D comme défini

DSCI7278 (3)
Temps défini
Il est bon que parfois la vie
nous dépouille de tout.
Dans l’obscurité les yeux apprennent
à y voir plus clair.
Quand la solitude est le vide intense
du corps et des mains,
il y a des chemins ouverts sur le plus profond
et sur le plus distant.
Dans le silence les voix aimées
renouvellent doucement leurs mots
et les murs veillent sur le bruit infini
des pas absents.
Les lèvres qui avant furent
lieu d’amour, apprennent, par ces après-midi silencieux,
la grandeur
de la chanson rebelle et angoissée.
Sur le haut des arbres, un vent en suspens,
un son de pluie. (…)
(Trad: Colo)

Tiempo definido, Maruja Vieira

Está bien que la vida de vez en cuando
nos despoje de todo.
En la oscuridad los ojos aprenden
a ver más claramente.
Cuando la soledad es el vacío intenso
del cuerpo y de las manos,
hay caminos abiertos hacia lo más profundo
y hacia lo más distante.
En el silencio las amadas voces
renuevan dulcemente sus palabras
y los muros custodian el rumor infinito
de los ausentes pasos.
Los labios que antes fueran
sitio de amor en las calladas tardes
aprenden la grandeza
de la canción rebelde y angustiada.
Hay un viento en suspenso sobre los altos árboles,
un repique de lluvia (…)

Bepaalde tijd – Maruja Vieira
Het is goed dat het leven af en toe
Ons van alles ontdoet.
In het donker leren de ogen
klaarder te zien.
Als de eenzaamheid de grote leegte is
van lichaam en handen,
zijn er open wegen naar meer diepgang
en naar de verte.
In de stilte hernieuwen zachtjes
de geliefde stemmen hun woorden
en de muren bewaren het eindeloze geluid
van de afwezige stappen.
De lippen die vroeger plek van liefde waren
in de stille avonden
leren de grootsheid
van het rebelse en angstig lied.
Er hangt een wind boven de hoge bomen,
en de regen tokkelt (…)
traduction de l’Adrienne – merci Colo!
photo prise à l’école année 2018-2019

Adrienne traduit Anne

VI

Pierre à secret
pierre à mémoire

        je dis

Pierre de patience
et de silence

Sans chagrin
sans voix
sans espoir

Que connais-tu des larmes
que sais-tu d’être tendre
que sais-tu de l’amour
que sais-tu de la joie
que je pourrais t’apprendre?

VI

Piedra de secretos
piedra de memoria
digo
Piedra de paciencia
y de silencio
Sin pena
sin voz
sin esperanza
¿Qué sabes de las lágrimas
qué sabes de ser tierno
qué sabes del amor
qué sabes de la alegría
que podría enseñarte? (trad. Colo)

 

VI

Steen met geheim
steen met geheugen

        ik zeg

Steen van geduld
en van stilte

Zonder verdriet
zonder stem
zonder hoop

Wat weet je over tranen
wat weet je over teder zijn
wat weet je over liefde
wat weet je over vreugde
dat ik je zou kunnen leren? (trad. Adrienne)

 

Poème extrait de Journal d’une pierre d’Anne Le Maître.

M comme Mientras duermes

lakévio110
Mientras duermes
tu mano me transmite imprevistamente una caricia.
¿Qué zona tuya la ha creado,
qué autónoma región del amor,
qué parte reservada del encuentro?
Mientras duermes
te conozco de nuevo.
Y quisiera irme contigo
al lugar donde nació esa caricia.
Roberto Juarroz (1925-1995), Poesía vertical
Terwijl je slaapt
Geeft je hand mij onverwacht een streling.
Welk deel van jou schiep ze,
Welk zelfstandig gebied van de liefde,
Welk voorbehouden ontmoetingsplekje?
Terwijl je slaapt
Maak ik opnieuw kennis met jou.
En ik zou met jou willen gaan
Naar de plaats waar deze streling ontstond.
(traduction de l’Adrienne)
Pendant que tu dors
Ta main me transmet inopinément une caresse.

