Adrienne n’aime pas les roses blanches…

lakévio106

C’est le premier week-end de juillet. Parfois, le père a réussi à se libérer la veille, alors la famille prend la route le vendredi. Réveil à trois heures du matin, départ vers quatre heures, selon le degré de difficulté du puzzle pour tout caser dans la voiture. A commencer par les piquets et la toile de tente, modèle familial, avec grand auvent, table, sièges, réchaud, matériel de couchage, de cuisine, le coffre est grand mais rempli à ras bord. Faut bien pousser pour le refermer.

Sur la banquette arrière, il faut caser le fils, la fille, deux valises de vêtements et les pulls pour la fraîcheur du soir. A côté du conducteur, la mère, avec à ses pieds le casse-croûte du midi. Pour ce trajet-là, mille kilomètres en direction du sud, la gamine n’a pas besoin de lire la carte, le père et elle connaissent la route par cœur. Et ce jour-là, quand le père tient le volant, il ne le lâche plus: on n’a qu’à ajuster ses besoins à ceux de la bagnole et faire pipi la fois où on s’arrête pour faire le plein.

La route est longue et il faut occuper le petit frère. On joue à compter les voitures blanches. On joue au jeu de l’alphabet. On joue à apprendre par cœur les numéros des départements français. On chante tout son répertoire de chansons. Jusqu’à cet inévitable moment où la mère exige qu’on lui chante « Maman c’est toi la plus belle du monde », façon Luis Mariano, et après celle-là, ça ne peut pas rater, elle veut entendre « C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman… »

Pitié! non! pas celle-là! 

***

Tableau et consignes chez Lakévio, qui nous demandait expressément: « Oubliez, s’il vous plait, Berthe Sylva ou Tino Rossi. Pas de drame, ici ! Au gué, vivent les roses sous la tonnelle! Un petit tour à Bagatelle ? Enivrez-vous d’odeurs. Saisissez l’heure ! Revenez lundi avec un joli bouquet d’idées !« 

Publicités

Wagon de train pour…

36176272_10214696972291006_2855169064379088896_n

Vous vous souvenez de notre geitenwollensokkenkoor

La voici pour sa première performance publique, dimanche dernier 🙂

L’Adrienne et ses copains chantent le ‘do’ avant d’entamer leur numéro fétiche, celui avec lequel tout a commencé:

 

C comme chantons!

Que faisait-on, avant internet, quand on avait un refrain en tête et qu’on voulait retrouver toute la chanson? Quand on se souvenait d’une récitation de grand-père sans connaître le nom du poète?

Aujourd’hui on tapote “Brassens + jupon” ou “quelque arabesque folle” et voilà que de cet océan de savoirs surgissent toutes les chansons où l’ami Georges a tâté le jupon d’une belle et près de sept cents références à papa Victor dissolvant ses larmes dans des poèmes à sa Léopoldine.

Après, évidemment, on devient complètement accro et on passe des heures à lire ce que Brel dit de Brassens (vous le trouverez en tapotant “Brassens + bigoudi”), ce que les journalistes ont écrit sur Brassens (tapotez “Brassens + écorché”, oui les journalistes écrivent surtout en clichés).

Et – vous l’aurez deviné – si vous voulez tout savoir sur sa vie privée, vous tapez “Brassens + impasse”…

***

En même temps, ça vous apprend que ‘jupon’ se dit ‘las enaguas’ en espagnol… qui sait à quoi ça pourra vous être utile, un jour?

🙂

Texte écrit pour « Ecriture créative ». Les 10 mots imposés sont les suivants : bigoudis – internet – refrain – jupon – arabesque – océan – dissoudre – écorché – impasse – sept. Vous pouvez les inclure dans un poème, une prose, un texte court, un texte long, c’est comme vous le sentez ! L’idée est de vous laisser guider par ces mots, que vous utiliserez dans l’ordre ou le désordre, au pluriel ou au singulier, conjugués ou non.

 

V comme vieux machins

C’est en se préparant un café mercredi matin que l’Adrienne s’est spontanément mise à chanter le refrain de Riquita jolie fleur de Java. Elle s’est arrêtée brusquement au milieu de la première strophe en se demandant d’où ça lui venait, comme ça, d’un seul coup, de faire exactement ce que faisait son grand-père en moulant le café du matin, il y a quarante ans… 

C’est bien beau, se dit-elle, de discutailler sur l’utile et l’inutile, mais que font tous ces airs de l’entre-deux-guerres dans une tête née à l’époque de l’Atomium? 

Parrrlez-moi d’amourrr, chantait le grand-père en roulant les R, rrredites-moi des choses tendrrres… et il enlaçait grand-mère Adrienne pour trois tours de danse entre la table et la cuisinière. 

Quand le rythme était plus rapide, grand-mère Adrienne était vite essoufflée malgré le regard « qui ensorcelle quand on la danse les yeux dans les yeux » et retournait dans son arrière-cuisine. 

