E comme experte

L’autre jour, l’Adrienne a sorti de son armoire un pantalon de lin beige clair qu’elle ne met plus depuis au moins quinze ans. Tiens, se dit-elle, je me demande bien pourquoi! Et hop! la voilà qui l’enfile pour aller faire ses courses.

C’est à peine trois cents mètres plus loin qu’elle s’est rendu compte pourquoi elle ne le mettait plus: la fermeture éclair s’ouvre toute seule.

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On va boire un cappuccino ensemble? 

L’Adrienne aime inviter sa Tantine, qui accepte avec joie. Elles se voient déjà à l’ombre du grand arbre, sur la terrasse, musique douce et papotages, peut-être mangeront-elles un petit brownie au chocolat?

Las, las, voyez comme en peu d’espace
Il a fallu cette idée laisser choir.

Une affichette à la porte indique que le barista est fermé jusqu’au 21 août.

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Ce qui soulage l’Adrienne, qui en se rendant en voiture au Terminal maritime de Zeebrugge s’est retrouvée à Knokke-Heist, c’est qu’elle finit tout de même toujours par arriver à destination… et jusqu’à présent indemne 😉

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texte écrit avec les mots imposés chez Olivia Billington: cappuccino – manger – indemne – musique – soulager – ombre – inviter. Merci Olivia!

Illustrations magrittiennes prises à Bruxelles, au café de la bibliothèque flamande: des inscriptions spécialement conçues pour des expert-e-s dans le genre de l’Adrienne: ceci est une porte, ceci est la poignée de la porte 😉

 

D comme déjanté

L’Adrienne roulait allègrement un vendredi soir en direction de la maison quand elle a senti comme un cahot inhabituel. Un pneu crevé, a-t-elle fini par deviner.

C’était la première fois que ça lui arrivait mais il faut dire aussi qu’elle ne conduisait que depuis quelques mois.

Le temps de trouver un endroit où se garer – elle était quelque part au milieu des champs, à deux kilomètres de son vert paradis, sur une route de campagne où il était impossible même de se croiser – l’Adrienne roulait sur la jante.

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Consigne du défi 557: J’ai pensé un instant- écrit Walrus – vous proposer Doudou, mais je me suis rappelé avoir écrit quelque chose là-dessus à l’occasion du défi #115 (une époque où, vous le constaterez, les défis étaient un rien plus compliqués que ceux d’aujourd’hui). Alors, je vous file un truc où même le CNRTL ne vous sera d’aucun secours : Déjanté 

5571

E comme experte

lakévio117L’Adrienne, vous savez bien, celle qui est téléphonophobique, celle qui ne jure que par son vieux nokia – toujours éteint – oui celle-là même, a depuis mercredi soir un téléphone intelligent. Plus intelligent qu’elle. Un qui connaît la route et qui sait prendre des photos. 

Voilà, voilà.

Parce que sa mère l’a reçu en « cadeau gratuit » avec un de ses abonnements. C’est vous dire si le machin vaut son pesant de gigabytes.

Avant de pouvoir le configurer, il a fallu courir à un magasin Proximus avant l’heure de fermeture, parce que la carte sim du vieux nokia est trop grande pour le machin intelligent. Qui est pourtant trois fois plus grand que le vieux nokia. Si vous suivez toujours…

Puis il a fallu réintroduire les coordonnées des uns et des autres. Provisoirement, le seul numéro introduit est celui de la nipotina, qui a poussé des cris de joie en apprenant la nouvelle. Allez savoir pourquoi! Et qui lui a immédiatement refilé whatsapp.

– C’est quelle marque? a-t-elle voulu savoir.
– Euh… c’est sans marque. C’est un « cadeau gratuit ».
– …           (on la sent perplexe et légèrement incrédule)

Bref.

L’Adrienne a éteint son téléphone jusqu’au lendemain après l’école. Quand elle a voulu le rallumer, il a demandé son code pin. Vous devinez la suite? On a droit à trois tentatives… D’abord elle a introduit le code pin de la carte sim du vieux nokia – elle avait déjà oublié ce remplacement – puis elle a introduit son code personnel de sécurité – ce n’était pas ce que le machin voulait – puis le bon code pin. Enfin, celui qu’elle croyait être le bon, mais qui a été refusé par l’intelligente machine.

Bref.

Bref tout ça est tout sauf bref.

Mais l’Adrienne est entrée dans le 21e siècle.

Finalement.

Oui, oui.

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en illustration, un autre tableau qui a servi de consigne chez Lakévio 🙂

7 à 10 minutes

assorted gold round pocket watches

Il faut désormais de sept à dix minutes entre le moment où on clique sur l’icône du navigateur et l’ouverture de la page.

Chaque fois on se demande d’ailleurs si elle finira par s’ouvrir.

Il semblerait donc que cet ordi, comme tous les autres avant lui – sauf le tout premier, qui était une grosse et lourde caisse – soit en fin de vie au bout d’environ deux ans de service.

