M comme Mientras duermes

lakévio110
Mientras duermes
tu mano me transmite imprevistamente una caricia.
¿Qué zona tuya la ha creado,
qué autónoma región del amor,
qué parte reservada del encuentro?
Mientras duermes
te conozco de nuevo.
Y quisiera irme contigo
al lugar donde nació esa caricia.
Roberto Juarroz (1925-1995), Poesía vertical
Terwijl je slaapt
Geeft je hand mij onverwacht een streling.
Welk deel van jou schiep ze,
Welk zelfstandig gebied van de liefde,
Welk voorbehouden ontmoetingsplekje?
Terwijl je slaapt
Maak ik opnieuw kennis met jou.
En ik zou met jou willen gaan
Naar de plaats waar deze streling ontstond.
(traduction de l’Adrienne)
Pendant que tu dors
Ta main me transmet inopinément une caresse.

Quelle part de toi l’a créée,
Quelle région autonome de l’amour,
Quel endroit réservé de la rencontre?
Pendant que tu dors
Je refais ta connaissance.
Et j’aimerais partir avec toi
Pour le lieu où est née cette caresse.
(traduction de l’Adrienne)
Merci à Colo chez qui vous trouverez une autre traduction française (par Roger Munier).
La photo vient d’une ancienne consigne de Lakévio.

H comme Honduras

Combat – Clementina Suárez (Honduras, 1902-1991)
Je suis une poète, 
une armée de poètes.
Et aujourd’hui je veux écrire un poème, 
un poème sifflets,
un poème fusils 
pour le coller sur les portes,
sur les cellules des prisons, 
sur les murs des écoles.
Je veux aujourd’hui construire et détruire, 
élever un échafaudage d’espoir.
Réveiller l’enfant, 
archange des épées, 
être éclair, tonnerre,
avec une stature d’héroïne
pour trancher, ravager
 les racines pourries de mon peuple.
(Trad: Colo chez qui j’ai aussi pris l’illustration ci-dessus)
Combate
Yo soy un poeta,
un ejército de poetas.
Y hoy quiero escribir un poema,
un poema silbatos,
un poema fusiles
para pegarlos en las puertas,
en la celda de las prisiones,
en los muros de las escuelas.
Hoy quiero construir y destruir,
levantar en andamios la esperanza.
Despertar al niño
arcángel de las espadas,
ser relámpago, trueno,
con estatura de héroe
para talar, arrasar
las podridas raíces de mi pueblo.
Gevecht
Ik ben een dichter
een leger van dichters.
En vandaag wil ik een gedicht schrijven,
een gedicht als fluitsignaal,
een gedicht als geweer
om op te hangen aan de deuren,
in de cellen van de gevangenissen,
en aan de muren van de scholen.
Vandaag wil ik bouwen en afbreken,
de steigers van de hoop oprichten.
Het kind wakker maken
aartsengel van de zwaarden,
bliksem zijn, donder,
met de gestalte van een held
om te snoeien en te hakken
in de rotte wortels van mijn volk.
(traduction de l’Adrienne)
Première femme du Honduras à avoir publié un livre et pourtant, dit la notice wikipédia qui lui est consacrée,  « la gente se interesaba más por sus amantes que por su poesía« . Inutile de vous le traduire, je pense 😉
D’autres poèmes de cette femme libre ici et un bon article de fond ici.

Les derniers

sinforosa y martin

Avant-hier, un magazine flamand parlait de ce village espagnol déserté depuis une trentaine d’années et où un couple d’octogénaires continue d’habiter, avec 25 chats, 3 chiens, quelques poules pondeuses, quelques lapins.

On peut voir une série de photos ici.

Apparemment, ces braves gens reçoivent la visite de journalistes et de photographes au moins une fois tous les deux ans: la photo ci-dessus vient d’un article qui a paru en 2014, et celui-ci a paru en 2016.

