O comme Où étiez-vous en 1979?

 

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– Vous le reconnaissez? demande le gentil barista chez qui l’Adrienne avait finalement pu entrer pour boire un cappuccino.

C’est qu’à York, les chiens ne sont pas les bienvenus. Or ce brave Ted avait déjà dû supporter son premier voyage en train, la foule de la gare, les flots de touristes autour de la cathédrale, des parcs et des pelouses interdites aux quadrupèdes et nulle part le moindre bol d’eau fraîche. Ah! on était bien loin de l’aimable Skipton!

– Non, dit l’Adrienne, ça ne me dit rien du tout!

– Vraiment pas?

Il insiste, incrédule. C’est toujours un moment embêtant où il faut se décider si on va avouer qu’en dehors de Wolfgang Amadé, on ne connaît pas grand-chose.

– Je vous le fais écouter, si vous voulez.

– D’accord, dit l’Adrienne.

Et il lui a déversé ceci dans les oreilles, en précisant que ce morceau était à l’origine du hip hop, et l’Adrienne a fait de son mieux pour se montrer impressionnée:

K comme krapoverie

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Un beau jour, voilà une drôle de façon de parler, comme s’il ne se passait de choses bonnes à raconter que les « beaux » jours… Un beau jour, donc, qui n’était pas si beau que ça et d’ailleurs il faudrait plutôt dire un soir, ou une nuit, mais quelle importance ce genre de détail, barrons-le.

Et croyez-moi, pas besoin de s’endormir près d’un lac ni de voir surgir un aigle noir. Encore une preuve s’il en fallait que ce n’était pas un beau jour, quoi qu’en dise la chanson. Surtout que là aussi c’était la nuit. Enfin peut-être.

Et là, couic ! On se sent mal à l’aise, on frise le #metoo et on n’a pas trop envie de remuer ces choses-là donc on se dit qu’on a encore une raison de plus de détester l’expression si bancale « un beau jour » et qu’on fera bien de la rayer de son vocabulaire, sauf à raconter des contes de fées aux petits enfants.

– Tu peux le prouver ? demande-t-elle quand on lui dit « j’ai des dons de guérisseur » et voilà ce qui arrive à force d’exercer l’esprit critique des enfants, ils ne croient plus à rien dès qu’ils ont six ans, veulent des preuves et des arguments imparables, des pourquoi et des comment, des diplômes et des certificats d’authenticité. Et froncent les sourcils quand on leur débite un conte.

Pas de bol ce jour-là – ou était-ce une nuit – elle est restée insensible à l’imposition des mains, aux incantations, aux pierres chaudes ou froides, les tables n’ont pas tourné et l’esprit n’était point là. En tout cas pas là où il aurait dû être et peut-être même l’avait-on perdu, irrémédiablement.

Comme par hasard, il y avait sa mère, ou sa sœur, à Vesoul ou à Vierzon, à Honfleur ou à Hambourg, mais jamais à Anvers, là où on voulait aller, ce n’est pas trop loin et il y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir, on n’a qu’à choisir au hasard. Mais il paraît que le hasard n’existe pas ou que s’il existe, il fait mal les choses.

Moralité: ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on partira n’importe où bras dessus bras dessous en chantant des chansons.

***

merci à Joe Krapov pour la consigne qu’on peut trouver ici. Il faut traiter le sujet « J’ai des dons de guérisseur » et introduire, toutes les cinq minutes une formule tirée avec les dés :

Un beau jour – Et croyez-moi – Et là, couic ! – Tu peux le prouver ? – Pas de bol – Comme par hasard – Moralité

Adrienne n’aime pas les roses blanches…

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C’est le premier week-end de juillet. Parfois, le père a réussi à se libérer la veille, alors la famille prend la route le vendredi. Réveil à trois heures du matin, départ vers quatre heures, selon le degré de difficulté du puzzle pour tout caser dans la voiture. A commencer par les piquets et la toile de tente, modèle familial, avec grand auvent, table, sièges, réchaud, matériel de couchage, de cuisine, le coffre est grand mais rempli à ras bord. Faut bien pousser pour le refermer.

Sur la banquette arrière, il faut caser le fils, la fille, deux valises de vêtements et les pulls pour la fraîcheur du soir. A côté du conducteur, la mère, avec à ses pieds le casse-croûte du midi. Pour ce trajet-là, mille kilomètres en direction du sud, la gamine n’a pas besoin de lire la carte, le père et elle connaissent la route par cœur. Et ce jour-là, quand le père tient le volant, il ne le lâche plus: on n’a qu’à ajuster ses besoins à ceux de la bagnole et faire pipi la fois où on s’arrête pour faire le plein.

La route est longue et il faut occuper le petit frère. On joue à compter les voitures blanches. On joue au jeu de l’alphabet. On joue à apprendre par cœur les numéros des départements français. On chante tout son répertoire de chansons. Jusqu’à cet inévitable moment où la mère exige qu’on lui chante « Maman c’est toi la plus belle du monde », façon Luis Mariano, et après celle-là, ça ne peut pas rater, elle veut entendre « C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman… »

Pitié! non! pas celle-là! 

