N comme No Man’s Land

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Que voulez-vous la grille était ouverte
Que voulez-vous la cour était déserte
Que voulez-vous la place était offerte
Que voulez-vous il est resté inerte
Que voulez-vous c’était une triste découverte

Pourtant tout était là rien n’avait changé les murs les fenêtres les classes la salle des fêtes la salle de gym la salle d’étude le secrétariat tout était là

Sauf les trois grands platanes de la cour.

Que voulez-vous autrefois elle était verte.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 8 – merci à lui!

Cet homme est-il désolé par la vision de cette usine vidée de son âme ? À moins qu’il ne se demande déjà comment il va aménager le lieu pour lui redonner vie… D’après vous ? Racontez-nous ce que vous dit cette image.

Inspiré du poème de Paul Eluard, Couvre-feu (in Poésie et Vérité, 1942)

U comme urbex

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L’Adrienne ne s’en rendait pas compte, mais les fois où elle a exploré une usine désaffectée ou une maison en ruine, elle s’adonnait à l’urbex.

Plus fort encore, le jour où elle n’a pas résisté à la tentation d’aller visiter les caves de son école, elle se laissait aller à la cataphilie.

Rien de moins.

C’est expliqué ici: « L’exploration urbaine, abrégé urbex (de l’anglais urban exploration), est une activité consistant à visiter des lieux construits et abandonnés par l’homme, mais cette pratique inclut également la visite de lieux interdits, cachés ou difficiles d’accès, tel que des tunnels de métro, des catacombes, des chantiers de constructions/rénovations et des rooftop (sommets d’immeubles, monuments…). La pratique regroupe ainsi diverses activités dites « underground » comme la ‘cataphilie‘, la ‘toiturophilie’. L’explorateur urbain est communément désigné par le néologisme urbexeur. »

Un site avec des lieux et des photos ici, principalement au Canada, mais également en France ou en Belgique.

***

photo prise dans ma rue juste avant la démolition totale d’une usine textile, sa cheminée et sa maison de maître. Ainsi que son grand jardin et ses beaux arbres, dont un magnifique saule pleureur. Il y a bien de quoi pleurer…

22 rencontres (1 ter)

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Madame et sa mère étaient attablées chez le traiteur italien dans le but d’y savourer un cappuccino quand quatre personnes sont venues s’installer à côté d’elles. Un couple de grands-parents, une jeune femme et une ravissante petite fille d’environ trois ans.

– Tiens, se dit Madame, je connais ce monsieur.

Alors elle lorgne le plus discrètement possible vers la jeune femme à côté d’elle. Mais bien sûr! c’est Anissa! Son papa est toujours aussi maigre et sec, plus encore peut-être qu’il y a dix ans, et sa moustache un peu plus grise.

Anissa n’a quasiment pas changé et Madame voit avec plaisir comment elle s’occupe de sa petite fille, une mini-Anissa remuante et mignonne à croquer, qui prend entre de délicats petits doigts aux ongles minuscules laqués de fuchsia, un petit pain que sa maman a tartiné de confiture. Parce qu’on peut aussi venir chez le traiteur italien pour y prendre son petit déjeuner.

Madame s’interroge: va-t-elle engager la conversation avec Anissa ou continuer à écouter les papotages de sa mère? Elle opte pour la deuxième solution.

Rentrée chez elle, elle trouve un message d’Anissa: Chère Madame, je crois que vous ne m’avez pas reconnue mais j’étais bien contente de vous revoir.

Question existentielle

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La première fois que mini-Adrienne a été punie, elle avait quatre ou cinq ans et jouait à ‘tikkertje‘ (1).

Une partie de la cour était mouillée parce que les femmes de ménage y avaient déversé leurs seaux et tout ne s’était pas écoulé.

Par conséquent, sœur Josiane avait interdit de poser le pied sur la partie humide.

Mais comment voulez-vous jouer à ‘tikkertje‘ et faire attention à la flaque tout en courant pour échapper à votre poursuivant?

Mini-Adrienne a vu trop tard qu’elle approchait de la zone interdite, a fait le plus grand bond dont elle soit capable, au-dessus de la flaque… mais hélas, sœur Josiane surveillait l’endroit. Mini-Adrienne a dû finir la longue récréation debout au milieu de la cour, sans bouger.

La honte.

