W comme warm

La conférence avait lieu à la « Maison espagnole » et pour la première fois – sans doute pas la dernière par les temps qui courent – le mail précisait de penser à prendre des vêtements chauds (« voorzie warme kledij« ).

Finie l’époque où on allumait le chauffage pour un événement qui ne dure finalement que quelques heures. Aujourd’hui, on en fait l’économie 😉

Pendant la pause café, l’Adrienne en a profité pour faire le tour des salles et de leur décor Louis XV et XVI quand une dame en arrêt devant un poêle à bois a été prise d’un tel coup de nostalgie qu’il fallait apparemment qu’elle s’en ouvre à la première venue:

– Ah! « zo gezellig« ! c’était tellement mieux! ça chauffait si bien!
– Oui, fait l’Adrienne, on cuisait si on se tenait trop près et on avait froid si on était à côté de la porte 😉
– Oh! non! non! il faisait toujours bien chaud chez ma grand-mère!

Alors l’Adrienne s’est souvenue que la grand-mère de la chapellerie devait toujours avoir au moins 27° dans son séjour, qui était une grande pièce, avec un passage ouvert vers la cuisine, qu’on chauffait donc en même temps…

– C’est vrai, admet l’Adrienne, le « feu continu » chez mes grands-parents, ça chauffait bien. Mais celui-ci, à mon avis, est un feu à bois.

La dame n’a pas voulu la croire alors la question est pour vous: à votre avis, ce poêle fonctionnait-il au bois ou au charbon?

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photo prise dans ma ville le 24 septembre dernier

P comme prénom

Jeudi dernier l’Adrienne s’est arrêtée pile en voyant l’auto-collant sur la vitre arrière d’une voiture garée.

C’était une de ces vignettes que quasiment tous les jeunes parents collent à l’arrière de leur véhicule pour indiquer fièrement qu’ils ont enfanté.

Elles existent en quelques variantes, et depuis les tout premiers « baby rijdt mee » (bébé à bord) c’est devenu l’habitude d’afficher le prénom.

Et là, surprise! Pour la première fois on pouvait lire « Omer rijdt mee« .

Omer, le prénom du grand-père paternel, prénom assez rare sauf peut-être dans le Nord et la Belgique au tournant du 20e siècle.

Prénom d’origine germanique – à ne pas confondre avec ses versions grecque ou arabe qui ont un sens différent – ‘aud‘ riche et ‘mar‘ célèbre, deux qualificatifs qu’on peut difficilement appliquer au grand-père, son prénom aurait plutôt dû signifier ‘brave homme’ 😉

Sur la photo prise sur la digue de Knokke-le-Zoute dans les années cinquante, il y a de gauche à droite Léon, Robert, Maurice et Omer.

Ne reste plus qu’à attendre que Robert aussi revienne à la mode 😉

C comme charmeur

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

C’est arrivé quelques fois: l’Adrienne dans son jardinet reçoit un « bonjour » d’un petit garçon qui passe dans la rue et il n’en faut évidemment pas plus pour qu’elle soit charmée.

Alors la fois suivante, elle engage la conversation.

Il n’avait jamais vu de figues ni de figuier, elle lui montre donc les fruits, verts à l’époque, et lui explique qu’ils doivent devenir violet foncé.

– Dès que tu vois qu’ils ont la bonne couleur, tu sonnes à ma porte et je t’en donne. D’accord?

Alors l’autre jour, au moment où elle se demandait s’il allait oser, vu que les fruits étaient déjà bien colorés vers la mi-août, il était là.

Deux jours plus tard, il était de nouveau là.
Un peu gêné, embarrassé:

– C’est mon père qui m’envoie, dit-il. Il aime tellement ça!
– Pas de problème! je vais te remplir ton sachet.

Puis il ajoute:

– Mais il n’aime pas les petites figues. Il dit que les grosses sont meilleures.

On sent bien que c’est du service commandé, exactement comme quand on envoyait mini-Adrienne chez le boulanger en insistant beaucoup qu’elle n’oublie surtout pas de préciser qu’on voulait le pain « bien cuit ».

Au retour, le pain était retourné et inspecté des deux côtés et on n’était jamais content:

– Tu as oublié de dire qu’on le voulait « bien cuit »?

La même sorte de réflexion attendait sûrement le petit garçon rentré chez lui avec un sachet où l’Adrienne avait mis des grosses et des petites figues:

– Tu as bien dit qu’on préfère les grosses?

Et il pourra répondre:

– Oui, mais la dame elle a dit que les petites et les grosses, c’est tout pareil.

Adrienne est nareuse!

Photo de cottonbro sur Pexels.com

Que de fois n’a-t-on reproché à Mini-Adrienne de « manger avec les yeux »!

– Keskesèksa? Moi n’aime pas ça! singeaient les parents, encore vingt ans après qu’elle avait osé un jour employer cette expression devant une assiette de champignons malodorants qui baignaient tout noircis dans un jus aqueux et brunâtre.

