P comme Poulidor

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Dans la famille de l’Adrienne, chacun – sauf elle – aime le sport et surtout ces vedettes qui font gagner des médailles diverses et résonner la Brabançonne. Le sport, c’est la guerre.

Le père, qui ne veut pas de télé chez lui sous prétexte d’en protéger ses enfants, a l’oreille collée à sa radio pour suivre les matches de foot. Les courses cyclistes. Spa-Francorchamps. Il n’y a que la natation qui ne l’intéresse pas: il n’a jamais appris à nager.

En visite chez les autres, il y a toujours une télé.

Le premier janvier, à la chapellerie, les hommes sont rivés à l’écran devant le saut à ski de Garmisch-Partenkirchen. A l’appartement de Westende, ce sont les tournois de tennis ou les Jeux Olympiques. Toutes les disciplines, même la natation 😉

Mais les discussions les plus vives, les émotions les plus fortes, c’est le cyclisme qui les concentre. Là, même les femmes – sauf l’Adrienne – se jettent dans la mêlée. Le samedi soir, c’est séance télé chez les grands-parents.

– Eddy Merckx, dit grand-mère Adrienne, il pourrait de temps en temps laisser gagner quelqu’un d’autre.

***

Ecrit pour le devoir du Goût – que je remercie:

Avant-Hier, j’ai entendu un peu parler  de Bourganeuf et beaucoup de « Poupou » Alors je vais vous dire deux mots de Bourganeuf dont je ne sais pas grand’chose.
D’ailleurs lectrices chéries, je n’ai jamais mis les pieds à Bourganeuf.
J’aimerais néanmoins que vous me racontiez quelque chose qui parle de vélo.
J’espère que ce tableau de Miki de Goodaboom vous inspirera.

N comme Nostracarlos

Quand Carlos et ses Indiens passaient à la radio, mini-Adrienne et son petit frère chantaient à tue-tête en tournant autour de la table. Ils connaissaient les paroles par cœur et gesticulaient au rythme de

Dans vingt ans, les copains,
On sera tous des Indiens !
On aura des plumes partout autour du cou !
On ira en Amérique
Pour leur flanquer la panique !
On recommencera la conquête du Far-West !
Le petit frère, nourri des westerns du grand-père adorateur de John Wayne, y croyait dur comme fer, si bien que mini-Adrienne, prise d’un doute, a demandé à son père:
– Tu crois que c’est vrai?
– Quoi, vrai?
– Ce qu’il dit, Carlos.
– Ça m’étonnerait, dit le père.
Et il s’est replongé dans son journal.

T comme tapis de sable

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C’est en roulant en direction de Mons et de ses monuments un dimanche matin que l’Adrienne a repensé à ces sorties dominicales organisées par le grand-père à l’occasion de son anniversaire, fin octobre.

Par une de ces étranges pirouettes de la mémoire, elle s’est tout à coup souvenue d’un endroit où la famille s’est arrêtée une ou deux fois, pour que les hommes puissent y prendre leur « collation ».

Ça s’appelait Le tapis de sable parce qu’il y avait effectivement un énorme tableau réalisé en différentes couleurs de sable. « On ne touche pas! », criait-on au petit frère, qui aimait surtout admirer avec les doigts, « va plutôt faire un tour du côté des balançoires! »

Les hommes ayant sifflé – pardon, bu – une bière, ils battaient le rappel et chacun remontait en voiture.

Et que le ciel soit d’azur ou de grisaille, chaque fois grand-mère Adrienne répétait comme un mantra: « Het weer doet al wat het kan! », « La météo fait tout ce qu’elle peut. »

***

texte écrit avec 9 des 13 mots imposés par 13 à la douzaine: sable, tapis, touche, vernaculaire, collation, azur, tissage, balançoire, siffler, adamique, pirouette, poing, monument.

Photo prise à Mons le dimanche 13 octobre, dans une rue dont les habitants se sont amusés à peindre les pavés en de multiples couleurs, de sorte qu’elle est devenue très instagrammable 😉

 

N comme nut van het nutteloze

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L’utilité de l’inutile, disait le titre d’un article du journal de samedi dernier.

Il s’agissait de notre propension à vouloir exceller dans tout ce que nous entreprenons, même dans nos activités de loisirs, alors que la nature du vrai ‘passe-temps’, du véritable ‘hobby’ devrait être simplement de passer un bon moment sans se soucier de briller ou d’être performant.

Ooit had ik een hobby zoals een hobby volgens mij op z’n best is. Niet te hard van moeten en een beetje nutteloos. Ik erfde een collectie postzegels van mijn opa en zat heel wat avonden zegels uit Hongarije van enveloppen af te weken.