On y raconte qu’ils vivent sans eau courante – Sinforosa va laver à la fontaine comme autrefois – sans électricité, sans tout ce qui fait le confort moderne. Depuis quelques années, un panneau solaire leur permet d’alimenter quelques ampoules pour un éclairage électrique. Ils ont un téléphone portable mais s’ils veulent l’utiliser, ils doivent d’abord monter jusqu’au point culminant du village.

Ils sont heureux, disent-ils, de jouir d’une bonne santé et espèrent pouvoir rester « le plus longtemps possible » dans leur village. Ils n’ont d’autre montre que le cadran solaire, ils vont se coucher quand ils sont fatigués, dit Sinforosa, mangent quand ils ont faim – et ce qu’ils veulent, ajoute-t-elle finement 😉

Je suppose que ces divers articles de presse leur font en même temps une publicité et leur amènent des curieux et des touristes, comme cette dame qui écrit en commentaire (sous l’article de 2014 donné en lien ci-dessus) qu’elle a été bien reçue et qu’il faut vraiment y aller:

Hemos estado en el pueblo 3 o cuatro veces. Es precioso. El pueblo con mas gatos que personas. Nos hablo de el un amigo de Vistabella y la primera vez hemos cogido el camino entre las montañas que une Vistabella de Estrella. La mitad lo hicimos andando al lado del coche que tocaba todos los baches del camino. Sinforosa nos abrio amable la iglesia y nos enseño un pedrusco debajo del que guardaba las llaves. Por si volveremos algun dia y no hay nadie… No nos conocia de nada !! Todo parecia perdido en el tiempo… La vuelta nos enseñaron el otro camino hacia Mosqueruela. Era incomparable mejor. Hemos vuelto despues de unos años y todo seguia igual. Salvo que Sinforosa tenia una pierna escayolada en Vilafranca y Martin estaba solo. Algunas casas estaban ya reformadas… Es precioso ! Teneis que verlo !

Nous sommes allés trois ou quatre fois dans ce village. C’est magnifique. Un village avec plus de chats que de gens. C’est un ami de Vistabella qui nous en a parlé et la première fois nous avons pris le chemin de montagne qui relie Vistabella à Estrella. On a parcouru la moitié en marchant à côté de la voiture, à cause des nids-de-poule. Sinforosa nous a gentiment ouvert l’église et nous a indiqué la grosse pierre sous laquelle elle gardait les clés. Pour le jour où on viendrait et qu’il n’y ait personne. Alors qu’elle ne nous connaissait ni d’Eve ni d’Adam! Tout paraissait perdu dans le temps… Au retour ils nous ont indiqué un autre chemin vers Mosqueruela. Il était incomparablement meilleur. Nous y sommes retournés après quelques années et tout était pareil. Sauf que Sinforosa avait une jambe dans le plâtre, à Vilafranca, et que Martin était seul. Quelques maisons avaient déjà été restaurées. C’est merveilleux! Il faut y aller!

Traduction de l’Adrienne 

 

C comme chantons!

Que faisait-on, avant internet, quand on avait un refrain en tête et qu’on voulait retrouver toute la chanson? Quand on se souvenait d’une récitation de grand-père sans connaître le nom du poète?

Aujourd’hui on tapote “Brassens + jupon” ou “quelque arabesque folle” et voilà que de cet océan de savoirs surgissent toutes les chansons où l’ami Georges a tâté le jupon d’une belle et près de sept cents références à papa Victor dissolvant ses larmes dans des poèmes à sa Léopoldine.

Après, évidemment, on devient complètement accro et on passe des heures à lire ce que Brel dit de Brassens (vous le trouverez en tapotant “Brassens + bigoudi”), ce que les journalistes ont écrit sur Brassens (tapotez “Brassens + écorché”, oui les journalistes écrivent surtout en clichés).

Et – vous l’aurez deviné – si vous voulez tout savoir sur sa vie privée, vous tapez “Brassens + impasse”…

***

En même temps, ça vous apprend que ‘jupon’ se dit ‘las enaguas’ en espagnol… qui sait à quoi ça pourra vous être utile, un jour?