Sacré grand-père! Il savait jouer sur tous les registres, le langoureux et le comique. Grand-mère Adrienne – et c’est toujours resté un mystère incompréhensible pour sa petite-fille – semblait s’efforcer de ne pas se laisser trop attendrir ni de se laisser aller à rire ouvertement avec ses imitations de Fernandel, Ignace, c’est un petit petit nom charmant, qui me vient tout droit de mes parents…  

 

Bref, en y repensant ce matin-là devant son café, l’Adrienne s’est dit qu’il y avait tout de même un truc bizarre avec sa mémoire, capable de chanter d’un bout à l’autre J’attendrai et une bonne part du répertoire de Berthe Sylva et de si mal connaître les chanteurs des années 80 ou 90 cool 

Mais, direz-vous, ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine 

O comme Occidentali’s Karma

C’est la chanson qui a gagné au festival de San Remo 2017 et qui représentera l’Italie à l’Eurovision. 

Francesco Gabbani surfe sur la vague (ou la vogue) qui séduit toute une génération – je le vois assez chez les jeunes et même les moins jeunes qui m’entourent – les bâtonnets d’encens, les sushis, le yoga, la zen-attitude… tout ça mélangé à quelques slogans du monde occidental, depuis le « Panta rhei » des Anciens jusqu’au Singing in the rain… 

Le singe nu danse 

la scimmia nuda balla 

et internet est l’opium du pauvre 

oppio dei poveri

***

sur les forums, beaucoup d’Italiens se demandent pourquoi tant d’étrangers regardent cette vidéo et lui donnent des « like » et des commentaires positifs alors qu’eux-mêmes trouvent le texte assez nul tongue-out

« assurdo come gli stranieri apprezzino una canzone italiana. . . Non ho visto commenti positivi da italiani. . . forse perché la canzone fa REALMENTE schifo? » (c’est absurde que les étrangers apprécient une chanson italienne. Je n’ai pas vu de commentaires positifs d’Italiens, peut-être parce que la chanson est vraiment nulle)

la réponse se trouve sans doute dans les commentaires en anglais-polonais-islandais-bosniaque-espagnol qui disent qu’ils ne comprennent rien aux paroles mais donnent 10/10 à la chanson tongue-out

« I learn to sing this song on italian,even i dont understand a single word,i mean i saw a translation on english but this sounds amazing,1000000 voices from Bosnia goes to Francesko and this masterpiece. » (sic) 

Italy, twelve points? 

G comme gros lot

Chapitre 1: G comme Gino 

Gino a un passe-temps qu’il partage avec de nombreux Belges, aussi bien du côté flamand que wallon. Il est colombophile. Ça veut dire que dans son jardin il a un kot à pigeons qu’il entraîne à la course. Le dimanche matin, ces petites bêtes acheminées par paniers entiers vers un lieu éloigné de leur domicile, sont relâchées dans un ciel plus ou moins clair et supposées rentrer dare-dare chez elles, retrouver leur duivenkot, leur partenaire, leur nid. Gino et ses copains colombophiles les attendent de pied ferme pour les attraper dès leur arrivée et pouvoir enregistrer leur temps de vol grâce à la bague à faire passer dans la petite machine. (1)

gino.jpg

Chapitre 2: G comme Golden Prince 

Gino est un pro dans son hobby et ses pigeons sont des « coulons futés » (2) qui gagnent tous les concours. Comme son Golden Prince, par exemple, qui a battu tous les records de palmarès en 2014. Alors Gino s’est dit que c’était le moment de rentabiliser son hobby et de passer à autre chose. On peut supposer que madame Gino a envie de prendre des vacances. 

Chapitre 3: G comme gros lot 

C’est ainsi qu’une vedette internationale comme Golden Prince s’est retrouvée à une vente aux enchères – tout se vend aux enchères, même les œufs à couver – et qu’il vient de faire remporter l’ultime gros lot à son propriétaire, 316 000 €, le meilleur prix jamais donné pour un pigeon. Non pas, comme c’est généralement le cas ces dernières années, par un acheteur chinois, mais par un Sud-Africain. 

Article et photos ici… 

cette folie colombophile est à l’origine de quelques chansons narquoises, comme ik zie zo geiren mijn duivenkot, j’aime tant mon pigeonnier, ou cette ode ironique en patois anversois au « blauwe geschelpte« , le pigeon aux taches bleutées 

 (1) comme je l’ai vu faire par de vieux colombophiles quand j’avais huit ans, je ne sais pas dans quelle mesure ça a évolué cool 

(2) les Wallons d’à côté de là où j’habite disent ‘coulon’ pour pigeon

Z comme Zinzin

Quand l’Adrienne revient de son cours de solfège, le lundi soir, ou quand elle rentre d’un concert, d’un opéra, à chaque fois c’est pareil: elle chante dans la rue et tous ceux qui l’entendent doivent la croire complètement zinzin. 

Mais ce n’est pas grave. 

Dimanche dernier, entre l’académie de musique et la maison de tante Fé, elle n’a pas cessé de chanter ceci en marchant, de peur de l’oublier en cours de route: 

une chanson de 1930 que chantait son grand-père et qu’elle n’avait plus entendue depuis très (très, très) longtemps  

*** 

c’est bien de l’avoir retrouvée 

c’est bien d’en comprendre enfin les paroles 

et de revoir le grand-père qui regardait son épouse d’un air coquin 

en la chantant 

tongue-out