V comme voyageuse

voyage,france

Claude Gaveau – A l’ombre – source Lakévio

Quand elle arrive enfin dans la petite bourgade où elle va passer les huit prochains jours, elle tourne un peu au hasard des ruelles étroites, toutes à sens unique, et n’est que trop contente de trouver une placette où le stationnement n’est pas réglementé. Il n’y a pas d’ombre, tant pis. Elle sort dans la fournaise, prend sa valise, son sac. Trouver la Grand-Rue ne devrait pas être trop difficile et dans une si petite ville, chacun, elle le suppose, connaîtra l’emplacement de son hôtel.

Première difficulté, trouver âme qui vive dans les rues endormies en plein midi. Un garçon passe et en réponse à sa question, fait un large geste vers la droite: la Grand-Rue, c’est là-bas, derrière.

Elle arrive sur une place où il y a quatre platanes et quelques commerces, tous fermés. Passe un vieil homme tout de travers, qui porte son maillot de corps à l’envers, coutures apparentes. Il n’a jamais entendu le nom de cet hôtel. Mais il y a d’autres hôtels, lui dit-il. Sans doute, mais elle a réservé une chambre dans celui-là. 

Elle finit par le trouver, un peu par hasard. Il n’a pas d’enseigne, rien qui fasse ressembler sa façade bourgeoise à une hôtellerie. Elle sonne. Une fois. Deux fois. Rien ne bouge à l’intérieur ni à l’extérieur et elle ne voit que des volets fermés dans une ruelle écrasée de soleil.

Elle a soif. Sa dernière bouteille d’eau est vide. Elle a besoin d’aller aux toilettes. Elle a envie de se rafraîchir. Elle a faim.

Elle décide d’appeler le numéro de l’hôtel, allume son portable, tombe sur une boite vocale, laisse un message.

Elle est fatiguée. Le trajet a été long, mouvementé. Elle a frôlé l’accident mortel. Elle s’assied sur le seuil. Tant pis s’il n’y a pas d’ombre: elle ne bouge plus. Elle attend.

***

un devoir de Lakévio que j’avais raté, début septembre 2016 – on peut voir ici ce que les participants de l’époque avaient concocté pour ce tableau 🙂

B comme Bruxelles tropicale

DSCI7330 (2)

Samedi dernier, il faisait encore 33°C alors qu’il était l’heure d’aller manger un bout avant la soirée à l’opéra.

L’Adrienne plaint de tout cœur la serveuse que les clients de la table d’à côté envoient constamment chercher encore quelque chose, au lieu de tout demander en une fois. La pauvre monte et descend les escaliers au gré de leurs caprices et reste bien gentille.

Le restau n’est pas climatisé et l’Adrienne, qui normalement n’aime pas du tout ça, a cette fois été bien contente de pouvoir se réfugier deux fois dans les 20° de sa chambre d’hôtel. Ou d’en profiter dans les magasins – lieux qu’elle fuit ordinairement – mais où elle a longuement traîné à la recherche de cadeaux pour un petit garçon qui n’a pas deux ans.

La serveuse propose les suggestions du jour adaptées aux températures tropicales, des salades diverses, des assiettes froides, mais beaucoup de gens préfèrent quand même les steaks, les frites, la sauce béarnaise. A la cuisine aussi, les travailleurs doivent souffrir.

Bizarrement, la chaleur n’empêche pas non plus les touristes de se balader en dégustant des gaufres avec de la sauce au chocolat. Pourquoi, par plus de 35° à l’ombre, la gaufre est encore gagnante face aux glaces – comme le prouvent les chiffres de ce week-end de festival à Werchter, c’est tout à fait incompréhensible.

« En toch winnen de wafels van de ijsjes » dit le titre de l’article, malgré la canicules, les gaufres sortent gagnantes, pas les glaces.

***

photo ci-dessus: a room with a view, le soleil se lève derrière la Grand-Place, cinq heures du matin.

Question existentielle

DSCI7252 (2)

Comment voulez-vous que les patates poussent si après l’été le plus chaud et le plus sec depuis que l’Institut Royal de Météorologie existe (1833), alors que les nappes phréatiques sont toujours à un niveau si bas et si critique, qu’il devrait pleuvoir pendant des semaines sans s’arrêter pour les remettre à niveau, et qu’on a encore un printemps chaud et sec?

Comment voulez-vous que les patates poussent, me suis-je demandé hier après-midi en voyant ce champ, alors qu’on se promenait en T-shirt et que le vent balayait une terre devenue poussière.

H comme heure d’été

DSCI7226

En ce début d’avril, on réinstalle les cabines de plage. Bien blanches, pimpantes et rangées sur une ligne droite, toutes à égale distance les unes des autres, comme on les aime 🙂

Plus loin, de grosses pelleteuses brassent des tonnes de sable qui ont tendance chaque hiver à envahir la digue. En de nombreux endroits, les escaliers qui descendent vers la plage sont devenus des ornements inutiles.

Une petite fille, armée d’une pelle d’enfant, s’acharne à creuser pour arriver jusqu’aux marches, mettre au jour la balustrade de métal. On lui souhaite bien du courage.

Du matin au soir, c’est la passeggiata. Tous les âges, toutes les langues, toutes les couleurs, à pied, à vélo, en trottinette, en patins à roulettes…

Une seule constante: l’odeur des gaufres qui donne à toute heure des envies de nourriture; les queues sont longues devant les échoppes où bizarrement, les gens se laissent surtout tenter par des glaces.

C’est l’heure d’été 🙂

DSCI7218

digue d’Ostende, 7 avril, 7 heures du soir.

 

G comme goutte

2018-07 (2)

En ces mois de disette, on est si heureux de voir tomber trois gouttes qu’on sort vite l’appareil pour immortaliser ce moment magique.

Mais il n’en tombe pas une de plus. L’herbe, les plantes et l’Adrienne restent sur leur soif 😉

En visite jeudi dernier chez l’amie V*, on sourit en regardant les enfants patauger dans une grande piscine gonflable.

– On l’avait déjà installée et remplie en juin, dit l’amie d’un air d’excuse, c’était avant qu’il y ait des réglementations à cause du danger de pénurie…

Les enfants rient, s’ébrouent, sortent de l’eau sans même prendre la peine de se sécher.

– Elle est froide! disent-ils.

Elle est généralement entre 24 et 27°, ça dépend si on l’a recouverte pour la nuit ou pas.

– Vous ne connaissez pas votre bonheur, pense l’Adrienne.