Z comme zozotte

La Retraite sentimentale - Colette - Folio

Étonnement de l’Adrienne, quand à la page 60 de la Retraite sentimentale, Annie, la vieille amie de Claudine se traite de « zozotte ».

Ce ne serait donc pas un belgicisme, dû au néerlandais « zot » (sot, en français), comme elle le pensait?

Pas de réponse dans le petit Robert,  selon lequel le mot ‘sot’ serait d’origine inconnue.

Cherchons donc plus loin.

ÉTYMOLOGIE

Picard, sot, fou, mains sottes, mains engourdies par le froid ; wallon, so, sott ; espagn. et portug. zote ; angl. et anglo-saxon, sot ; holl. zot ; bas-lat. sottus. Origine inconnue.

Voilà ce qu’en dit le Littré.

C’est fou 🙂

***

Toutes les références et tous les liens pour l’illustration et le livre de Colette ont déjà été donnés ici, le 16 août.

N comme nature, nature!

La Retraite sentimentale - Colette - Folio

À travers les allées rompues sous la vigne vierge qui tend vers nous ses avides crochets, je l’emmène jusqu’au jardin d’en bas, terrasse chaude, étroit jardin de curé où je soigne mes fleurs communes, phlox que le soleil violace, aconits dont le bleu se délaie, soucis ronds et vermeils comme des mandarines, beaux œillets d’Inde en velours marron et jaune comme des frelons, nichés au petit fer, serrés dans leur calice qui éclate… Le long de l’espalier, un rideau de rosiers défend le pied des pêchers et des abricotiers et je caresse des yeux, en passant, les abricots déjà mûrs, chair lisse que le soleil rehausse de grains de beauté noirs.

Colette, La retraite sentimentale, titre qui clôt la série des Claudine, p.150 – d’autres larges extraits à lire ici. – source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur ici.

Colette est toujours au mieux de sa forme quand elle parle de nature, de jardins, de fleurs, de fruits ou d’animaux 🙂

Z comme zut, même les plus belles choses ont une fin

Dommage pour les amis qui viendront encore chez moi, j’aurai des vins de moins en moins fastueux à leur offrir. J’ai déjà parlé ici de ces quelques beaux « fonds de cave » que m’avait laissés l’homme-de-ma-vie. Alors, comme le raconte Colette à propos de sa maman:

« Une à une, elle déterra, de leur sable sec, des bouteilles qui vieillissaient sous notre maison »

je fais pareil pour les amis qui viennent manger chez moi. Ainsi, nous venons de déguster le dernier Gevrey Chambertin et le dernier Vieilles Vignes du château de Beaucastel…

« Certains vins défaillaient, pâlis et parfumés encore comme la rose morte ; ils reposaient sur une lie  de tannin  qui teignait la bouteille, mais la plupart gardaient leur ardeur distinguée, leur vertu roborative. Le bon temps ! » (Prisons et Paradis, 1932)

Sic transit gloria mundi Clin d'œil

Après, très bientôt, et bien, c e sera un bon petit vin de pays…

Qui a dit « Qu’importe le flacon… » pourvu qu’on ait l’amitié ?

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I comme incipit

Voici les premières lignes d’un roman. Ceux qui veulent « jouer à trouver la bonne réponse » ne lisent pas la dernière ligne…

« Monsieur,
« Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c’est-à-dire, auprès de ma fille que j’adore. Vous qui vivez auprès d’elle, vous savez combien je la vois rarement, combien sa présence m’enchante, et je suis touchée que vous m’invitiez à venir la voir. Pourtant, je n’accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir. C’est une plante très rare, que l’on m’a donnée, et qui, m’a-t-on dit, ne fleurit sous nos climats que tous les quatre ans. Or, je suis déjà une très vieille femme et, si je m’absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois…
« Veuillez, donc, accepter, Monsieur, avec mon remerciement sincère, l’expression de mes sentiments distingués et de mon regret. »
Ce billet, signé « Sidonie Colette, née Landoy » fut écrit par ma mère à un de mes maris, le second. L’année d’après, elle mourait, âgée de soixante-dix-sept ans.
 Colette, La naissance du jour

W comme wagon-salon de lecture

Les gens ne lisent plus, entend-on souvent. Les jeunes ne lisent plus, affirme-t-on. Souvent ces déclarations viennent de gens qui ne sont pas de grands lecteurs eux-mêmes ou qui ne connaissent pas tellement de jeunes.

