G comme géographie domestique

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Où se retire-t-on pour avoir un moment à soi? la chambre, le bureau, le fauteuil, la terrasse, le jardin?

La réponse se trouve dans une enquête très sérieuse réalisée en Grande-Bretagne: selon celle-ci, un tiers des hommes se réfugient dans la salle de bains, contre seulement un cinquième des femmes.

Pour ceux que ça intéresse, c’est ic: The Independent

Ça m’a bien fait rire parce que ça m’a rappelé mon grand-père, qu’on avait interdiction absolue de déranger, le matin après le petit déjeuner, quand il se retirait aux toilettes avec son journal.

Chose que lui seul avait le droit de faire, parce que – disait ma mère – c’est très mauvais de rester assis longtemps sur les toilettes.

Lui seul et aussi le petit frère, qui avait des intestins se mettant en branle dès qu’il était question d’aider à la vaisselle. Il revenait toujours au moment exact où tout était propre et rangé.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai encore des doutes sur le bien-fondé de l’argument maternel 🙂

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photo prise à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose

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V comme vieilles pierres

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C’était l’époque bénie où mini-Adrienne avait quatre ans et ses quatre grands-parents. Cet été-là était le dernier où toute la famille partait ensemble en vacances en France, parents et grands-parents et la Tantine de 18 ans.

Touristes d’autrefois, de ceux qui ne se promènent pas en short, sandales et linge de corps sous prétexte qu’il fait beau et qu’on est loin de chez soi.

Touristes qui aiment « les vieilles pierres » – c’est une expression qu’ils utilisent souvent – et qui font une tentative d’épuisement des ressources historiques d’une région, en une quinzaine de jours.

Ce qui fait conclure à mini-Adrienne que la France est un pays de ruines. A l’énième site visité, elle soupire et déclare:

– Encore un château cassé!

Elle n’a pas compris pourquoi ça a fait rire tout le monde.

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photo et consignes chez les Impromptus littéraires

L comme lettre 6

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Mademoiselle S 

Votre réputation vous précédait: nous avions peur de vous des mois à l’avance. On nous disait que vous étiez sévère, exigeante, difficile. 

Et c’était vrai. Non seulement pour les dictées, les analyses de la phrase, les problèmes de robinets qui coulent dans des baignoires qui se vident, de trains qui se croisent, de prix de revient et de bénéfices réalisés sur la vente de pommes de terre. 

Justement, dans la classe il y avait deux filles d’agriculteurs. L’une n’avait plus de maman et était élevée par sa grand-mère. L’autre avait une très nombreuse fratrie et un frère aîné prénommé Emile qui était le véritable chef de la famille: c’est lui qui décidait que la petite sœur n’avait pas le temps de faire ses devoirs. Elle devait aider à trier les pommes de terre. A rentrer le foin. A soigner les vaches. A nourrir les cochons. Il y avait toujours des choses plus urgentes que les leçons. 

Mais ce n’était pas de sa faute: ce n’est pas cette pauvre petite qu’il fallait sermonner, elle était la première victime. 

Et cette autre petite malheureuse sans maman, qu’y pouvait-elle si elle avait les ongles noirs et si ses vêtements usés sentaient la ferme? 

Je vous ai détestée pour ces choses-là: c’étaient des injustices flagrantes. 

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écrit pour le Marathon d’écriture 2018

L comme lettre 5

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Chère Madame VDM 

Vous étiez fatiguée et ça se sentait. Vous aviez repris le métier après avoir mis au monde cinq enfants et vous aviez sûrement mieux à faire que vous occuper de nous. Mais votre mari se croyait artiste peintre, il avait un petit commerce d’articles de dessin, ça ne suffisait pas à faire bouillir la marmite. 

Vous étiez fatiguée, mais compétente. Vous ne bougiez pas de derrière votre bureau. Vous profitiez des récréations pour rester tranquillement en classe, peut-être à faire déjà quelques corrections. La cinquième année a été un long fleuve tranquille. Jamais un mot plus haut que l’autre. 

Un jour je vous ai vue pleurer. Jusqu’à aujourd’hui, je me demande pourquoi. 

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écrit pour le Marathon d’écriture 2018

D comme défense d’utiliser des adjectifs

Fermés, les petits supermarchés Sarma. On ne vend plus la ouate thermogène ni la poudre Inotyol du docteur Debat. Disparus, mon grand-père et Boule d’Or, sa marque de cigarette, ma grand-mère et son moulin à café à manivelle.

Finie l’époque des jeux de cour de récré, chat perché, colin-tampon. Fini le petit magasin de bonbons, au coin de l’école. Finis les bonbons Pez, le journal Pilote et sa Rubrique-à-brac, le magazine Pif et ses gadgets.

