H comme hello!

Voor elk kind een Fluohesje

– Hello! Hello! crient les petits enfants massés à l’entrée de la bibliothèque, avant de retourner en classe chargés de livres et tous avec leur veste fluo largement et ostensiblement sponsorisée.

Puis quelques-uns ajoutent:

– Bonjour! Bonjour!

Avec le R qui roule comme les galets d’un torrent.

– Hello! Bonjour! répond l’Adrienne en les saluant de la main.

Voilà, se dit-elle, ils n’ont que sept ans mais ont déjà bien intégré qu’il y a des francophones dans leur ville.

Ce qui lui a rappelé une conversation à Alden-Biesen, le mois dernier.

Comme toujours, il faut répondre aux questions d’usage, dont une, apparemment très importante, concerne « d’où on est« .

Et l’Adrienne sait à l’avance quels clichés il lui faudra entendre dès qu’elle aura dit le nom de sa ville.

– Il y a beaucoup de francophones, là, non? Combien il y en a?
– Je ne sais pas, impossible de le savoir puisque les recensements linguistiques sont interdits par la loi. Depuis 1961.

A-t-elle répondu au monsieur – peut-être un peu sèchement malgré son sourire – pour couper court à l’inévitable suite:

– Et beaucoup de migrants, non?

Parce que là vous allez réussir à vraiment la fâcher.

Madame s’est toujours sentie très proche de ses élèves d’origines diverses, comme eux elle se trouve toujours entre deux chaises, deux cultures, et obligée à choisir son camp.

***

illustration empruntée à une école primaire de Gistel

F comme fa

Hier l’Adrienne réfléchissait à un billet F comme Fa, dans lequel elle vous expliquerait son petit souci de casting à la chorale: non, elle n’est pas vraiment une soprano mais le chef pense que si 🙂

Alors elle qui n’arrive qu’à peine à chanter le fa dans « judicandus » devrait arriver jusqu’au la dans « homo reus« . Mission impossible, donc.

Blijven oefenen, a rigolé un ténor quand elle a dit qu’elle n’atteindrait jamais ce sol et ce la. Blijven oefenen, continuer à s’entraîner, a-t-il répété, hilare, comme si l’exercice allait y changer quelque chose, mais bon, elle a ri aussi.

Et puis dans sa boîte aux lettres elle a trouvé un courrier de la police.

Pour lui signifier que son figuier (appelé « struik« , « buisson », alors qu’il est déjà plus haut que son toit ;-)) a des branches qui envahissent le trottoir: « het voetpad is bijna volledig overwoekerd« .

Dangereux, ça!
Et une invasion du domaine public, « inname van het openbaar domein » en plus!

Bref, le billet du jour serait plutôt F comme figuier.

Ou tout autre mot en F qui vous viendrait à l’esprit après la lecture de ce billet 😉

D comme (dé)courage(ment)

– Quelqu’un a une suggestion pour notre prochain sujet de conversation? avait demandé l’Adrienne le vendredi précédent, et Naila avait proposé « la culture ».
– La culture, ici, précise-t-elle.

Vous qui connaissez l’Adrienne, vous devinez la suite: elle s’est rendue à l’hôtel de ville, au centre culturel et à l’office du tourisme, pour être sûre d’avoir toute l’info et toutes les brochures, un gros paquet qu’elle a apporté pour la conversation du vendredi suivant.

Comme mise en bouche, elle demande aux dames autour de la table de leur dire ce que c’est pour elles, la culture, quelles formes d’expressions culturelles les intéressent.
Latifa se lance:

– La culture, pour moi, c’est que je suis Marocaine, et musulmane et (etc.).
– Ah! vous voulez parler d’identité, fait l’Adrienne.

Qu’avait-elle donc cru! On allait encore tourner en rond à éplucher les couches de l’oignon… pour finalement rester sur « votre » culture et « notre » culture au sens le plus étriqué du terme.

– Il y a des aspects de ma culture, dit Zohra, auxquels je tiens particulièrement. Comme le henné pour les mariages.
– Pour mon mariage, dit Naila, je ne voulais pas de henné, mais ma mère m’y a obligée. Pas question d’y échapper!
– Pareil pour moi, dit Asma, ma mère disait que ça me porterait malheur.

