N comme nonante

Photo de Joonas sur Pexels.com

– C’est bien au numéro 90 que tu habites? demande l’Adrienne à l’amie qui fête son anniversaire ces jours-ci.

Évidemment, vous commencez à la connaître, elle lui pose la question APRES avoir posté la carte de vœux.

***

– Quel orgueil! On dirait bien que tu en es fière! dirait sa mère si elle lui racontait cette anecdote.

Et l’Adrienne qui croyait que l’autodérision est une forme d’humour 🙂

L comme limousine

– Tu as une nouvelle voiture? demande l’amie à qui l’Adrienne ouvre sa porte.

Elle montre le bel exemplaire long et sombre et rutilant garé juste devant et oui, elle est sérieuse: comme chaque fois qu’elle vient et qu’une bagnole est garée devant chez l’Adrienne, elle lui pose cette question:

– Tu as une nouvelle voiture?

C’est ainsi que tous ceux qui passent devant sa maison pensent que les poubelles ou autres choses qui traînent devant chez elle lui appartiennent 😉

Comme le jour où quelqu’un avait déposé (ou perdu?) un matelas sur son bout de trottoir et que sa directrice s’était étonnée, en route pour l’école, de voir ça là, alors que l’Adrienne est tellement « écolo » 😉

I comme incroyable!

C’est tout de même incroyable, se dit l’Adrienne en traversant la place du marché de la ville voisine, incroyable par les temps qui courent, pandémie et écologie, tant de raisons pour repenser sérieusement certaines choses…

En ce lundi midi, on était en train de démonter la grande patinoire qui avait été installée pour la période des fêtes.

Or pendant toute cette période, il a fait exceptionnellement doux, des températures record jamais notées, allant jusqu’à 15°C.
Et là, maintenant qu’on démonte, il gèle.

Puis l’Adrienne a repris sa petite auto pour rentrer chez elle.
Mais à la sortie de la ville voisine, paf! grand contrôle de police!

Avez-vous ceci et montrez-moi cela, et puis ce papier-là aussi! Bon, soufflez là-dedans… non! plus fort!

Vous connaissez le scénario.

Mais l’Adrienne, ah! l’Adrienne avait oublié à la maison son portefeuille avec son permis de conduire.

***

photo prise à une expo à Bruxelles en septembre 2019

Z comme zèle

L’Adrienne le savait depuis longtemps, depuis 2017, l’année d’avant les travaux à la rue (voir photo): les travaux préliminaires à (faire) réaliser soi-même – la récolte séparée des eaux de pluie et des eaux usées – seraient contrôlés un jour.

Monsieur l’Entrepreneur a fait ces ouvrages ainsi qu’un petit plan qui les résume, tout ça a été fort compliqué et fort coûteux, plus de 5000 euros. Il a par exemple fallu creuser une tranchée sur toute la longueur du jardin à cause de la situation en coin de rue.

Ce mois-ci était venu le moment du contrôle par les instances officielles, c’est-à-dire un jeune homme fort zélé délégué par la société de distribution d’eau potable.

Alors que chez tous les voisins la chose avait eu lieu depuis longtemps – l’Adrienne s’était même inquiétée : les contrôleurs l’avaient-ils oubliée ? Un courrier avait-il été perdu ? – bref chez tous les autres ça avait été une petite formalité de cinq à dix minutes, OK, on a vu, c’est bon, signez ici, au revoir !

Mais, vous l’avez deviné, chez elle rien de tout cela : pendant deux heures et demie, il a cherché, cherché la faille, cherché la faute, cherché l’erreur.

L’Adrienne a dû faire couler des litres d’eau de chaque robinet, tirer les chasses d’eau en haut, en bas. Zélé contrôleur a même voulu aller sur le toit plat – donc passer par la chambre de l’Adrienne, par-dessus son lit, par la fenêtre… – pour voir si cette conduite d’eau allait bien là où on lui disait qu’elle allait, dans la petite citerne d’eau de pluie, sous la cuisine.

Imaginez ce tableau d’un matin d’hiver : portes ouvertes devant et derrière, fenêtres ouvertes, robinets qui coulent, machine bruyante qui fait de la fumée… et l’Adrienne, qu’il fait courir en haut, en bas, dehors à la rue pour vérifier si la fumée qu’il envoie par les tuyauteries sort d’un côté ou de l’autre sur le trottoir.

