vocabulaire, elle a dit « ik ben ook slordig » et ‘slordig‘ peut se traduire par négligeant, désordonné, pas soigneux

Mais là n’est pas la question.

Ce qui n’a pas plu à l’Adrienne, c’est cette conclusion pour le moins hâtive, alors que tout le reste de la maison est parfaitement rangé et que sur le bureau, le désordre n’est qu’apparent.

Bref.

Aujourd’hui l’Adrienne jubile: elle vient de lire que la gourou du rangement a déclaré:

« Ma maison est en bazar, mais la façon dont je passe mon temps est la bonne pour moi à ce moment-là, à cette étape de ma vie. Jusqu’à présent, j’étais une professionnelle du rangement, donc je faisais de mon mieux pour garder ma maison bien rangée à tout moment. J’ai en quelque sorte renoncé à cela, dans un bon sens pour moi. »

Si vous avez un doute, allez voir vous-mêmes 🙂 

C comme compliments

« Hello my loved one! »

Ainsi commençait un des messages trouvés lundi dans la boîte à spam qui n’avait plus été consultée depuis trois ou quatre jours.

« I wish to say that this is amazing and nice written! » continuait un certain Merlin sur le mode enchanteur.

La boîte à spam devrait s’appeler la boîte à compliments.

Toujours ce même vieux truc du ramage et du plumage pour attraper un fromage 🙂

I comme incroyable!

Mercredi après-midi, vers les trois heures, on sonne à la porte de l’Adrienne.
Elle va ouvrir avec circonspection, les visites qu’on n’attend pas apportent rarement de bonnes nouvelles.

C’est une dame qui habite quelques maisons plus loin:

– Vous vous appelez bien Adrienne? fait-elle.
– Euh… oui…
– Alors ceci est pour vous.

Et elle remet à l’Adrienne une enveloppe récupérée de sa mutuelle.
A l’intérieur de l’enveloppe, une double carte de voeux de la part d’une blogamie qu’elle a eu le bonheur de rencontrer « en vrai » lors de son dernier voyage à Paris.

– J’ai trouvé ça dans ma boîte, explique la dame, et dès que j’ai vu votre nom j’ai arrêté de lire.

Mouais.

Par bonheur, la blogamie ne fait aucune fine allusion au charmant voisinage dans lequel l’Adrienne vit 😉
Pas grave si la dame a tout lu 😉

Mais le mystère insoluble – en plus de la chose incroyable – c’est où la carte a été déposée en premier lieu? qui l’a débarrassée de son enveloppe d’origine? ce qu’est devenue cette enveloppe – pourquoi l’avoir jetée? – et pourquoi l’avoir mise chez une dame qui ne s’appelle pas Adrienne… mais dont on a peut-être dû penser qu’elle connaît les noms et prénoms de tout le voisinage 😉

Bref, c’est miracle que la chouette carte de Berthoise soit arrivée à bon port.

Mille mercis à elle et à tous ceux qui ont (pour)suivi sa déviation!

***

et le plus incroyable de tout c’est que malgré ces déviations la carte est arrivée en seulement trois jours: cachet de la poste le 4 et reçue le 7 décembre!

Z comme zorg

Il était le premier sourire du matin quand l’Adrienne allait à l’école et qu’il fumait sur le pas de sa porte.

Il est rare de le rencontrer en rue, il ne sort que pour aller s’approvisionner au petit magasin du coin.

Mais jeudi il était en route de bonne heure quand l’Adrienne l’a croisé.

Il est vrai que depuis plus d’une semaine, il avait un souci: la banque qui s’occupe de ses versements était fermée.

– Il faut tout de même que je paie ma télé et mon électricité! dit-il.

Lui, comme la maman de meilleure amie et même celle (toujours en pleine forme) de l’Adrienne, et tant d’autres, ne se débrouillent pas avec les nouvelles technologies.

Le petit monsieur a besoin d’un guichet avec une vraie personne qui lui fasse sa paperasse.

La mère de l’Adrienne a besoin de sa fille qui est à 850 km. Elle ne comprend pas qu’il faut donner des procurations. Elle pense que sa fille n’a qu’un coup de fil à passer pour tout régler.

