W comme wafel

food lunch meal sugar

Dans la grande famille du grand-père maternel, celle où grand-mère Adrienne est entrée par son mariage – elle qui était fille unique – il n’y avait qu’une seule bonne recette de gaufres, détenue par une seule personne: la Mater Familias, Marie-Angélie.

Seules deux de ses belles-filles ont réussi à devenir les dépositaires de la fameuse recette – et vous imaginez avec quelles papilles critiques leurs gaufres étaient goûtées et évaluées à l’échelle de celles de la Mamma, jamais égalées, évidemment, toujours approchant, toujours manquant ce petit je ne sais quoi…

Gaufre, en néerlandais wafel, dans le dialecte de grand-mère Adrienne, woefo.

Mais quand elle disait « kgoe a ne woefo geiven! » (« je vais te donner une gaufre », c’est-à-dire une baffe) il fallait se tenir à carreaux.

Même si elle ne mettait jamais sa menace à exécution – elle était bonne comme le bon pain – le menacé savait qu’il ne devait pas lui courir sur le haricot, que la coupe était pleine.

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Inspiré par la consigne de Joe Krapov – un grand merci! – Recette (24 mars 2020)
Que faire quand on est confiné chez soi, avec interdiction de sortir faire du sport, pour continuer à rester en forme ? Deux solutions : soit jeûner, soit bien manger !
Vous avez certainement par-devers vous une recette (de cuisine, de santé, de zénitude, etc.). Partagez-la avec nous et surtout dites-nous de qui vous la tenez et quels sont les souvenirs qui y sont attachés.
Plus quelques expressions « culinaires » 🙂 

Photo de famille de l’Adrienne et photo de gaufres d’Anastasia Zhenina sur Pexels.com

 

L comme limbes

Réflexion faite, se dit l’Adrienne en relisant son billet d’hier, je souffrais déjà d’insomnies quand j’étais petite, envahie par une foule de peurs diverses.

Comme celle, très claustrophobe, de se retrouver coincée dans un étroit tunnel sous la terre.

D’être convaincue de la présence de Peitie Baboe dans la chambre, grâce à son don d’invisibilité.

D’être oubliée dans un endroit inconnu, quand emportée par sa curiosité insatiable – ou sa grande distraction – elle se serait trop éloignée de ses parents.

Puis somnoler et se réveiller brutalement, une boule dans la gorge, avec la sensation d’être devenue invalide, incapable de bouger les jambes, de faire un seul pas pour échapper à ses poursuivants.

Et pleurer doucement sous son drap, parce qu’un fois de plus elle a attendu en vain un baiser du soir.

***

texte écrit pour les Plumes d’Emilie – merci à elle! – avec les mots imposés suivants: INSOMNIE – INVISIBILITÉ – PEUR – INVALIDE – RÉFLEXION – FOULE – ÉQUATION – OUBLIER – CURIOSITÉ – BOULE – TRAIN – TUNNEL – ATTENDRE

Sur les photos, les deux Adrienne, la version mini et la vraie, ma grand-mère, dans son jardin plein de fleurs.

Merci Emilie et tous les autres gentils organisateurs de jeux verbaux sur nos blogs, au train où vont les choses ce sera bientôt le seul plaisir encore permis – et non, je n’utilise pas le mot équation 🙂

Y comme Y a comme un défaut

Quel bonheur, un livre! 

Le cœur de mini-Adrienne fait des bonds. Il n’est même pas nécessaire d’ôter le papier, c’est un livre, elle le sent, et c’est le principal! Elle s’élance pour embrasser sa Tantine.
La couverture est vert pâle. Boule d’Or et sa Dauphine, dit le titre. 
La Dauphine, mini-Adrienne connaît, c’est le modèle de voiture qu’a le vieil Hector. Exactement de ce même vert délavé. 
Et Boule d’Or? ce sont les cigarettes que fume le grand-père. Les rouges sans filtre.
Une auto et des cigarettes, se dit mini-Adrienne, du haut de ses huit ans, voilà qui sera une lecture intéressante!
Alors elle y commence tout de suite. Mais il n’est question ni de Renault ni de tabac:
« C’est aujourd’hui chez nous la cueillette du mimosa que les gens de la ville viennent chercher ce soir. Papa a besoin d’aides ; qui est-ce qui vient avec moi ? «  lit-elle à la page 10. 
Cueillette de mimosa, fête du mimosa, bouquets de mimosa, gerbes de mimosa, une montagne de mimosas… et la Reine du Mimosa! 
Qui s’appelle Marie-Antoinette. 
Voilà. 
C’est comme ça qu’à huit ans mini-Adrienne a su que la future reine de France portait un nom de voiture 🙂
***
écrit pour le Défi du Samedi n°600, thème: mimosa!
Merci, Walrus 🙂

 

Y comme yolo

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L’Adrienne est sur l’autoroute entre Ostende et Bruxelles.

