B comme Beaucarne

« J’arrive tout couvert encore de rosée », dit ce gros menteur qui a tout simplement rapporté des fruits et des fleurs de chez l’arabe au coin de la rue.

Ah! c’est qu’il a toujours été fort en paroles, le bougre!

Et je te prends, et je te jette, et je te bastonne, et je te quitte et puis je reviens te faire les yeux doux…

Ah! Il sait tourner des compliments, quand il veut obtenir quelque chose!

Et vos yeux si beaux, gnagnagna…

Le pire, c’est que ça marche, ses tissus de mensonges!

Et puis voici mon cœur qui ne bat que pour vous.

Tu parles, Charles!

Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches

***

Texte écrit pour le 139e devoir de Monsieur le Goût – merci à lui – qui proposait ceci, basé sur Green, de ce gros menteur de Paul Verlaine:

D’après vous, qu’est-ce qui m’a poussé, à voir cette toile, à vous proposer un devoir ? Oui, comme la semaine dernière, c’est une toile d’Émile Friant. Celle-ci m’a particulièrement interpellé. Pourquoi ? Je vous le dirai lundi. Mais vous ? Que vous a-t-elle inspiré ? Ce qui serait vraiment bien, c’est que vous commenciez votre explication par :
« J’arrive tout couvert encore de rosée »
Et que vous la finissiez par :
« Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches. »

U comme umeur

Le soir, quand Madame allume son téléphone portable pour une dernière vérification, elle pourrait chaque fois gagner un pari: dès que Lynn la voit en ligne, arrivent ses messages:

– Je vous ai vue marcher en rue, vous aviez l’air bien contente!
– Ah oui, fait Madame, j’ai le sourire, en général, alors j’en reçois en retour, et même parfois je chante en marchant.

Lynn, plus rien ne l’étonne.
Et ça discute jusqu’à ce que Madame dise « bon, maintenant il faut dormir ».

Ensuite évidemment Madame ne dort pas, elle pense aux petits soucis de Lynn, mais bizarrement ces conversations la mettent de bonne humeur.
Ou plutôt umeur, comme on dit dans le dialecte du Val d’Aoste.

– Quelqu’un parmi vous est déjà allé au Val d’Aoste? demande Enzo, l’Italiano vero qui s’occupe du club de lecture italien.

Oui, le père de l’Adrienne y a emmené sa famille pour un aller-retour d’une journée, alors qu’ils étaient en vacances du côté de Chamonix et qu’une adresse valdostana lui était recommandée par un de ses guides culinaires.

Un repas mémorable, c’est vrai, dans une ferme où aucun menu n’était affiché et où des plats – savoureux mais gargantuesques – se succédaient sans qu’une parole puisse être échangée, pour cause de langue inconnue 😉

– Je pense, dit Lynn hier soir, que ma fille est déjà dans sa puberté!

La gamine a tout juste huit ans. Mais sa mère est une nature inquiète qui aime tirer ses enseignements médicaux d’internet.

– Elle n’était que 19e au cross de l’école, et normalement elle se bat pour être sur le podium.
– Elle est peut-être juste fatiguée? dit Madame, qui n’ose pas ajouter qu’elle mange trop gras et trop sucré et se couche trop tard.
– Je vais lui faire faire une prise de sang, dit-elle, elle avait soif, hier après l’école, j’ai peur du diabète.

En voilà une, se dit Madame, qui ferait mieux de lire des Gaston plutôt que encyclopédies médicales…

***

Texte écrit d’après une consigne de Joe Krapov – merci à lui – qui demandait
1. de lister 12 mots ou concepts qui nous mettent de bonne humeur ; chacun d’eux commence par une des premières lettres de l’alphabet (A B C D E F G H I J K L)
2. de dire pourquoi et comment survient la bonne humeur.