– Tu n’as qu’à dire que tu es ma fille! rétorque-t-elle quand l’Adrienne essaie de lui expliquer quelle sorte de formulaire il faut remplir.

– Nous n’avons rien réglé au moment où maman était « encore bien », dit meilleure amie. Alors maintenant on a un tas de démarches et de difficultés. On doit pourtant la vendre, sa maison!

Hé oui, pour payer les soins et la maison de retraite.

Mais quand la maman était « encore bien », elle jugeait inutile le « zorgvolmacht« , une sorte de procuration qui donne la permission à quelqu’un de s’occuper de tes affaires, financières ou autres, le jour où tu n’en es plus capable.

– Et ma femme de ménage! poursuit le petit monsieur, ça fait un mois qu’elle n’est plus venue!

Normalement elle vient tous les quinze jours.

– Et bien, rit l’Adrienne, elle aura d’autant plus de travail, quand elle viendra!

Mais il reste soucieux:

– J’espère qu’elle va venir cette semaine…

Lui aussi aurait besoin que quelqu’un téléphone à sa place…

***

‘zorg’ est le mot qui veut dire ‘soin’, prendre soin, donner des soins, mais aussi ‘souci’

T comme throwback

Hier matin c’était le moment de montrer sa dentition au professionnel qui s’en occupe depuis 1980 – oui, il a dépassé l’âge de la retraite mais il continue à soigner ses habitués – et allez savoir pour quelle raison l’Adrienne lui dit:

– Il va falloir que je consulte, je perds la mémoire.

Lui ça l’a fait rire.

– Je connais quelqu’un qui trouve ça très pratique, il oublie toutes les choses désagréables et ne se souvient que des bonnes!

Justement, en arrivant devant la porte du dentiste, l’Adrienne avait vécu le contraire: un « throwback » au moment exact où en se trouvant devant cette même porte, elle avait eu un appel de son cousin pour lui annoncer le décès de la Tantine.
Celle qui a juste quinze ans sur la photo ci-dessus.

Alors ce « throwback » d’hier remplace le billet qui était prévu pour aujourd’hui et qui aurait dû s’appeler « T comme truth decay« . La traduction du néerlandais « waarheidsverval« .

Un nouveau mot que l’Adrienne a appris lors d’une conférence donnée la semaine dernière par le directeur de l’institut Hannah Arendt, venu parler dans sa petite ville des problèmes de polarisation et de la mise en doute conséquente de ce qui est vrai, prouvé, étayé, mesuré, une tactique avérée de tous les partis extrémistes, semer le doute, polariser, faire perdre confiance dans les institutions…

Si vous comprenez le néerlandais, voici un article récent de sa main, sur la polarisation et « le grand remplacement ».

G comme G pas le temps

G comme Gaz (non pas le prix mais l’experte qui vous parle a eu besoin de beaucoup cafouiller avant de réussir à mettre en route sa nouvelle petite chaudière)

G comme Gentil (ils ont leur fête ces jours-ci, paraît-il, et ça offre un beau devoir sur table à l’ami Krapov – genre « vous avez trois heures » – parce que paraît-il que les gentils, on profite d’eux)

G comme GR (sentiers de grande randonnée, à cause de l’envie de vous parler de Maurice Cosyn – une image ici)

Bref, ce n’était pas les idées qui manquaient, juste le temps de les réaliser.

A plus tard!

N comme NOUS

Pendant un an, jour pour jour, la ville lui a offert ce local, un de ces petits commerces fermés « pour cause de fermeture », comme disait le père de l’Adrienne.

Chaque jour il y tenait porte ouverte, rencontrait les passants, écoutait leur histoire, leurs rêves, dessinait, peignait.

Certaines de ces rencontres se retrouvent dans la longue fresque qu’il a peinte sur des bandes de papier: la sympathique Myriam, la pétillante Barbara, les amies congolaises de Keta…
Fantastic women‘ a-t-il écrit au-dessus de leur petit groupe souriant, et il a bien raison.
Elles sont fantastiques.

Il a aussi porté un regard amusé sur notre folklore, celui dont nous sommes si fiers et que nous perpétuons depuis le Moyen Age.
Qui a survécu à toutes les invasions et à tous les interdits, survécu aux interdits espagnols de la Contre-Réforme, survécu aux interdits autrichiens du « Keizer Koster« , survécu aux interdits français de la « révolution » et à toutes les guerres.

