V comme vivent les utopistes!

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Probablement qu’aujourd’hui, Henri a une opinion plus nuancée, mais entre ses seize et dix-huit ans il croyait que l’éducation était la meilleure réponse à tous les problèmes de société.

Il avait l’optimisme d’un Condorcet au bord de l’échafaud, rédigeant son Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain juste avant d’avoir la tête coupée:

N’est-il pas vraisemblable que l’éducation, en perfectionnant ces qualités, influe sur cette même organisation, la modifie et la perfectionne ?

Comme les Encyclopédistes et leurs amis, Henri était convaincu que par l’éducation on pouvait lutter efficacement contre les préjugés et leur cortège d’excès en –isme

Deux ou trois ans plus tard, il écrivait à Madame:

« Ik ben er heilig van overtuigd, dat kennis een eerste stap is om Utopia te bereiken, dat de wereld beter wordt met meer kennis » (Je suis intimement persuadé que la connaissance est un premier pas nécessaire pour atteindre l’Utopie, qu’elle rend le monde meilleur.)

Madame espère de tout cœur que ces belles dispositions ne seront pas broyées par la réalité.

***

consignes et illustration sur le Défi du samedi n°582: « Un peu de rêve ? Utopie! »

Merci Walrus!

22 rencontres (3 ter)

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C’est en se rendant à un de ses (trop nombreux) cours de musique que Madame a eu la chance de croiser Asma, qui était allée chercher son petit frère à l’école.

Quel bonheur de la voir, heureuse et enthousiaste de son choix d’études!

Asma, c’est celle qu’il fallait convaincre de s’arrêter de travailler, le soir, de cesser de réviser, et de prendre aussi un peu le temps de vivre, de se détendre, de se reposer.

Asma, c’est celle sur qui tous les autres élèves de la classe pouvaient compter pour qu’elle leur passe ses notes de cours ou leur réexplique une leçon. Que ce soit parce qu’ils avaient été absents ou inattentifs. Une infinie bonté, une infinie patience.

Le jour où Madame aura besoin d’une infirmière, c’est à Asma qu’elle aimerait confier sa santé chancelante ou ses dernières heures de vie.

X c’est l’inconnu

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Assise derrière sa table, avec son ordi et ses trois gros classeurs, portant le badge avec son nom, Madame reçoit des parents d’élèves.

Elle aime beaucoup ces entretiens qui lui font souvent voir l’élève sous un jour nouveau, et mieux le comprendre.

Parfois, le ‘parent’ est un grand frère, une grande sœur, une voisine.
Parfois c’est un beau-père, une belle-mère, un grand-père.

Et parfois c’est un type qui se met à vous draguer…

Alors Madame choisit de se métamorphoser en Reine des neiges et lui dit du ton le plus réfrigérant possible:

– On se connaît?

***

écrit pour le Défi du samedi de cette semaine, pour lequel Walrus proposait le mot ‘quidam’ – un quidam est un terme familier pour désigner celui dont on ne peut pas – ou ne veut pas – dire le nom.

Un grand merci, Walrus!

La photo d’illustration est un dessin humoristique qui a longtemps orné notre bureau des coordinatrices… La question que le collègue pose au coordinateur casqué est plus ou moins celle-ci: ‘Et alors, ça se passe bien?’

U comme une vie (ter)

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L’Adrienne est en train de s’habituer à ne plus être Madame. Lundi soir, dans un des couloirs de l’académie de musique, elle rencontre Alena:

– Ça me fait tout bizarre de ne plus être ta prof, lui dit-elle.
– Je comprends, répond Alena.

Un peu plus tard elle ajoute:

– Je comprends que c’est dur pour vous de nous lâcher.

Incroyable comme ils sont clairvoyants, les élèves de Madame.
Pardon, anciens élèves.
Ex-Madame.
😉 

L’Adrienne, disais-je, est en train de s’habituer à une vie sans école, sans élèves:
Il lui arrive de rester encore un peu au lit après six heures du matin.
Elle prend de longs week-ends à Ostende ou à Bruxelles – merci les amis!
Les dimanches se passent sans stress du lendemain.
C’est merveilleux.

