L comme lundi

85ème tentative de soumettre le 85ème devoir de Lakevio du Goût

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– Pourquoi, demande petit Léon, tout n’est pas gratuit? Ce serait quand même beaucoup mieux!

Madame et lui étaient supposés réviser les sciences, jeudi soir, mais une chose le tracassait: le coût de la vie en général et le coût d’un week-end à la mer en particulier. En caravane louée.

– La dame elle demande 100 € rien que pour l’eau et l’électricité, vous vous rendez compte! C’est vraiment pour les gens riches! Alors ma maman a dit ‘ça va pas être possible’ mais je vois bien que ça la rend triste.

Dans son livre de sciences il y avait quelques pages consacrées à l’apparition de la vie sur la terre, donc Madame lui a fait remarquer à quel point l’homme était récent, finalement, et qu’en effet, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire, on devait encore inventer l’argent.

Il soupire un peu à la façon du renard-rien-n’est-parfait et conclut que c’était peut-être mieux de vivre sans avoir besoin d’argent mais qu’il préfère quand même vivre aujourd’hui.

***

« Cette photo illustre le souci qui m’occupe ces temps-ci », écrit Monsieur le Goût, qui a des problèmes de PC et nous a donc donné un devoir un peu différent 😉 Mais ça tombe bien: justement les parents de petit Léon veulent faire de lui un informaticien 🙂

H comme hyménée

ça t’embêterait si je partais une semaine en vacances à la fin du mois?

Moi toute seule, précise-t-elle.

Il émet un grommellement.

– Je te laisserais de quoi manger au frigo.

Là, par bonheur, les chiens se sont mis à aboyer et il a pu se défouler en leur criant de se taire.

Deux jours, s’est dit l’Adrienne en éclatant de rire!

Deux jours exactement qu’ils ont gravé leurs noms au bas d’un parchemin, devant l’échevin de l’état-civil et leurs témoins 🙂

***

Toute la soirée l’Adrienne a remercié mentalement ses voisins de lui procurer tant de raisons de rigoler.

Les entendre vivre, c’est du sketch de six heures du matin à dix heures du soir 🙂

T comme trésor

82ème devoir de Lakevio du Goût

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Garée devant la fenêtre de l’Adrienne, il y avait une camionnette portant la marque d’une firme d’alarmes de sécurité.

Quelques heures plus tard, elle y était toujours: ce n’était donc pas quelqu’un venu déposer son enfant à la petite école d’en face.

– Mais qui, se demandait-elle, qui dans cette rue aux très modestes maisons ouvrières, collées les unes aux autres, où on entend quasiment respirer le voisin, où tout le monde a toujours vu tout le monde, qui pourrait ressentir le besoin d’une alarme? Qui a chez lui des trésors susceptibles d’intéresser le cambrioleur?

Elle a eu la réponse dans les minutes qui ont suivi: de l’autre côté du mur a résonné un piwiwi piwiwi piwiwi (etc ad libitum).

Les voisins, évidemment!

– Les aboiements de leurs deux chiens ne leur suffisent donc pas! a maugréé l’Adrienne.
– Et bien tu vois, a fait la Gioconda dans son cadre, moi ça me fait bien rigoler.

***

Mais pourquoi diable, sourit-elle ? Je crois que je le sais. Je n’y ai pensé que récemment mais ça me tracassait depuis si longtemps. Et vous, d’après vous ?
Pourquoi Lisa Gherardini a-t-elle cette amorce de sourire, retenu, si mystérieux que la question de la raison de ce sourire naissant traverse les siècles depuis la Renaissance ?

N comme nom de fleur

Elle porte un nom de fleur et a été envoyée chez Madame par ce discret bouche-à-oreille des quelques-uns qui savent qu’elle a le syndrome de Topaze 😉

Dans un mois à peu près Fleur aura son dernier examen de FLE et ce serait bien qu’elle le réussisse, vu qu’elle ambitionne d’entamer des études universitaires à la rentrée prochaine.
De celles où il n’y a pas l’ombre d’une heure de français au programme, ça va sans dire 😉

– Tu as parfaitement le droit de ne pas aimer le français, lui dit Madame, à qui elle vient de confier qu’elle traîne ce boulet depuis des années, mais plus lourdement encore ces deux dernières, avec plus de ‘distanciel’ que de ‘présentiel’ et des profs malades qui n’ont souvent pas été remplacés.

