C comme coiffeur?

Qu’on les voie ensemble ou séparément, il est impossible de distinguer Arabelle d’Isabelle, et pour les taquiner on les appelle Belle ou les belles.

– Moi c’est Isa, dit alors Isabelle, mais jamais Arabelle ne réplique ‘moi c’est Ara’.

On peut la comprendre.

Isabelle est commerciale et travaille dans une boîte huppée où son bureau-capharnaüm tranche sérieusement avec l’ambiance high tech du lieu. Procrastiner est son moindre défaut quand il s’agit de ranger.

Arabelle est coiffeuse. Mais elle ne veut plus qu’on l’appelle ainsi.

Chez elle, pas de vitrine, pas de shampouineuses, pas de gros casques mais un décor strict en noir et blanc comme un drapeau breton, dans une ancienne maison de maître en pierre de taille.

Avec juste une belle plaque en cuivre à côté de la porte d’entrée: Tricopigmentation.

***

écrit pour Olivia Billington – merci à elle – avec les mots imposés suivants: procrastiner – drapeau – ara – boîte – séparément – capharnaüm – taquiner.

Les deux photos ont été prises à Bruxelles en 2010.

 

Adrienne se fait des cheveux

La fin de l’année scolaire, vous savez ce que c’est – ou vous ne le savez pas mais allez l’apprendre 🙂 – c’est avoir des journées si remplies de trucs divers, les prévus et les imprévus, que vous ne réussissez plus à gérer votre quotidien.

Le ménage ne se fait plus, le lave-linge est plein, le frigo est vide, vous vivez de pain et de tomates… et malgré tout ça, vos cheveux continuent de pousser.

Malheureusement, votre coiffeuse n’est ni philosophe, ni disponible. En tout cas pas les deux seules demi-journées où vous pourriez caser le quart d’heure nécessaire à une coupe de cheveux.

Ce qui fait que vous mettrez les pieds en Albionie avec une vraie tête de Beatles 🙂

C’est le nom que le grand-père de l’Adrienne aurait donné, soyez-en sûrs, à la coupe plus que négligée qui lui tombe sur les yeux en ce moment.

Croyez-vous  que ça se remarquera, à un mariage anglais, ce laisser-aller capillaire? Ou le trouvera-t-on continental? so sixties?

C comme coiffeur

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Depuis que son coiffeur philosophe a pris sa retraite, l’Adrienne va chez ses successeurs. Qui ne sont pas du tout philosophes, et c’est déplorable. Surtout pour eux…

La dame est bien douce mais toujours triste, limite déprimée, c’est l’Adrienne qui lui remonte le moral et lui arrache un sourire.

L’homme… l’homme est un horrible macho de la race supérieure du plus blanc que blanc, donc vous devinez aisément quel est son sujet de conversation préféré.

Quand il s’adresse à l’Adrienne, elle a du répondant et ça s’arrête là.

Mais quand c’est avec un autre client, il faut l’entendre et le supporter jusqu’à la lie.

Alors voilà, l’Adrienne aimerait bien trouver un vrai successeur à son coiffeur philosophe. Tant pis s’il coupe mal les cheveux, du moment qu’on y passe un quart d’heure philosophique 🙂

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photo prise à Louvain samedi dernier – l’enseigne comporte deux jeux de mots: kapper (coiffeur) avec le N en plus fait knapper (plus beau) et Leuven (Louvain) dont les ciseaux coupent le U fait leven (vivre) – kapper Leuven, knapper leven, vivre mieux.

Première nouvelle

it's been a while

– Cette année, dit la mère de l’Adrienne, on ne pourra pas fêter ton anniversaire.

Première nouvelle! Le fêtent-elles ensemble, habituellement? Mais l’Adrienne préfère ne pas polémiquer:

– Ah? Pourquoi? qu’est-ce qu’il y a?

– Et bien, depuis deux ou trois semaines, j’ai parfois du mal à déglutir, alors je suis allée chez Christian – la mère de l’Adrienne appelle son médecin, son dentiste… par leur petit nom – et mercredi après-midi j’ai un rendez-vous à la radiologie. Je dois y être à 14.30 h.

– Si tu veux, je t’y accompagne, propose l’Adrienne.

– Oui, ce serait bien… J’ai sûrement un cancer de la gorge… Ça ne peut être que ça!

– Mais non! c’est quasiment impossible! tu n’as jamais fumé ni vécu avec des fumeurs!

– Oui, mais ces dernières années, je vis en ville, et avec tous ces gaz d’échappement…

L’Adrienne s’est tue. Ah quoi bon argumenter avec quelqu’un pour qui chaque petite tache brune sur la main est un mélanome, chaque battement de cœur un peu accéléré le signe imminent d’un infarctus. Elle est la meilleure cliente des spécialistes de la ville.

– C’est la fin, conclut la mère d’un ton dramatique. Il fallait bien que je meure de quelque chose…

***

Le mercredi suivant, elles sont toutes les deux à la radiologie. Même l’Adrienne est stressée 🙂

La gorge de la mère est examinée à fond par deux spécialistes. Quand elle réapparaît, elle ne dit rien.

– Tu sais déjà quelque chose, demande l’Adrienne, ou il faut attendre qu’ils envoient les résultats à Christian?

– Je le sais déjà, dit la mère.

Silence. L’anxiété de l’Adrienne monte de trois crans.

– Et ils t’ont dit quoi?

– Que c’est un cadeau de l’âge.

Et elle sort de la clinique en regardant bien droit devant elle.