Quelle part de toi l’a créée,
Quelle région autonome de l’amour,
Quel endroit réservé de la rencontre?
Pendant que tu dors
Je refais ta connaissance.
Et j’aimerais partir avec toi
Pour le lieu où est née cette caresse.
(traduction de l’Adrienne)
Merci à Colo chez qui vous trouverez une autre traduction française (par Roger Munier).
La photo vient d’une ancienne consigne de Lakévio.

H comme Honduras

Combat – Clementina Suárez (Honduras, 1902-1991)
Je suis une poète, 
une armée de poètes.
Et aujourd’hui je veux écrire un poème, 
un poème sifflets,
un poème fusils 
pour le coller sur les portes,
sur les cellules des prisons, 
sur les murs des écoles.
Je veux aujourd’hui construire et détruire, 
élever un échafaudage d’espoir.
Réveiller l’enfant, 
archange des épées, 
être éclair, tonnerre,
avec une stature d’héroïne
pour trancher, ravager
 les racines pourries de mon peuple.
(Trad: Colo chez qui j’ai aussi pris l’illustration ci-dessus)
Combate
Yo soy un poeta,
un ejército de poetas.
Y hoy quiero escribir un poema,
un poema silbatos,
un poema fusiles
para pegarlos en las puertas,
en la celda de las prisiones,
en los muros de las escuelas.
Hoy quiero construir y destruir,
levantar en andamios la esperanza.
Despertar al niño
arcángel de las espadas,
ser relámpago, trueno,
con estatura de héroe
para talar, arrasar
las podridas raíces de mi pueblo.
Gevecht
Ik ben een dichter
een leger van dichters.
En vandaag wil ik een gedicht schrijven,
een gedicht als fluitsignaal,
een gedicht als geweer
om op te hangen aan de deuren,
in de cellen van de gevangenissen,
en aan de muren van de scholen.
Vandaag wil ik bouwen en afbreken,
de steigers van de hoop oprichten.
Het kind wakker maken
aartsengel van de zwaarden,
bliksem zijn, donder,
met de gestalte van een held
om te snoeien en te hakken
in de rotte wortels van mijn volk.
(traduction de l’Adrienne)
Première femme du Honduras à avoir publié un livre et pourtant, dit la notice wikipédia qui lui est consacrée,  « la gente se interesaba más por sus amantes que por su poesía« . Inutile de vous le traduire, je pense 😉
D’autres poèmes de cette femme libre ici et un bon article de fond ici.

Les derniers

sinforosa y martin

Avant-hier, un magazine flamand parlait de ce village espagnol déserté depuis une trentaine d’années et où un couple d’octogénaires continue d’habiter, avec 25 chats, 3 chiens, quelques poules pondeuses, quelques lapins.

On peut voir une série de photos ici.

Apparemment, ces braves gens reçoivent la visite de journalistes et de photographes au moins une fois tous les deux ans: la photo ci-dessus vient d’un article qui a paru en 2014, et celui-ci a paru en 2016.

On y raconte qu’ils vivent sans eau courante – Sinforosa va laver à la fontaine comme autrefois – sans électricité, sans tout ce qui fait le confort moderne. Depuis quelques années, un panneau solaire leur permet d’alimenter quelques ampoules pour un éclairage électrique. Ils ont un téléphone portable mais s’ils veulent l’utiliser, ils doivent d’abord monter jusqu’au point culminant du village.

Ils sont heureux, disent-ils, de jouir d’une bonne santé et espèrent pouvoir rester « le plus longtemps possible » dans leur village. Ils n’ont d’autre montre que le cadran solaire, ils vont se coucher quand ils sont fatigués, dit Sinforosa, mangent quand ils ont faim – et ce qu’ils veulent, ajoute-t-elle finement 😉

Je suppose que ces divers articles de presse leur font en même temps une publicité et leur amènent des curieux et des touristes, comme cette dame qui écrit en commentaire (sous l’article de 2014 donné en lien ci-dessus) qu’elle a été bien reçue et qu’il faut vraiment y aller:

