O comme OMG!

C’est à un de leurs premiers réveillons ensemble, il doit y avoir douze ou treize ans, que la carissima nipotina a entrepris de faire l’éducation musicale ‘moderne’ de l’Adrienne: à commencer par la découverte de Queen, Freddy Mercury, The Bohemian Rhapsody.

La nipotina a un papa dont les mots sont pour elle paroles d’évangile:

– Mon père dit que c’est le Mozart du 20e siècle!

Cet enthousiasme a fait sourire l’Adrienne mais croyez-le, elle a été conquise.

Alors voir et entendre ce morceau dimanche dernier par les gamins d’Acapop, ça lui a fait plaisir.

Un plaisir à partager.

F comme filer une torgnole

– Ça doit être la carte graphique, dit le mari de Tania – un connaisseur – arrivant ainsi à la même conclusion que Walrus – un connaisseur aussi, l’Adrienne est entourée de pro 🙂

– Est-ce que tu lui as donné un coup?

– Un coup? fait l’Adrienne en ouvrant de grands yeux.

Elle sait très bien faire la tête d’ahurie.

– Oui, un bon petit coup, c’est peut-être juste un mauvais contact.

Alors, de retour chez elle, l’Adrienne – qui de sa vie n’a jamais tapé rien ni personne, pas même le carton – a donné quelques petits coups dans le dos de son ordi, sans trop savoir sur quelle zone insister ni quelle poigne y mettre…

Peut-être fallait-il frapper plus fort? Les diagonales flashy et les lettres volantes étaient toujours là…

Mais c’était un prétexte suffisant pour (vous faire) réécouter un Renaud de derrière les fagots 😉

Bonne journée à tous!

N comme Nostracarlos

Quand Carlos et ses Indiens passaient à la radio, mini-Adrienne et son petit frère chantaient à tue-tête en tournant autour de la table. Ils connaissaient les paroles par cœur et gesticulaient au rythme de

Dans vingt ans, les copains,
On sera tous des Indiens !
On aura des plumes partout autour du cou !
On ira en Amérique
Pour leur flanquer la panique !
On recommencera la conquête du Far-West !
Le petit frère, nourri des westerns du grand-père adorateur de John Wayne, y croyait dur comme fer, si bien que mini-Adrienne, prise d’un doute, a demandé à son père:
– Tu crois que c’est vrai?
– Quoi, vrai?
– Ce qu’il dit, Carlos.
– Ça m’étonnerait, dit le père.
Et il s’est replongé dans son journal.

O comme Où étiez-vous en 1979?

 

DSCI7521

– Vous le reconnaissez? demande le gentil barista chez qui l’Adrienne avait finalement pu entrer pour boire un cappuccino.

C’est qu’à York, les chiens ne sont pas les bienvenus. Or ce brave Ted avait déjà dû supporter son premier voyage en train, la foule de la gare, les flots de touristes autour de la cathédrale, des parcs et des pelouses interdites aux quadrupèdes et nulle part le moindre bol d’eau fraîche. Ah! on était bien loin de l’aimable Skipton!

– Non, dit l’Adrienne, ça ne me dit rien du tout!

– Vraiment pas?

Il insiste, incrédule. C’est toujours un moment embêtant où il faut se décider si on va avouer qu’en dehors de Wolfgang Amadé, on ne connaît pas grand-chose.

– Je vous le fais écouter, si vous voulez.

– D’accord, dit l’Adrienne.

Et il lui a déversé ceci dans les oreilles, en précisant que ce morceau était à l’origine du hip hop, et l’Adrienne a fait de son mieux pour se montrer impressionnée:

K comme krapoverie

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Un beau jour, voilà une drôle de façon de parler, comme s’il ne se passait de choses bonnes à raconter que les « beaux » jours… Un beau jour, donc, qui n’était pas si beau que ça et d’ailleurs il faudrait plutôt dire un soir, ou une nuit, mais quelle importance ce genre de détail, barrons-le.