Bref, la voilà de plus en plus démoralisée.

Et bien sûr, il l’a trouvée, « l’erreur » : dehors sur la mini-terrasse il y a un « putje » d’autrefois, un petit trou d’évacuation qui ne sert plus parce que Monsieur l’Entrepreneur l’a remplacé par un autre, en dénivelé, de sorte que maintenant s’il pleut fort la cuisine ne se transforme pas en piscine. Mais ce « putje », explique le zélé contrôleur, soit il fallait le fermer, soit le raccorder à la conduite d’eau de pluie.

Résultat : rapport négatif et nouveau contrôle dans les 60 jours.

N comme nienek!

C’était un grand type dans le genre Omar Sy qui parlait bien fort à cause des deux ou trois mètres de distance qu’il respectait envers le vieux petit monsieur à longue barbe grise.

Il parlait français, au grand étonnement de l’Adrienne.

Dès qu’il s’est éloigné, elle s’est tournée vers le bonhomme et lui a demandé:

Versta je Frans? (1)
Bah nienek! a-t-il répondu dans son néerlandais patoisant, démontrant que même s’il n’était pas originaire de cette ville, il était de pas trop loin, vu qu’il accole un pronom à ses réponses en oui ou non (2).

Non, il ne comprend pas le français:

– Je fais semblant, ajoute-t-il, rigolard.

Et l’Adrienne ne sait pas qui il trompe le plus avec cette blague, elle ou Omar Sy.

Quelques maisons plus loin, Omar Sy attend qu’on lui ouvre une porte où il a sonné.
– Alors? fait-il, il comprend le français?
– Il me dit que non…
– Moi je suis sûr qu’il comprend!

Bref, il a de l’humour, le bonhomme 😉

***

(1) Tu comprends le français?

(2) on accole le pronom sujet par élision (ik, het) ou apocope (tous les autres) à « ja » (oui) et « neen » (non) – le phénomène est illustré dans la vidéo ci-dessous pour le « ja » en ouest-flamand.

F comme fou chantant

DSCI6153 (2)

Il pleuvait des cordes samedi matin au retour du marché mais ça n’empêchait pas le vieux petit monsieur à longue barbe grise de chanter sur le pas de sa porte.

Ce qui est tout de même une nouveauté remarquable, vu que d’habitude, tout en fumant un cigarillo, il fait des blagues à l’Adrienne.
Et une causette 🙂

– Nous ne sommes donc pas deux, mais trois, se dit-elle en rentrant chez elle toute trempée de pluie.

Trois fous chantants.

Le troisième étant Joe Krapov, bien sûr, mais ça, vous l’aviez deviné 🙂

V comme venin

Sur sa page fb, la police de la ville annonçait fièrement la bonne nouvelle: un gigantesque sapin de Noël, offert comme chaque année par des particuliers dont le jardin est devenu trop petit pour l’arbre, avait été transporté jusqu’à la grand-place pour y être installé en vue des fêtes.

Les braves flics avaient intitulé leur billet avec photos du transport – le sapin est aussi large que les avenues par lesquelles il devait passer – « le petit bonheur du jour » (het gelukje van de dag) mais c’était compter sans les utilisateurs de ce genre d’endroit qu’est fb: les commentateurs rivalisaient tellement en négativité que ça en devenait (presque) comique.

Petit florilège:

Quoi? déjà le sapin? alors que la Saint-Nicolas n’est pas encore passée?
Mais où sont les écolos?
Tu sais bien que les écolos s’occupent juste d’emm… les motards qui veulent rouler dans les bois!
C’est honteux d’abattre un si bel arbre!
Ah bravo, et le CO²?
Pourquoi un grand comme ça? un petit, c’est mieux!

On comprend que certains décident de désactiver les commentaires 🙂

D comme décision

fiat 509.jpg

– A votre avis, demande l’Adrienne au garagiste, est-ce que cette auto pourrait encore faire 850 km? Un aller et un retour?

Il soupire, fait la grimace, se gratte la tête.