Hemos estado en el pueblo 3 o cuatro veces. Es precioso. El pueblo con mas gatos que personas. Nos hablo de el un amigo de Vistabella y la primera vez hemos cogido el camino entre las montañas que une Vistabella de Estrella. La mitad lo hicimos andando al lado del coche que tocaba todos los baches del camino. Sinforosa nos abrio amable la iglesia y nos enseño un pedrusco debajo del que guardaba las llaves. Por si volveremos algun dia y no hay nadie… No nos conocia de nada !! Todo parecia perdido en el tiempo… La vuelta nos enseñaron el otro camino hacia Mosqueruela. Era incomparable mejor. Hemos vuelto despues de unos años y todo seguia igual. Salvo que Sinforosa tenia una pierna escayolada en Vilafranca y Martin estaba solo. Algunas casas estaban ya reformadas… Es precioso ! Teneis que verlo !

Nous sommes allés trois ou quatre fois dans ce village. C’est magnifique. Un village avec plus de chats que de gens. C’est un ami de Vistabella qui nous en a parlé et la première fois nous avons pris le chemin de montagne qui relie Vistabella à Estrella. On a parcouru la moitié en marchant à côté de la voiture, à cause des nids-de-poule. Sinforosa nous a gentiment ouvert l’église et nous a indiqué la grosse pierre sous laquelle elle gardait les clés. Pour le jour où on viendrait et qu’il n’y ait personne. Alors qu’elle ne nous connaissait ni d’Eve ni d’Adam! Tout paraissait perdu dans le temps… Au retour ils nous ont indiqué un autre chemin vers Mosqueruela. Il était incomparablement meilleur. Nous y sommes retournés après quelques années et tout était pareil. Sauf que Sinforosa avait une jambe dans le plâtre, à Vilafranca, et que Martin était seul. Quelques maisons avaient déjà été restaurées. C’est merveilleux! Il faut y aller!

Traduction de l’Adrienne 

 

C comme chantons!

Que faisait-on, avant internet, quand on avait un refrain en tête et qu’on voulait retrouver toute la chanson? Quand on se souvenait d’une récitation de grand-père sans connaître le nom du poète?

Aujourd’hui on tapote “Brassens + jupon” ou “quelque arabesque folle” et voilà que de cet océan de savoirs surgissent toutes les chansons où l’ami Georges a tâté le jupon d’une belle et près de sept cents références à papa Victor dissolvant ses larmes dans des poèmes à sa Léopoldine.

Après, évidemment, on devient complètement accro et on passe des heures à lire ce que Brel dit de Brassens (vous le trouverez en tapotant “Brassens + bigoudi”), ce que les journalistes ont écrit sur Brassens (tapotez “Brassens + écorché”, oui les journalistes écrivent surtout en clichés).

Et – vous l’aurez deviné – si vous voulez tout savoir sur sa vie privée, vous tapez “Brassens + impasse”…

***

En même temps, ça vous apprend que ‘jupon’ se dit ‘las enaguas’ en espagnol… qui sait à quoi ça pourra vous être utile, un jour?

🙂

Texte écrit pour « Ecriture créative ». Les 10 mots imposés sont les suivants : bigoudis – internet – refrain – jupon – arabesque – océan – dissoudre – écorché – impasse – sept. Vous pouvez les inclure dans un poème, une prose, un texte court, un texte long, c’est comme vous le sentez ! L’idée est de vous laisser guider par ces mots, que vous utiliserez dans l’ordre ou le désordre, au pluriel ou au singulier, conjugués ou non.

 

Z comme Zóbel

10.fernando zobel.Jpeg

Voilà pourquoi il faut aller voir des expos: vous y découvrez des merveilles inconnues, qui de plus ne se trouvent dans aucun musée. 

Comme ce « Bodegón rosa » de Fernando Zóbel (1924-1984), d’un collectionneur particulier new-yorkais. Une nature morte en rose, peinte en 1968, que j’ai gardée pour la fin pour la délicatesse du dessin et des coloris. 

Une sorte de point final dans la tradition « Still life« , une évocation poétique de ce qui fait l’essence de la nature morte mais qui parle beaucoup plus de beauté et de simplicité que d’abondance et de finitude. 

Spéciale dédicace à Isaure Chassériau 

cool