Mais prenez donc le train.

Je suis toujours curieuse de voir ce que les autres lisent. Et parfois étonnée.

Ainsi ce monsieur d’un certain âge (d’un âge certain) qui lisait un gros pavé dans son coin. C’était un roman d’amour, une de ces histoires romantiques qu’on appelle aujourd’hui de la ‘chick lit’ (selon la règle numéro 1: toujours dénigrer ce que lisent les femmes).

Ce jour-là, aucune femme, aucune fille du wagon ne lisait de la ‘chick lit’. J’ai repéré un syllabus, un journal, un thriller et une revue spécialisée en informatique.

Et moi? je relisais Un secret, de Philippe Grimbert, parce que je le fais lire à quelques élèves et que je leur prépare un questionnaire de lecture. Donc peut-être que dans un autre train, une autre voyageuse a repéré un jeune qui lit L’étranger de Camus ou Gigi de Colette et qui s’en étonnera sur son blog.

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G comme gastronomie

Il y a exactement deux ans, Ann Frankie, présidente d’une association flamande qui lutte pour promouvoir notre culture de la bière, lançait l’idée de proposer de la bière de table aux enfants des écoles plutôt que des sodas. Son argument numéro un: «La bière de table est très bonne pour la santé car elle est beaucoup moins sucrée». Selon les spécialistes, il s’agirait ici d’un malentendu car de nombreuses bières de table sont sucrées artificiellement et sont par conséquent aussi mauvaises que le coca ou les autres ‘soft drinks’.

De plus, « ce n’est certainement pas une bonne chose pour les enfants que d’apprendre si jeune le goût de la bière. Et le goût du sucre, ils s’y habituent autant avec la bière que le coca. C’est l’eau qu’il faut promouvoir auprès des jeunes, et non la bière. Car actuellement, cela devient de plus en plus difficile de faire boire de l’eau à un enfant« , dit Astrid Vanoppen, diététicienne à l’hôpital Virga Jesse de Hasselt.

Deux ans plus tard, je peux rassurer les ‘estrangers’ qui me liraient: il n’est pas question qu’on trouve de la bière de table dans nos cantines et réfectoires scolaires belges, bien au contraire, on y promeut de plus en plus l’eau, tout simplement. Un des articles de l’époque: http://www.dhnet.be/infos/societe/article/146417/choisir-la-biere-plutot-que-le-coca-a-l-ecole.html

Nos élèves devront donc découvrir les qualités gastronomiques de nos bières ailleurs qu’à l’école.

Colette aurait sûrement trouvé cela dommage, elle qui affirmait:    « J’ai été très bien élevée. Pour preuve première d’une affirmation aussi catégorique, je dirai que je n’avais pas plus de trois ans lorsque mon père, partisan des méthodes progressives, me donna à boire un plein verre à liqueur d’un vin mordoré, envoyé de son pays natal : le muscat de Frontignan.   

Coup de soleil, choc voluptueux, illumination des papilles neuves ! ce sacre me rendit à jamais digne du vin. Un peu plus tard j’appris à vider mon gobelet de vin chaud, aromatisé de cannelle et de citron, en dînant de châtaignes bouillies. A l’âge où on lit à peine, j’épelai, goutte à goutte, des bordeaux rouges anciens et légers, d’éblouissants Yquem. Le champagne passa à son tour, murmure d’écume, perles d’air bondissantes ; à travers des banquets d’anniversaire et de première communion, il arrosa les truffes grises de la Puisaye…

Bonnes études, d’où je me haussais à l’usage familier et discret du vin, non point avalé goulûment, mais mesuré dans des verres étroits, absorbé à gorgées espacées, réfléchies. »  

Pour ceux qui veulent lire la suite de cette belle éducation des papilles gustatives: Colette (1873-1954), Prisons et Paradis (1932)