Il suffisait qu’elle mette le nez dans une assiette au lieu de l’attaquer tout de suite avec couteau et fourchette pour qu’ils la lui ressortent, cette petite phrase.

Mais ils se trompaient!

Bien sûr, « het oog wilt ook wat » (1), c’est agréable et appétissant qu’un plat soit joli, mais le plus important, c’est le nez.

Et le nez de la petite fille de cinq ans se trouve beaucoup plus près de l’assiette que le nez d’un corps adulte 😉

Alors imaginez le bonheur de l’ex-petite fille quand grâce à Walrus et à sa consigne pour demain elle peut enfin mettre un mot sur ce qu’elle est: nareuse!

Même si la définition du Robert lui semble un peu trop unilatérale: « (Nord-Est, Belgique) (Personne) qui se montre difficile quant à la propreté de la nourriture et des couverts ; qui éprouve facilement du dégoût. »

Étant donné que l’étymologie remonte au mot ‘nez’ (2), le sens et la définition devraient plutôt être « (Personne) qui se montre difficile quant à l’odeur de la nourriture et qui éprouve facilement du dégoût si l’odeur lui déplaît. » 🙂

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(1) littéralement, ça peut se traduire par « l’œil aussi veut quelque chose », on l’utilise pour souligner l’importance de l’aspect esthétique d’une réalisation, et pas seulement sa fonctionnalité.

(2) nez en latin se dit ‘nasus’ et narine est ‘naris’ en latin classique, ‘narina’ en latin populaire.

M comme Maria

Les deux sœurs étaient on ne peut plus différentes, de caractère comme d’aspect physique, pourtant bien souvent Maria disait:

– Il y avait quinze mois d’écart entre nous, mais nous étions comme des jumelles!

Et c’est vrai que sur les photos de la petite Ivonne, avec mari et enfants sur une plage de Knokke, il y avait généralement aussi Maria, devant ou derrière la caméra.

Maria, dont ils se moquaient gentiment dans les lettres qu’ils s’écrivaient dès qu’ils étaient séparés plus de deux jours: chaque fois qu’ils la nommaient, c’était pour annoncer qu’elle s’était encore disputée avec son fiancé et que cette fois c’était définitif!

Ceux qui l’aimaient disaient qu’elle avait du répondant, les autres qu’elle était impossible à vivre et qu’elle finirait vieille fille.

C’est d’ailleurs ce qui lui est arrivé, puisque dix ans plus tard, quand la petite Ivonne est décédée, les beaux-frères du veuf ont mis tout leur poids dans la balance pour qu’il épouse la si différente « jumelle », la faisant passer ainsi du statut de tante à celui de maman.

– Tu ne peux pas continuer éternellement à confier tes enfants à l’une ou l’autre de tes belles-sœurs, argumentait un des frères aînés. Épouse Maria et tout est résolu!

Ce qui a fini par arriver, à la longue.

Sans enthousiasme ni passion, mais avec assez de sympathie mutuelle.

– J’ai tout de même posé mes conditions! disait Maria. Tout d’abord, faire disparaître toutes les photos et tous les souvenirs d’Ivonne!

C’est donc miracle si aujourd’hui l’Adrienne dispose de quelques lettres et de quelques clichés témoins de ce court bonheur.

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Pour Maria, en ce jour de sa fête.

K comme karicol

C’était tout de même un drôle de hasard que précisément le jour où il avait été question ici de leur père, le fils aîné de l’ami José envoie un message annonçant que son frère allait venir lui rendre une petite visite de deux jours, depuis sa lointaine province.

Un véritable événement: les deux frères ne s’étaient plus vus depuis l’enterrement de leur maman.
En novembre 2018.

– J’apprends que tu seras par chez nous, écrit l’Adrienne au cadet, si tu as un peu de temps dans ton programme, tu es le bienvenu chez moi!

C’est ainsi qu’elle a pu constater que les deux frères se ressemblent de plus en plus, physiquement, et que s’ils ne sont d’accord sur presque rien, ils le sont au sujet de leur père.

Alors que l’Adrienne l’évoquait avec bonheur et attendrissement, ils se récriaient et ne lui concédaient que deux bons points: oui, il avait des tas de talents et oui, c’était toujours lui qui suggérait des sorties et prenait des initiatives:

– On va manger des caricoles?

Et tout le monde le suivait, même s’il était le seul à en manger 😉

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écrit pour le Défi du samedi 728 où Walrus – merci à lui – proposait la photo ci-dessus.

B comme baguette magique

Nommez une chose pour laquelle il n’existe pas de championnat, ça doit être assez rare 🙂

Celui de magie en tout cas existe et il vient d’avoir lieu à Québec.

Cette année, apprend-on dimanche soir, c’est un Belge qui l’a remporté, il s’appelle Laurent Piron et pratique ce qu’on explique dans cette vidéo de 2018: la magie nouvelle.