Bref, celle qui apprend le plus à ce genre de réunion, c’est l’Adrienne: le palanquin, les chevaux, le voile, les trois jours de fête, le sacrifice d’une vache et de trois moutons…

– Tout de même, conclut Sarah, dans nos traditions il n’y a pas que du bon: ma mère a été mariée à quatorze ans.

Petit silence autour de la table.

Puis, quand tout le monde est parti, Naila dit à l’Adrienne:

– Moi j’aurais bien aimé qu’on parle de la culture d’ici. C’est ici qu’on vit, maintenant.

Adrienne est en retard

Quatre anniversaires n’avaient pas pu être fêtés pour diverses raisons – lockdown et fermeture des restaurants, problèmes familiaux et autres – deux anniversaires de l’Adrienne et deux de l’amie de toujours.

– Cette fois, on ne le remet plus, déclare l’amie. On y va mercredi.

Alors elles y sont allées.

Elles ont parlé un peu d’autrefois, de ce temps béni d’avant leurs huit ans, et beaucoup du temps actuel.

Les mamans ont le même âge et si celle de l’Adrienne est toujours pétante de santé, celle de l’amie décline terriblement.

L’amie, ses deux sœurs et son frère se relaient à son chevet, dorment chez elle à tour de rôle. Lui font la cuisine. S’occupent de tout, absolument tout.

C’est dur quand une maman redevient un petit enfant mais ne se laisse pas traiter en petit enfant.

– Sa maladie lui change le caractère, dit sobrement l’amie.

Bref, un anniversaire a été fêté, peu importe lequel, et il en reste trois autres avant que ceux de 2022 ne s’annoncent, إِنْ شَاءَ ٱللَّٰهُ 😉

Première fois

Pour la première fois, hier matin, l’Adrienne a osé envoyer à sa voisine un message qui ressemble à une réclamation.

Pour lui signaler poliment que pendant la nuit, alors que leurs maîtres étaient de sortie, les chiens ont hurlé à la mort.
Jusqu’à trois heures du matin.

Devinez ce que la brave dame a répondu?

Qu’elle était désolée mais qu’elle n’y pouvait rien et que s’il y a du bruit chez elle, c’est parce qu’elle ne vit pas en ermite.

En ermite.
Kluizenaar, c’est le mot qu’elle a employé.

Et c’est sans doute pour le prouver que l’après-midi, pendant plus de deux heures, elle a mis le téléphone sur « pleine puissance et mains libres » pour qu’à côté, l’Adrienne puisse bien suivre la conversation sans avoir à en deviner la moitié 🙂

***

Ce même jeudi c’était aussi la première fois que les parents du petit Léon ont eu un entretien avec ses professeurs et l’Adrienne est impatiente d’en avoir le compte-rendu!

N’est-ce pas que sa vie est trépidante 😉

R comme relativité

Autant l’avouer tout de suite: l’Adrienne n’est pas faite pour les voyages en groupe.
Et elle le sait.

Oui mais voilà, pour certaines choses, comme cette série de concerts avec logement sur place, à Alden-Biesen, il n’y avait pas d’autre choix: c’est en groupe ou pas du tout.

Vous dire tout ce que l’Adrienne n’aime pas, ce serait long et fastidieux, tenons-nous-en à deux ou trois choses: elle déteste les attentes inhérentes à tout fonctionnement d’activités de groupe et cette cohabitation forcée où il faut sans cesse répondre aux mêmes questions: vous êtes mariée? vous avez des enfants?

Pourtant, dès le deuxième jour elle trouve Mony bien sympathique et se dit qu’elles pourraient devenir amies, si elles n’habitaient pas si loin l’une de l’autre.
Elle trouve Margriet bien touchante, avec son veuvage récent, douloureux, encore plein de rancœurs.
Et Magda l’a bien fait rire, qui trouve encourageant qu’un monsieur de 89 ans soit présent, « ça me fait encore 14 ans pour voyager », conclut-elle pleine d’espoir.

– Devinez quel âge j’ai, dit une dame très coquette, veuve d’un médecin.
– Je ne joue pas à ce jeu-là! a dit l’Adrienne.

