C comme couleur(s)

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En passant devant un petit magasin de vêtements, l’Adrienne, la célèbre reine du shopping, est tombée en arrêt devant une robe en tricot torsadé et col roulé.

Bleu nuit.

Était-ce l’effet du soleil ou de la brise marine, nul ne le sait, mais un élan de folle témérité l’a poussée à entrer. Et à poser la question:

– Vous avez ce modèle-là en d’autres couleurs?

Hélas non, mais pas de souci, il faut l’essayer, a dit la dame, et vous verrez…

C’est généralement à ce moment-là que l’Adrienne prend ses jambes à son cou: l’essayer, ça veut dire tout un travail inutile dans une cabine surchauffée et une vendeuse qui va s’acharner à vous complimenter outrageusement, vous apporter trois autres modèles qui vous iront très bien aussi, si, si, vous verrez… de sorte qu’au bout d’un quart d’heure d’efforts de part et d’autre, il devient complètement malséant de sortir sans avoir rien déboursé. 

– Non, dit l’Adrienne, ce n’est pas la peine, le bleu marine me donne le teint blafard et maladif…

– Vous auriez peut-être voulu du rouge, dit la fine mouche.

– Du rouge? s’étonne l’Adrienne, qui avait complètement oublié qu’elle portait ce jour-là – comme tous les autres – son manteau rouge, son sac rouge et son écharpe rouge.

On pouvait même voir le col de son pull, rouge aussi.

***

photo prise à Ostende le vendredi 2 novembre, en fin de journée

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Adrienne est nulle

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– Je te laisse le smartphone du boulot, dit la carissima nipotina, comme ça tu auras une connexion internet pendant que tu seras chez moi!

– …?

– C’est très simple. Il suffit de poser ton ordi à côté et tu pourras te connecter. Je le laisserai allumé, comme ça tu n’auras pas de problèmes!

L’Adrienne toute contente coltine donc son ordi jusqu’à Ostende pour constater sur place – mais est-ce que ça étonne quelqu’un, ici? – que le truc ne fonctionne pas.

Pourquoi pas? that is the question comme disait cet autre qui traînait des idées de suicide pour moins que ça 😉

Alors l’Adrienne fait un aller-retour quotidien à la bibliothèque, où par bonheur ça marche toujours.

A condition qu’on soit un jour ouvrable, bien entendu.

Et en bonus, 45 minutes de marche à l’aller et parfois plus au retour.

Parce qu’on fatigue 😉

Puis un matin elle se dit c’est trop bête, je vais réessayer.

Et savez-vous ce qu’il fallait faire?

Passer l’index sur l’écran, allumer le hot spot du bout du doigt, connecter l’ordi…

Nulle, je vous dis!

C comme carré noir

L’Adrienne et sa mère étaient en route vers le sud où habite Petit Frère quand tout à coup sa mère se souvient qu’il lui avait demandé de le tenir au courant par SMS de l’évolution du trajet.

A ce moment-là, elles n’étaient déjà plus qu’à 120 kilomètres sur les plus de 800.

– Faudrait que je lui en envoie un, tu penses?

– Ben oui, vas-y, dis-lui « on est à X, encore 120 km ».

Bien sûr, étant donné que la mère de l’Adrienne n’envoie quasiment jamais de SMS, ça a pris un certain temps pour tapoter le message et trouver le numéro du destinataire. Une première tentative d’envoi a échoué, le message était effacé, il a fallu recommencer. Si bien que finalement, on était déjà trois patelins plus loin. Au moins.

Ça n’a pas empêché la mère de retapoter imperturbablement « on est à X, encore 120 km ».

La réponse est arrivée presque tout de suite:

– Il m’envoie un carré noir, a-t-elle dit.

Et ça a beaucoup fait rire l’Adrienne.

Petit Frère oublie que sa mère et elle en sont encore au bon vieux nokia, elles ne sauront donc pas s’il leur a envoyé une binette hilare, un pouce levé ou un caca fumant 🙂 

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illustration de Cécile Hudrisier

Question existentielle

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Qu’est-ce que je vais lui répondre, si elle me demande « Tout s’est bien passé? » au moment de lui remettre la clé, se tracasse l’Adrienne, des heures à l’avance.

Est-ce que je vais lui dire que j’ai entendu ronfler le type d’à côté, toute la nuit? Entendu des gens discuter le coup dans le couloir ou prendre des douches à minuit passé? Elle n’y peut rien!