Je me suis basée sur les tags qui reviennent le plus souvent sur ce blog et ça donne ceci:

Amitié – Bruxelles – Chanson (chanter)DialectesÉlèves/Expo – Fleur(s) – Gaston/GastronomieHumourItalie/italienJeuKrapoverieLangue/Littérature.

En gras, vous l’aurez compris, ceux qui ont un rapport avec ce billet.

L comme lalalalalala

C’est grâce au concert du groupe Jiraan puis à leur CD Sirto que l’Adrienne a découvert ce chant traditionnel bulgare.

Elle a évidemment cherché les paroles et même tenté de les apprendre mais elle se contente généralement de chanter lalalalala.

Depuis des semaines 🙂

Elle ne peut malheureusement pas vous le faire écouter dans la magnifique version de Jiraan vu que ce n’est pas disponible parmi les vidéos qu’ils proposent sur leur site.

Elle ne vous le montre pas non plus dans la version Sylvie Vartan émotionnée par son retour en Bulgarie, la qualité du film et du son est trop mauvaise.

Reste celle-ci, avec des sous-titres en anglais, grâce auxquels vous comprendrez que ce n’est pas seulement le petit air qui plaît à l’Adrienne 🙂

Oui, qu’elle est belle, la forêt.

Espérons qu’on puisse continuer à en parler au présent.

U comme Universel

Ce qu’il y a de bien, au Grote Post, c’est qu’on peut s’y installer pour déguster des crevettes fraîchement pêchées de la nuit, fraîchement épluchées, qu’on peut y rester aussi longtemps qu’on veut, que le personnel est gentil et qu’on y trouve de la lecture.

Par exemple, la brochure de la saison culturelle ostendaise, où le chanteur belgo-portoricain Gabriel Rios Flore – il est arrivé de son Puerto Rico natal à Gand à l’âge de 17 ans – dit ceci:

« Pour moi la Belgique était exotique et je trouvais les gens intéressants. Les Belges sont réservés, quand ils n’ont rien à dire, ils se taisent généralement. Et ça, pour quelqu’un qui vient d’Amérique latine, c’est im-pos-si-ble. »

La chanson ci-dessous permet de conclure au moins deux choses: l’universalité de l’être humain (« je ne suis pas d’ici ni de là-bas ») et la différence de prononciation quand on est de « là-bas » et pas ibérique 😉

Repéré un peu tard, alors que ce billet-ci était programmé, voici tout de même le 132e devoir de Monsieur le Goût – merci à lui de poursuivre pendant les vacances, je n’osais pas y compter.

Elle avait attaché ses cheveux et mis ce qu’elle avait de plus sombre, optant même pour le total look noir dans l’idée que c’était chic et que ça mettrait en valeur la blancheur éblouissante de sa nuque dans l’arrondi du décolleté.

Lui trouvait de plus en plus agaçant cette manière qu‘elle avait de s’accrocher à son bras et de lui chatouiller la joue avec ses cheveux sous prétexte de lui glisser quelques mots à l’oreille.

Espérait-elle vraiment qu’il succombe à son charme ?

Quel charme, d’abord ?

Il trouvait ces bas noirs d’un goût douteux, surtout en ce juillet caniculaire, et l’odeur de son parfum le révulsait. Elle avait dû vider tout le flacon, elle empestait l’air autour d’elle.

Il devrait le savoir, pourtant, que c’est imprudent d’accepter un rendez-vous organisé par sa sœur – « Tu verras, elle va te plaire ! Vous avez tellement de choses en commun ! » – et cette visite au musée, qui normalement lui procure un kaléidoscope d’impressions et de sensations de joie et de bien-être, lui était pesante et interminable.

***

Les mots imposés étaient: attacher – sombre – éblouissant – kaléidoscope – agaçant – douteux – imprudent – succomber – révulser – stellaire

T comme téléphonez-mi

Mini-Adrienne était en visite avec le petit frère et les parents chez des amis de ceux-ci qui avaient un fils de son âge.
Pas encore dix ans à l’époque.

