D comme dix?

La règle de l'accord du participe a volontairement été créée pour être incompréhensible.
source ici

De temps en temps, elle sonne à la porte de Madame pour parler du petit Léon.

– Dans son école de l’an prochain, dit-elle, il y aura une classe spéciale pour les dix.
– Ah! pour les dix… fait Madame, en espérant que le contexte va éclairer sa lanterne.

Ce n’est qu’après leur conversation qu’elle comprend qu’il fallait décrypter « dys- » au lieu de « dix ».

Qui a osé dire que l’orthographe, c’est juste un moyen pour l’élite de se lover dans son élitisme?

B comme bredouille

Samedi dernier, l’Adrienne a encore fait fort.

Dès le réveil.

On était déjà au mois de mai, et pourtant la première chose qu’elle s’est demandée, en se réveillant, ce matin-là, c’est la question de savoir si Pâques était déjà passé ou pas.

Il lui a bien fallu trente secondes pour se rendre compte que oui. Du coup elle s’inquiète pour sa santé mentale.

Comme il y avait un entretien entre Amélie Nothomb et sa traductrice, et qu’en plus elle aime les cryptogrammes de l’édition du week-end, elle est sortie acheter le journal.
Et a été fort étonnée de ne trouver que des libraires et marchands de journaux fermés.
Hé oui, le premier mai, c’est la Fête du Travail, donc on ne travaille pas.

Puis comme son unique brin n’était pas encore éclos dans son jardinet, elle a eu comme une envie de muguet.
Elle a fait le tour des fleuristes: soit ils étaient fermés (voir plus haut) soit ils avaient une affichette à la porte ‘meiklokjes uitverkocht‘: tout leur muguet était déjà vendu.

Bref, une journée bien remplie de vide 🙂

X c’est l’inconnu

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Avez-vous déjà pensé à émigrer? demande le journaliste à l’auteur Stefan Hertmans.

Ce à quoi il répond: « Zeer geregeld. Wat rest er van onze vriendelijkheid en onze social skills? In Nederland en Frankrijk maakt men grapjes in de wachtrij bij de bakker. In Vlaanderen staart ieder voor zich uit. » Très souvent. Que reste-t-il de notre amabilité et de nos compétences sociales? Aux Pays-Bas et en France, on raconte des blagues en faisant la queue chez le boulanger. En Flandre, chacun regarde devant soi.

C’est même pas vrai! s’insurge l’Adrienne.

Qui jouit de la conversation amicale chaque fois qu’elle fait la queue quelque part dans sa petite ville.

Ou qui est la première à lancer une blague, comme l’autre jour chez le libraire-marchand de journaux.

Il faut dire qu’il y avait un début d’énervement dans la longue queue quand elle est arrivée: une vieille dame était venue échanger un bon-cadeau contre un livre dont elle ne connaissait ni le titre ni le nom de l’auteur 😉

– J’aurais peut-être le temps de faire un aller-retour jusque chez moi pour tondre ma pelouse, a réagi l’homme devant l’Adrienne après qu’elle avait lancé la première vanne.

Bref, ça a bien rigolé.

***

Non mais hé ho, Stefan!
Viens donc migrer dans ma Flandre à moi, ici c’est déjà un peu le Suuuud 🙂

U comme unique

Quand il était venu se faire expliquer la proposition relative, Madame avait offert à petit Léon des œufs de Pâques en chocolat.

Après son départ, elle a constaté qu’il n’en avait mangé aucun, alors qu’il s’était montré heureux d’en recevoir.

– Cet enfant est vraiment timide, se dit-elle. J’aurais dû insister.

Quand il est revenu deux jours plus tard avec son épais cahier d’exercices de préparation au CEB, Madame a remis les œufs en chocolat sur la table:

– Tu n’aimes pas? lui demande-t-elle.
– Oh! si!
– Alors pourquoi tu n’en prends pas?
– Je n’ai pas le droit.

Moment de stupéfaction chez Madame, qu’il a dû remarquer malgré le masque.

– Je n’ai pas le droit maintenant, a-t-il précisé.

Le règlement de la maison interdit les friandises en dehors des heures de repas.

N’est-il pas unique, cet enfant, de respecter le règlement en toutes circonstances?

