O comme obsédé

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« Obsédé sexuel » disait le petit frère, qui avait le chic de rapporter de la cour de l’école – ou des réunions de louveteaux, dans ce cas-ci – les termes les plus choisis.

Parfois le père essayait mollement un « Tu sais au moins ce que ça veut dire? »

Parfois la mère s’insurgeait: « Arrête avec ça! C’est vulgaire! »

Peine perdue: il allait falloir d’autres tactiques.

Par exemple, s’attaquer au nerf de la guerre:

« Dorénavant, tu mettras un franc dans cette tirelire chaque fois que tu diras un vilain mot », dit la mère, qui avait dû trouver ce conseil dans son magazine féminin.

Mais au bout de quelques jours, quand il disait une grossièreté, la mère faisait la sourde oreille et le père continuait de lire son journal.

Peut-être que si on ne réagit plus, ça s’arrêtera tout seul? ont-ils dû penser.

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écrit pour le Défi du samedi avec le thème imposé: obsédé!

Merci Walrus 🙂

7 exemples

Ça fait bien une cinquantaine d’années que dans la petite ville de l’Adrienne il est question de construire une route qui permettrait à la circulation – surtout celle des poids lourds – d’éviter le centre ville. Depuis cinquante ans, tout le monde est bien d’accord que c’est absolument nécessaire – aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain – mais le tracé suscite chaque fois mille polémiques: chacun veut ce contournement mais personne ne veut qu’une route vienne gâcher sa jolie vue sur les collines boisées.

La même chose se passe pour les éoliennes prévues par le conseil communal: dès que les plans ont été connus, un comité s’est formé contre leur installation.

Idem pour un autre projet écologique, pour les traitements des déchets ménagers. Avant de savoir exactement de quoi il retournait, un groupe d’action était déjà constitué.

Une des plus grandes usines textiles – une des rares à être restées actives après la crise de la fin des années soixante et les délocalisations – a eu toutes les peines du monde à recevoir le permis de bâtir, au moment où elle avait besoin de plus d’espace pour ses activités. Etre propriétaire des terrains depuis le 19e siècle n’était pas un argument. Etre un des principaux employeurs de la ville non plus.

Par bonheur, une maison d’accueil pour des malades du SIDA, qui se retrouvent sans appui et sans logement, fonctionne paisiblement depuis 1998, aidée uniquement par des dons privés. Il a juste fallu, au début, bien informer les gens. La maladie faisait très peur.

Par bonheur, les jardins d’enfants et terrains de jeux se multiplient: aucun voisinage ne se plaint du bruit que cela entraîne. C’est déjà arrivé ailleurs…

Par bonheur, une ancienne carrière de sable qui allait être utilisée pour y enfouir des déchets un peu louches a également vu naître un comité pour sa défense. La ministre pas très verte a dû retirer le permis aux exploitants.

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Nimby, proposait Walrus pour le 575e Défi du samedi. Un acronyme qui veut dire ‘not in my backyard’, pas dans mon jardin. Merci à Walrus pour le jeu et les illustrations 🙂

T comme tu t’es vu quand t’as bu?

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-Là! là il y a une tête!

Le pépé pointe sa canne vers le haut du mur.

– Ben oui, dit le fils en haussant les épaules, c’est des sculptures, il y en a partout dans cette église.

– Mais non, non, s’énerve le pépé, là! là! une tête qui bouge!

– Faudra arrêter de picoler, pépé, rigole le fils, ça ne te vaut rien, le Vosne-Romanée.

Dans la galerie supérieure qui fait le tour de la nef, Camille darde un regard qu’elle veut sérieux et menaçant à faire peur, chaque fois que le vieil homme lève la tête, puis disparaît à nouveau sans être vue des autres. Ça l’amuse toujours beaucoup de faire ce genre de blague aux touristes.

– Mais enfin! là, je vous dis! une tête rousse!

– Ah! pépé, ça suffit, s’exclament maintenant les uns et les autres, excédés. Et mémé ajoute, en marmonnant:

– Il est rond comme un boulon.

Alors, pour le punir d’avoir des visions sous l’effet de l’alcool, il est privé de vin pendant toute la suite du voyage en Bourgogne.

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écrit pour le Défi du samedi, merci Walrus!

K comme Keeping up appearances

Défi 569, merci Walrus!

