M comme méfie-toi!

Ils ont mis sur fb une photo de Madame toute jeunette – enfin, entendons-nous bien, elle a tout de même la trentaine – où on peut voir Frédo-la-Terreur, venu écrire une réponse au tableau, en profiter pour se faire photographier à côté d’elle par un complice.
Bruno-la-Terreur 🙂

Tous deux aujourd’hui ont femme et enfants et sont des papas modèles, preuve qu’il ne faut désespérer de rien.

Mais là, en dernière année de secondaire, ah là! méfiance! Comme pour les petits enfants, c’est quand ils avaient l’air calmes, attentifs et travailleurs qu’il fallait se méfier le plus.
Comme juste avant la photo.
Laisser le Frédo sur sa chaise.
Ignorer son doigt levé.
Lui, volontaire pour donner une réponse?
Venir au tableau?
Allons donc 😉

Bref, ça va faire trente ans qu’ils ont quitté l’école et ils sont pris d’une grosse bouffée de nostalgie.
Ont ressorti les petits films de leurs (nombreuses) fêtes.
Et les photos des profs piégés.

Les réactions des uns et des autres ont remis en mémoire à Madame de qui se composait le reste de la classe.
Et comme il fallait se méfier lors des tests.

Aujourd’hui encore, elle les soupçonne d’avoir eu entre eux toutes sortes de codes pour essayer de s’entraider: une œillade discrète, un toussotement, elle se méfiait de tout et sortait chaque fois épuisée.

« C’était le bon temps », disent-ils 😉

***

au défi du samedi 663, Walrus proposait ‘œillade’.

Merci à lui!

G comme glitter

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Un mot dans le texte sur le surréalisme et René Magritte le fait tout à coup penser à autre chose:

– Pour la fête des mères, on a fait un cadre et moi j’ai mis beaucoup de petites choses qui brillent, tout autour!

Un cadre avec une photo de lui.
Il a vraiment de bonnes idées, le maître 😉

– Et tu as réussi à le mettre discrètement quelque part, jusqu’à dimanche?

Il secoue vigoureusement la tête:

– Non! je le lui ai donné tout de suite.
Je la connais, elle est trop impatiente.

Fait-il avec tout le sérieux de ses onze ans.

***

Bonne fête à toutes les mamans qui passent!

D comme dix?

La règle de l'accord du participe a volontairement été créée pour être incompréhensible.
source ici

De temps en temps, elle sonne à la porte de Madame pour parler du petit Léon.

– Dans son école de l’an prochain, dit-elle, il y aura une classe spéciale pour les dix.
– Ah! pour les dix… fait Madame, en espérant que le contexte va éclairer sa lanterne.

Ce n’est qu’après leur conversation qu’elle comprend qu’il fallait décrypter « dys- » au lieu de « dix ».

Qui a osé dire que l’orthographe, c’est juste un moyen pour l’élite de se lover dans son élitisme?

Premiers contacts

Les premiers contacts de (la future) Madame avec les directeurs des écoles où elle a sollicité un emploi lui sont restés en travers de la gorge.

Bien calé dans son fauteuil capitonné, l’homme l’avait regardée du haut de sa toute-puissance pour lui déclarer du bout des lèvres:

– Vous êtes sûrement très compétente, mais voyez-vous, les femmes ont si souvent des problèmes de discipline, elles ont du mal à tenir une classe.

Le comble, c’est qu’il n’avait jamais pu le vérifier: son personnel était uniquement masculin.
Ce qu’elle lui a d’ailleurs fait remarquer – qu’avait-elle à perdre? Rien! et ce serait peut-être utile à la prochaine qui se présenterait.

Autre province, même topo.
Sans que le mot femme ne soit prononcé: celui-là se croyait plus malin en parlant de jeunesse ou d’inexpérience.
Mais on avait compris.

Bref, quand (la future) Madame s’est trouvée devant le directeur qui se montrait prêt à l’engager, elle a cru bon de le prévenir:

– Vous êtes bien certain que vous vous voulez engager une femme? Vous n’avez pas peur pour « la discipline »?

La tête du pauvre homme!

Elle en rit encore 🙂

***

texte inspiré par la consigne du défi du samedi où Walrus proposait le mot misogyne.