« J’ai eu un passe-temps dans le vrai sens du mot, autrefois. Sans véritable obligation et avec une certaine dose d’inutilité. J’avais hérité une collection de timbres de mon grand-père et je passais de nombreuses soirées à faire tremper des enveloppes pour en décoller des timbres hongrois. »

L’Adrienne se reconnaît très bien là-dedans 🙂

Ainsi que dans l’anecdote racontée par le professeur Ignace Glorieux, président de l’International Association for Time Use Research, pour illustrer la différence entre aujourd’hui, où nous sommes si souvent incapables de rester « à ne rien faire », et autrefois, comme son grand-père – qui a un grand air de famille avec l’arrière-grand-père de l’Adrienne: 

‘Hij zat twee uur in de zetel pijp te roken. Dat was een bezigheid op zich. Wij kunnen amper een paar minuten naar een symfonie luisteren zonder het gevoel te hebben dat we ondertussen net zo goed aan het eten kunnen beginnen.’

« Il restait pendant deux heures dans le fauteuil, à fumer sa pipe. C’était une occupation à part entière. Alors que nous réussissons à peine à écouter quelques minutes d’une symphonie sans nous dire que nous pourrions tout aussi bien commencer à préparer le repas. »

We moeten we weer slecht of middelmatig durven te zijn in onze hobby’s, zegt Tim Wu, journalist bij The New York Times en auteur van het boek Aandacht is het nieuwe goud: hoe commercie en media vechten om in ons hoofd te komen. We moeten weer leren om een gitaar vast te nemen als we vijf minuten tijd hebben, hoe belabberd ons spel ook is. We moeten het weer aandurven om na onze 45ste verjaardag nog te leren windsurfen, ook al weten we dat we er nooit potten mee gaan breken. Dan liggen hobby’s niet langer in het verlengde van wat op het werk al moet: presteren, beter worden, alles als topsport zien.

« Nous devons oser être mauvais ou médiocres dans nos hobbys, dit Tim Wu, journaliste au New York Times et auteur du livre The Attention Merchants: The Epic Scramble to Get Inside Our Heads. Nous devons réapprendre à nous mettre à la guitare, même si notre jeu est mauvais. Nous devons oser apprendre à faire de la planche à voile après l’âge de 45 ans, même si nous savons que nous ne serons jamais champions. De sorte que nos passe-temps ne soient pas dans la ligne de ce qu’il faut déjà réaliser au travail: faire des prestations, s’améliorer sans cesse, tout voir comme un sport de haut niveau. »

Même si on éprouve plus de plaisir en devenant meilleur dans ce qu’on fait: l’Adrienne va essayer de voir de cette façon son apprentissage du piano 🙂

Probeer los te raken van rendementsdenken of prestatiedrang. Aanmodderen met verf en borstel zonder aan een vernissage te denken is niet strafbaar, net als tijd reserveren om bijzonder middelmatig maar fijn te zitten breien. Er hoeft zelfs geen trui van te komen.

« Essayez d’oublier le rendement ou la prestation. Barbouiller avec de la peinture et des pinceaux sans penser à un vernissage n’est pas un délit, passer du temps à faire très médiocrement du tricot non plus. Il n’est même pas besoin de réaliser un pull. »

 

 

J comme Je me souviens…

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Sapristi! s’écrie l’Adrienne en découvrant le mot imposé au Défi du Samedi: soupape!
Va-t-elle encore devoir parler de soupe?

Parce que soupape = casserole à pression = cuisine maternelle = …

Voilà. Vous avez compris.

La mère de l’Adrienne a deux casseroles à pression. C’est ainsi qu’on les appelle en Belgique. Et oui, vous avez bien lu :
1° qu’on peut en parler au présent parce que ces machins, malgré l’emploi intensif qui en a été fait, sont indestructibles
2° qu’il y en a deux, une énorme pour la soupe de la semaine et une de taille ‘normale’ utilisée quotidiennement pour les pommes de terre, le stoemp, les viandes qui nécessitent une cuisson longue, comme le pot-au-feu.

Ce qui avait convaincu la mère de l’Adrienne, c’était le double argument de vente de ses deux ‘Miss Mary’: un temps de cuisson nettement plus court et des vitamines ou sels minéraux mieux conservés.

Win-win, comme on dit aujourd’hui.

Mais sur le goût de ces patates sorties de la Miss Mary, on ne disait rien…

Mini-Adrienne détestait les ‘Miss Mary’, non seulement parce que tout ce qui en sortait avait à peu près la même qualité gustative, mais surtout pour leur aspect bruyant et effrayant.