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Pourquoi leurs parents avaient-ils donné à l’aînée un prénom français et à la cadette un anglais? Et quelle importance, puisque Laurence appelait Priscilla “Lala” et Priscilla appelait Laurence “Lolo”? 

À dix-huit ans, Priscilla a déclaré qu’elle voulait faire des études d’institutrice, choix que tous ont applaudi, les parents, la grande sœur, les profs.

– Priscilla, avait coutume de dire Lolo, elle est si intelligente que même rien qu’en dormant sur ses cours, elle les connaîtra par cœur !

Et puis, au début des vacances d’été, Priscilla a disparu. Volatilisée.

Ne me faites pas chercher, avait-elle écrit à sa sœur, je vais bien et vous donnerai bientôt des nouvelles.

Ce que personne ne savait, c’est que depuis des semaines elle entretenait une correspondance internet avec un jeune Anglais et qu’elle était partie le rejoindre. Comme ça, avec juste une valise.

– Et tes études d’institutrice? a demandé Madame, comme si c’était la chose la plus importante.

– Je les ferai en Angleterre ! a répondu Priscilla. Ce que Madame n’a pas cru, bien sûr.

Entre-temps, elle était déjà mariée et installée dans la maison de ses beaux-parents, qui étaient charmants et l’adoraient, disait-elle.

Ce n’est que quelques mois plus tard que Laurence a enfin pu rendre visite à sa sœur et se faire une opinion sur ce jeune Onslow qu’elle avait épousé.

– Et maintenant, a dit Lolo, viens avec moi !

Quand elles sont arrivées en ville, Laurence leur a mis à toutes les deux un gant de ménage en plastique jaune sur la tête.

– On fait la fête ! a dit Lolo. On n’a pas pu enterrer ta vie de jeune fille, on va le faire maintenant ! C’est ma tournée !

– Je ne peux pas, a répondu Priscilla. Je suis enceinte.

Alors Laurence a bu toute seule.

B comme belle-famille, belle famille

Il arrive parfois qu’une belle-maman te donne plus d’amour que ta vraie mère. Qu’elle te serre sur son cœur. Fort, fort. Qu’elle te dise des choses gentilles. Qu’elle te pose de vraies questions. Et qu’elle écoute tes réponses.

 

Il arrive parfois qu’un beau-papa te montre plus d’affection que ton vrai père. Qu’il te soutienne quand il pense que tu as raison. Qu’il prenne ta défense quand quelqu’un cherche à t’humilier. Qu’il fasse quelque chose uniquement pour te faire plaisir.

 

Que ceux qui arrivent à ce degré-là d’amour en soient remerciés.

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écrit pour la photo de Samedi Défi 570 – merci à Walrus!

F comme feu et flamme

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– Cette année, dit le père, nous n’irons pas à l’Hôtel de la Plage. Nous allons faire du camping en Ardèche!

Les enfants poussent des cris enthousiastes et la mère prend son air résigné de martyre envoyée au sacrifice. Il est important que chacun sache ce que ça lui coûte, de faire une croix sur sa villégiature à la Côte d’Azur.

Vers la mi-juillet, la tente est plantée sous un jeune arbre auquel le soleil ardent et le manque d’eau ont fait perdre presque toutes ses feuilles. La pelouse du prospectus est une plaine caillouteuse et déshydratée mais l’accueil de Gilbert et de son épouse est cordial, le chant des cigales omniprésent et la lumière incandescente.

Assis en tailleur sur l’herbe sèche, cachés au milieu des taillis, les enfants ont une idée géniale: voilà tous les ingrédients réunis pour réussir une expérience qui leur tient à cœur depuis longtemps et pour laquelle ils ont tout spécialement apporté une loupe.

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Deux consignes, celle du Défi du samedi (thème: incandescent) et celle d’Emilie avec les 12 mots suivants (dont on peut en laisser tomber un, je n’ai pas eu besoin du mot nostalgie :-)) TAILLEUR – PELOUSE – PLAGE – PERDRE – NOSTALGIE – CIGALE – LUMIÈRE – ARBRE – CROIX – ACCUEIL – AZUR – ARDENT

L’illustration, je l’ai déjà utilisée pour un autre billet, mais ceux qui aiment Gaston comme moi le comprendront, ça me fait toujours rire 🙂
Photo prise l’été dernier chez mon frère, qui a tous nos vieux albums.