Stupeur et tremblements

Il vient d’avoir douze ans et depuis sa première année primaire, il s’occupe de programmation grâce à Coderdojo.

Il réalise d’année en année de « petites » inventions: un petit robot qui vous prévient que vous n’avez pas bu assez d’eau dans la journée, un autre qui scanne la voiture pour s’assurer que vous n’y oubliez ni le chien, ni le bébé, celui qui prévient lorsqu’un enfant tombe à l’eau dans votre étang ou votre piscine, celui pour un ami diabétique, permettant de se débrouiller tout seul pour lire son taux de sucre. Et même un système de gestion des absences pour son école en temps de covid.

Bref, un petit garçon heureux et créatif, qui n’a qu’une envie, dit-il, inventer des choses utiles pour aider les gens.

Cette forme d’intelligence suscite évidemment la plus grande stupeur admirative chez l’Adrienne, pour qui le plus grand exploit technologique récent a été l’autre jour de réussir à ouvrir dans le bon ordre les deux robinets permettant de régler la pression de l’eau pour sa chaudière au gaz.
Et de se pincer le doigt jusqu’au sang.

Ci-dessous une autre vidéo de Mauro à ses débuts, il y a quatre ans, avec sa petite sœur dans le rôle de l’assistante pour démontrer sa première invention, une barrière électronique qui s’ouvre avec un badge.

« En ik heb het helemaal zelf geprogrammeerd« , je l’ai entièrement programmé seul, dit-il fièrement du haut de ses huit ans, en avril 2017.

On lui souhaite de pouvoir garder la science heureuse encore longtemps.

P comme patience

Patientia vincit omnia, écrit l’amie qui attend ces jours-ci l’arrivée du premier bébé chez son fils aîné.

La patience, la persévérance et la passion, voilà ce qui aura été plus que nécessaire à cet adepte (1) du Rubik’s cube pour réaliser sa Mona Lisa!

Dans sa jeunesse, l’Adrienne s’est essayée à ce cube en se demandant ce qu’on pouvait y trouver d’amusant.

La réponse lui est enfin donnée 🙂

(1) ce jeune garçon en a fait d’autres, on en parle ici.

M comme Modiano

Devoir de Lakevio du Goût No 68

Devoir de Lakevio du Gout_68.jpg

« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »

Bien sûr on se souvient de Dora Bruder, de l’enquête du narrateur, cinquante ans après les faits, et on pourrait rejouer ce triste doublé-dédoublé, comme le négatif d’une photo d’autrefois, en repensant à une petite fille de 1970 qui prépare sa fugue, elle aussi.

Elle sait que le moment idéal n’est pas « un jour de froid et de grisaille« , mais que ces jours-là viendront, et qu’il faut les prévoir.

Elle n’a pas douze ans mais elle sait que la vraie solitude ne peut être pire que celle qu’elle vit.

Elle se revoit à la minute exacte où elle regarde par la fenêtre de sa chambre et se rend brusquement compte que là, derrière le bosquet, derrière la colline, il y a une grand-route et juste après, il y a sa grand-mère.

C’est la minute exacte où elle sait que son projet n’est pas « en suspens« : elle ne fuguera pas.

***

Cette toile de Pissarro vous inspire-t-elle ? Je l’espère, dit Monsieur Le Goût. Le mieux serait que vous commençassiez ce devoir par :
« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »
Et que vous le terminassiez par :
« Je vais laisser cette lettre en suspens… »

G comme garrocher

Jules le poisson rouge, c’est la responsabilité de Parrain.

Le vendredi, il faut changer l’eau de son bocal.
La chose semble fort délicate à mini-Adrienne.
La preuve: on opère en silence, après la fermeture du magasin.

Clic! fait l’épuisette contre le bord du bocal et voilà Jules transvasé dans un demi-seau d’eau pas trop froide.
On vide son bocal, on le rince, on le garnit de ses trois galets blancs, puis plouf! nouvelle réception de Jules dans l’épuisette et il se retrouve à tourner sa mélodie du bonheur, sur son appui de fenêtre, entre quatre sansevières et les rideaux torsadés.

Les sansevières aussi ont reçu leur arrosage.

Puis grand-père distille une fine pincée de nourriture, qui n’a pas le temps de quitter la surface de l’eau: hop!
On croirait que Jules baille… mais non!
Il gobe ses minuscules récompenses du vendredi soir, jour du bain pour les plantes, le poisson et l’enfant.

***

écrit pour 13àladouzaine avec les mots imposés suivants:

garnir – torsade – distiller – opérer – froid – parrain – réception – mélodie – clic – bailler – arrosage – garrocher – surface.

R comme refaire du Delerm

Du plus loin qu’on s’en souvienne, on n’en prend jamais.
Même à l’adolescence on le trouvait trop monstrueux.
On est né dans une famille où le sucre fait peur.
Pas de madeleine avec le thé, pas de spéculoos avec le café.

Au restaurant, sous le sévère regard maternel, on se résigne à prendre un sorbet quand on rêve de profiteroles au chocolat.

— Et pour vous ?
— Un banana-split.

C’est inimaginable.

Heureux ceux qui peuvent le faire avec ce plaisir enfantin, sans regret, sans voir apparaître le doigt accusateur de la morale diététique.

Toute petite, on a appris à avoir la gourmandise la plus discrète possible.