Perdus, le ré de ma clarinette, le chat de la mère Michel et le vieux chalet de Jean, là-haut sur la montagne. Le furet, il court, il court… et où sont les neiges d’antan ?

Disparus, Pimprenelle et Nicolas et le gros nounours qui vous disait « bonne nuit les petits ». La grosse télé avec son petit écran bombé, le capitaine Flamm, la petite maison dans la prairie, les cow-boys et les indiens et Armand Pien qui nous disait la météo sur la chaîne flamande.

Jetés au rebut, le gros poste de radio où on écoutait Jean-Christophe Averty avec ses cinglés du music-hall et le bel canto le dimanche soir; mon transistor à piles pour Radio Hainaut et les disques demandés les jours de semaine.

R.I.P. Fernand Raynaud, sa sœur et sa 2CV, son beau-frère et son platane penchant. Hergé et les bijoux de la Castafiore. Le Manitoba ne répond plus depuis longtemps. R.I.P. Jacques Brel et le tram 33 pour aller manger des frites chez Eugène. Jan Van Eyck et le panneau des « juges intègres » de son retable L’Agneau mystique.

Trop tard pour la visite du phare d’Alexandrie et des jardins de Babylone. Beaucoup trop tard pour le jardin des Hespérides. Trop tard aussi pour le voyage avec la Sabena ou le trajet Anvers-Matadi avec le Léopoldville.

Partis sans laisser d’adresse, François Villon et les amis de ce pauvre Rutebeuf, un jour de grand vent.

Et les cheveux de mon frère.

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Consignes 282 des Poudreurs d’escampette – Nostalgie quand tu nous tiens….

Et si le meilleur de la vieillesse n’était justement la nostalgie du meilleur de l’enfance?  Philip Roth

Chacun, quelle que soit son histoire, entretient avec la nostalgie un rapport particulier. A vous de mettre en scène une nostalgie ; la votre ou celle d’un personnage fictif. Une obligation pour vous compliquer la tâche : votre texte ne devra inclure aucun adjectif qualificatif. J’ai donc repris un texte d’avril 2010… et enlevé les adjectifs 🙂

Adrienne n’aime pas les roses blanches…

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C’est le premier week-end de juillet. Parfois, le père a réussi à se libérer la veille, alors la famille prend la route le vendredi. Réveil à trois heures du matin, départ vers quatre heures, selon le degré de difficulté du puzzle pour tout caser dans la voiture. A commencer par les piquets et la toile de tente, modèle familial, avec grand auvent, table, sièges, réchaud, matériel de couchage, de cuisine, le coffre est grand mais rempli à ras bord. Faut bien pousser pour le refermer.

Sur la banquette arrière, il faut caser le fils, la fille, deux valises de vêtements et les pulls pour la fraîcheur du soir. A côté du conducteur, la mère, avec à ses pieds le casse-croûte du midi. Pour ce trajet-là, mille kilomètres en direction du sud, la gamine n’a pas besoin de lire la carte, le père et elle connaissent la route par cœur. Et ce jour-là, quand le père tient le volant, il ne le lâche plus: on n’a qu’à ajuster ses besoins à ceux de la bagnole et faire pipi la fois où on s’arrête pour faire le plein.

La route est longue et il faut occuper le petit frère. On joue à compter les voitures blanches. On joue au jeu de l’alphabet. On joue à apprendre par cœur les numéros des départements français. On chante tout son répertoire de chansons. Jusqu’à cet inévitable moment où la mère exige qu’on lui chante « Maman c’est toi la plus belle du monde », façon Luis Mariano, et après celle-là, ça ne peut pas rater, elle veut entendre « C’est aujourd’hui dimanche, tiens ma jolie maman… »

Pitié! non! pas celle-là! 

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Tableau et consignes chez Lakévio, qui nous demandait expressément: « Oubliez, s’il vous plait, Berthe Sylva ou Tino Rossi. Pas de drame, ici ! Au gué, vivent les roses sous la tonnelle! Un petit tour à Bagatelle ? Enivrez-vous d’odeurs. Saisissez l’heure ! Revenez lundi avec un joli bouquet d’idées !« 

V comme village-en-ville

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Comme à l’époque d’Albert et Julia, ce village dans la ville que forment mes deux coins de rue abrite une dame dévote, un monsieur qui astique sa belle voiture, un autre son jardinet.

Mais aujourd’hui chacun a au minimum deux téléphones.

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Comme à l’époque de la cousine Marguerite, il y a la dame qui entre « par derrière », le monsieur qui passe son temps sur le pas de sa porte, les enfants qui jouent.

Mais le facteur ne rentre plus chez personne.