Stupeur et tremblements

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Mercredi au réveil, l’Adrienne trouve un message inquiet venu du Chili.

Là-bas, Ethel a vu d’une façon ou d’une autre les ravages causés par les inondations dans une grande partie de la Belgique.

Ethel, l’Adrienne ne l’a vue que deux fois, il y a trois ans.
Mais elle n’a pas oublié.
Oui, c’est beau.

C’est beau aussi de voir cette immense vague de solidarité à travers tout le pays.
Ces gens qui s’organisent pour aller porter des vêtements, des vivres, aller aider à nettoyer, offrir un toit aux sinistrés, une étable ou une prairie pour les animaux, verser des sous à la Croix-Rouge.

L’Adrienne est heureuse de voir que tous les jours la liste des initiatives s’allonge et que tout le pays y participe.

Chacun s’accorde à dire que ça fait du bien d’apporter sa petite pierre à l’édifice.
Qu’on le ressent comme une nécessité.

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De politieke context van ons land maakt ook de golf van solidariteit met voornamelijk Waalse regio’s op dit moment zo opmerkelijk. Verbazend veel Vlamingen sprongen de voorbije dagen in de bres voor hun Waalse landgenoten. ‘Het is niet omdat rechts-nationalistische partijen aan de macht zijn, dat Vlamingen over het algemeen separatistisch zijn. Bevragingen tonen elke keer weer aan dat maar een heel kleine minderheid daarvan wakker ligt. Dat idee dat Vlamingen anti-Waals zijn, is een politieke constructie. Dat blijkt nu weer heel duidelijk.’

source De Standaard, jeudi 22 juillet 2021.

Le contexte politique de notre pays rend la vague de solidarité avec des régions principalement wallonnes tout à fait remarquable. Un nombre étonnamment élevé de Flamands ont sauté à la rescousse de leurs compatriotes wallons. « Ce n’est pas parce que des partis de la droite nationaliste sont au pouvoir que les Flamands sont séparatistes. Les sondages montrent chaque fois que ça ne préoccupe qu’une faible minorité d’entre eux. L’idée que les Flamands sont anti-wallons est une construction politique. C’est ce qui apparaît ici une fois de plus. » (dit Paul Verhaeghe, professeur de psycho-analyse à l’université de Gand, traduction de l’Adrienne)

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En illustration, la même vache qui avait orné le billet pour Ethel.

Y comme y a de l’orage dans l’air

C’était le samedi 19 juin.

Grosse ambiance chez les voisins: quatre voix, la radio, les deux chiens et les glapissements d’un troisième.

Sapristi, se dit l’Adrienne « ik voel de bui al hangen« .
On dirait un chihuahua et j’ai la très forte impression qu’après le départ de ce couple d’amis, la bête glapissante va rester.

Ainsi soit-il.
Amen.

L’Adrienne n’a même pas besoin de boule de cristal: avec ses voisins, le pire est toujours à venir 🙂

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l‘image illustre l’expression néerlandaise, ik voel de bui al hangen, « je sens déjà l’averse », expression utilisée quand on pressent ou devine un danger, un problème.

T comme tatoué

Je me demande, se disait l’Adrienne l’autre jour, si je reconnaîtrais mon voisin, au cas où je le rencontrerais en ville…

En effet, elle connaît surtout le son de sa voix.
Et elle ne l’a jamais vu que torse nu, les bras et le dos couverts de tatouages divers.
En short. Les mollets tatoués.

Elle se demandait donc dans quelle tenue il était allé à son mariage… et si elle l’aurait reconnu, « habillé » 🙂

L comme lundi

85ème tentative de soumettre le 85ème devoir de Lakevio du Goût

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– Pourquoi, demande petit Léon, tout n’est pas gratuit? Ce serait quand même beaucoup mieux!

Madame et lui étaient supposés réviser les sciences, jeudi soir, mais une chose le tracassait: le coût de la vie en général et le coût d’un week-end à la mer en particulier. En caravane louée.

