Question existentielle

La citation se trouvait sur un calendrier et voilà des semaines, des mois qu’elle turlupine l’Adrienne.

Elle est prononcée par Orson Welles dans The third man (voir la vidéo ci-dessus) et serait de lui. Graham Greene, auteur du livre, et Carol Reed, réalisateur du film, confirment que Welles pouvait ‘meubler’ ici et là un vide dans le scénario par des phrases de son propre cru.

Soit.

« In Italy, for 30 years under the Borgias, they had warfare, terror, murder and bloodshed, but they produced Michelangelo, Leonardo da Vinci and the Renaissance. In Switzerland they had brotherly love, they had 500 years of democracy and peace – and what did that produce? The cuckoo clock. »

« En Italie, pendant trente ans sous les Borgia, il y a eu la guerre, la terreur, le meurtre et le sang versé, mais le pays a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, il y a eu cinq cents ans d’amour fraternel, de démocratie et de paix – et qu’est-ce que ça a donné? La pendule à coucou. » (traduction de l’Adrienne)

Ne trouvez-vous pas, vous aussi, qu’il y aurait beaucoup à dire là-dessus?

A commencer par la paternité des pendules à coucou, qui seraient originaires de la Forêt Noire.

Ou jetez un œil à l’histoire de la Suisse, qui est bien loin d’avoir été un long fleuve tranquille…

Et pour terminer, examinez la question existentielle que pose Harry Lime en disant cela: est-ce que vraiment l’art et la culture fleurissent mieux sous le despotisme, la guerre et la violence?

P comme pas ce qu’on croit

64ème devoir de Lakevio du Goût

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Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador. 

Il s’est vite avéré que malgré ses airs de Bogart, il ne savait parler que de voitures.

Elle était comme Lauren, elle en retira qu’il n’avait que l’aspect d’un brave, avec l’entrain facile d’un commis voyageur.

***

désolée, l’idée ne m’est venue que cette nuit, à cause de l’organe abîmé de Bogart et Bacall, à force de vouloir prendre une voix « sexy »… et sans doute un peu aussi à cause de la cigarette 😉

Je vous propose de dire ce que vous inspire cette toile de Mr Vettriano.
Une histoire qui commencerait par :
« Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador. »
Et qui finirait par :
« Elle en retira qu’il n’avait que l’aspect d’un brave, avec l’entrain facile d’un commis voyageur. »

M comme mariage

C’est au hasard d’une soirée télévisée du samedi chez les grands-parents que mini-Adrienne a appris de la bouche de son père que le cousin Paul – celui qui avait un papa très riche – s’était enfui à Gretna Green avec la jeune fille qu’il voulait épouser sans l’accord de ses parents.

Depuis peu, l’Adrienne a appris que ça porte un nom, elopement.
Même en français.
Elopement.

Ces jours-ci, le mot a pris un sens nouveau, s’il faut en croire la presse: on l’utilise aussi pour désigner les mariages tout à fait intimes, juste à deux, sans famille, sans invités.

Et pas seulement pour des raisons de covid: « Just the two of us » 😉

O comme Ostende fait son cinéma

Regardez ce passage du filmAanrijding in Moscou(2008) – une collision, un accrochage à Moscou, un quartier populaire de Gand, Flandre Orientale – où on voit l’événement déclencheur de l’histoire. La traduction du dialogue se trouve sous le billet.

Matty, la quarantaine et presque autant de problèmes (en instance de divorce, trois enfants à élever, un boulot de m…, une bagnole qui tombe en ruine etc) heurte le camion de Johnny en quittant le parking du supermarché.

L’échange verbal entre les deux est, disons-le proprement, assez vif. Et en patois gantois.

A Ostende, où devait normal avoir lieu cet été le festival annuel dédié au cinéma, on a refait la même scène.

Mais avec des enfants dans les rôles de Matty et Johnny.

Et en patois ostendais.

Traduction de ce dialogue: 

– Godverdomme! (nom de dieu!)
– Maman, mais qu’est-ce que tu fais?
(à Johnny, descendu de son camion) Désolée, je faisais marche arrière… désolée!
– Désolée!?
– Oui…
– Désolée mon cul. Faudra payer, hein, Madame!
– Comment ça?
– Quoi ‘comment ça’? Une bosse dans mon camion… ça va vous coûter cher… il est assuré, au moins, votre landau? (‘kindervoiture’, jeu de mot sur voiture et landau, vu qu’elle a ses trois enfants sur la banquette arrière)
– Eh là! un peu de respect! et qui dit que c’est de ma faute?
– Eh là Madame! c’est vous qui sortez du parking, c’est vous qui faites une manœuvre! Vous n’avez pas regardé dans votre rétroviseur…
– Oui et vous, qu’est-ce que vous faites avec ce mastodonte sur le parking?
– Non, non, désolé, je le connais, ce truc-là.
– Ce truc!
– Oui, Madame, ce truc. Ce n’est pas vous qui allez me couillonner. Allez, prenez votre formulaire pour le constat.
– Oui? et où elle est, cette bosse? 
– Mais Madame! vous êtes en train de la regarder!
– Ça, ici? mais c’est une petite bosse de rien du tout! Par contre mon coffre…
– Commencez pas comme ça, hein! Je vous connais, les femmes de votre sorte! vous êtes toutes les mêmes!
(intervient un troisième personnage) Excusez-moi, madame, monsieur, je pense qu’il vaut mieux rester calme…
– Calme? Mais je suis calme! c’est monsieur le viking ici, avec son dix tonnes, qui n’est pas calme!
– Vous avez vos règles, sans doute?
– Et vous? vous vivez encore chez votre mère, je parie?
(nouvelle intervention du troisième) Madame… Monsieur…
– Maintenant je le sais!
– Quoi?
– Et bien, ce qu’on dit des types avec un camion!
Plus le camion est grand, plus la bougie est petite!

