J comme j’y pense et puis j’oublie

Mon père m’a dit que tu avais demandé s’il y a une liste de naissance, écrit-elle. Il n’y en a pas alors tu peux faire comme tu veux.

Comme je veux, se dit l’Adrienne, bien bien.
Dans ce cas, faisons plaisir à une ancienne élève qui tient une boutique d’articles de bébé et de vêtements pour enfants, et offrons un bon d’achat à la petite fille qui vient de naître et à sa maman.

Après les rituels purificateurs en vogue ces temps-ci, on tend à l’Adrienne le bon cadeau pour qu’elle y note son nom et celui de la destinataire.

Et là… Zut! plus moyen de se souvenir exactement du prénom du bébé.
Trois syllabes.
Sakuri… Sukara… Sukira?

Dans le doute abstiens-toi, se dit-elle, marquons-y le nom de la maman.

***

Vous l’aurez deviné, le prénom est japonais et se trouve dans le titre de la vidéo ci-dessus 😉

F comme Fin du monde

Chaque mardi, l’université d’Anvers lance sa page d’enquête pour voir comment se sent et se comporte le Belge confiné. On peut y participer en quatre langues, donc amis belges, n’hésitez pas mardi prochain 😉

Voilà trois fois que l’Adrienne remplit consciencieusement le questionnaire. Certaines questions reviennent chaque semaine, d’autres évoluent au rythme de l’actualité.

Parmi les grands classiques, il y a celle-ci: à combien de personnes avez-vous parlé hier en face à face?

Le premier mardi, c’était 1, vu que la veille l’Adrienne était allée faire des courses et avait dit un petit mot à la jeune fille qui surveillait les caisses du self-scanning: il s’agissait d’une ancienne élève, fraîchement diplômée en psychologie, qui fait ce boulot en attendant la fin de la fin du monde. 

Le second mardi c’était 0, l’Adrienne n’était pas sortie de chez elle la veille.

Mais hier c’était la fête: l’Adrienne a pu cocher le chiffre 4!

Il y a eu la même jeune fille du magasin, la mère qui cette fois n’était pas encore sortie pour son entraînement quotidien ;-), un voisin avec qui jusque-là aucun mot n’avait jamais été échangé et la famille d’origine marocaine qui habite dans la même rangée.

Oui, c’est vrai, ça fait plus de 4.

Mais ce n’est pas beau de se vanter 😉

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merci à Joe Krapov pour la vidéo et l’inspiration 🙂

V comme voyage

L’Adrienne aussi reçoit ses cours et ses tâches par internet, en ce moment, de la part de ses profs de musique.
Avec des liens vers des morceaux choisis 🙂

Mais vous savez ce que c’est, vous qui connaissez le WWILFING, on clique sur un lien, on regarde, on reçoit d’autres suggestions dans la colonne de droite… et c’est parti.

C’est ainsi que l’Adrienne est arrivée quelque part où elle ne serait jamais allée: à la Costa Brava, avec les Compagnons de la chanson.

Chose qu’elle a écoutée pieusement jusqu’au bout, en souvenir de son père, qui était un grand fan du groupe en général et de Fred Mella en particulier.

Olé!

K comme Kilimandjaro

« Où tu pourras dormiiiiir » chante l’Adrienne – que ne ferait-elle pas pour se délivrer de ses insomnies – et dans la rivière des conseils reçus aucun ne fonctionne.

– Moi je prends un berlingot de lait bien sucré et je dors comme un bébé, dit tante Simone.

– Je me couche, je prends un magazine et le repos vient tout seul, dit l’ami Philippe, qui s’endort paisiblement sur un article scientifique concernant le dernier virus à la mode ou la planète engorgée de déchets.

– J’ai arrêté de manger le soir et je m’en porte beaucoup mieux, fait l’amie en remontant son châle genre bohème autour de son joli cou marmoréen.

Le jeûne, elle y croit.

Ce n’est pas l’avis de tout le monde, se souvient l’Adrienne:

Ensuite, les gens faits vinrent à s’apercevoir que le jeûne les irritait, leur donnait mal à la tête, les empêchait de dormir. On mît ensuite sur le compte du jeûne, tous les petits accidents qui assiègent l’homme à l’époque du printemps, tels que les affections vernales, les éblouissements, les saignements de nez et autres symptômes d’effervescence qui signalent le renouvellement de la nature. De sorte que l’un ne jeûnait pas, parce qu’il se croyait malade, l’autre parce qu’il l’avait été ; et un troisième parce qu’il craignait de le devenir

Mais que serait la vie sans ses petites aspérités 🙂

Prenez bien soin de vous! 

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texte écrit pour Olivia Billington – merci à elle! – avec les mots imposés suivants: berlingot – repos – engorger – rivière – virus – bohème – marmoréen – aspérité – vernal.

La citation en bleu est de Brillat-Savarin, La physiologie du goût, éd. 1825, p.247.

O comme OMG!

C’est à un de leurs premiers réveillons ensemble, il doit y avoir douze ou treize ans, que la carissima nipotina a entrepris de faire l’éducation musicale ‘moderne’ de l’Adrienne: à commencer par la découverte de Queen, Freddy Mercury, The Bohemian Rhapsody.

La nipotina a un papa dont les mots sont pour elle paroles d’évangile:

– Mon père dit que c’est le Mozart du 20e siècle!

Cet enthousiasme a fait sourire l’Adrienne mais croyez-le, elle a été conquise.