🙂

Texte écrit pour « Ecriture créative ». Les 10 mots imposés sont les suivants : bigoudis – internet – refrain – jupon – arabesque – océan – dissoudre – écorché – impasse – sept. Vous pouvez les inclure dans un poème, une prose, un texte court, un texte long, c’est comme vous le sentez ! L’idée est de vous laisser guider par ces mots, que vous utiliserez dans l’ordre ou le désordre, au pluriel ou au singulier, conjugués ou non.

 

Z comme Zóbel

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Voilà pourquoi il faut aller voir des expos: vous y découvrez des merveilles inconnues, qui de plus ne se trouvent dans aucun musée. 

Comme ce « Bodegón rosa » de Fernando Zóbel (1924-1984), d’un collectionneur particulier new-yorkais. Une nature morte en rose, peinte en 1968, que j’ai gardée pour la fin pour la délicatesse du dessin et des coloris. 

Une sorte de point final dans la tradition « Still life« , une évocation poétique de ce qui fait l’essence de la nature morte mais qui parle beaucoup plus de beauté et de simplicité que d’abondance et de finitude. 

Spéciale dédicace à Isaure Chassériau 

cool

I comme inventio ou imitatio?

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La hiérarchie des genres littéraires ou picturaux m’a toujours étonnée: pourquoi la grande fresque historique ou la tragédie seraient-elles des arts supérieurs? 

Et pourquoi la nature morte serait-elle un genre mineur? La considérer comme simple « imitation » est un peu… simpliste. C’est nier tous les autres aspects de cet art, qui est beaucoup plus que purement « décoratif » 

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Le tableau en tête du billet est un des premiers exemples de nature morte espagnole: vers 1602, Juan Sánchez Cotán (1560-1627) peint cette Nature morte avec fruits, légumes et plantes potagères (collection Abelló). Environ 450 ans plus tard, le collectif Equipo Crónica reprend divers éléments de l’histoire des natures mortes dans Le repas (1972), avec dans le coin supérieur gauche les fruits et légumes de Cotán suspendus à leur ficelle. 

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Miguel de Pret, vers 1630-1644, utilise encore les ficelles tongue-out

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Antonio de Pereda, spécialiste espagnol de la nature morte selon les modèles flamands et hollandais 

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Juan de Arellano, le peintre des fleurs, a introduit un miroir dans ce tableau, symbole de ‘vanitas’ 

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L’observation attentive permet toujours de trouver les détails qui symbolisent la finitude de toute cette beauté: une mouche, une tache sur le fruit, une chenille sur la feuille, une fleur qui perd ses pétales… et sur ce tableau de Tomàs Hiepes (1654), de nombreux escargots qui se promènent sur les magnifiques grappes de raisin. 

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Enfin, chez Joan Miró en 1937, la Nature morte avec vieille chaussure devient, comme le dit le mot explicatif affiché dans la salle, « une angoissante métaphore de l’horreur ». 

*** 

Belle expo vue hier à Bozar où on peut l’admirer jusqu’au 27 mai 

 

T comme traduction

Le discours sur la paix

Vers la fin d’un discours extrêmement important
le grand homme d’État trébuchant
sur une belle phrase creuse
tombe dedans
et désemparé la bouche grande ouverte
haletant
montre les dents
et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
met à vif le nerf de la guerre
la délicate question d’argent. 


Jacques Prévert, in Paroles, 1946

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source du dessin

El discurso sobre la paz

Hacia el final de un discurso de extrema importancia
el gran hombre de Estado tropieza
con una bella frase hueca
cae dentro
y desesperado, la boca abierta,
jadeante
enseña los dientes
y la caries dental de su s pacíficos razonamientos
pone en evidencia el nervio de la guerra
el delicado asunto del dinero.

traduction trouvée chez Colo (merci Colo!)

Toespraak over de vrede

Tegen het einde van een uiterst belangrijke toespraak
struikelt de grote staatsman
over een mooie holle frase
valt erin
en radeloos met wijdopen mond
hijgend
toont de tanden
en het tandbederf van zijn vreedzame redeneringen
legt de oorlogszenuw bloot
de gevoelige geldkwestie. 
traduction de l'Adrienne

 

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source de l’image