C comme carré noir

L’Adrienne et sa mère étaient en route vers le sud où habite Petit Frère quand tout à coup sa mère se souvient qu’il lui avait demandé de le tenir au courant par SMS de l’évolution du trajet.

A ce moment-là, elles n’étaient déjà plus qu’à 120 kilomètres sur les plus de 800.

– Faudrait que je lui en envoie un, tu penses?

– Ben oui, vas-y, dis-lui « on est à X, encore 120 km ».

Bien sûr, étant donné que la mère de l’Adrienne n’envoie quasiment jamais de SMS, ça a pris un certain temps pour tapoter le message et trouver le numéro du destinataire. Une première tentative d’envoi a échoué, le message était effacé, il a fallu recommencer. Si bien que finalement, on était déjà trois patelins plus loin. Au moins.

Ça n’a pas empêché la mère de retapoter imperturbablement « on est à X, encore 120 km ».

La réponse est arrivée presque tout de suite:

– Il m’envoie un carré noir, a-t-elle dit.

Et ça a beaucoup fait rire l’Adrienne.

Petit Frère oublie que sa mère et elle en sont encore au bon vieux nokia, elles ne sauront donc pas s’il leur a envoyé une binette hilare, un pouce levé ou un caca fumant 🙂 

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illustration de Cécile Hudrisier

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Question existentielle

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Qu’est-ce que je vais lui répondre, si elle me demande « Tout s’est bien passé? » au moment de lui remettre la clé, se tracasse l’Adrienne, des heures à l’avance.

Est-ce que je vais lui dire que j’ai entendu ronfler le type d’à côté, toute la nuit? Entendu des gens discuter le coup dans le couloir ou prendre des douches à minuit passé? Elle n’y peut rien!

Est-ce que je vais lui faire part de mon étonnement sur la différence de 12 € entre le prix annoncé et le prix payé? Elle me dira que c’est un problème de taxes qui ont augmenté.

Est-ce que je vais lui signaler les deux ou trois petites choses qui attendent une main bricoleuse, lampe déglinguée, fil électrique sorti de sa gaine, bout de plinthe détaché du mur?

Mais l’Adrienne s’est tracassée pour rien: la question « Tout s’est bien passé? » ne lui a pas été posée.

***

Par contre, elle aurait mieux fait de réfléchir à sa valise, ainsi elle n’aurait pas dû constater, trois heures plus tard, qu’elle avait oublié sa robe rouge et quelques menus achats dans la penderie de la chambre 403.

O comme organisation

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Imaginez. Vous êtes Chilienne. Vous vivez au Chili. Vous parlez espagnol. Plus un peu d’anglais et un petit peu de français.

Imaginez que vous ayez l’idée de vous rendre à un festival de musique qui a lieu en Belgique. Sí! Bélgica! Dans un patelin perdu comptant 1073 âmes et pour le reste surtout quelques vaches et des moutons.

Imaginez combien d’avions et de trains vous devrez prendre pour y arriver. 

Imaginez que vous ayez une deuxième bonne idée, et que vous choisissiez une auberge de jeunesse pour y loger pendant la durée du festival. Située à une douzaine de kilomètres du festival et à cinq kilomètres de la gare la plus proche. 

Imaginez qu’en plus on soit le 15 août. Vous voulez acheter un ticket de bus mais la petite gare est fermée. Et de toute façon, il n’y a plus de bus. Il y en a peu en journée et plus aucun dès le soir. 

Comment irez-vous à votre auberge? à pied? et à ce festival? En taxi, si vous réussissez à trouver un numéro de téléphone et à convaincre un chauffeur de vous y amener. Mais il est exclu qu’il vienne vous reprendre aux petites heures sur les lieux du festival pour pour ramener à votre auberge. Lui, la nuit, comme le cantonnier de Fernand Raynaud, il dort.

Bref, au fil de la conversation avec un(e) autochtone, vous vous rendez compte que vous avez accumulé les bonnes idées.

Alors que vous auriez pu choisir de loger sur place, il y a le camping du festival, qui loue des tentes tout équipées, des plus simples aux plus luxueuses, ou choisir un des nombreux hôtels et B&B des environs, qui ont un accord avec le festival pour organiser des services de ‘shuttle bus’.

***

photo d’une copine vache dans mon vert paradis d’il y a cinq ans.

 

 

 

K comme katagélophobie

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Pourquoi joue-t-on parfaitement ses petites pièces au piano quand on est tranquillement chez soi et pourquoi ça se passe déjà moins bien devant le prof?

Pourquoi ça se déglingue encore plus dès qu’un autre auditeur se présente et pourquoi cela devient-il mission impossible – pour cause de mains qui tremblent comme si elles tenaient un marteau-piqueur – quand on se retrouve avec un véritable public?

