E comme être élève en 2020

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Vous le savez, pendant près de trois mois les élèves ont été interdits d’école. Chacun d’entre eux a vécu cela différemment: entre ceux qui ont été heureux de pouvoir faire leur travail scolaire chez eux, à leur rythme, et ceux qui ont galéré pour diverses raisons, il y a toute la gamme.

Vous le savez, dans nos villes d’Europe nous avons des tas d’enfants dont les parents n’ont pas la fibre pédagogique. Ou ne parlent pas la langue de l’école. Ou n’ont pas les moyens d’offrir l’espace ou les outils requis pour réaliser du bon travail-à-la-maison.

– A la maison, dit Imane, c’est impossible de me concentrer.

C’est ainsi que Madame apprend comment ils sont logés. A combien ils vivent. Et qu’Imane est l’aînée.

Elles ont donc rendez-vous dans un local de l’école. Qui, comme vous le voyez sur la photo, a été aménagé selon les règles strictes imposées par le Ministère. La porte du local doit impérativement rester ouverte.

Un peu plus tard, la directrice passe dans le couloir:

– Ah! mais non! ce n’est pas comme ça que vous devez vous mettre!

Madame le sait bien, qu’elle ne pourrait pas s’asseoir à côté d’Imane, même si toutes deux sont masquées.

Mais comment voulez-vous regarder à deux le manuel et les exercices, si vous êtes en vis-à-vis et séparées par le plexiglas?

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photo prise le 29 mai avant l’arrivée d’Imane, on ne voit que les affaires de Madame et tous les produits désinfectants 😉

T comme tajines et tartelettes

Quand on sonne chez Maryam en plein milieu de l’après-midi, elle s’étonne. Elle n’attend personne. Elle dépose son smartphone et va ouvrir, la petite Hourya sur les talons. Ah! c’est une amie. Elle ne fait que passer. Et en effet, la conversation ne dure qu’un petit quart d’heure. Avec les préliminaires d’usage:

– Oh! mais tu as maigri, on dirait!
– Oui? tu crois? peut-être un peu, avec le Ramadan…
– Moi je maigris toujours pendant le Ramadan, dit l’amie qui est fine comme une latte.

Et à part ça, de quoi parlent-elles pendant ce quart d’heure que dure la visite?
De manger!
De nourriture. De recettes. De faire une pastilla. De la bonne adresse d’un pâtissier marocain qui vient d’ouvrir en ville…

C’est tout de même étrange, se dit l’Adrienne en rentrant chez elle, de n’avoir que ce sujet de conversation en ce moment…

Le soir, elle remarque la même chose chez l’amie S***, d’origine tunisienne, kiné et engagée dans la politique locale: dès que c’est le Ramadan, sur sa page fb le discours politique laisse la place aux recettes.

Cette année principalement de makroudh, de tajine melsouka et de briks au fromage. Il paraît que c’est excellent avec du brie 🙂

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la vidéo, c’est juste pour vous donner une idée de ce que sont les makroudh…
vous pouvez couper le son et regarder en double vitesse 😉

Z comme Zand

brown sand

Lundi en fin d’après-midi, l’Adrienne avait enfin un beau trottoir tout neuf.
Recouvert de divers gros tas de sable clair.

Alors vous la connaissez, elle a pris une petite brosse et a commencé à introduire patiemment le sable dans les interstices entre les pavés.

– Faut laisser ce travail aux ouvriers! dit un homme qui passait là avec son chien.

Non tenu en laisse, le chien, et qui s’est dépêché d’aller lever la patte sur le magnifique plant de citronnelle.

– Vous croyez que les ouvriers vont brosser le trottoir? Demain?

– Ah! demain, je n’en sais rien, mais c’est leur travail, pas le nôtre!

Ils ont continué à deviser pendant que le chien explorait le couloir, le jardin et les jambes de l’Adrienne.

– Et ce trou, là? fait l’homme en désignant l’aération de la petite cave, vous allez le laisser ouvert?

– Les ouvriers ont cassé la pierre qui était posée dessus, dit l’Adrienne.

– S’il pleut, vous allez avoir de l’eau dans votre cave!

Hélas! ne parlez pas de ce genre de malheur à l’Adrienne! Mais elle ne lui a pas raconté ses mésaventures aquatiques.

Bref, de fil en aiguille il a proposé de venir dès le lendemain lui faire un peu de travail de maçonnerie pour fermer tout ça.

Donc depuis mardi soir, l’Adrienne n’a plus de trou d’aération à sa cave.

Et le plus beau de tout: vous savez qui c’est, ce charmant voisin?

Celui qui jusqu’à l’an dernier venait chaque quinzaine, le jour des immondices, déposer ses sacs de canettes de bière.

Oui, celui-là même!