Depuis ce jour-là, elle s’interroge beaucoup sur les punitions. Leur utilité. Leur bien-fondé. Sur le pouvoir et l’abus de pouvoir de celui qui les donne. Sur la honte et le sentiment d’injustice ou de révolte de celui qui les reçoit.

C’est sans doute pour ça que pendant toute sa carrière de prof, elle a toujours cherché à s’en passer.

***

(1) je crois qu’en français ça se dit ‘jouer à chat’, corrigez-moi si je me trompe.

Racontez-nous une histoire de pas sage, demandait le Goût-des-autres, qui a courageusement repris les devoirs de Lakévio. Merci à lui!

K comme Keeping up appearances

Défi 569, merci Walrus!

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Pourquoi leurs parents avaient-ils donné à l’aînée un prénom français et à la cadette un anglais? Et quelle importance, puisque Laurence appelait Priscilla “Lala” et Priscilla appelait Laurence “Lolo”? 

À dix-huit ans, Priscilla a déclaré qu’elle voulait faire des études d’institutrice, choix que tous ont applaudi, les parents, la grande sœur, les profs.

– Priscilla, avait coutume de dire Lolo, elle est si intelligente que même rien qu’en dormant sur ses cours, elle les connaîtra par cœur !

Et puis, au début des vacances d’été, Priscilla a disparu. Volatilisée.

Ne me faites pas chercher, avait-elle écrit à sa sœur, je vais bien et vous donnerai bientôt des nouvelles.

Ce que personne ne savait, c’est que depuis des semaines elle entretenait une correspondance internet avec un jeune Anglais et qu’elle était partie le rejoindre. Comme ça, avec juste une valise.

– Et tes études d’institutrice? a demandé Madame, comme si c’était la chose la plus importante.

– Je les ferai en Angleterre ! a répondu Priscilla. Ce que Madame n’a pas cru, bien sûr.

Entre-temps, elle était déjà mariée et installée dans la maison de ses beaux-parents, qui étaient charmants et l’adoraient, disait-elle.

Ce n’est que quelques mois plus tard que Laurence a enfin pu rendre visite à sa sœur et se faire une opinion sur ce jeune Onslow qu’elle avait épousé.

– Et maintenant, a dit Lolo, viens avec moi !

Quand elles sont arrivées en ville, Laurence leur a mis à toutes les deux un gant de ménage en plastique jaune sur la tête.

– On fait la fête ! a dit Lolo. On n’a pas pu enterrer ta vie de jeune fille, on va le faire maintenant ! C’est ma tournée !

– Je ne peux pas, a répondu Priscilla. Je suis enceinte.

Alors Laurence a bu toute seule.

22 rencontres (22 bis)

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C’est le 12 juillet que Madame a reçu le message ci-dessous, qui lui permet de conclure en beauté sa rubrique « 22 rencontres »:

Met vreugde kan ik u meedelen dat ik dit jaar geslaagd en gunstig gerangschikt ben voor het toelatingsexamen van geneeskunde. Ik kan mijn droom nu echt waarmaken.

Gentille Kato est heureuse d’annoncer que cette fois elle a non seulement réussi l’examen d’entrée en médecine mais qu’elle est si bien classée qu’elle est sûre de pouvoir enfin réaliser son rêve.

Madame en est évidemment très heureuse aussi et elles ne manqueront pas de se sauter au cou la prochaine fois qu’elles se voient 🙂

R comme Rules

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Dans le ‘college‘ où enseigne l’amie, ces quelques points essentiels du règlement sont affichés partout, à l’intérieur et à l’extérieur de chaque local.

Rien que de très normal, direz-vous, et en effet dans l’école de l’Adrienne on considère ces mêmes règles comme étant les plus importantes: arriver à l’heure, pas de vestes ni de couvre-chefs en classe, éteindre et ranger le smartphone, ni manger ni boire dans les locaux, se montrer respectueux en paroles et en actions et bien sûr: faire de son mieux pour réussir et utiliser ses propres capacités.

Sauf une: le port du badge.

Ce qui, au vu de ce qu’on a constaté partout lors de ce voyage, doit probablement être motivé par le souci sécuritaire: pas de badge? alors tu es suspect et ta place n’est pas ici!

D’ailleurs, devinez quel est le premier adjectif utilisé par l’école pour faire sa pub sur son site?

SAFE 🙂

safe, friendly, inclusive, rural