Bref, cette dame avait l’âge de sa mère et la même fierté qu’elle, parce que chacun lui croit dix ans de moins 😉

***

photo prise à l’arrière du château d’Alden-Biesen le week-end dernier

O comme œuvre au noir

Chaque fois que l’Adrienne entre à la banque, elle se demande qui a eu l’idée de cette décoration de murs beiges et de tableaux anthracite, quel en est le but ou le message et ce qu’en pensent les employés qui ont ça sous les yeux quotidiennement.

Elle n’a encore jamais osé le leur demander, de peur de leur faire prendre douloureusement conscience de la « tristitude » de leur environnement.

Bref, elle n’aime pas 😉

L comme LOL

– C’est quoi, ça? demande petit Léon.
– Ah!ça! ce sont les voisins.

Comme vous le savez, les nouveaux voisins sont très inventifs en nuisances sonores, ils aiment faire des trous dans les murs, collectionner les chiens qui aboient – pour pouvoir gueuler dessus, probablement – et mettre leur radio ou télé sur le volume réservé aux sourds et aux malentendants, ou à ceux qui veulent le devenir.

Justement ce jour-là, l’Adrienne avait reçu d’eux l’annonce que leur fête de mariage aurait lieu chez eux le 22 octobre.

Et, précisaient-ils, il se pourrait que ce jour-là il y ait un peu de bruit.

D comme dernières paroles

Pour célébrer l’anniversaire de la libération de la ville, le 3 septembre 1944, des véhicules d’époque arrivaient sur la grand-place samedi après-midi, juste au moment où l’Adrienne et petit Léon la traversaient.

Alors vous la connaissez, elle a voulu donner un mini-cours d’histoire – 3 septembre 44, libération, soldats anglais… – mais petit Léon avait d’autres choses en tête.

Pour la cinquième fois au moins depuis qu’ils avaient quitté la maison, il dit:

– Je peux vous poser une question?

Car on peut être poli et très curieux à la fois 😉

Bien sûr, l’Adrienne répond toujours oui.

– Qu’est-ce qu’il a dit, avant de mourir, votre papa?
– Ben… tu sais, il était très malade, il n’a plus dit grand-chose…
– Oui mais il a dit quoi, avant de mourir?
– Rien, en fait… à quelles sortes de choses tu t’attendais?
– Et bien par exemple « je t’aime très fort » ou « tu vas beaucoup me manquer ».

Comme il était un peu difficile de lui expliquer que ce n’était pas vraiment le genre de la maison, elle lui a simplement dit:

– Tu sais, si tu as un papa qui te dit des choses comme ça, fais-lui un gros bisou dès que tu es rentré chez toi!

***

photo prise hier dans ma ville, avec un close-up sur l’insigne de la brigade Piron, en hommage à l’oncle André.

B comme bonbons

Quand on a sonné à sa porte, l’Adrienne a été surprise d’y voir son voisin, vêtu d’une chemisette – rappelez-vous qu’il vit torse nu, même quand il va dans le centre s’acheter une bricole – mais c’était pour pouvoir y épingler un badge mentionnant le mot « seingever« .

Sur lequel il tenait l’index, pour bien en montrer toute l’importance.

Dans l’autre main, il avait un gros sac.

– Je viens vous demander votre solidarité pour notre groupe de signaleurs, a-t-il déclamé, et de son gros sac il a extirpé un sachet de bonbons.

– Oh…! a fait l’Adrienne.

Et avant qu’elle ait pu lui rétorquer qu’elle n’en mangeait jamais, il a dit:

– Pour votre petit-fils.

Ce qui était évidemment fort flatteur, vu les beaux yeux du petit Léon 😉 qui a malheureusement déjà plus de grands-mères qu’il n’en faut.

Bref, l’Adrienne a été délestée de cinq euros pour des bonbons que personne ne mangera.

La veille, petit Léon, en parlant de ses affaires de classe qu’il prêtait à la demande et qu’on lui rendait cassées ou abîmées, lui avait précisément posé cette question:

– Moi je ne sais pas dire non. Comment on fait pour dire non?