Nous sommes cette petite ville, la plus pauvre de cette riche Flandre, et la plus décriée.

Mais nous savons que c’est dans le délabrement qu’on apprécie le plus la beauté.

Écrit pour l’Agenda ironique d’octobre sur le thème de la beauté.

La consigne demandait d’inventer un proverbe, j’ai inventé que « c’est dans le délabrement qu’on apprécie le plus la beauté ».

Beauté de l’art et de la solidarité.

J comme jaune

Il était là comme s’il l’attendait et d’une main il montrait la façade de son voisin: elle venait d’être peinte en jaune moutarde.

Het knalt! fait l’Adrienne en riant et il est bien d’accord.

Knallen‘ c’est le verbe qui exprime le crépitement sonore du feu d’artifice. Le bruit du bouchon de champagne qui saute. Ou du pot d’échappement troué.

Knalgeel‘, jaune pétant.

– Ils ont laissé les échafaudages, explique-t-il, parce qu’il faut encore une troisième couche.

Et voilà, se dit l’Adrienne un peu plus tard en poursuivant son chemin, tout ce quartier de maisons ouvrières made in 1922, qui est ‘site protégé’, ce qui interdit de facto d’isoler les murs extérieurs puisqu’il faut garder l’aspect authentique 1922, on a pu lui enlever ses jardinets de rue et on peut cacher la brique, les courbes et les reliefs sous les couleurs les plus diverses et les plus voyantes…

***

Le cher petit monsieur à longue barbe grise apparaît ici depuis une dizaine d’années, j’aurais dû lui prévoir un tag. On peut le trouver ici, par exemple, sauf que ces dernières années il est passé de la pipe aux cigarillos 🙂

Z comme zébré

L’Adrienne l’autre jour a failli se faire écraser alors qu’elle était au beau milieu d’un passage zébré.

Écrasée par une ambulance 🙂

Oui, riez. Parions qu’à vous aussi ça rappelle un sketch de Raymond Devos 😉

Presque écrasée et copieusement injuriée par le chauffeur qui a tenu à s’arrêter pour exprimer ses doutes au sujet de ses facultés mentales et visuelles (et c’est là qu’est le rapport avec la canne blanche du monsieur de l’illustration ;-))

L’Adrienne pensait – peut-être à tort – que vu qu’elle était déjà à mi-chemin du passage zébré et que l’ambulance n’avait pas mis sa sirène, elle pouvait finir de traverser.

A tort ou à raison, elle ne le sait pas, en fait.

Et vous?

W comme warm

La conférence avait lieu à la « Maison espagnole » et pour la première fois – sans doute pas la dernière par les temps qui courent – le mail précisait de penser à prendre des vêtements chauds (« voorzie warme kledij« ).

Finie l’époque où on allumait le chauffage pour un événement qui ne dure finalement que quelques heures. Aujourd’hui, on en fait l’économie 😉

Pendant la pause café, l’Adrienne en a profité pour faire le tour des salles et de leur décor Louis XV et XVI quand une dame en arrêt devant un poêle à bois a été prise d’un tel coup de nostalgie qu’il fallait apparemment qu’elle s’en ouvre à la première venue:

– Ah! « zo gezellig« ! c’était tellement mieux! ça chauffait si bien!
– Oui, fait l’Adrienne, on cuisait si on se tenait trop près et on avait froid si on était à côté de la porte 😉
– Oh! non! non! il faisait toujours bien chaud chez ma grand-mère!

Alors l’Adrienne s’est souvenue que la grand-mère de la chapellerie devait toujours avoir au moins 27° dans son séjour, qui était une grande pièce, avec un passage ouvert vers la cuisine, qu’on chauffait donc en même temps…

– C’est vrai, admet l’Adrienne, le « feu continu » chez mes grands-parents, ça chauffait bien. Mais celui-ci, à mon avis, est un feu à bois.

La dame n’a pas voulu la croire alors la question est pour vous: à votre avis, ce poêle fonctionnait-il au bois ou au charbon?

***

photo prise dans ma ville le 24 septembre dernier