Bref, l’Adrienne, petit arbre perdu dans une forêt de pros, n’a pas assuré et rien n’arrive à l’en consoler, pas même un article sur le sujet (voir ici).

Question existentielle?

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L’Adrienne est la première à l’affirmer: en matière de finances, d’investissement, de banque, elle n’y connaît rien.

Journalistes et politiciens sont d’accord là-dessus: la connaissance du Belge en matière économique est insuffisante, des sondages orchestrés par ceux qui tenaient à le prouver… le prouvent! et – bien évidemment – l’école va devoir régler ce problème en offrant un minimum de cours d’économie à tous les élèves.

Au détriment de quoi d’autre, on n’en sait rien.

L’autre jour, un gros titre posait la question suivante: « Hoeveel weet u over geldzaken?«  (1) et proposait un test pour le savoir, alors l’Adrienne s’est dit soyons courageuse, allons-y, faisons-le.

Et elle a obtenu un 15 sur 15.

Ne la félicitez pas: c’est que les questions étaient fort simples. En toute bonne conscience elle pourra continuer à affirmer à la dame-de-la-banque qu’elle n’y connaît rien.

***

(1) jusqu’où vont vos connaissances financières?

(2) le rapport entre le billet et la photo est nul, exactement comme le rapport entre l’Adrienne et de domaine économique

 

7 tentatives

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A la question « qu’est-ce qui te faisait rêver, quand tu étais enfant? », la carissima nipotina a répondu « Faire du cheval! » 

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Or, comme il lui a été conseillé de réaliser un de ses rêves d’enfant, elle a commencé les leçons d’équitation, il y a quelques mois. Et monter toute seule sur le dos de la bête, c’est déjà un exploit! 

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Depuis la semaine dernière, elle a aussi acquis l’équipement complet de la cavalière, culotte, guêtres, bombe, gants… C’est pourquoi, le reportage photos promis a été programmé pour dimanche dernier. 

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Voilà donc l’Adrienne dans un manège, pour la première fois de sa vie. Elle aussi, c’est vrai, rêvait de pouvoir monter à cheval. Mais voir sa nipotina sur le dos d’Idéal suffit à son bonheur. 

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Evidemment, un cheval, ça bouge, ça passe du petit trot au petit galop dans un espace finalement assez réduit. Evidemment, il y a toujours quelqu’un qui vient se placer devant l’appareil. Evidemment, on voit plus souvent la nipotina de dos que de face ou de profil. Evidemment, c’est un peu flou. 

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Et pendant une heure entière, l’Adrienne a fait tentative sur tentative pour immortaliser l’instant… 

Le principal avantage des photos floues et plus qu’à moitié ratées, c’est qu’on peut les montrer sur le blog sans risquer qu’un passant reconnaisse la nipotina dans la rue tongue-out 

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U comme una giornata particolare

Le matin tôt, être la fille sur qui on peut compter. Avoir réglé son réveil la veille, sauter du lit, faire le service de réveil au téléphone pour sa mère, se préparer, retéléphoner pour annoncer sa venue dans les cinq minutes et repréciser qu’elle se tienne prête avec la valise en bas de l’appartement, sortir la voiture… 

Bien sûr, la mère a encore voulu faire deux trois trucs – alors qu’elle se disait « prête depuis six heures! » – et l’Adrienne garée en catastrophe – il n’y a jamais de place en bas de l’appartement, sauf celle pour handicapés – gêne la circulation. Parce que c’est évidemment à ce moment-là que le bus doit passer. 

Enfin la mère arrive, déclare que l’Adrienne est « vraiment un sac de nerfs », parle toute la route de sa voisine d’à côté, de celle du haut et de celle du bas. Une bonne demi-heure plus tard, elle est à destination, valise, guichet, billets, train… ouf. 

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Deuxième temps, le retour: être l’Adrienne qui ne rate pas une occasion de faire le mauvais choix à un carrefour ou comme dans ce cas-ci, dans le noir, des travaux, une circulation dense, un territoire inconnu… et hop! un petit « remake » du retour d’Italie, sans carte, sans GPS, l’Adrienne s’est dirigée au pif et a traversé chaque hameau, chaque village, cherchant vainement une indication de lieu qui la remettrait sur la piste. Heureusement, le soleil s’était levé, lui indiquant le nord-est tongue-out 

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Troisième temps, redevenir Madame, calme, sereine, souriante, heureuse et impatiente de retrouver ses chéris. Même la perspective d’un mercredi après-midi et d’une soirée occupés à des entretiens avec des parents d’élèves, oui même ça, tout est préférable au voiturage d’une mère qui part pour deux semaines chez son fils.