Adrienne se fait des cheveux

La fin de l’année scolaire, vous savez ce que c’est – ou vous ne le savez pas mais allez l’apprendre 🙂 – c’est avoir des journées si remplies de trucs divers, les prévus et les imprévus, que vous ne réussissez plus à gérer votre quotidien.

Le ménage ne se fait plus, le lave-linge est plein, le frigo est vide, vous vivez de pain et de tomates… et malgré tout ça, vos cheveux continuent de pousser.

Malheureusement, votre coiffeuse n’est ni philosophe, ni disponible. En tout cas pas les deux seules demi-journées où vous pourriez caser le quart d’heure nécessaire à une coupe de cheveux.

Ce qui fait que vous mettrez les pieds en Albionie avec une vraie tête de Beatles 🙂

C’est le nom que le grand-père de l’Adrienne aurait donné, soyez-en sûrs, à la coupe plus que négligée qui lui tombe sur les yeux en ce moment.

Croyez-vous  que ça se remarquera, à un mariage anglais, ce laisser-aller capillaire? Ou le trouvera-t-on continental? so sixties?

F comme Figaro, Figarette

Je vous ai déjà parlé quelques fois du vieux monsieur à longue barbe grise, qui est mon premier sourire du matin, ma première et dernière causette du jour.

Celui qui me tient au courant de la météo, de son état de santé, des bruits qui courent sur les travaux présents et à venir 🙂 

Je sais désormais qu’il a un Figaro dans sa vie, lui aussi, une Figarette qui vient le coiffer à domicile.

– Vous ne remarquez rien? me dit-il un matin d’avril.

Me voilà bien embêtée pour deviner.

Heureusement, l’explication suit: sa coiffeuse est venue lui couper les cheveux.

– Je lui interdis chaque fois de toucher à la barbe, dit-il. Et bien, elle me la coupe quand même!

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Le vieux monsieur toujours rieur, même à barbe raccourcie, posant devant son jardinet juste avant la dévastation. Il avait de magnifiques rosiers d’un rouge sombre et velouté, des crocus, des tulipes et une profusion de campanules et de muscaris.

 

G comme glace

Dehors, il fait une chaleur moite. On espère trouver un peu de fraîcheur dans la pénombre du salon, mais c’est tout le contraire. Il y fait étouffant.

L’Adrienne est un peu en avance, comme d’habitude. Elle a largement le temps d’admirer la vitrine abondamment ornée de tous les attributs rouge-jaune-noir des supporters des Diables rouges.

La coiffeuse termine le brushing d’une dame et son collègue vient d’accueillir un homme dans la trentaine florissante. Toute leur conversation roulera sur ce qu’on appelle chez nous « l’enterrement de sa vie de garçon ».

Les trois femmes du salon se taisent. Le coiffeur fait subir à son client un véritable interrogatoire pour connaître tous les détails de l’événement. Puis ces messieurs évoquent les « bachelor party » auxquelles ils ont assisté ou, plus fort encore, dont ils ont entendu parler. Par moments le sèche-cheveux fait tant de bruit qu’un détail échappe à l’auditoire féminin. On ne sait pas s’il faut s’en réjouir ou le regretter.

Heureusement, au moment où entre une jeune femme avec sa petite fille qui n’a pas trois ans, ces messieurs sont juste passés au sujet suivant.

– Vous allez faire couper ces jolies bouclettes? demande l’Adrienne à la maman, au moment de passer à la caisse.

– Oh non! juste un peu raccourcir! on veut des cheveux longs!

Parce que même si on n’a pas trois ans, on se doit d’être belle et féminine.

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voilà pour gballand
à défaut d’un avant/après
une vue sur un des miroirs du salon
où cette fois-ci on a délaissé la philosophie…

F comme flamme de fouet

A la flamme des fouets II           Paul Eluard  

Métal qui nuit, métal de jour, étoile au nid,
Pointe à frayeur, fruit en guenilles, amour rapace,
Porte couteau, souillure vaine, lampe inondée,
Souhait d’amour, fruit de dégoût, glaces prostituées

Bien sûr, bonjour à mon visage !
La lumière y sonne plus clair un grand désir qu’un paysage.
Bien sûr, bonjour à vos harpons,
À vos cris, à vos bonds, à votre ventre qui se cache ! 

J’ai perdu, j’ai gagné, voyez sur quoi je suis monté.

Capitale de la douleur, 1926

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 http://www.ebooksgratuits.org/html/eluard_capitale_de_la_douleur.html

la consigne est ici:
http://krapoveries.canalblog.com/archives/2015/10/03/32720288.html

Au Figaro Francis

Coiffeur de nuit, coiffeur de jour, coiffeur au lit,
Geste à frayeur, regard qui fuit, peigne vorace,
Porte ciseaux, mouture naine, sombre et sans grâce,
Souhait d’amour, fruit de dégoût, grand hallali.

