T comme téléphonez-mi

Mini-Adrienne était en visite avec le petit frère et les parents chez des amis de ceux-ci qui avaient un fils de son âge.
Pas encore dix ans à l’époque.

Un fils que les parents aimaient mettre en valeur de toutes sortes de façons, ce qui étonnait toujours beaucoup la petite.

– Vous voyez, disait la mère du petit Christian, il ne réussit pas à dire correctement le mot ‘décalcomanie’ mais il vous dit la formule de Mary Poppins d’une seule traite.

Et en effet, il en a tout de suite fait la démonstration.
Jusqu’à trois fois: Supercalifragilisticexpidélilicieux!

Il savait aussi chanter et a choqué mini-Adrienne en lui chantant « J’aime les filles« .
Qu’elle ne connaissait évidemment pas, et il faut croire qu’à pas-dix-ans elle avait déjà des idées bien arrêtées sur l’exclusivité en amour 😉

Bref, c’est au petit Christian et à son refrain « téléphonez-moi/téléphonez-mi » qu’elle a pensé en voyant l’arrière d’une fourgonnette anglaise sur laquelle on pouvait lire la question suivante: « How is my driving? » accompagnée d’un numéro de téléphone pour les plaintes et/ou les félicitations.

***

Et pour boucler la boucle: ce « how is my driving? » est… une décalcomanie.
Mais on peut supposer qu’aujourd’hui le petit Christian réussit à mieux dire ce mot-là que supercalifragilimachin 🙂

Premier

source ici (récap en 70 titres lors de ses 70 ans)

Le premier, c’était beau-papa.
Au téléphone, belle-maman exultait:

– C’est positif, a dit le docteur, donc tout va bien!

Elle avait compris ce que tout proche aime comprendre: les tests sont positifs, donc c’est bon.
Mais bien sûr, en jargon médical « positif » veut dire mauvais.

Jusqu’à aujourd’hui l’Adrienne ne comprend pas comment le médecin, qui a dû assister à une explosion de joie, lui aussi, vu que belle-maman avait l’émotion explosive, comment il n’a pas rectifié le tir.

Le premier, donc, c’était beau-papa.
Après, bien sûr, il y en a eu beaucoup, beaucoup d’autres.
De toutes les sortes.
Des rapides-fulgurants et des sournois-faux jetons, qui te font croire « en rémission » pour t’anéantir plus fort après des opérations et des thérapies qui te mettent le peu de vie qui te reste complètement à l’envers.

Bref, c’est à lui l’Ostendais et à tous ceux qui ont suivi que l’Adrienne a pensé, père, oncle, tantes, amies, élèves… après avoir entendu la triste nouvelle qu’Arno avait succombé, lui aussi, malgré ses efforts pour rester en vie.

Z comme zootje ongeregeld

C’est l’expression qui vient spontanément à l’Adrienne – en même temps qu’un grand sourire, la pêche et la banane – quand elle se trouve dans le cercle très joyeux de la chorale, celle qu’elle avait appelée Geitenwollensokken et dont elle avait déjà vanté la belle discipline 😉

Bref, d’arrêts imposés en reprises timides et éphémères, la petite chorale a recommencé ses réunions chaque quinzaine, malheureusement dans chef de chœur.

Il faut dire que c’est bien beau, l’esprit hippie et anar-sur-les-bords, ça rigole, ça papote, ça arrive en retard, certains au bout de cinq ans ne savent toujours pas si elles sont sopranos ou altos, s’ils sont ténor, baryton ou basse, la moitié au moins ne lit pas la musique, certains chantent faux (ou disons: ont du mal à garder la note ;-)), ne viennent qu’une fois sur deux (ou sur trois) donc il faut tout reprendre à zéro, à peu près à chaque répétition.

Zootje ongeregeld, joyeux bazar, petite troupe en pagaille, bande de fous, tout ça et bien plus, et c’est adorablement rigolo.

Sauf pour le chef.

Le défi du 20

Pour le 20 mars, Passiflore (merci, Passiflore!) demande trois chanteurs et tout naturellement l’Adrienne a pensé à regrouper trois Italo-belges.

Le premier est évidemment Adamo, dont on peut lire ici la biographie, au cas où on ne la connaîtrait pas bien, et voir toute la discographie.

Tombe la neige est un de ses tout premiers morceaux, le choix est large et ceux que l’Adrienne aime sont nombreux, ils font partie de la jeunesse de sa Tantine.

Ensuite il y a Frédéric François. Il a francisé son nom, Francesco Barracato, et s’est spécialisé dans les chansons d’amour Latin Lover 😉

En 1972, mini-Adrienne et son petit frère braillaient Laisse-moi vivre ma vie 🙂

Enfin, Claude Barzotti, né Francesco Barzotti, qui en 1975 a fait chavirer le cœur de midinette de l’Adrienne bien avant qu’elle ne soit une Madame… et tiens! il chavire encore 🙂

C comme chanter

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Mardi matin, l’Adrienne découvre un joyeux message de Sofie (quelle Sofie? qui est cette Sofie? connais pas cette Sofie!) l’invitant à chanter ensemble:

« Ik voel me heel gelukkig dat ik samen met u de komende weken mag zingen en plezier maken. » Je me sens si heureuse de pouvoir chanter et m’amuser avec vous dans les prochaines semaines.

Et autres gentillesses.

Ce n’est que tout en bas de la page qu’on peut lire que chacun de ces « heureux moments où on chantera et s’amusera ensemble » coûtera 15 €.