T comme Thimoty

Người thợ lau kính tại Bỉ tri ân bằng cách vẽ tên cố NS Chí Tài
source de la photo ici

Un article récent avait attiré l’attention de l’Adrienne: son titre disait qu’apprendre de nouvelles choses rendait heureux. Mais l’info la plus importante, pour elle, c’est qu’il faut laisser tomber l’idée de vouloir être bon, très bon, et même le meilleur.

Non, disait l’expert, il faut apprendre juste pour le plaisir d’apprendre, sans s’inquiéter du résultat.

Or comme chacun sait, avec la pandémie il fallait se trouver de nouveaux hobbys pour occuper un surplus de « temps libre ».

Et c’est ce qu’a fait ce laveur de vitres (Flandre Orientale): vu que probablement il avait moins de demandes, il pouvait s’amuser à dessiner des motifs, des logos, des personnages dans la mousse savonneuse sur les fenêtres.
Puis le mettre sur Tik Tok.
Encore plus générateur de buzz que youtube.
Et très vite être repris dans ces fameux algorithmes, garantie de succès.
Puisque d’autres inoccupés passent leur temps sur ce genre de plate-forme.

Il a aujourd’hui des milliers d’abonnés, des « like » par millions, et vous « dessine » ce que vous lui demandez.

Bref, oubliez ce que disait l’article: devenir bon, très bon, le meilleur dans ce que vous entreprenez, c’est tout de même important 😉

R comme Robert

Je me suis acheté un vélo! lance Robert au moment où il croise l’Adrienne dans la rue.

Robert, c’est celui qui connaît tout le monde par son prénom dans le quartier et aime faire une petite parlote.

Robert, c’est une sorte de miraculé qui a eu les plus graves maladies, comme un arrêt cardiaque ou un cancer de la gorge, pour n’en citer que deux, mais qui est toujours là.
La peau sur les os et la cigarette au bec.
Toujours entre deux rendez-vous avec le médecin ou séjours à la clinique.

A quoi ce nouveau vélo va bien pouvoir lui servir, se demande l’Adrienne, avec le peu de poumon qui lui reste? Lui dont le cœur s’arrête de battre dès qu’il marche plus de deux cents mètres? Lui qui fait une hémorragie à la moindre égratignure? Lui un habitué de l’ambulance et des urgences?

– Mille euros! dit-il. Et puis j’ai aussi acheté un casque!

Lui qui n’a plus fait de vélo depuis sa prime jeunesse.

– Je me suis déjà un peu entraîné, dans la rue, ajoute-t-il.

Alors que voulez-vous qu’elle dise?
A part le féliciter pour ce bel achat qui le rend heureux comme un enfant quand il découvre les jouets apportés dans la nuit du 6 décembre par le grand saint Nicolas, tralala.

R comme résultat

C’est une histoire qui ressemble à celle du canard de Robert Lamoureux.

Vous savez donc déjà comment elle se termine, désolée de vous ôter la joie du suspense 😉

Un jeudi matin, l’Adrienne se rend à son supermarché préféré, alléchée par une pub pour son café L*v*zz*, pensez donc, 1 + 1 gratis.

Oui, ce genre d’arnaque marche.

Hélas, dans le rayon elle ne trouve pas celui qu’elle aime, celui qui fait 8/10 sur l’échelle du goût, selon son emballage.
Elle s’enquiert auprès d’une employée, peut-être est-il encore dans la réserve?

– Ah non, il n’y en a pas, revenez lundi.

En effet, le samedi matin, il n’y était toujours pas.
Mais pas davantage le lundi.
Nouvelle enquête auprès du personnel:

– Ah non, on n’en recevra plus, il faudra demander à l’accueil.

Vous connaissez ce genre d’endroit qui s’appelle ‘accueil’ dans un supermarché?
Soit il est vide. Il faut sonner, une voix d’aéroport retentit toutes les cinq secondes dans le magasin pour appeler un membre du personnel et quelqu’un vient « dès que possible ».
Soit il y a une queue de gens espérant gagner des millions à la loterie, par grattage ou par tirage.
Ce jour-là, c’était la queue.

– Combien vous en voulez? demande la jeune femme à l’Adrienne tout étonnée de devoir dire à l’avance combien de paquets de café elle achèterait le jour où il y en aurait.
– Ben… un, a-t-elle répondu, de peur de sembler immodeste.

Bref, l’autre jour il y avait du L*av*zz* 8/10 dans le rayon, l’Adrienne en prend deux paquets – souvenez-vous, 1 + 1 gratis – et va au self-scan, vu que les deux caisses à l’ancienne, avec caissière, avaient du monde jusque dans les rayons.