Alors voir et entendre ce morceau dimanche dernier par les gamins d’Acapop, ça lui a fait plaisir.

Un plaisir à partager.

F comme filer une torgnole

– Ça doit être la carte graphique, dit le mari de Tania – un connaisseur – arrivant ainsi à la même conclusion que Walrus – un connaisseur aussi, l’Adrienne est entourée de pro 🙂

– Est-ce que tu lui as donné un coup?

– Un coup? fait l’Adrienne en ouvrant de grands yeux.

Elle sait très bien faire la tête d’ahurie.

– Oui, un bon petit coup, c’est peut-être juste un mauvais contact.

Alors, de retour chez elle, l’Adrienne – qui de sa vie n’a jamais tapé rien ni personne, pas même le carton – a donné quelques petits coups dans le dos de son ordi, sans trop savoir sur quelle zone insister ni quelle poigne y mettre…

Peut-être fallait-il frapper plus fort? Les diagonales flashy et les lettres volantes étaient toujours là…

Mais c’était un prétexte suffisant pour (vous faire) réécouter un Renaud de derrière les fagots 😉

Bonne journée à tous!

N comme Nostracarlos

Quand Carlos et ses Indiens passaient à la radio, mini-Adrienne et son petit frère chantaient à tue-tête en tournant autour de la table. Ils connaissaient les paroles par cœur et gesticulaient au rythme de

Dans vingt ans, les copains,
On sera tous des Indiens !
On aura des plumes partout autour du cou !
On ira en Amérique
Pour leur flanquer la panique !
On recommencera la conquête du Far-West !
Le petit frère, nourri des westerns du grand-père adorateur de John Wayne, y croyait dur comme fer, si bien que mini-Adrienne, prise d’un doute, a demandé à son père:
– Tu crois que c’est vrai?
– Quoi, vrai?
– Ce qu’il dit, Carlos.
– Ça m’étonnerait, dit le père.
Et il s’est replongé dans son journal.

O comme Où étiez-vous en 1979?

 

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– Vous le reconnaissez? demande le gentil barista chez qui l’Adrienne avait finalement pu entrer pour boire un cappuccino.

C’est qu’à York, les chiens ne sont pas les bienvenus. Or ce brave Ted avait déjà dû supporter son premier voyage en train, la foule de la gare, les flots de touristes autour de la cathédrale, des parcs et des pelouses interdites aux quadrupèdes et nulle part le moindre bol d’eau fraîche. Ah! on était bien loin de l’aimable Skipton!

– Non, dit l’Adrienne, ça ne me dit rien du tout!

– Vraiment pas?

Il insiste, incrédule. C’est toujours un moment embêtant où il faut se décider si on va avouer qu’en dehors de Wolfgang Amadé, on ne connaît pas grand-chose.

– Je vous le fais écouter, si vous voulez.

– D’accord, dit l’Adrienne.

Et il lui a déversé ceci dans les oreilles, en précisant que ce morceau était à l’origine du hip hop, et l’Adrienne a fait de son mieux pour se montrer impressionnée:

K comme krapoverie

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Un beau jour, voilà une drôle de façon de parler, comme s’il ne se passait de choses bonnes à raconter que les « beaux » jours… Un beau jour, donc, qui n’était pas si beau que ça et d’ailleurs il faudrait plutôt dire un soir, ou une nuit, mais quelle importance ce genre de détail, barrons-le.

Et croyez-moi, pas besoin de s’endormir près d’un lac ni de voir surgir un aigle noir. Encore une preuve s’il en fallait que ce n’était pas un beau jour, quoi qu’en dise la chanson. Surtout que là aussi c’était la nuit. Enfin peut-être.

Et là, couic ! On se sent mal à l’aise, on frise le #metoo et on n’a pas trop envie de remuer ces choses-là donc on se dit qu’on a encore une raison de plus de détester l’expression si bancale « un beau jour » et qu’on fera bien de la rayer de son vocabulaire, sauf à raconter des contes de fées aux petits enfants.

– Tu peux le prouver ? demande-t-elle quand on lui dit « j’ai des dons de guérisseur » et voilà ce qui arrive à force d’exercer l’esprit critique des enfants, ils ne croient plus à rien dès qu’ils ont six ans, veulent des preuves et des arguments imparables, des pourquoi et des comment, des diplômes et des certificats d’authenticité. Et froncent les sourcils quand on leur débite un conte.

Pas de bol ce jour-là – ou était-ce une nuit – elle est restée insensible à l’imposition des mains, aux incantations, aux pierres chaudes ou froides, les tables n’ont pas tourné et l’esprit n’était point là. En tout cas pas là où il aurait dû être et peut-être même l’avait-on perdu, irrémédiablement.

Comme par hasard, il y avait sa mère, ou sa sœur, à Vesoul ou à Vierzon, à Honfleur ou à Hambourg, mais jamais à Anvers, là où on voulait aller, ce n’est pas trop loin et il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir, on n’a qu’à choisir au hasard. Mais il paraît que le hasard n’existe pas ou que s’il existe, il fait mal les choses.

Moralité: ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on partira n’importe où bras dessus bras dessous en chantant des chansons.

***

merci à Joe Krapov pour la consigne qu’on peut trouver ici. Il faut traiter le sujet « J’ai des dons de guérisseur » et introduire, toutes les cinq minutes une formule tirée avec les dés :

Un beau jour – Et croyez-moi – Et là, couic ! – Tu peux le prouver ? – Pas de bol – Comme par hasard – Moralité