Photo de Negative Space sur Pexels.com

J comme Jaguar

L’Adrienne pataugeait dans la boue devant chez elle, en route pour faire les courses, quand elle a vu un homme en détresse – oui, vous lisez bien, un homme en détresse – lui faire de grands signes pour attirer son attention.

– Je dois être à la rue du F***, crie-t-il, c’est par où?
– Alors là, à pied vous y seriez très vite, sauf qu’en ce moment, même à pied on ne passe pas… et en voiture, c’est compliqué, à cause des travaux.
– Oui, j’ai remarqué, fait-il.
– Vous avez un GPS? demande l’Adrienne, qui se rendra compte du ridicule de sa question quand elle verra la bagnole, cinq minutes plus tard.

Bref, il devait faire demi-tour, s’y retrouver dans le labyrinthe du nouveau quartier résidentiel, remonter jusqu’à l’entrée de la ville puis redescendre par la grand-rue et ne pas rater le bon embranchement, sur sa droite.

Pas évident pour quelqu’un qui ne connaît pas le patelin et qui va manquer son rendez-vous avec un mort. Il aurait déjà dû y être. Au funérarium.

– Vous savez quoi, dit l’Adrienne, en voyant qu’il restait planté là sans avoir l’air de bien enregistrer ses explications – données déjà au moins deux ou trois fois, moult gestes à l’appui – je vais monter dans votre voiture et vous accompagner jusque-là.

Ce n’est qu’après avoir ouvert la portière et posé un premier soulier – fort crotté – sur l’élégant tapis assorti aux coussins de cuir beige clair, que l’Adrienne a vu les sigles et constaté qu’elle embarquait dans la bagnole préférée de sa mère. Une Jaguar.

Une Jaguar XJ (1) – pour cinq à six minutes de confort et la voix de Madame GPS qui a fini par être d’accord avec les indications que donnait l’Adrienne.

Au dernier embranchement 😉

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(1) c’est de là aussi que vient l’illustration

Première impression

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Pour ceux que ça intéresse: les petits piquets métalliques et le bord fraîchement bétonné indiquent où sera la voie carrossable et quel espace sera réservé au trottoir et à la piste cyclable.
On commence à avoir une première impression de l’aspect final…

Les deux derniers hortensias, qui avaient survécu à toutes les avanies précédentes, ont été définitivement piétinés.

Mais la fin des travaux est en vue: il semble que la date finale – vers le 20 mai 2020 – sera respectée.

En attendant cet heureux jour, on patauge dans la boue.

Vous savez bien, celle qui est jugée trop dangereuse pour la sécurité du facteur 😉

Dernière mode

L’Adrienne devrait cesser de s’inquiéter pour la peinture qui s’écaille sur la façade, pour les taches noires d’humidité dans le bureau – malgré les injections par une firme spécialisée, photo 1 – , pour le papier peint qui se décolle dans les toilettes et le salon, pour tout ce qui est brisé, abîmé, cassé ou manquant: il paraît que c’est la dernière mode.

Car même l’instagrammable est donc sujet aux variations de la mode et l’ère du clean, du léché, du parfaitement lisse serait passée.

C’est en tout cas ce qu’affirme le magazine féminin que lit la mère de l’Adrienne, et il lui a même trouvé un nom, une référence et des origines au-dessus de tout soupçon: c’est le wabi-sabi.

L’adepte du wabi-sabi, affirme-t-on, aime la peinture écaillée, les taches de peintures, les petits trous dans le mur. Ce qui est vieux, usé, imparfait.

Tiens, se dit l’Adrienne en montant se coucher, le plancher à l’étage, il est drôlement wabi-sabi!

U comme uniforme

Si par extraordinaire vous trouviez un jour à votre porte deux olibrius en jaune fluo, un grand maigre coiffé à la Tryphon Tournesol et un petit gros qui vous surprend par sa ressemblance avec Oliver Hardy, n’y voyez rien de louche ou de bizarre et faites-leur confiance. Ce sont deux fantastiques techniciens de chez Proximus.

Chaque problème est unique et il faut chaque fois innover: le câble est trop en surface, à l’intérieur il est quasiment inaccessible et les ouvriers qui refont la rue prétendent ne pas savoir ce qu’ils en ont fait. Bref, il faut de l’idée.

Ils sont dans votre bureau et examinent la situation.

– Il n’y a pas longtemps que vous avez ce piano, dit Oliver Hardy. Je le vois aux petits plastiques qu’il y a encore autour des pédales.

Vous riez. Bien vu!

Puis il vous laisse un peu interloquée quand il vous raconte que lui aussi joue d’un instrument. Qu’il joue dans un groupe. Qu’il suit des cours pour un deuxième instrument. Et que Tryphon Tournesol est musicien, lui aussi.