(traduction de l’Adrienne, qui s’est bien amusée :-))

W comme Welles

Ne regardez pas le résumé de la vidéo ci-dessus, si vous n’avez pas encore vu le film 🙂

***

Il arrive parfois, que « sur cette télé où il n’y a jamais rien de beau », on passe un vrai bijou.

En plein après-midi.

Comme ce « Citizen Kane », d’Orson Welles, que l’Adrienne a vu quand elle était toute jeunette, un soir chez ses grands-parents. Mais ça l’avait tout de même assez impressionnée pour qu’elle se souvienne très bien du film, de certaines images, de certains passages, de certaines citations.

Et de la chute.

Alors évidemment, en le revoyant ces jours-ci, elle a pu se concentrer sur le reste: la structure, les prises de vue, des tas de détails.

C’est fascinant.

***

Pour ceux que ça intéresse:

W comme what if…

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Dans le film de Jaco Van Dormael, Le tout nouveau testament, les gens apprennent la date exacte de leur mort et un compte à rebours commence pour chacun d’entre eux.

Certains prétendent ne rien vouloir changer à leur vie, d’autres décident de faire ce qui leur faisait envie depuis longtemps. Voyager. Tuer quelqu’un. 

Sur ce tableau de Gustave Caillebotte, Jeune homme à la fenêtre, on voit son frère René. Il est représenté de dos, les mains dans les poches, debout et solidement campé sur les jambes légèrement écartées, en contre-jour devant la fenêtre de l’appartement familial.

Il fait beau, il y a une lumière printanière sur le boulevard et par la fenêtre ouverte il regarde vaguement dans la rue où il n’y a aucune circulation et à peine quelques passants.

On est en 1876, René a 25 ans, Gustave trois de plus. René mourra inopinément quelques mois plus tard.

Qu’aurait-il aimé faire encore, pour le peu de temps qu’il lui restait, s’il l’avait su?

***

Caillebotte nous donne le 24e devoir de Lakevio du Goût (merci à lui!)

Mais que regarde, qu’attend –ou non- cet homme à la fenêtre. Je sais qu’il regarde par la fenêtre d’un appartement que je reconnais près de la gare Saint Lazare. Attend-il ou regarde-t-il simplement cette femme qui s’éloigne du côté à l’ombre de cette rue ensoleillée ? Si vous avez une idée de ce qui occupe ses pensées, dites-le lundi.

Ci-dessous, sur un autre tableau de la même année 1876, autour de la table familiale dans le même appartement au numéro 77 de la rue de Miromesnil, la mère du peintre, en deuil de son mari, servie par le maître d’hôtel, et René déjà en train de manger.
Impatient de vivre.
L’assiette de Gustave est vide et son couteau encore posé sur le porte-couteau en cristal.

G. Caillebotte - Le déjeuner.jpg

source de l’illustration wikimedia commons

  René CAILLEBOTTE sur généanet

  • Né le 27 janvier 1851 (lundi) – Paris 5ème
  • Décédé le 1er novembre 1876 (mercredi) – Paris, à l’âge de 25 ans

 Parents

  • Martial CAILLEBOTTE 1799-1874
  • Céleste DAUFRESNE 1819-1878

 Frères et sœurs

  • H Gustave CAILLEBOTTE 1848-1894
  • H Martial CAILLEBOTTE 1853-1910

 Demi-frères et demi-sœurs

Du côté de Martial CAILLEBOTTE 1799-1874
  • avec Adèle Zoé BOISSIERE 1810-1836
    • F Léonie CAILLEBOTTE 1830-1836
    • H Alfred CAILLEBOTTE 1834-1896
  • avec Eugénie Joséphine Le MASQUERIER 1813-1844
    • H Max CAILLEBOTTE 1844-1844

I comme inspiration chez Lali

Depuis qu’une gamine armée d’une pancarte en carton avait décidé de sauver la planète à elle toute seule, la mode était aux tresses.

Peut-être cela avait-il aidé qu’une autre héroïne à tresse – très blonde, celle-là – envahisse les écrans de cinéma et les rayons des jouets… surtout en cette période de l’année où on croit devoir exprimer son amour par un nombre conséquent de cadeaux.

Ne restait plus qu’à trouver celle qui mettrait la lecture à la mode pour qu’aux prochains tests PISA toutes les nations réunies se retrouvent au top de la « compréhension de l’écrit » 🙂

tableau et consigne chez Lali, que je remercie!