Leurs « pschitt pschitt’ remplissaient la cuisine de bruit et de vapeur et au moment du ‘jaillissement’ final, le père était prié d’aller au plus vite porter la chose dehors, pour que le plus gros jet de vapeur s’éparpille dans la nature au lieu de remplir la cuisine.
Qui pourtant faisait quatre mètres sur quatre et avait une hotte aspirante.

Enfin, la touche finale: mini-Adrienne, qui devait essuyer la vaisselle, a failli mille fois se démettre l’épaule ou se casser le dos à soulever un de ces engins.
Qui en plus n’étaient pas faciles à essuyer parce qu’à cause du rebord, l’eau ne s’en égouttait pas.

Aujourd’hui, la mère de l’Adrienne n’utilise plus ses Miss Mary: elle a découvert le micro-ondes, c’est encore plus rapide 🙂

Mais elles sont toujours en état de nuire: elles dorment à la cave.

***

écrit pour le Défi du Samedi où Walrus proposait soupape avec l’illustration ci-dessus et ajoutait: « Relâchez la pression, voyons ! »
Ben voyons 🙂
Merci, Walrus!

H comme Henri Beauvillard

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« C’est grâce à Henri Beauvillard, dit le professeur émérite, botaniste, spécialiste en microbiologie, que j’ai appris des choses sur le corps humain. Mes parents avaient son livre « De geneesheer der armen » (1) et je l’ai dévoré en cachette. »

Voilà qui fait sourire l’Adrienne parce que ça lui rappelle meilleure-amie-depuis-l’âge-de-trois-ans, dont la maman tenait caché dans un buffet – caché, croyait-elle – un épais ouvrage médical à couverture sombre, où meilleure-amie-etc, qui à l’époque n’avait pas encore de petit frère, avait découvert – et voulait faire partager à Mini-Adrienne – ce qui différenciait physiquement l’homme de la femme.

Ce brave docteur Beauvillard le savait bien, vu qu’il précise en première page de son ouvrage, en guise de pub pour un autre de ses écrits:

« TRAITÉ DES Maladies Secrètes & Contagieuses DANS LES DEUX SEXES

Vu le caractère confidentiel de ces maladies, nous n’avons pu en parler plus longuement dans le Médecin des Pauvres, qui est lu par tous et se trouve même entre les mains des enfants.

Mais les personnes qui désirent avoir des renseignements complets sur ces terribles maladies peuvent nous demander l’ouvrage intitulé Traité des Maladies secrètes, etc, prix franco, 2 fr. 50. (Envoi discret.) »

Bref, nil novi sub sole 😉

Dans sa conférence (2), il s’agissait bien sûr de son domaine à lui: les plantes.
De leur classification au travers des âges.
Et du problème de savoir de quelle plante on parle, dans les écrits anciens, vu qu’il n’y avait ni classification, ni description, ni illustration.

***

(1) sur Gallica on peut lire l’ouvrage en ligne en français, « Le médecin des pauvres« , d’où vient l’illustration ci-dessus: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5455234c.texteImage 

(2) Sa conférence était, semble-t-il, basée sur un des nombreux ouvrages qu’il a publiés, De historia naturalis, et dont on peut lire les premières pages ici.

W comme wetiko

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Dans la boite aux lettres ce matin, comme chaque jour depuis la mi-septembre, des publicités qui prédisent la grisaille de l’automne et incitent à jeter l’ancre dans des archipels paradisiaques, à l’autre bout du monde.

Trajets en avion, bien sûr, et pour cinq cents euro à peine on retrouve le grand soleil, des palmiers, des cascades cristallines du plus bel azur, comme dans la pub pour un gel douche.

Voilà, se dit l’Adrienne au moins dix fois par jour, ce que les Indiens d’Amérique appellent le wetiko, une sorte de virus qui rend l’homme destructeur et par conséquent autodestructeur.

Alors elle repense à son arrière-grand-père Edmond, dont le seul cadeau, pendant son enfance, était une orange venue d’Espagne – ô merveille, lui qui à soixante ans n’avait même pas encore vu la mer – et qui n’aurait jamais gaspillé une goutte d’eau, ne serait-ce que parce qu’il fallait la transporter dans deux arrosoirs, un pour chaque bras, sur les cinq cents mètres qui séparaient la maison du potager partagé, au bout de la rue.

***

Un article en français sur le wetiko ici. Deux en anglais ici et ici.

Billet écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: arrosoir – automne – trajet – ancre – retrouver – indien – cascade – orange – grisaille