Il vient de lui annoncer que le passage au contrôle technique a été problématique et qu’on lui a bien dit que la prochaine fois, ça ne passerait plus. Et qu’il y aurait de gros frais à faire, des machins à propos des freins et des pneus et d’autres choses qui chez elle sont entrées par l’une oreille et ressorties par l’autre, sauf la conclusion: ça va coûter beaucoup de sous pour un an de répit 😉

– Je ne dis pas non, mais 850 km? deux fois? c’est risqué, tout de même.

C’est évidemment ce que l’Adrienne pensait aussi, elle a quinze ans de bons et loyaux services au compteur, cette bagnole, alors vous direz: était-ce bien la peine de poser la question?

Mais voilà, c’était une entrée en matière.
Le vif du sujet, c’est la décision à prendre: une électrique? une hybride? Même le garagiste n’a pas la réponse toute prête.

– Et pourtant, dit-il, je lis absolument tout ce qui se publie sur le sujet!

L’Adrienne aussi, et elle aurait préféré attendre encore deux ou trois ans, vu les améliorations attendues des batteries et toutes ces autres questions des vrais et faux débats écologiques.

– Ou alors une occasion, en attendant? suggèrent les amis.

Mais pour ce qui est du marché de l’occasion, chat échaudé craint l’eau froide.
Et puis, l’Adrienne n’aime pas les solutions à court terme.

Bref, elle est perplexe.

***

photo de Walter Vermeir  (source) une Fiat 509 peinte aux couleurs de celle de Gaston Lagaffe, exposée au salon de l’auto de Bruxelles en 2006 

H comme hello!

Voor elk kind een Fluohesje

– Hello! Hello! crient les petits enfants massés à l’entrée de la bibliothèque, avant de retourner en classe chargés de livres et tous avec leur veste fluo largement et ostensiblement sponsorisée.

Puis quelques-uns ajoutent:

– Bonjour! Bonjour!

Avec le R qui roule comme les galets d’un torrent.

– Hello! Bonjour! répond l’Adrienne en les saluant de la main.

Voilà, se dit-elle, ils n’ont que sept ans mais ont déjà bien intégré qu’il y a des francophones dans leur ville.

Ce qui lui a rappelé une conversation à Alden-Biesen, le mois dernier.

Comme toujours, il faut répondre aux questions d’usage, dont une, apparemment très importante, concerne « d’où on est« .

Et l’Adrienne sait à l’avance quels clichés il lui faudra entendre dès qu’elle aura dit le nom de sa ville.

– Il y a beaucoup de francophones, là, non? Combien il y en a?
– Je ne sais pas, impossible de le savoir puisque les recensements linguistiques sont interdits par la loi. Depuis 1961.

A-t-elle répondu au monsieur – peut-être un peu sèchement malgré son sourire – pour couper court à l’inévitable suite:

– Et beaucoup de migrants, non?

Parce que là vous allez réussir à vraiment la fâcher.

Madame s’est toujours sentie très proche de ses élèves d’origines diverses, comme eux elle se trouve toujours entre deux chaises, deux cultures, et obligée à choisir son camp.

***

illustration empruntée à une école primaire de Gistel

F comme fa

Hier l’Adrienne réfléchissait à un billet F comme Fa, dans lequel elle vous expliquerait son petit souci de casting à la chorale: non, elle n’est pas vraiment une soprano mais le chef pense que si 🙂

Alors elle qui n’arrive qu’à peine à chanter le fa dans « judicandus » devrait arriver jusqu’au la dans « homo reus« . Mission impossible, donc.

Blijven oefenen, a rigolé un ténor quand elle a dit qu’elle n’atteindrait jamais ce sol et ce la. Blijven oefenen, continuer à s’entraîner, a-t-il répété, hilare, comme si l’exercice allait y changer quelque chose, mais bon, elle a ri aussi.

Et puis dans sa boîte aux lettres elle a trouvé un courrier de la police.

Pour lui signifier que son figuier (appelé « struik« , « buisson », alors qu’il est déjà plus haut que son toit ;-)) a des branches qui envahissent le trottoir: « het voetpad is bijna volledig overwoekerd« .

Dangereux, ça!
Et une invasion du domaine public, « inname van het openbaar domein » en plus!

Bref, le billet du jour serait plutôt F comme figuier.

Ou tout autre mot en F qui vous viendrait à l’esprit après la lecture de ce billet 😉