***

la photo d’illustration vient d’une expo de l’université de Gand où la première étudiante a été inscrite en 1882.

Z comme zot zijn

Demain, dit la maman de petit Léon, c’est journée pyjama à l’école.

Mais vous qui connaissez déjà un peu le petit Léon et sa grande timidité, vous devinez la suite: il a honte.
Il n’ose pas.
Il est gêné.

Quoi! lui a dit sa maman. Honte? tu sais ce que ça veut dire, la honte? Et honte de quoi? Et bien tu vas voir, moi je vais y aller, à l’école, avec toi, en pyjama!

– Non mais vous vous rendez compte, dit-elle à Madame, il a deux cents mètres à faire à pied entre la maison et l’école, et il n’ose pas les faire en pyjama!

– Vous savez quoi, répond Madame, je serai à ma porte pour l’encourager. En pyjama, bien sûr 🙂

Zot zijn doet geen zeer, être fou ne fait pas mal, dit-on chez nous, et surtout, c’est pour une bonne cause.

Voilà bien une dizaine d’années que grâce à cette association (Bednet, du côté néerlandophone, mot formé avec bed – un lit – et net – internet), plusieurs élèves de Madame ont pu suivre leurs cours à distance et garder le contact avec leur classe, depuis leur lit ou chambre de malade.

22 rencontres (18 ter)

Il lui a fait de grands « hello! hello! » avec lâcher de guidon, alors qu’il passait à vélo.

Mais comment a-t-il fait pour me reconnaître si facilement, se demande Madame.
Avec le masque.
Avec les cheveux longs, alors qu’elle avait la coupe plutôt masculine, à l’époque où elle l’avait fait venir dans son bureau pour fermement lui remonter les bretelles, après qu’il avait divulgué des choses sur le papa d’une autre élève.
Sur fb, bien sûr.

Mais comment m’a-t-il reconnue? se dit-elle, nous n’avons eu que trois entretiens en tout et pour tout.

Puis elle se souvient qu’elle porte son manteau rouge à capuche, le même depuis environ vingt ans 😉

22 rencontres (17 ter)

73ème devoir de Lakevio du Goût

mur.jpg

Je suis devant un mur, écrit Lynn à Madame. Je ne sais vraiment pas quoi faire. Et ça me stresse terriblement.

– Je comprends, répond Madame.

C’était mardi dernier. Lynn était convoquée pour recevoir la première dose de vaccin le lendemain.

Mais devinez quoi: précisément celui que tous nos pays voisins venaient de mettre ‘on hold‘, par un effet de dominos auquel la Belgique avait préféré ne pas participer.

Ici, on continuerait à l’utiliser.

Lynn, avec qui Madame avait déjà échangé sur le même sujet quelques semaines auparavant, avait dès le départ été difficile à convaincre de se laisser vacciner.
Elle est sur fb à peu près 24 h sur 24 et il est clair qu’on y trouve plus d' »anti » que de « pro »: les complotistes et autres propagandistes y sont infiniment plus actifs que les scientifiques.

– Je suis devant un mur, écrit-elle.

Puis elle raconte à Madame qu’elle élève entièrement seule ses deux petits enfants, alors vous imaginez, si elle devait mourir d’une thrombose?
Elle peut vous citer des exemples lus ici et là, de jeunes femmes de son âge à qui c’est arrivé.

– Je comprends, répond Madame, qui s’en voudrait d’avoir l’air de lui forcer la main.

Mais qui est bien contente quand le lendemain Lynn lui écrit, photo à l’appui:

– Voilà, c’est fait!

Et elle a un grand sourire:

– J’ai pensé, dit-elle en conclusion, que je me sentirais encore plus mal si je ne me faisais pas vacciner.

***

Texte écrit selon la consigne de Monsieur le Goût:

Il me semble que Lakevio a déjà donné cette toile comme sujet de devoir. Mais j’aime ce mur. Je le connais ce mur… Je connais même le trottoir et le caniveau qui le bordent. Et vous ? Si ce mur vous inspire, dites-le lundi…

Le tableau avait déjà servi chez Lakévio, comme on peut le voir ici.

H comme horribilis

A l’époque des faits, l’Adrienne s’était retenue d’en parler.
Trop proche.
Trop concernée.
Trop horrifiée.