Voilà l’Adrienne embarquée immédiatement dans ses souvenirs d’enfance, à se rappeler les tours de magie de l’ami José certains dimanches après-midi.

Des « tours » et des trucs qu’il fallait acheter en magasin spécialisé, bien s’entraîner à réaliser correctement puis montrer au public constitué de trois adultes et quatre enfants.

Ébahis, les enfants; amusés, les parents.

Même si parfois ça ratait.

Alors l’ami José était le plus déçu de tous, lançait d’un air fâché: « C’est fini! J’arrête! » et les quatre petits poussaient des Oh! navrés et des Encore! suppliants.

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Les fans de l’ami José peuvent trouver ici les cinq billets qui lui ont été consacrés.

C’est qu’on l’a beaucoup aimé, l’ami José 🙂

D comme dur, dur!

Tu réussis tout juste à dire papa mais on veut te faire dire maman.
Alors que ton mot préféré est caca 🙂

On te demande dix fois par jour: Tu es grand comment?
Pour que tu fasses un geste du bras au-dessus de la tête.

Pour chaque adulte de ton entourage – et il y en a plein! – on te dit: Fais des bisous!
Et on n’arrête qu’au moment où tu l’as fait trois fois de suite.

Oh oui! Dur, dur d’être bébé!

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Les jambes de Monsieur Filleul et sous le chapeau, son fils né le 12 mars de l’an dernier, photo prise le 2 juillet 🙂

Adrienne se souvient

Sans doute que ceux qui n’ont pas connu cette chose devront aller jusqu’à la huitième ligne de l’incipit, là où il y a les mots ‘maman’ et ‘me laisser sortir’, mais c’est à la première déjà que l’Adrienne a compris.
Et ressenti, comme à cinq ans.
Un flot d’émotions, très, très fortes.

« Ze zeggen dat je ogen wennen aan het donker, maar hier, in dit kleine kamertje in de hoek van de kelder is de lucht pikzwart. Vorige keer heb ik hardop geteld en toen was ik al in de zoveel-honderd en mocht ik er nog altijd niet uit, dus dat doe ik nu niet meer.
‘Ik ben bang.’ Ik zeg het hardop, en ik schrik van dat geluid. ‘Ik ben niet bang, want ik ben al negen jaar en dat is groot en grote meisjes hebben geen schrik.’ Het zal nu niet lang meer duren. Mama zal zo wel naar beneden komen en mij er weer uit laten. Ik zal sorry zeggen en beloven om het nooit meer te doen.
« 

Griet Op de Beeck, Kom hier dat ik u kus, Prometheus Amsterdam, 2020

« Ils disent que les yeux s’habituent dans le noir, mais ici, dans ce petit réduit dans le coin de la cave, le noir est total. La fois passée j’ai compté à voix haute et j’étais déjà dans des tas de centaines et je ne pouvais toujours pas sortir, alors maintenant je ne compte plus.

‘J’ai peur’. Je le dis à voix haute et ce bruit me fait saisir. ‘Je n’ai pas peur, parce que j’ai déjà neuf ans et je suis grande et les grandes filles n’ont pas peur.’ Maintenant ça ne va plus durer longtemps. Maman va bientôt descendre et me laisser sortir. Je demanderai pardon et je promettrai de ne plus jamais le faire. »
(traduction de l’Adrienne)

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Comme vous pouvez le voir à l’illustration ci-dessus, le livre a été traduit en français par Isabelle Rosselin et a paru aux éditions Héloïse d’Ormesson en 2018.

T comme téléphonez-mi

Mini-Adrienne était en visite avec le petit frère et les parents chez des amis de ceux-ci qui avaient un fils de son âge.
Pas encore dix ans à l’époque.

Un fils que les parents aimaient mettre en valeur de toutes sortes de façons, ce qui étonnait toujours beaucoup la petite.

– Vous voyez, disait la mère du petit Christian, il ne réussit pas à dire correctement le mot ‘décalcomanie’ mais il vous dit la formule de Mary Poppins d’une seule traite.

Et en effet, il en a tout de suite fait la démonstration.
Jusqu’à trois fois: Supercalifragilisticexpidélilicieux!

Il savait aussi chanter et a choqué mini-Adrienne en lui chantant « J’aime les filles« .
Qu’elle ne connaissait évidemment pas, et il faut croire qu’à pas-dix-ans elle avait déjà des idées bien arrêtées sur l’exclusivité en amour 😉

Bref, c’est au petit Christian et à son refrain « téléphonez-moi/téléphonez-mi » qu’elle a pensé en voyant l’arrière d’une fourgonnette anglaise sur laquelle on pouvait lire la question suivante: « How is my driving? » accompagnée d’un numéro de téléphone pour les plaintes et/ou les félicitations.

***

Et pour boucler la boucle: ce « how is my driving? » est… une décalcomanie.
Mais on peut supposer qu’aujourd’hui le petit Christian réussit à mieux dire ce mot-là que supercalifragilimachin 🙂