Quand tout remarche et qu’ils partent de chez vous, vous leur dites que vous aviez l’intention de passer à Telenet, mais qu’ils vous ont réconciliée avec Proximus 🙂

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photo du professeur Auguste Piccard, qui a inspiré à Hergé le personnage de Tryphon Tournesol (source de la photo wikipedia)

écrit pour Les petits cahiers d’Emilie (merci Emilie!) avec les mots imposés suivants: extraordinaire – fantastique – bizarre – orignal – tournesol – olibrius – unique – visionnaire – surprendre – innover – idée – interloquer

(on pouvait en laisser tomber, ce que j’ai fait :-))

F comme fruit

Opnieuw briefkaart met kiwisticker bezorgd door Bpost: ‘Goedkoper dan priorzegel en meer vitamientjes’

Je ne sais pas s’il faut être Belge pour avoir de telles idées – ni s’il faut être en Belgique pour que ça marche – mais le fait est là: quelques plaisantins, à l’occasion de Noël et Nouvel An, ont envoyé des cartes de vœux ornées du petit auto-collant d’un kiwi au lieu du timbre poste. Comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus.

L’expéditeur de celle-ci est heureux d’annoncer que sa carte vitaminée est arrivée avant une autre, qui avait cependant été pourvue d’un timbre officiel au tarif « prioritaire » de 0,97 €.

A la Poste, bien sûr, on déplore cette mode fruitière, mais depuis que le facteur ne passe plus dans ma rue, j’applaudis à tout ce qui peut la faire grincer des dents 🙂

Je précise, pour ceux qui aimeraient tenter l’expérience, que ça ne semble pas marcher avec les auto-collants des poires et des bananes: ça ne fonctionne qu’au kiwi 😉

source de la photo et article ici.

E comme experte

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– Je viendrai chez toi lundi après-midi, dit l’Adrienne au téléphone (oui oui :-)) à tante Suzanne-qui-n’est-plus-sa-tante-depuis-treize-ans-mais-qui-a-eu-la-bonté-de-garder-le-contact. 

Le temps de trouver le guichet – la gare d’Ostende est toujours en travaux et le guichet se déplace – et voilà le tram en direction de Knokke qui part sans l’Adrienne.

Il ne fait pas chaud à ce carrefour des vents, le 30 décembre.

Un grand homme maigre s’approche:

– Est ce que les trams roulent, aujourd’hui?
– J’espère bien! dit l’Adrienne. En tout cas, il y en a un qui vient de partir.
– Ah bon, fait-il. J’ai lu qu’il y avait la grève à partir d’aujourd’hui.
– J’espère que la dame du guichet m’en aurait prévenue, au lieu de me vendre mes deux billets!

Un pour l’aller, un pour le retour. L’Adrienne commence déjà à s’inquiéter si celui du retour servira 😉

D’autres personnes arrivent dans le quart d’heure qui suit et chacun s’enquiert auprès d’elle – qui doit avoir l’air de faire partie des meubles – si le tram roule, de quelle voie il part, à quelle fréquence et quel est l’âge du capitaine.

Bref, le bon tram finit par arriver, il est déjà bondé, peu en descendent et beaucoup veulent y monter. C’est rapé pour admirer le paysage et l’Adrienne sait à peine à quelle halte elle doit descendre. Bredene-aan-zee, voilà, c’est ça.

Comme elle a le choix entre la route à gauche et celle à droite, elle se met évidemment à marcher dans le mauvais sens.
Elle ne s’en rend compte qu’au moment où elle arrive à un parking et un terrain de camping.

– Tiens, se dit-elle, Camping Astrid? Je n’ai jamais vu ça les autres fois où je suis allée chez tante Suzanne!

Non, parce que les autres fois, elle était en voiture et avait ses quelques repères visuels… Demi-tour, donc.
Et l’arrivée chez la tante trois quarts d’heure plus tard qu’elle n’avait espéré.

– Tu sais, lui dit tante Suzanne, il suffisait de prendre le bus, le 4 ou le 9, ils s’arrêtent juste en bas de l’appartement.

F comme filer une torgnole

– Ça doit être la carte graphique, dit le mari de Tania – un connaisseur – arrivant ainsi à la même conclusion que Walrus – un connaisseur aussi, l’Adrienne est entourée de pro 🙂

– Est-ce que tu lui as donné un coup?

– Un coup? fait l’Adrienne en ouvrant de grands yeux.

Elle sait très bien faire la tête d’ahurie.

– Oui, un bon petit coup, c’est peut-être juste un mauvais contact.

Alors, de retour chez elle, l’Adrienne – qui de sa vie n’a jamais tapé rien ni personne, pas même le carton – a donné quelques petits coups dans le dos de son ordi, sans trop savoir sur quelle zone insister ni quelle poigne y mettre…

Peut-être fallait-il frapper plus fort? Les diagonales flashy et les lettres volantes étaient toujours là…

Mais c’était un prétexte suffisant pour (vous faire) réécouter un Renaud de derrière les fagots 😉

Bonne journée à tous!