En classe, jusqu’à il y a un peu plus d’un an, elle a toujours eu des élèves de toutes les confessions.
Des athées et des musulmans.
Des catholiques plus ou moins convaincus.
Des orthodoxes grecs. Russes.
Une famille juive.
Elle en oublie sûrement.

En classe chaque année elle faisait lire Voltaire.
Et chaque année ce beau poème d’Abdellatif Laâbi: Les tueurs sont à l’affût.

Puis hier matin elle lit que tout cet horrible engrenage qui a conduit à l’assassinat d’un prof français a été mis en branle à cause d’un mensonge.

Qu’une gamine de 13 ans a menti à son père.

Et que c’est sur la base de ce mensonge que tout le battage est parti.

Jusqu’à ce que mort s’en suive.

***

Enseigner l’esprit critique, qui fait qu’on vérifie, qu’on réfléchit, qu’on ne saute pas sur la première rumeur venue… Il n’y a rien de plus difficile.

U comme ukase

– Voilà, lui dit-elle, ma lettre de démission.

Et elle sortit fièrement du bureau.

Dommage pour la classe de 4e Latine, de véritables élèves friandises, pourtant logés dans un cagibi sans fenêtres où deux lampes donnaient une clarté funèbre sur les boiseries sombres, et où chacun avait le nez collé au dos de l’autre, ou au tableau, par manque d’espace.

Oui, dommage pour eux. Elle les aimait.

Mais elle ne regretterait aucun des collègues et toute la gamme de leurs hypocrisies, sur au moins trois ou quatre octaves: du premier au dernier, tous des quiches et des chiffes molles dont la principale habileté consistait à ramper devant le directeur, à gober aveuglément chaque ukase, chaque exigence, chaque notice sortie de son esprit pervers et manipulateur.

Car c’était un pervers, même s’il était oint des saintes huiles de la prêtrise.

Ah! quel bonheur de l’avoir bravé et d’avoir quitté ce zoo (in)humain!

U heeft heel wat noten op uw zang, juffrouw! lui avait-il dit en guise d’adieu.

Et elle avait souri pour répondre un simple « Ja« .

Ah! quel bonheur de marcher dans la lumière mordorée du soir qui tombe et de se dire: Plus jamais!

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: habileté – démission – lampe – notice – quiche – dommage – nez – durable – mordoré – gober – octave – huile – zoo.

L’expression « veel noten op zijn zang hebben » veut dire ‘exiger beaucoup’ mais ici il l’employait probablement avec le sens ‘avoir la grosse tête’.

Merci à Annick SB d’avoir permis grâce à ses mots de raconter une des pires expériences de ma (merveilleuse) vie de prof 🙂

22 rencontres (16 ter)

69ème devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Gout_69.jpg

A seize ans, Simon était le plus grand casse-cou de toute l’école. Ce qui n’est pas peu dire: si vous rassemblez une centaine de garçons de cet âge, il y a de la concurrence.

Son truc, c’était le BMX. Un vélo spécialement conçu pour faire toutes sortes d’acrobaties, comme de se projeter d’un coup sur une balustrade ou n’importe quel autre ‘obstacle’ en ville.

Vous comprenez que le FLE ne l’intéressait pas.
Pas le temps.
Dans le garage de ses parents, il avait installé son propre skatepark et s’entraînait, s’entraînait, s’entraînait.

Alors évidemment, les rues en pente, les murets, les parapets, les marches d’escalier, quel formidable terrain de jeu pour le free style!

– Tu ne devrais pas porter un casque? te protéger les genoux? les coudes? s’inquiétait Madame, à qui il avait envoyé un petit film pour démontrer son savoir-faire.

Mais Simon riait.

Bref, depuis que Madame s’intéressait à ses acrobaties, il condescendait à faire un petit effort en FLE.

– Mais franchement, Madame, à quoi ça va me servir?

Elle l’a revu, des années plus tard, dans un train.

Devinez quoi?

Il avait son BMX 🙂

***

Je ne sais pas si vous aimez les toiles de Maurice Utrillo. Quant à moi, je les aime. Elles m’inspirent toujours quelque chose. Et vous ? Aurez vous quelque histoire à raconter lundi, ayant cette toile pour support à votre imagination ?