« Weyts wil honderden extra leerkrachten aanwerven« , le ministre flamand de l’éducation veut engager des centaines de profs supplémentaires, titrait le journal mardi dernier.

Et ça a bien fait rire Madame (mieux vaut rire que pleurer, la grimace est plus belle, disait son père) vu que depuis des années on ne réussit même plus à trouver des remplaçants pour certaines matières et qu’il y a de moins en moins de jeunes qui s’inscrivent dans les formations de prof.

Mais apparemment le journaliste n’est pas au courant de ce problème et ne lui a pas demandé de quel chapeau de prestidigitateur il sortira ses 2540 nouveaux profs.

Au parc, tout va bien, une maman cane ‘promène’ ses dix canetons, comme on peut le voir sur la photo en haut du billet, prise le premier mai.

D comme dix?

La règle de l'accord du participe a volontairement été créée pour être incompréhensible.
source ici

De temps en temps, elle sonne à la porte de Madame pour parler du petit Léon.

– Dans son école de l’an prochain, dit-elle, il y aura une classe spéciale pour les dix.
– Ah! pour les dix… fait Madame, en espérant que le contexte va éclairer sa lanterne.

Ce n’est qu’après leur conversation qu’elle comprend qu’il fallait décrypter « dys- » au lieu de « dix ».

Qui a osé dire que l’orthographe, c’est juste un moyen pour l’élite de se lover dans son élitisme?

B comme bredouille

Samedi dernier, l’Adrienne a encore fait fort.

Dès le réveil.

On était déjà au mois de mai, et pourtant la première chose qu’elle s’est demandée, en se réveillant, ce matin-là, c’est la question de savoir si Pâques était déjà passé ou pas.

Il lui a bien fallu trente secondes pour se rendre compte que oui. Du coup elle s’inquiète pour sa santé mentale.

Comme il y avait un entretien entre Amélie Nothomb et sa traductrice, et qu’en plus elle aime les cryptogrammes de l’édition du week-end, elle est sortie acheter le journal.
Et a été fort étonnée de ne trouver que des libraires et marchands de journaux fermés.
Hé oui, le premier mai, c’est la Fête du Travail, donc on ne travaille pas.

Puis comme son unique brin n’était pas encore éclos dans son jardinet, elle a eu comme une envie de muguet.
Elle a fait le tour des fleuristes: soit ils étaient fermés (voir plus haut) soit ils avaient une affichette à la porte ‘meiklokjes uitverkocht‘: tout leur muguet était déjà vendu.

Bref, une journée bien remplie de vide 🙂

X c’est l’inconnu

Photo de Expect Best sur Pexels.com

Avez-vous déjà pensé à émigrer? demande le journaliste à l’auteur Stefan Hertmans.

Ce à quoi il répond: « Zeer geregeld. Wat rest er van onze vriendelijkheid en onze social skills? In Nederland en Frankrijk maakt men grapjes in de wachtrij bij de bakker. In Vlaanderen staart ieder voor zich uit. » Très souvent. Que reste-t-il de notre amabilité et de nos compétences sociales? Aux Pays-Bas et en France, on raconte des blagues en faisant la queue chez le boulanger. En Flandre, chacun regarde devant soi.

C’est même pas vrai! s’insurge l’Adrienne.

Qui jouit de la conversation amicale chaque fois qu’elle fait la queue quelque part dans sa petite ville.

Ou qui est la première à lancer une blague, comme l’autre jour chez le libraire-marchand de journaux.

Il faut dire qu’il y avait un début d’énervement dans la longue queue quand elle est arrivée: une vieille dame était venue échanger un bon-cadeau contre un livre dont elle ne connaissait ni le titre ni le nom de l’auteur 😉

– J’aurais peut-être le temps de faire un aller-retour jusque chez moi pour tondre ma pelouse, a réagi l’homme devant l’Adrienne après qu’elle avait lancé la première vanne.