– La dame elle demande 100 € rien que pour l’eau et l’électricité, vous vous rendez compte! C’est vraiment pour les gens riches! Alors ma maman a dit ‘ça va pas être possible’ mais je vois bien que ça la rend triste.

Dans son livre de sciences il y avait quelques pages consacrées à l’apparition de la vie sur la terre, donc Madame lui a fait remarquer à quel point l’homme était récent, finalement, et qu’en effet, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire, on devait encore inventer l’argent.

Il soupire un peu à la façon du renard-rien-n’est-parfait et conclut que c’était peut-être mieux de vivre sans avoir besoin d’argent mais qu’il préfère quand même vivre aujourd’hui.

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« Cette photo illustre le souci qui m’occupe ces temps-ci », écrit Monsieur le Goût, qui a des problèmes de PC et nous a donc donné un devoir un peu différent 😉 Mais ça tombe bien: justement les parents de petit Léon veulent faire de lui un informaticien 🙂

H comme hyménée

ça t’embêterait si je partais une semaine en vacances à la fin du mois?

Moi toute seule, précise-t-elle.

Il émet un grommellement.

– Je te laisserais de quoi manger au frigo.

Là, par bonheur, les chiens se sont mis à aboyer et il a pu se défouler en leur criant de se taire.

Deux jours, s’est dit l’Adrienne en éclatant de rire!

Deux jours exactement qu’ils ont gravé leurs noms au bas d’un parchemin, devant l’échevin de l’état-civil et leurs témoins 🙂

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Toute la soirée l’Adrienne a remercié mentalement ses voisins de lui procurer tant de raisons de rigoler.

Les entendre vivre, c’est du sketch de six heures du matin à dix heures du soir 🙂

T comme trésor

82ème devoir de Lakevio du Goût

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Garée devant la fenêtre de l’Adrienne, il y avait une camionnette portant la marque d’une firme d’alarmes de sécurité.

Quelques heures plus tard, elle y était toujours: ce n’était donc pas quelqu’un venu déposer son enfant à la petite école d’en face.

– Mais qui, se demandait-elle, qui dans cette rue aux très modestes maisons ouvrières, collées les unes aux autres, où on entend quasiment respirer le voisin, où tout le monde a toujours vu tout le monde, qui pourrait ressentir le besoin d’une alarme? Qui a chez lui des trésors susceptibles d’intéresser le cambrioleur?

Elle a eu la réponse dans les minutes qui ont suivi: de l’autre côté du mur a résonné un piwiwi piwiwi piwiwi (etc ad libitum).

Les voisins, évidemment!

– Les aboiements de leurs deux chiens ne leur suffisent donc pas! a maugréé l’Adrienne.
– Et bien tu vois, a fait la Gioconda dans son cadre, moi ça me fait bien rigoler.

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Mais pourquoi diable, sourit-elle ? Je crois que je le sais. Je n’y ai pensé que récemment mais ça me tracassait depuis si longtemps. Et vous, d’après vous ?
Pourquoi Lisa Gherardini a-t-elle cette amorce de sourire, retenu, si mystérieux que la question de la raison de ce sourire naissant traverse les siècles depuis la Renaissance ?

N comme nom de fleur

Elle porte un nom de fleur et a été envoyée chez Madame par ce discret bouche-à-oreille des quelques-uns qui savent qu’elle a le syndrome de Topaze 😉

Dans un mois à peu près Fleur aura son dernier examen de FLE et ce serait bien qu’elle le réussisse, vu qu’elle ambitionne d’entamer des études universitaires à la rentrée prochaine.
De celles où il n’y a pas l’ombre d’une heure de français au programme, ça va sans dire 😉

– Tu as parfaitement le droit de ne pas aimer le français, lui dit Madame, à qui elle vient de confier qu’elle traîne ce boulet depuis des années, mais plus lourdement encore ces deux dernières, avec plus de ‘distanciel’ que de ‘présentiel’ et des profs malades qui n’ont souvent pas été remplacés.