***

écrit pour le Défi du samedi avec le thème imposé ‘histologie‘ – merci aux amis qui m’ont envoyé de chouettes cartes 🙂 (comme celle-ci, qui pourrait servir à un billet « coiffeur philosophe », si j’avais encore un coiffeur philosophe… – source de l’image ici)

 

G comme gars et filles

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Mercredi matin, l’Adrienne téléphone en urgence à sa gentille coiffeuse, pourrait-elle lui accorder quelques minutes l’après-midi du même jour? Oui, on la caserait vers deux heures et demie. Parfait.

En entrant dans le salon avec les rituelles minutes d’avance, l’Adrienne remarque tout de suite que l’ambiance n’est pas comme à l’ordinaire. On est entre filles. L’Homme accompagne son fils qui dispute un match de foot et Gentille Coiffeuse en a profité pour inviter deux copines. L’une est coiffeuse également et elles se font les unes aux autres leur coloration. Tout en disant beaucoup, beaucoup de mal de leur mec. 

Ça soulage, conclut Gentille Coiffeuse.

Et puis, ajoute-t-elle, je suis sûre que nos mecs font en ce moment exactement la même chose à propos de nous.

L’Adrienne vous laisse conclure.

Elle s’est dépêchée de les laisser toutes les trois à leur journée entre copines 🙂

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une des photos de ma « collection » de photos numérisées par la police du New South Wales (Australie) provenant des archives des années 1910 à 1930.

J comme Je le lis chez ma coiffeuse

On a rarement rencontré quelqu’un d’aussi bien informé. Sur ce qu’il faut manger ou pas pour devenir centenaire en gardant la ligne et la santé. Sur les amours des stars. Même si on sent le mépris dans sa voix quand incidemment le sujet est abordé.

Mais jamais on n’a rencontré quelqu’un d’aussi bien informé sur le Gotha. On sent que les généalogistes n’auraient plus rien à lui apprendre. Que ces articles-là sont passés à la loupe. Que la réputation du magazine et du journaliste dépendent d’un petit rien, d’une vétille, d’une erreur de jugement, de date, de légende sous une photo. Les écueils sont si nombreux.

On sait depuis longtemps qu’elle est incollable sur le sujet. On pourrait la croire dans l’intimité des rois et des reines, même de celles et ceux qui sont morts depuis deux siècles. On sait lesquels ont sa sympathie, et en quoi ils l’ont méritée. On sait aussi en quoi certains – le plus grand nombre, en fait, comme tous les Grimaldi et la plupart des Windsor – ont démérité.

Et quand on lève un sourcil étonné en entendant une nouvelle diatribe à l’adresse d’une malheureuse princesse qu’on peut à peine situer, arrive la classique petite phrase clôturant le sujet:

– Je l’ai lu chez ma coiffeuse. 

***

D’après une consigne de Joe Krapov, que je remercie: Ecrire comme Philippe Delerm.
L’auteur de « La première gorgée de bière » a publié récemment « Et vous avez eu beau temps ? » 

Il applique la même recette dans ce recueil : chaque texte ne contient pas plus de quarante lignes. L’auteur écrit au présent et use et abuse du pronom « on » et de phrases courtes pour raconter des événements de la vie quotidienne. Dans ce style-là vous écrirez deux ou trois petits textes dont le titre sera choisi dans cette liste :

Et vous avez eu beau temps ? – Renvoyé de partout – Je le lis chez ma coiffeuse – N’oubliez pas… – Je me suis permis – Et tu n’as rien senti venir ? – Il faudrait les noter – Il n’a pas fait son deuil – Un jour peut-être vous jouerez là, vous aussi – Tais-toi, tu vas dire des bêtises – C’est pas pour nous – Et prends-toi quelque chose – Là on est davantage sur… – J’te joue d’l’harmonica – En même temps je peux comprendre – Vous êtes un type dans mon genre – C’est grâce au collectif – Abruti, va ! – Chez nous c’est trois – Tiens, rends-toi utile – Nous allons vous laisser – On l’a déjà vu dans quoi, déjà ? – C’est juste insupportable – Où sont les enfants ? – Il aimait ça le Monopoly – Je sais pas ce qu’on leur a fait aux jeunes – On était bien sous la couette – On peut peut-être se tutoyer ? – Ça finit quand ? – Je préfère Gand à Bruges – Ça pousse et ça nous pousse – Ils n’articulent plus maintenant – C’est pas pour dire mais – J’dis ça, j’dis rien – Pour être tout à fait honnête avec vous. – Oui, mon brave Milou – Ne rentre pas trop tard, ne prends pas froid ! – Vous me flattez – Tu n’as pas lu « Au-dessous du volcan » ?

F comme Figaro, Figarette

Je vous ai déjà parlé quelques fois du vieux monsieur à longue barbe grise, qui est mon premier sourire du matin, ma première et dernière causette du jour.

Celui qui me tient au courant de la météo, de son état de santé, des bruits qui courent sur les travaux présents et à venir 🙂 

Je sais désormais qu’il a un Figaro dans sa vie, lui aussi, une Figarette qui vient le coiffer à domicile.

– Vous ne remarquez rien? me dit-il un matin d’avril.

Me voilà bien embêtée pour deviner.

Heureusement, l’explication suit: sa coiffeuse est venue lui couper les cheveux.

– Je lui interdis chaque fois de toucher à la barbe, dit-il. Et bien, elle me la coupe quand même!

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Le vieux monsieur toujours rieur, même à barbe raccourcie, posant devant son jardinet juste avant la dévastation. Il avait de magnifiques rosiers d’un rouge sombre et velouté, des crocus, des tulipes et une profusion de campanules et de muscaris.