Bref, ça a bien rigolé.

***

Non mais hé ho, Stefan!
Viens donc migrer dans ma Flandre à moi, ici c’est déjà un peu le Suuuud 🙂

U comme unique

Quand il était venu se faire expliquer la proposition relative, Madame avait offert à petit Léon des œufs de Pâques en chocolat.

Après son départ, elle a constaté qu’il n’en avait mangé aucun, alors qu’il s’était montré heureux d’en recevoir.

– Cet enfant est vraiment timide, se dit-elle. J’aurais dû insister.

Quand il est revenu deux jours plus tard avec son épais cahier d’exercices de préparation au CEB, Madame a remis les œufs en chocolat sur la table:

– Tu n’aimes pas? lui demande-t-elle.
– Oh! si!
– Alors pourquoi tu n’en prends pas?
– Je n’ai pas le droit.

Moment de stupéfaction chez Madame, qu’il a dû remarquer malgré le masque.

– Je n’ai pas le droit maintenant, a-t-il précisé.

Le règlement de la maison interdit les friandises en dehors des heures de repas.

N’est-il pas unique, cet enfant, de respecter le règlement en toutes circonstances?

T comme Thimoty

Người thợ lau kính tại Bỉ tri ân bằng cách vẽ tên cố NS Chí Tài
source de la photo ici

Un article récent avait attiré l’attention de l’Adrienne: son titre disait qu’apprendre de nouvelles choses rendait heureux. Mais l’info la plus importante, pour elle, c’est qu’il faut laisser tomber l’idée de vouloir être bon, très bon, et même le meilleur.

Non, disait l’expert, il faut apprendre juste pour le plaisir d’apprendre, sans s’inquiéter du résultat.

Or comme chacun sait, avec la pandémie il fallait se trouver de nouveaux hobbys pour occuper un surplus de « temps libre ».

Et c’est ce qu’a fait ce laveur de vitres (Flandre Orientale): vu que probablement il avait moins de demandes, il pouvait s’amuser à dessiner des motifs, des logos, des personnages dans la mousse savonneuse sur les fenêtres.
Puis le mettre sur Tik Tok.
Encore plus générateur de buzz que youtube.
Et très vite être repris dans ces fameux algorithmes, garantie de succès.
Puisque d’autres inoccupés passent leur temps sur ce genre de plate-forme.

Il a aujourd’hui des milliers d’abonnés, des « like » par millions, et vous « dessine » ce que vous lui demandez.

Bref, oubliez ce que disait l’article: devenir bon, très bon, le meilleur dans ce que vous entreprenez, c’est tout de même important 😉

R comme Robert

Je me suis acheté un vélo! lance Robert au moment où il croise l’Adrienne dans la rue.

Robert, c’est celui qui connaît tout le monde par son prénom dans le quartier et aime faire une petite parlote.

Robert, c’est une sorte de miraculé qui a eu les plus graves maladies, comme un arrêt cardiaque ou un cancer de la gorge, pour n’en citer que deux, mais qui est toujours là.
La peau sur les os et la cigarette au bec.
Toujours entre deux rendez-vous avec le médecin ou séjours à la clinique.

A quoi ce nouveau vélo va bien pouvoir lui servir, se demande l’Adrienne, avec le peu de poumon qui lui reste? Lui dont le cœur s’arrête de battre dès qu’il marche plus de deux cents mètres? Lui qui fait une hémorragie à la moindre égratignure? Lui un habitué de l’ambulance et des urgences?

– Mille euros! dit-il. Et puis j’ai aussi acheté un casque!

Lui qui n’a plus fait de vélo depuis sa prime jeunesse.

– Je me suis déjà un peu entraîné, dans la rue, ajoute-t-il.

Alors que voulez-vous qu’elle dise?
A part le féliciter pour ce bel achat qui le rend heureux comme un enfant quand il découvre les jouets apportés dans la nuit du 6 décembre par le grand saint Nicolas, tralala.