Le bonheur a un prix 🙂

Adrienne lit les annales

Aje van z’n leven in de Westhoek passeert
Si jamais tu passes par le Westhoek

Deur regen en noorderwinden
Un jour de pluie et de vent du Nord

Keert omme den tied aj’alhier passeert
Tu remonteras dans le temps

Den oorlog ga j’hier were vinden
Ici tu reverras la guerre

Ja ’t is den oorlog daj’hier were vindt
Oui c’est la guerre que tu vois ici

En ’t graf van duzend soldaten
Et la tombe de milliers de soldats

Altijd iemands vader altijd iemands kind
Toujours le père ou l’enfant de quelqu’un

Nu doodstille godverlaten
Abandonnés dans ce silence de mort

Laat de bomen nu mor zwiegen
Fais taire les arbres

En da ’t gras niets vertelt
Et que l’herbe ne raconte rien

En de wind moet ook mor ni’ zingen
Le vent non plus ne peut pas chanter

Da julderen dood tot niets hee’ geteld
Que leur mort a été pour rien

Dat waren al te schrikkelijke dingen
C’étaient des choses trop terribles

Seg, ’t gaat al goed der is welvaart in ’t land
D’ailleurs tout va bien, le pays est prospère

En de vrede ligt vast in de wetten
Et la paix est réglée par des lois

We maken wel wapens mor me’ veel mere verstand
Oui on fait des armes mais avec beaucoup d’intelligence

Mor zjust om den oorlog te beletten
Et uniquement pour empêcher la guerre

En grote raketten atoom in den top
Et des missiles avec une tête nucléaire

We meugen toch experimenteren
On a bien le droit d’expérimenter

We mikken wel ne keer na mekaar z’ne kop
Oui on vise l’autre parfois

Mor zjust om ons t’amuseren
Mais juste pour rigoler

Aje van ze leven in de westhoek passeert
(etc. reprise du début)
duzend en duzend soldaten
Des milliers et des milliers de soldats

Chanson de Willem Vermandere, qu’il a écrite en 1976; il chante en patois du Westhoek (Flandre occidentale) – traduction de l’Adrienne

La semaine dernière, quelle drôle de coïncidence, l’Adrienne était plongée dans le journal tenu par le directeur de l’école des garçons de sa ville, en 14-18, et la semaine d’avant, dans le journal tenu en 14-18 par une des religieuses de l' »hospice » de la ville.

Non, rien n’a changé.

R comme refrains

En quittant Ostende dans le brouillard, mercredi dernier, on aperçoit une inscription qu’on n’avait pas remarquée avant. Elle est en patois ostendais, « zeg nie toet ziens« , ne dis pas au revoir.

– Kèskecèksa? se demande l’Adrienne en route vers la gare.

Un premier indice de réponse se trouve dans sa situation, entre l’Oosteroever, le quartier des pêcheurs, du port de pêche et de la criée aux poissons, et le « vistrap » où les épouses vendent la pêche de la nuit précédente.

Ostende a eu au siècle dernier deux dames, femmes, filles, sœurs de pêcheurs qui ont joui d’une belle notoriété locale comme chanteuses de « Oostendse levensliederen« , la chanson réaliste aux thèmes liés à la mer et à Ostende.

D’où cette petite phrase extraite de l’une d’elles.

Juste derrière, si vous agrandissez la photo, vous pouvez voir les notes des premières mesures du Plat pays de Jacques Brel, qui commence par les mots « Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague… »

Si quelqu’un veut une traduction, il n’a qu’à demander 😉

C’est une déclaration d’amour à son homme qu’elle appelle « son capitaine de la marine » même s’il n’en a ni les galons, ni le képi à dorures.

Le plat pays dans la version de Pierre Rapsat:

I comme Isabelle

Ne demandez pas à l’Adrienne pourquoi mercredi matin en allant en ville elle avait précisément ce refrain-là aux lèvres.
Pensait-elle à son père, dont c’était la chanteuse préférée, ou était-elle simplement heureuse de ce matin froid et bleu, rouge et or?
Les voies musicales sont impénétrables 😉

H comme humour

« L’humour est un genre difficile », disait le père et mini-Adrienne était bien d’accord !

Il y avait par exemple un comique comme Sim, qui faisait mourir de rire son petit frère avec ses grimaces et ses déguisements en vieille dame ratatinée, mais elle, pas du tout.

Par contre, il y avait deux chansons de lui qu’ils braillaient avec bonheur, surtout celle où la rime avec « hélicon » permettait d’utiliser plusieurs fois un mot interdit par la mère.

« Faut pas caler, c’est con-traire aux traditions » hurlaient-ils en duo avec le chanteur.

Un autre refrain auquel ils se joignaient avec allégresse, c’était « Ah ! bon Dieu ! Que c’est embêtant d’être toujours patraque ! Ah ! bon Dieu ! Que c’est embêtant, je ne suis pas bien portant ! »

Et vous qui connaissez mini-Adrienne, vous avez déjà deviné qu’elle s’était fait un devoir d’apprendre par cœur tous ces mots dont elle ignorait souvent le sens, mais qui l’enchantaient : j’ai la rate qui se dilate, le pylore qui se colore, l’épigastre qui s’encastre…

Bref, il a fallu ce défi 688 pour qu’elle puisse situer l’épigastre 🙂

Alors qu’est-ce qu’on dit ?

Merci, Maître Walrus !