A moins qu’un de mes savants lecteurs n’ait une meilleure explication… et qui sait, un remède?

Photo de Pixabay sur Pexels.com

E comme experte

2018-12-30 (4)

Tous les Islandais rencontrés en ont fièrement parlé: leur langue est unique par plusieurs aspects.

Tout d’abord, elle est restée quasiment inchangée au fil des siècles, ce qui fait que l’écolier de 2019 n’a pas besoin d’un dictionnaire du moyen âge pour lire les textes du 13e siècle.

Ensuite, malgré le très faible niveau de population, qui de plus se trouvait disséminée sur un grand territoire, la langue est restée unique: aucune variante dialectale, aucun ‘accent’ selon le lieu où on habite. C’est tout à fait unique et remarquable.

Enfin, le gros défi face auquel se trouvent toutes nos langues non anglo-saxonnes ces dernières décennies: l’apport de mots anglais, surtout avec l’arrivée de nouvelles technologies. Les Islandais font comme les Québécois, ils se trouvent un mot dans leur langue. Généralement ils reprennent un mot tombé en désuétude, recyclent un mot existant ou en reforgent un nouveau en collant deux mots ensemble. Leur langue a cette faculté propre aux langues germaniques comme l’allemand et le néerlandais.

Ils ne disent donc pas camping, c’est tjaldsvæði (mot composé, tjald veut dire tente), ni WCc’est snyrting (mot recyclé, se refaire une beauté, toilettage d’un animal etc.), pluriel snyrtingar 🙂 Pour le téléphone ils ont repris un mot ancien, síminn, qui signifie ‘lien’.

Bref, tout ça pour vous dire que votre experte Adrienne, croyant s’acheter un produit laitier genre fromage frais, étant donné que la chose (voir photo) se trouvait entre le skyr et les yaourts, a été bien surprise de découvrir, en ouvrant ce petit pot, une sorte de riz au lait non sucré.

Parce que le mot pour dire ‘riz’ (rice, rijst, Reis, arroz, riso…) même si on peut encore le deviner – surtout après coup – dans ‘hrísgrjón‘, comment le retrouver dans ‘grjónagrautur‘ ?

C comme couleur(s)

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En passant devant un petit magasin de vêtements, l’Adrienne, la célèbre reine du shopping, est tombée en arrêt devant une robe en tricot torsadé et col roulé.

Bleu nuit.

Était-ce l’effet du soleil ou de la brise marine, nul ne le sait, mais un élan de folle témérité l’a poussée à entrer. Et à poser la question:

– Vous avez ce modèle-là en d’autres couleurs?

Hélas non, mais pas de souci, il faut l’essayer, a dit la dame, et vous verrez…

C’est généralement à ce moment-là que l’Adrienne prend ses jambes à son cou: l’essayer, ça veut dire tout un travail inutile dans une cabine surchauffée et une vendeuse qui va s’acharner à vous complimenter outrageusement, vous apporter trois autres modèles qui vous iront très bien aussi, si, si, vous verrez… de sorte qu’au bout d’un quart d’heure d’efforts de part et d’autre, il devient complètement malséant de sortir sans avoir rien déboursé. 

– Non, dit l’Adrienne, ce n’est pas la peine, le bleu marine me donne le teint blafard et maladif…

– Vous auriez peut-être voulu du rouge, dit la fine mouche.

– Du rouge? s’étonne l’Adrienne, qui avait complètement oublié qu’elle portait ce jour-là – comme tous les autres – son manteau rouge, son sac rouge et son écharpe rouge.

On pouvait même voir le col de son pull, rouge aussi.

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photo prise à Ostende le vendredi 2 novembre, en fin de journée

Adrienne est nulle

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– Je te laisse le smartphone du boulot, dit la carissima nipotina, comme ça tu auras une connexion internet pendant que tu seras chez moi!

– …?

– C’est très simple. Il suffit de poser ton ordi à côté et tu pourras te connecter. Je le laisserai allumé, comme ça tu n’auras pas de problèmes!

L’Adrienne toute contente coltine donc son ordi jusqu’à Ostende pour constater sur place – mais est-ce que ça étonne quelqu’un, ici? – que le truc ne fonctionne pas.

Pourquoi pas? that is the question comme disait cet autre qui traînait des idées de suicide pour moins que ça 😉

Alors l’Adrienne fait un aller-retour quotidien à la bibliothèque, où par bonheur ça marche toujours.

A condition qu’on soit un jour ouvrable, bien entendu.

Et en bonus, 45 minutes de marche à l’aller et parfois plus au retour.

Parce qu’on fatigue 😉

Puis un matin elle se dit c’est trop bête, je vais réessayer.

Et savez-vous ce qu’il fallait faire?

Passer l’index sur l’écran, allumer le hot spot du bout du doigt, connecter l’ordi…

Nulle, je vous dis!