***

Tableau et consignes chez Lakévio, qui nous demandait expressément: « Oubliez, s’il vous plait, Berthe Sylva ou Tino Rossi. Pas de drame, ici ! Au gué, vivent les roses sous la tonnelle! Un petit tour à Bagatelle ? Enivrez-vous d’odeurs. Saisissez l’heure ! Revenez lundi avec un joli bouquet d’idées !« 

C comme chantons!

Que faisait-on, avant internet, quand on avait un refrain en tête et qu’on voulait retrouver toute la chanson? Quand on se souvenait d’une récitation de grand-père sans connaître le nom du poète?

Aujourd’hui on tapote “Brassens + jupon” ou “quelque arabesque folle” et voilà que de cet océan de savoirs surgissent toutes les chansons où l’ami Georges a tâté le jupon d’une belle et près de sept cents références à papa Victor dissolvant ses larmes dans des poèmes à sa Léopoldine.

Après, évidemment, on devient complètement accro et on passe des heures à lire ce que Brel dit de Brassens (vous le trouverez en tapotant “Brassens + bigoudi”), ce que les journalistes ont écrit sur Brassens (tapotez “Brassens + écorché”, oui les journalistes écrivent surtout en clichés).

Et – vous l’aurez deviné – si vous voulez tout savoir sur sa vie privée, vous tapez “Brassens + impasse”…

***

En même temps, ça vous apprend que ‘jupon’ se dit ‘las enaguas’ en espagnol… qui sait à quoi ça pourra vous être utile, un jour?

🙂

Texte écrit pour « Ecriture créative ». Les 10 mots imposés sont les suivants : bigoudis – internet – refrain – jupon – arabesque – océan – dissoudre – écorché – impasse – sept. Vous pouvez les inclure dans un poème, une prose, un texte court, un texte long, c’est comme vous le sentez ! L’idée est de vous laisser guider par ces mots, que vous utiliserez dans l’ordre ou le désordre, au pluriel ou au singulier, conjugués ou non.

 

V comme vieux machins

C’est en se préparant un café mercredi matin que l’Adrienne s’est spontanément mise à chanter le refrain de Riquita jolie fleur de Java. Elle s’est arrêtée brusquement au milieu de la première strophe en se demandant d’où ça lui venait, comme ça, d’un seul coup, de faire exactement ce que faisait son grand-père en moulant le café du matin, il y a quarante ans… 

C’est bien beau, se dit-elle, de discutailler sur l’utile et l’inutile, mais que font tous ces airs de l’entre-deux-guerres dans une tête née à l’époque de l’Atomium? 

Parrrlez-moi d’amourrr, chantait le grand-père en roulant les R, rrredites-moi des choses tendrrres… et il enlaçait grand-mère Adrienne pour trois tours de danse entre la table et la cuisinière. 

Quand le rythme était plus rapide, grand-mère Adrienne était vite essoufflée malgré le regard « qui ensorcelle quand on la danse les yeux dans les yeux » et retournait dans son arrière-cuisine. 

Sacré grand-père! Il savait jouer sur tous les registres, le langoureux et le comique. Grand-mère Adrienne – et c’est toujours resté un mystère incompréhensible pour sa petite-fille – semblait s’efforcer de ne pas se laisser trop attendrir ni de se laisser aller à rire ouvertement avec ses imitations de Fernandel, Ignace, c’est un petit petit nom charmant, qui me vient tout droit de mes parents…  

 

Bref, en y repensant ce matin-là devant son café, l’Adrienne s’est dit qu’il y avait tout de même un truc bizarre avec sa mémoire, capable de chanter d’un bout à l’autre J’attendrai et une bonne part du répertoire de Berthe Sylva et de si mal connaître les chanteurs des années 80 ou 90 cool 

Mais, direz-vous, ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine 

O comme Occidentali’s Karma

C’est la chanson qui a gagné au festival de San Remo 2017 et qui représentera l’Italie à l’Eurovision. 

Francesco Gabbani surfe sur la vague (ou la vogue) qui séduit toute une génération – je le vois assez chez les jeunes et même les moins jeunes qui m’entourent – les bâtonnets d’encens, les sushis, le yoga, la zen-attitude… tout ça mélangé à quelques slogans du monde occidental, depuis le « Panta rhei » des Anciens jusqu’au Singing in the rain… 

Le singe nu danse 

la scimmia nuda balla 

et internet est l’opium du pauvre 

oppio dei poveri

***

sur les forums, beaucoup d’Italiens se demandent pourquoi tant d’étrangers regardent cette vidéo et lui donnent des « like » et des commentaires positifs alors qu’eux-mêmes trouvent le texte assez nul tongue-out

« assurdo come gli stranieri apprezzino una canzone italiana. . . Non ho visto commenti positivi da italiani. . . forse perché la canzone fa REALMENTE schifo? » (c’est absurde que les étrangers apprécient une chanson italienne. Je n’ai pas vu de commentaires positifs d’Italiens, peut-être parce que la chanson est vraiment nulle)

la réponse se trouve sans doute dans les commentaires en anglais-polonais-islandais-bosniaque-espagnol qui disent qu’ils ne comprennent rien aux paroles mais donnent 10/10 à la chanson tongue-out

« I learn to sing this song on italian,even i dont understand a single word,i mean i saw a translation on english but this sounds amazing,1000000 voices from Bosnia goes to Francesko and this masterpiece. » (sic) 

Italy, twelve points?