Ainsi, on prétend se délecter d’un simple fruit frais.

Le sucre, c’est un péché.

***

Texte écrit à la façon du Banana-split de Philippe Delerm.

Merci à Émilie et à ses Plumes! Voici les consignes du jour:

Les mots à utiliser sont donc SE SOUVENIR-PLUS-FAMILLE-REGRET-HEUREUX-MADELEINE-AINSI-ALEA-APPARAITRE et ADOLESCENCE mais encore BANANA-SPLIT pour les plus joueurs – 11 mots avec ceux que j’ai ajoutés. S’agissant d’une petite récolte, je vous propose également les mots facultatifs suivants : RESIGNER-REVER-RESTAURER.

M comme marchande

source

Étonnement de l’Adrienne ce matin: fabriquer et « vendre » des fleurs en papier crépon sur la plage serait une activité qu’on ne trouverait pas ailleurs que sur notre côte belge?

Bizarre!

Et voilà qui ramène l’Adrienne des années en arrière, petite fille confrontée à son énorme timidité et à son absence totale d’esprit mercantile.

Ses fleurs, par contre, étaient très réussies 😉

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L’article explique que son origine remonte aux années 1920 et que les coquillages qui servent de monnaie d’échange dans ce petit commerce floral diffèrent d’une plage à l’autre.

En 7 morceaux

C’était le temps où on ne trouvait pas de canettes ni de cartons brick dans les rigoles de nos villes

C’était le temps du macramé et du point de tapisserie – ne jamais avoir les mains inoccupées quand on est une fille, disait la mère

C’était le temps où grand-mère Adrienne ne desservait pas aussi longtemps qu’il y avait un petit reste dans ses casseroles

C’était le temps où le truculent grand-père faisait rire aux larmes des tablées entières

C’était le temps où les femmes portaient des foulards sur la tête et n’étaient pas musulmanes

C’était le temps où le blouson de cuir ne pouvait être qu’un vêtement de voyou, aux relents funestes et délétères

C’est un puzzle aux milliers de pièces, quelques joyaux, quelques points noirs, beaucoup de belles rencontres…
N’en gardons que le positif 🙂

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écrit pour 13 à la douzaine avec les mots imposés suivants: foulard – tapisserie – puzzle – rigole – déjà – macramé – truculent – blouson – délétère – desservir – casserole – joyau – rencontre.

E comme embarras du choix

Le magazine continue quotidiennement son ‘tip tegen de coronadip‘ qui a déjà été évoqué ici.

Le conseil de lundi dernier dit ceci: replongez-vous dans le livre préféré de votre enfance.
Laissez-vous emporter à nouveau par ce livre qui a réjoui votre enfance ou votre adolescence.

Excellent conseil, se dit l’Adrienne, mentalement déjà en route vers son grenier, là où il y a la boite de livres d’enfance.

Puis elle se ravise: prendra-t-elle un volume de Heidi ou de la Comtesse de Ségur?

Deux jours plus tard, elle n’a toujours rien décidé 😉

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Finalement, ce sera comme dans la pub des fromages belges: un peu de tout!

M comme mariage

C’est au hasard d’une soirée télévisée du samedi chez les grands-parents que mini-Adrienne a appris de la bouche de son père que le cousin Paul – celui qui avait un papa très riche – s’était enfui à Gretna Green avec la jeune fille qu’il voulait épouser sans l’accord de ses parents.

Depuis peu, l’Adrienne a appris que ça porte un nom, elopement.
Même en français.
Elopement.

Ces jours-ci, le mot a pris un sens nouveau, s’il faut en croire la presse: on l’utilise aussi pour désigner les mariages tout à fait intimes, juste à deux, sans famille, sans invités.

Et pas seulement pour des raisons de covid: « Just the two of us » 😉

G comme grand gagnant

La lecture d’une interview anonymée avec la dame qui accueille les ‘grands gagnants’ de la loterie nationale ne pouvait que rappeler le souvenir du grand-père, qui attendait chaque samedi soir les résultats du tirage.

Comme il jouait chaque semaine les mêmes numéros fétiches – des dates d’anniversaire – il n’avait pas besoin de vérifier son billet et en voyant les ‘boules’ tomber les unes après les autres, il disait tôt ou tard en direction de grand-mère: « Adrienne, ‘t is weire van mijn broek« , ce qui revient à dire que c’est encore raté.

Grand-mère haussait les épaules, confortée dans l’idée que c’était de l’argent jeté par les fenêtres, mais grand-père était convaincu que son tour viendrait, un jour ou l’autre.

Parfois les deux ou trois premières boules semblaient lui donner raison, la tension montait, il se redressait de son fauteuil, appelait grand-mère qui le priait de se calmer, tu vas encore faire un infarctus!

On la sentait soulagée quand dans la seconde suivante venait le « ‘t Is weire van mijn broek » et qu’il se laissait retomber dans son fauteuil.

Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’on en ferait, de cet argent, disait-elle, ça n’apporterait que des problèmes et des soucis.
– Oh moi je saurais bien quoi en faire, disait grand-père.

***

Et pour ceux qui aiment les chiffres: en 15 ans de métier, la dame a accueilli un millier de gagnants de plus d’un million d’euros, une soixantaine par an. Son travail consiste surtout à les aider à préserver leur anonymat.