Un fils que les parents aimaient mettre en valeur de toutes sortes de façons, ce qui étonnait toujours beaucoup la petite.

– Vous voyez, disait la mère du petit Christian, il ne réussit pas à dire correctement le mot ‘décalcomanie’ mais il vous dit la formule de Mary Poppins d’une seule traite.

Et en effet, il en a tout de suite fait la démonstration.
Jusqu’à trois fois: Supercalifragilisticexpidélilicieux!

Il savait aussi chanter et a choqué mini-Adrienne en lui chantant « J’aime les filles« .
Qu’elle ne connaissait évidemment pas, et il faut croire qu’à pas-dix-ans elle avait déjà des idées bien arrêtées sur l’exclusivité en amour 😉

Bref, c’est au petit Christian et à son refrain « téléphonez-moi/téléphonez-mi » qu’elle a pensé en voyant l’arrière d’une fourgonnette anglaise sur laquelle on pouvait lire la question suivante: « How is my driving? » accompagnée d’un numéro de téléphone pour les plaintes et/ou les félicitations.

***

Et pour boucler la boucle: ce « how is my driving? » est… une décalcomanie.
Mais on peut supposer qu’aujourd’hui le petit Christian réussit à mieux dire ce mot-là que supercalifragilimachin 🙂

Premier

source ici (récap en 70 titres lors de ses 70 ans)

Le premier, c’était beau-papa.
Au téléphone, belle-maman exultait:

– C’est positif, a dit le docteur, donc tout va bien!

Elle avait compris ce que tout proche aime comprendre: les tests sont positifs, donc c’est bon.
Mais bien sûr, en jargon médical « positif » veut dire mauvais.

Jusqu’à aujourd’hui l’Adrienne ne comprend pas comment le médecin, qui a dû assister à une explosion de joie, lui aussi, vu que belle-maman avait l’émotion explosive, comment il n’a pas rectifié le tir.

Le premier, donc, c’était beau-papa.
Après, bien sûr, il y en a eu beaucoup, beaucoup d’autres.
De toutes les sortes.
Des rapides-fulgurants et des sournois-faux jetons, qui te font croire « en rémission » pour t’anéantir plus fort après des opérations et des thérapies qui te mettent le peu de vie qui te reste complètement à l’envers.

Bref, c’est à lui l’Ostendais et à tous ceux qui ont suivi que l’Adrienne a pensé, père, oncle, tantes, amies, élèves… après avoir entendu la triste nouvelle qu’Arno avait succombé, lui aussi, malgré ses efforts pour rester en vie.

Z comme zootje ongeregeld

C’est l’expression qui vient spontanément à l’Adrienne – en même temps qu’un grand sourire, la pêche et la banane – quand elle se trouve dans le cercle très joyeux de la chorale, celle qu’elle avait appelée Geitenwollensokken et dont elle avait déjà vanté la belle discipline 😉

Bref, d’arrêts imposés en reprises timides et éphémères, la petite chorale a recommencé ses réunions chaque quinzaine, malheureusement dans chef de chœur.

Il faut dire que c’est bien beau, l’esprit hippie et anar-sur-les-bords, ça rigole, ça papote, ça arrive en retard, certains au bout de cinq ans ne savent toujours pas si elles sont sopranos ou altos, s’ils sont ténor, baryton ou basse, la moitié au moins ne lit pas la musique, certains chantent faux (ou disons: ont du mal à garder la note ;-)), ne viennent qu’une fois sur deux (ou sur trois) donc il faut tout reprendre à zéro, à peu près à chaque répétition.

Zootje ongeregeld, joyeux bazar, petite troupe en pagaille, bande de fous, tout ça et bien plus, et c’est adorablement rigolo.

Sauf pour le chef.

Le défi du 20

Pour le 20 mars, Passiflore (merci, Passiflore!) demande trois chanteurs et tout naturellement l’Adrienne a pensé à regrouper trois Italo-belges.