Et là, PAF! elle tombe sur une employée qui n’a inventé ni l’eau chaude ni l’eau tiède, qui secoue la tête sans comprendre et qui l’envoie régler son histoire de café… à l’accueil.

Résultat: les deux paquets de L*v*zz* 8/10 se sont retrouvés dans les bras de la dame et l’Adrienne est sortie sans.

Très très énervée, sans dose de caféine 😉

A comme annonce

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Samedi vers midi et demi, on sonne à la porte.
C’est la voisine.

– Vous pourriez me prêter votre mixeur? Ma sœur est là et je lui ai fait de la soupe et maintenant je ne peux même pas la lui mixer!

Pas grave, a envie de dire l’Adrienne. La soupe mixée est encore moins bonne que la non mixée 😉
Mais elle s’est tue, évidemment, et est allée chercher son mixeur, qu’elle a eu en cadeau de mariage et qui a surtout servi à faire de la mayonnaise 😉

– Il se peut, dit la voisine, que vous entendiez parfois de la musique un peu forte…

Derrière le masque qu’elle a mis à la hâte, l’Adrienne se mord la langue.
La voisine a-t-elle oublié qu’on entend tout, les conversations, les jurons, les cris, tout?
On le lui a bien dit, pourtant?

– Mais voilà, poursuit-elle, on va se marier le 4 juin…
– Ah! Félicitations!
– Merci, vous serez invitée, bien sûr. Mais voilà, mon mari chante et on est en train de choisir la musique…

Il chante? cet homme qu’on entend tousser horriblement nuit et jour et qui a une voix de papier émeri?
Et que jamais jamais jamais on n’a entendu chanter, en quatre mois?

Bref.

De wonderen zijn de wereld nog niet uit.

Qui vivra jusqu’au 4 juin verra (et entendra)

U comme ukase

– Voilà, lui dit-elle, ma lettre de démission.

Et elle sortit fièrement du bureau.

Dommage pour la classe de 4e Latine, de véritables élèves friandises, pourtant logés dans un cagibi sans fenêtres où deux lampes donnaient une clarté funèbre sur les boiseries sombres, et où chacun avait le nez collé au dos de l’autre, ou au tableau, par manque d’espace.

Oui, dommage pour eux. Elle les aimait.

Mais elle ne regretterait aucun des collègues et toute la gamme de leurs hypocrisies, sur au moins trois ou quatre octaves: du premier au dernier, tous des quiches et des chiffes molles dont la principale habileté consistait à ramper devant le directeur, à gober aveuglément chaque ukase, chaque exigence, chaque notice sortie de son esprit pervers et manipulateur.

Car c’était un pervers, même s’il était oint des saintes huiles de la prêtrise.

Ah! quel bonheur de l’avoir bravé et d’avoir quitté ce zoo (in)humain!

U heeft heel wat noten op uw zang, juffrouw! lui avait-il dit en guise d’adieu.

Et elle avait souri pour répondre un simple « Ja« .

Ah! quel bonheur de marcher dans la lumière mordorée du soir qui tombe et de se dire: Plus jamais!

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: habileté – démission – lampe – notice – quiche – dommage – nez – durable – mordoré – gober – octave – huile – zoo.

L’expression « veel noten op zijn zang hebben » veut dire ‘exiger beaucoup’ mais ici il l’employait probablement avec le sens ‘avoir la grosse tête’.

Merci à Annick SB d’avoir permis grâce à ses mots de raconter une des pires expériences de ma (merveilleuse) vie de prof 🙂

Le défi du 20

Il y avait ces picotements.

Dans les mains, les doigts surtout.
Toute la peau des dix doigts.

Voilà, se dit l’Adrienne, j’ai attrapé une allergie!
Mais à quoi?

Comme elle avait justement mangé quelques mandarines, alors qu’elle n’en avait plus mangé depuis des mois, depuis l’hiver dernier, en fait, elle s’est dit que ça devait être ça.

Surtout qu’elle les avait achetées bio et en mangeait même la peau. C’est excellent, mixé et ajouté aux céréales du matin.

Bref, elle a décidé que ce ne pouvait être que ça: la malédiction des mandarines!

Impensable d’imaginer que le fauteur de trouble pourrait être le morceau de chocolat noir quotidien 🙂

***

écrit pour le Défi du 20 février, avec deux mots en M proposés par Soène: mandarine et malédiction