« Weyts wil honderden extra leerkrachten aanwerven« , le ministre flamand de l’éducation veut engager des centaines de profs supplémentaires, titrait le journal mardi dernier.

Et ça a bien fait rire Madame (mieux vaut rire que pleurer, la grimace est plus belle, disait son père) vu que depuis des années on ne réussit même plus à trouver des remplaçants pour certaines matières et qu’il y a de moins en moins de jeunes qui s’inscrivent dans les formations de prof.

Mais apparemment le journaliste n’est pas au courant de ce problème et ne lui a pas demandé de quel chapeau de prestidigitateur il sortira ses 2540 nouveaux profs.

Au parc, tout va bien, une maman cane ‘promène’ ses dix canetons, comme on peut le voir sur la photo en haut du billet, prise le premier mai.

D comme dix?

La règle de l'accord du participe a volontairement été créée pour être incompréhensible.
source ici

De temps en temps, elle sonne à la porte de Madame pour parler du petit Léon.

– Dans son école de l’an prochain, dit-elle, il y aura une classe spéciale pour les dix.
– Ah! pour les dix… fait Madame, en espérant que le contexte va éclairer sa lanterne.

Ce n’est qu’après leur conversation qu’elle comprend qu’il fallait décrypter « dys- » au lieu de « dix ».

Qui a osé dire que l’orthographe, c’est juste un moyen pour l’élite de se lover dans son élitisme?

B comme bredouille

Samedi dernier, l’Adrienne a encore fait fort.

Dès le réveil.

On était déjà au mois de mai, et pourtant la première chose qu’elle s’est demandée, en se réveillant, ce matin-là, c’est la question de savoir si Pâques était déjà passé ou pas.

Il lui a bien fallu trente secondes pour se rendre compte que oui. Du coup elle s’inquiète pour sa santé mentale.

Comme il y avait un entretien entre Amélie Nothomb et sa traductrice, et qu’en plus elle aime les cryptogrammes de l’édition du week-end, elle est sortie acheter le journal.
Et a été fort étonnée de ne trouver que des libraires et marchands de journaux fermés.
Hé oui, le premier mai, c’est la Fête du Travail, donc on ne travaille pas.

Puis comme son unique brin n’était pas encore éclos dans son jardinet, elle a eu comme une envie de muguet.
Elle a fait le tour des fleuristes: soit ils étaient fermés (voir plus haut) soit ils avaient une affichette à la porte ‘meiklokjes uitverkocht‘: tout leur muguet était déjà vendu.

Bref, une journée bien remplie de vide 🙂

X c’est l’inconnu

Photo de Expect Best sur Pexels.com

Avez-vous déjà pensé à émigrer? demande le journaliste à l’auteur Stefan Hertmans.

Ce à quoi il répond: « Zeer geregeld. Wat rest er van onze vriendelijkheid en onze social skills? In Nederland en Frankrijk maakt men grapjes in de wachtrij bij de bakker. In Vlaanderen staart ieder voor zich uit. » Très souvent. Que reste-t-il de notre amabilité et de nos compétences sociales? Aux Pays-Bas et en France, on raconte des blagues en faisant la queue chez le boulanger. En Flandre, chacun regarde devant soi.

C’est même pas vrai! s’insurge l’Adrienne.

Qui jouit de la conversation amicale chaque fois qu’elle fait la queue quelque part dans sa petite ville.

Ou qui est la première à lancer une blague, comme l’autre jour chez le libraire-marchand de journaux.

Il faut dire qu’il y avait un début d’énervement dans la longue queue quand elle est arrivée: une vieille dame était venue échanger un bon-cadeau contre un livre dont elle ne connaissait ni le titre ni le nom de l’auteur 😉

– J’aurais peut-être le temps de faire un aller-retour jusque chez moi pour tondre ma pelouse, a réagi l’homme devant l’Adrienne après qu’elle avait lancé la première vanne.

Bref, ça a bien rigolé.

***

Non mais hé ho, Stefan!
Viens donc migrer dans ma Flandre à moi, ici c’est déjà un peu le Suuuud 🙂