Est-ce que je vais lui faire part de mon étonnement sur la différence de 12 € entre le prix annoncé et le prix payé? Elle me dira que c’est un problème de taxes qui ont augmenté.

Est-ce que je vais lui signaler les deux ou trois petites choses qui attendent une main bricoleuse, lampe déglinguée, fil électrique sorti de sa gaine, bout de plinthe détaché du mur?

Mais l’Adrienne s’est tracassée pour rien: la question « Tout s’est bien passé? » ne lui a pas été posée.

***

Par contre, elle aurait mieux fait de réfléchir à sa valise, ainsi elle n’aurait pas dû constater, trois heures plus tard, qu’elle avait oublié sa robe rouge et quelques menus achats dans la penderie de la chambre 403.

O comme organisation

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Imaginez. Vous êtes Chilienne. Vous vivez au Chili. Vous parlez espagnol. Plus un peu d’anglais et un petit peu de français.

Imaginez que vous ayez l’idée de vous rendre à un festival de musique qui a lieu en Belgique. Sí! Bélgica! Dans un patelin perdu comptant 1073 âmes et pour le reste surtout quelques vaches et des moutons.

Imaginez combien d’avions et de trains vous devrez prendre pour y arriver. 

Imaginez que vous ayez une deuxième bonne idée, et que vous choisissiez une auberge de jeunesse pour y loger pendant la durée du festival. Située à une douzaine de kilomètres du festival et à cinq kilomètres de la gare la plus proche. 

Imaginez qu’en plus on soit le 15 août. Vous voulez acheter un ticket de bus mais la petite gare est fermée. Et de toute façon, il n’y a plus de bus. Il y en a peu en journée et plus aucun dès le soir. 

Comment irez-vous à votre auberge? à pied? et à ce festival? En taxi, si vous réussissez à trouver un numéro de téléphone et à convaincre un chauffeur de vous y amener. Mais il est exclu qu’il vienne vous reprendre aux petites heures sur les lieux du festival pour pour ramener à votre auberge. Lui, la nuit, comme le cantonnier de Fernand Raynaud, il dort.

Bref, au fil de la conversation avec un(e) autochtone, vous vous rendez compte que vous avez accumulé les bonnes idées.

Alors que vous auriez pu choisir de loger sur place, il y a le camping du festival, qui loue des tentes tout équipées, des plus simples aux plus luxueuses, ou choisir un des nombreux hôtels et B&B des environs, qui ont un accord avec le festival pour organiser des services de ‘shuttle bus’.

***

photo d’une copine vache dans mon vert paradis d’il y a cinq ans.

 

 

 

K comme katagélophobie

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Pourquoi joue-t-on parfaitement ses petites pièces au piano quand on est tranquillement chez soi et pourquoi ça se passe déjà moins bien devant le prof?

Pourquoi ça se déglingue encore plus dès qu’un autre auditeur se présente et pourquoi cela devient-il mission impossible – pour cause de mains qui tremblent comme si elles tenaient un marteau-piqueur – quand on se retrouve avec un véritable public?

Bref, l’Adrienne, petit arbre perdu dans une forêt de pros, n’a pas assuré et rien n’arrive à l’en consoler, pas même un article sur le sujet (voir ici).

Question existentielle?

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L’Adrienne est la première à l’affirmer: en matière de finances, d’investissement, de banque, elle n’y connaît rien.

Journalistes et politiciens sont d’accord là-dessus: la connaissance du Belge en matière économique est insuffisante, des sondages orchestrés par ceux qui tenaient à le prouver… le prouvent! et – bien évidemment – l’école va devoir régler ce problème en offrant un minimum de cours d’économie à tous les élèves.

Au détriment de quoi d’autre, on n’en sait rien.

L’autre jour, un gros titre posait la question suivante: « Hoeveel weet u over geldzaken?«  (1) et proposait un test pour le savoir, alors l’Adrienne s’est dit soyons courageuse, allons-y, faisons-le.

Et elle a obtenu un 15 sur 15.

Ne la félicitez pas: c’est que les questions étaient fort simples. En toute bonne conscience elle pourra continuer à affirmer à la dame-de-la-banque qu’elle n’y connaît rien.

***

(1) jusqu’où vont vos connaissances financières?

(2) le rapport entre le billet et la photo est nul, exactement comme le rapport entre l’Adrienne et de domaine économique