Elle essaie de se maintenir autour des 120 km à l’heure parce que c’est la limite imposée en Belgique, quand tout à coup une Porsche la dépasse à toute allure.

Le propriétaire est une de ces personnes qui ont mille euros de trop et se sont offert une plaque d’immatriculation personnalisée.

Sur la sienne, seulement quatre lettres: YOLO.

Et bien vous savez quoi? L’Adrienne a éclaté de rire, là, toute seule à son volant.

You only live once, et peut-être plus très longtemps…

Voilà exactement le genre de conducteur dont grand-mère Adrienne disait, chaque fois qu’elle en rencontrait un: « celui-là, il ne mourra pas dans son lit! »

source de la photo ici.

R comme Renoir

Mini-Adrienne passe huit jours à l’hôpital et reçoit des visites.
Chacun lui apporte une babiole pour laquelle elle remercie poliment.
Chaque fois elle espère en vain que ce sera un livre.

Le cadeau dont elle se souvient le mieux, c’est celui de Catherine, qui vivait avec sa grand-mère dans un magasin d’articles de décoration.
C’était un petit cadre d’à peine dix centimètres entourant un carré de soie sur laquelle étaient peintes les deux jeunes filles de Renoir au piano.

– Que c’est joli! que c’est fin! s’exclame sa mère.

Mais mini-Adrienne aurait préféré que la grand-mère de Catherine soit libraire 🙂

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tableau de Renoir et consignes chez Lali, que je remercie!

P comme Poulidor

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Dans la famille de l’Adrienne, chacun – sauf elle – aime le sport et surtout ces vedettes qui font gagner des médailles diverses et résonner la Brabançonne. Le sport, c’est la guerre.

Le père, qui ne veut pas de télé chez lui sous prétexte d’en protéger ses enfants, a l’oreille collée à sa radio pour suivre les matches de foot. Les courses cyclistes. Spa-Francorchamps. Il n’y a que la natation qui ne l’intéresse pas: il n’a jamais appris à nager.

En visite chez les autres, il y a toujours une télé.

Le premier janvier, à la chapellerie, les hommes sont rivés à l’écran devant le saut à ski de Garmisch-Partenkirchen. A l’appartement de Westende, ce sont les tournois de tennis ou les Jeux Olympiques. Toutes les disciplines, même la natation 😉

Mais les discussions les plus vives, les émotions les plus fortes, c’est le cyclisme qui les concentre. Là, même les femmes – sauf l’Adrienne – se jettent dans la mêlée. Le samedi soir, c’est séance télé chez les grands-parents.

– Eddy Merckx, dit grand-mère Adrienne, il pourrait de temps en temps laisser gagner quelqu’un d’autre.

***

Ecrit pour le devoir du Goût – que je remercie:

Avant-Hier, j’ai entendu un peu parler  de Bourganeuf et beaucoup de « Poupou » Alors je vais vous dire deux mots de Bourganeuf dont je ne sais pas grand’chose.
D’ailleurs lectrices chéries, je n’ai jamais mis les pieds à Bourganeuf.
J’aimerais néanmoins que vous me racontiez quelque chose qui parle de vélo.
J’espère que ce tableau de Miki de Goodaboom vous inspirera.

N comme Nostracarlos

Quand Carlos et ses Indiens passaient à la radio, mini-Adrienne et son petit frère chantaient à tue-tête en tournant autour de la table. Ils connaissaient les paroles par cœur et gesticulaient au rythme de

Dans vingt ans, les copains,
On sera tous des Indiens !
On aura des plumes partout autour du cou !
On ira en Amérique
Pour leur flanquer la panique !
On recommencera la conquête du Far-West !
Le petit frère, nourri des westerns du grand-père adorateur de John Wayne, y croyait dur comme fer, si bien que mini-Adrienne, prise d’un doute, a demandé à son père:
– Tu crois que c’est vrai?
– Quoi, vrai?
– Ce qu’il dit, Carlos.
– Ça m’étonnerait, dit le père.
Et il s’est replongé dans son journal.