Le premier est évidemment Adamo, dont on peut lire ici la biographie, au cas où on ne la connaîtrait pas bien, et voir toute la discographie.

Tombe la neige est un de ses tout premiers morceaux, le choix est large et ceux que l’Adrienne aime sont nombreux, ils font partie de la jeunesse de sa Tantine.

Ensuite il y a Frédéric François. Il a francisé son nom, Francesco Barracato, et s’est spécialisé dans les chansons d’amour Latin Lover 😉

En 1972, mini-Adrienne et son petit frère braillaient Laisse-moi vivre ma vie 🙂

Enfin, Claude Barzotti, né Francesco Barzotti, qui en 1975 a fait chavirer le cœur de midinette de l’Adrienne bien avant qu’elle ne soit une Madame… et tiens! il chavire encore 🙂

C comme chanter

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Mardi matin, l’Adrienne découvre un joyeux message de Sofie (quelle Sofie? qui est cette Sofie? connais pas cette Sofie!) l’invitant à chanter ensemble:

« Ik voel me heel gelukkig dat ik samen met u de komende weken mag zingen en plezier maken. » Je me sens si heureuse de pouvoir chanter et m’amuser avec vous dans les prochaines semaines.

Et autres gentillesses.

Ce n’est que tout en bas de la page qu’on peut lire que chacun de ces « heureux moments où on chantera et s’amusera ensemble » coûtera 15 €.

Le bonheur a un prix 🙂

Adrienne lit les annales

Aje van z’n leven in de Westhoek passeert
Si jamais tu passes par le Westhoek

Deur regen en noorderwinden
Un jour de pluie et de vent du Nord

Keert omme den tied aj’alhier passeert
Tu remonteras dans le temps

Den oorlog ga j’hier were vinden
Ici tu reverras la guerre

Ja ’t is den oorlog daj’hier were vindt
Oui c’est la guerre que tu vois ici

En ’t graf van duzend soldaten
Et la tombe de milliers de soldats

Altijd iemands vader altijd iemands kind
Toujours le père ou l’enfant de quelqu’un

Nu doodstille godverlaten
Abandonnés dans ce silence de mort

Laat de bomen nu mor zwiegen
Fais taire les arbres

En da ’t gras niets vertelt
Et que l’herbe ne raconte rien

En de wind moet ook mor ni’ zingen
Le vent non plus ne peut pas chanter

Da julderen dood tot niets hee’ geteld
Que leur mort a été pour rien

Dat waren al te schrikkelijke dingen
C’étaient des choses trop terribles

Seg, ’t gaat al goed der is welvaart in ’t land
D’ailleurs tout va bien, le pays est prospère

En de vrede ligt vast in de wetten
Et la paix est réglée par des lois

We maken wel wapens mor me’ veel mere verstand
Oui on fait des armes mais avec beaucoup d’intelligence

Mor zjust om den oorlog te beletten
Et uniquement pour empêcher la guerre

En grote raketten atoom in den top
Et des missiles avec une tête nucléaire

We meugen toch experimenteren
On a bien le droit d’expérimenter

We mikken wel ne keer na mekaar z’ne kop
Oui on vise l’autre parfois

Mor zjust om ons t’amuseren
Mais juste pour rigoler

Aje van ze leven in de westhoek passeert
(etc. reprise du début)
duzend en duzend soldaten
Des milliers et des milliers de soldats

Chanson de Willem Vermandere, qu’il a écrite en 1976; il chante en patois du Westhoek (Flandre occidentale) – traduction de l’Adrienne

La semaine dernière, quelle drôle de coïncidence, l’Adrienne était plongée dans le journal tenu par le directeur de l’école des garçons de sa ville, en 14-18, et la semaine d’avant, dans le journal tenu en 14-18 par une des religieuses de l' »hospice » de la ville.

Non, rien n’a changé.