Le 17 septembre à midi pile Madame a été rayée de la plate-forme numérique de l’école.
Juste au moment où elle avait été jeter un œil aux premiers résultats en maths et en français de « ses » élèves et qu’
elle retournait à la rubrique ‘correspondance’ dans le but d’envoyer un message de félicitations à Lilya: PAF!

« Vous n’avez pas accès à cette fonction » lit-elle en toutes lettres sur son écran.

– Voilà, se dit l’ex-Madame, il fallait bien que ça arrive un jour ou l’autre.

Une nouvelle vie, donc 🙂

Une vie nouvelle!

***

photo prise lors d’une promenade vespérale le 20 septembre

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C’est par un bel après-midi du printemps dernier qu’en se rendant à l’académie de musique, Madame a vu William caracoler sur un toit.

De battre son cœur s’est arrêté, pour se remettre tout de suite après à une vitesse trop supérieure pour être honnête.

Elle devait sans doute le regarder si intensément que lui aussi l’a vue et lui a fait un grand salut.

– Bonjour, Madame!
– William, s’il te plaît, fais attention! n’a-t-elle pu s’empêcher – fort inutilement – de lui crier.

Alors lui, bien sûr, a ri de ses craintes.

– J’ai l’habitude, il a dit, avec cette hubris d’avant la catastrophe.

***

Ce mois-ci, Madame a contacté William. Pour qu’il vienne travailler à son toit.

Voilà cinq ans que la coupole est installée et cinq ans qu’elle prend l’eau par en-dessous et qu’il y a de la condensation entre la double paroi.

Celui qui l’a (mal) installée fait la sourde oreille. Alors donnons ce travail à William, qui entre-temps a repris – avec un de ses frères – l’entreprise paternelle.

Elle n’aura pas trop de souci à se faire: il ne devra caracoler que sur le toit plat au-dessus de la cuisine, celui où même Madame se promène parfois sans ressentir le vertige qu’elle a déjà sur un escabeau 🙂

– J’ai confiance, lui dit-elle, que tu feras du bon travail. C’est toi qui un jour en classe m’as convaincue qu’un bon toit était l’essentiel dans une maison 😉

***

photos du dessus, le toit au moment de l’achat, photos du dessous, le toit pendant les travaux, il y a cinq ans.

N comme No Man’s Land

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Que voulez-vous la grille était ouverte
Que voulez-vous la cour était déserte
Que voulez-vous la place était offerte
Que voulez-vous il est resté inerte
Que voulez-vous c’était une triste découverte

Pourtant tout était là rien n’avait changé les murs les fenêtres les classes la salle des fêtes la salle de gym la salle d’étude le secrétariat tout était là

Sauf les trois grands platanes de la cour.

Que voulez-vous autrefois elle était verte.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 8 – merci à lui!

Cet homme est-il désolé par la vision de cette usine vidée de son âme ? À moins qu’il ne se demande déjà comment il va aménager le lieu pour lui redonner vie… D’après vous ? Racontez-nous ce que vous dit cette image.

Inspiré du poème de Paul Eluard, Couvre-feu (in Poésie et Vérité, 1942)

U comme urbex

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L’Adrienne ne s’en rendait pas compte, mais les fois où elle a exploré une usine désaffectée ou une maison en ruine, elle s’adonnait à l’urbex.

Plus fort encore, le jour où elle n’a pas résisté à la tentation d’aller visiter les caves de son école, elle se laissait aller à la cataphilie.

Rien de moins.

C’est expliqué ici: « L’exploration urbaine, abrégé urbex (de l’anglais urban exploration), est une activité consistant à visiter des lieux construits et abandonnés par l’homme, mais cette pratique inclut également la visite de lieux interdits, cachés ou difficiles d’accès, tel que des tunnels de métro, des catacombes, des chantiers de constructions/rénovations et des rooftop (sommets d’immeubles, monuments…). La pratique regroupe ainsi diverses activités dites « underground » comme la ‘cataphilie‘, la ‘toiturophilie’. L’explorateur urbain est communément désigné par le néologisme urbexeur. »

Un site avec des lieux et des photos ici, principalement au Canada, mais également en France ou en Belgique.

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photo prise dans ma rue juste avant la démolition totale d’une usine textile, sa cheminée et sa maison de maître. Ainsi que son grand jardin et ses beaux arbres, dont un magnifique saule pleureur. Il y a bien de quoi pleurer…