Et croyez-moi, pas besoin de s’endormir près d’un lac ni de voir surgir un aigle noir. Encore une preuve s’il en fallait que ce n’était pas un beau jour, quoi qu’en dise la chanson. Surtout que là aussi c’était la nuit. Enfin peut-être.

Et là, couic ! On se sent mal à l’aise, on frise le #metoo et on n’a pas trop envie de remuer ces choses-là donc on se dit qu’on a encore une raison de plus de détester l’expression si bancale « un beau jour » et qu’on fera bien de la rayer de son vocabulaire, sauf à raconter des contes de fées aux petits enfants.

– Tu peux le prouver ? demande-t-elle quand on lui dit « j’ai des dons de guérisseur » et voilà ce qui arrive à force d’exercer l’esprit critique des enfants, ils ne croient plus à rien dès qu’ils ont six ans, veulent des preuves et des arguments imparables, des pourquoi et des comment, des diplômes et des certificats d’authenticité. Et froncent les sourcils quand on leur débite un conte.

Pas de bol ce jour-là – ou était-ce une nuit – elle est restée insensible à l’imposition des mains, aux incantations, aux pierres chaudes ou froides, les tables n’ont pas tourné et l’esprit n’était point là. En tout cas pas là où il aurait dû être et peut-être même l’avait-on perdu, irrémédiablement.

Comme par hasard, il y avait sa mère, ou sa sœur, à Vesoul ou à Vierzon, à Honfleur ou à Hambourg, mais jamais à Anvers, là où on voulait aller, ce n’est pas trop loin et il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir, on n’a qu’à choisir au hasard. Mais il paraît que le hasard n’existe pas ou que s’il existe, il fait mal les choses.

Moralité: ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on partira n’importe où bras dessus bras dessous en chantant des chansons.

***

merci à Joe Krapov pour la consigne qu’on peut trouver ici. Il faut traiter le sujet « J’ai des dons de guérisseur » et introduire, toutes les cinq minutes une formule tirée avec les dés :

Un beau jour – Et croyez-moi – Et là, couic ! – Tu peux le prouver ? – Pas de bol – Comme par hasard – Moralité

Adrienne n’aime pas les roses blanches…

lakévio106

C’est le premier week-end de juillet. Parfois, le père a réussi à se libérer la veille, alors la famille prend la route le vendredi. Réveil à trois heures du matin, départ vers quatre heures, selon le degré de difficulté du puzzle pour tout caser dans la voiture. A commencer par les piquets et la toile de tente, modèle familial, avec grand auvent, table, sièges, réchaud, matériel de couchage, de cuisine, le coffre est grand mais rempli à ras bord. Faut bien pousser pour le refermer.

Sur la banquette arrière, il faut caser le fils, la fille, deux valises de vêtements et les pulls pour la fraîcheur du soir. A côté du conducteur, la mère, avec à ses pieds le casse-croûte du midi. Pour ce trajet-là, mille kilomètres en direction du sud, la gamine n’a pas besoin de lire la carte, le père et elle connaissent la route par cœur. Et ce jour-là, quand le père tient le volant, il ne le lâche plus: on n’a qu’à ajuster ses besoins à ceux de la bagnole et faire pipi la fois où on s’arrête pour faire le plein.

La route est longue et il faut occuper le petit frère. On joue à compter les voitures blanches. On joue au jeu de l’alphabet. On joue à apprendre par cœur les numéros des départements français. On chante tout son répertoire de chansons. Jusqu’à cet inévitable moment où la mère exige qu’on lui chante « Maman c’est toi la plus belle du monde », façon Luis Mariano, et après celle-là, ça ne peut pas rater, elle veut entendre « C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman… »

Pitié! non! pas celle-là! 

***

Tableau et consignes chez Lakévio, qui nous demandait expressément: « Oubliez, s’il vous plait, Berthe Sylva ou Tino Rossi. Pas de drame, ici ! Au gué, vivent les roses sous la tonnelle! Un petit tour à Bagatelle ? Enivrez-vous d’odeurs. Saisissez l’heure ! Revenez lundi avec un joli bouquet d’idées !«