Bien sûr, bonjour à mon visage!
La lumière y sonne plus clair au grand désir qu’un bronzage.
Bien sûr, bonjour à vos miroirs,
A vos coupes, à vos boucles, à vos accoudoirs!

J’ai perdu Francis, j’ai gagné Figaro,
Voyez mes cheveux sur le carreau.

Capital de mon coiffeur, 2015

F comme Francis ou Fontainebleau

Vous vous souvenez que mon coiffeur-philosophe allait ranger ses ciseaux? (1)

Alors je me suis dépêchée, la veille de mon départ pour le pays de Grignan, d’aller lui faire une ultime visite.

– C’est la dernière fois…, me dit-il, après m’avoir emballée dans un de ses horribles tabliers de nylon noir.

Mais c’est sans nostalgie: son salon de coiffure sera repris par un couple qui est d’ores et déjà assuré de mon inestimable clientèle. (2)

– Que diriez-vous si je me faisais faire une coupe au carré?

Il reste silencieux, longuement.

– Vous croyez que ça ne m’irait pas?

– Non, ce n’est pas ça.

– Je n’ai peut-être pas le bon cheveu? (3)

– Non, ce n’est pas ça…

– Alors c’est quoi?

Silence. Puis il dit:

– Je propose qu’on garde ça pour la prochaine fois.

Le malin refile donc cette patate chaude à ses successeurs Langue tirée

 

***

(1) F comme Francis, coiffeur-philosophe  

(2) comme le relevait très justement gballand dans le billet du 8 mai, ce n’est pas moi, au rythme où je me montre chez un coiffeur, qui pourrai leur assurer la prospérité. 

(3) mes fidèles se souviendront de ses regards accablés avant qu’il commence à son travail de coupe… les autres peuvent toujours suivre le tag « coiffeur », si mes péripéties figaresques les intéressent Cool

G comme gentil monstre

Gentil monstre ce matin entre avec une nouvelle coupe : il s’est fait raser la nuque et a gardé fort longs les cheveux au sommet du crâne. Ils lui tombent au ras des yeux.

– C’est pour accentuer le contraste ? demande Madame, qui a tout de même entrevu le regard quémandant une réaction.

Oui, gentil monstre trouve le look important, il l’a déjà dit. Par exemple, il choisit ses T-shirts avec soin et tous les jours sa tenue est message.

– Oui ! dit-il tout heureux d’avoir été si bien compris. C’est pour le contraste !

Puis il ajoute, en triturant ses longues mèches blondes sur le devant de la tête:

– Ma copine voudrait que je coupe tout, mais moi je ne veux pas.

***

Gentil monstre ce matin entre avec une nouvelle coiffure. Il s’est fait, au sommet du crâne, un minuscule chignon bien serré.

– Tu t’es inspiré des coiffures traditionnelles japonaises ? demande Madame, en réponse au regard qui implore le « tu-m’as-vu-dis-tu-m’as-bien-vu ? »

Cette fois, il est étonné. Il ne comprend pas à quoi Madame fait allusion.

– Mais si, tu sais bien, comme les lutteurs de sumo ! dit son voisin de gauche.

***

Gentil monstre, un autre jour peut-être, viendra à l’école avec une crête d’Iroquois, une tignasse verte, une perruque Louis XIV ou la boule à zéro.

Mais par un mystérieux mystère, toujours il restera ce gentil monstre sympathique.

Il peut tout se permettre.

Rien ne réussit à le rendre ridicule.

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« Hirata Atsutane02 » par Hannah — Japanese Book 『國文学名家肖像集』. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hirata_Atsutane02.jpg#/media/File:Hirata_Atsutane02.jpg

 

F comme Francis, coiffeur-philosophe

Surprise de l’Adrienne, en passant dans la petite rue de son Francis préféré: une double pancarte accolée à la vitrine annonce en lettres noires sur fond bleu et blanc que le commerce et la maison sont à vendre.

Où donc l’Adrienne trouvera-t-elle quelqu’un qui, pour vingt euro, sera prêt à lui donner quelques regards de commisération sur ses cheveux qui rebiquent aux mauvais endroits, quelques réflexions bien profondes sur le temps qui passe, les choix de vie, le triste sort réservé aux greyhounds en Espagne (http://www.greyhoundsinnood.be/nieuws/spanje-update)… et à manier les ciseaux entre deux phrases? 

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Gustave Courbet – Les Greyhounds du Comte de Choiseul
Saint Louis Art Museum official site. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Gustave_Courbet_-_The_Greyhounds_of_the_Comte_de_Choiseul.jpg#/media/File:Gustave_Courbet_-_The_Greyhounds_of_the_Comte_de_Choiseul.jpg