O comme odeur

Photo de Alex Azabache sur Pexels.com

– Eh bien? Qu’est-ce que vous faites? lance Cindy, tout étonnée de voir Mme de B*** assise à table en train de griffonner, au lieu de l’attendre dans son fauteuil comme d’habitude.

– Vous le voyez bien, ma petite Cindy: j’écris!
– C’est vos cartes de vœux, peut-être? Moi y a longtemps que j’en écris plus!

Cindy jette ses affaires au portemanteau et booiinng le casque de moto sur le petit meuble de l’entrée.

Inutile de s’énerver, pense Mme de B***, elle ne changera jamais.

Elle en est encore à se demander si elle va lui répondre qu’elle écrit une nouvelle pour un concours organisé par son magazine quand elle se rend compte que Cindy ne l’écoute déjà plus.

– Faudra que je retourne chez le docteur. Pour mon poignet. Je vais lui dire de me mettre en congé. Comme ça je serai à la maison pour Matteo. Rapport à ses examens de décembre…
– Ah oui, je vois.
– Bon, je vous laisse à vos écritures, je me mets au travail, plus vite ce sera fait, plus vite je peux rentrer!

« La marquise de B*** a trente ans, le teint frais, le nez court, les yeux noirs ; elle préfère l’été à l’automne et les remords aux regrets » relit-elle, dans le but de reprendre le fil de son écriture. Mais c’est compter sans l’ouragan qui sévit dans sa cuisine.

Pauvre Matteo, se dit Mme de B***, il serait bien plus tranquille pour préparer ses examens si sa mère allait au travail…

Son but est d’écrire une sorte de « folle journée de Mme de B***« , avec des quiproquos amoureux, des portes qui claquent, une petite touche de Mozart et de Beaumarchais, mais transposé sur une île grecque.

Oui, pourquoi une île grecque? la voilà qui hésite.
Elle n’a jamais mis les pieds en Grèce.

Peut-on parler d’un pays dont on ne connaît même pas l’odeur? Est-ce que la plage y sent plutôt la mer ou les pins? ou l’huile à bronzer?

– Ben quoi, vous êtes où, là? fait Cindy, campée devant elle, les poings sur les hanches. ça fait bien trois fois que je vous parle et que vous répondez même pas!
– Oh! pardon, ma petite Cindy. Je crois que j’étais en Grèce, sourit Mme de B***
– En Grèce? qu’est-ce qu’y mangent, là-bas? J’ai justement pas d’inspiration pour ce soir.
– De la moussaka? propose Mme de B***. De la feta? Des feuilles de vigne?
– Beurk non, je vais plutôt faire des frites, tout le monde aime ça!

La voilà, mon île grecque ! se dit Mme de B*** en refermant son cahier.

***

Merci à Joe Krapov pour sa consigne « Petit éloge des vacances » où on a puisé les éléments suivants:

La folle journée de Mme de B*** La marquise de B*** a trente ans, le teint frais, le nez court, les yeux noirs ; elle préfère l’été à l’automne et les remords aux regrets. La voilà, mon île grecque !

Et merci à l’atelier en questions pour sa 30e question: « Pouvez-vous me décrire plus précisément cette odeur?« 

F comme foutaises!

102ème devoir de Lakevio du Goût

la boulangère_Millet.jpg

– Moi je dis que c’est exagéré! assène Cindy pour la troisième fois. D’abord, il y a des choses beaucoup plus utiles que d’aller dans un musée! A quoi ça va lui servir, dans la vie, d’avoir vu des vieilles peintures, hein? Et en plus, ça coûte de l’argent! Faut payer le bus et tout ça! Non, franchement, je vais le garder à la maison, je téléphonerai au matin pour dire qu’il est malade, un point c’est tout!

***

Millet a peint cette boulangère avec le génie qu’on lui connaît. Mais que fait réellement cette boulangère ? Où est donc le boulanger ? Je me demande si… Mais d’ici lundi, les idées foisonneront peut-être. Je l’espère…, dit Monsieur le Goût.

E comme envie, pas envie

Mme de B*** n’aime pas l’automne, les cimetières, les chrysanthèmes, toute cette poésie de feuilles mortes ne lui donne que des frissons, et pas seulement à cause de la baisse des températures.

Si elle avait la foi, elle prierait pour être encore là au printemps prochain, comme s’il était impossible de mourir par beau temps.
Chacun ses phobies, chacun ses démons.

Ceux de Cindy sont d’un autre ordre.

– Vous ne voulez jamais me croire, déclare-t-elle à Mme de B***, qui a la faiblesse d’ouvrir sa porte « à n’importe qui », vous ne voulez jamais me croire parce que vous êtes quelqu’un de gentil et vous ne pensez même pas que vous courez un danger! Mais moi je vous le dis: faut faire gaffe! Les gens ne sont pas bons!

Selon Cindy, quelle que soit son apparence, derrière tout homme – les mâles en particulier, alors qu’elle en élève deux à la maison – se cache un être malfaisant qu’elle a le don de détecter rapidement.

Elle en a pourtant épousé un, se dit malicieusement Mme de B***, mais elle préfère changer de sujet:

– Dites-moi, ma petite Cindy, vous m’y faites penser tout à coup: vous avez encore fabriqué des déguisements insolites pour Halloween, cette année?
– Ah! vous faites bien d’en parler!

Et c’est la mine toute réjouie qu’elle met sous le nez de Mme de B*** son portable avec des photos de groupes d’adultes et d’enfants maquillés, déguisés, dont un en particulier, qui tient le milieu entre le pingouin – par ses couleurs – et le cachalot – par sa taille.

– Vous m’avez reconnue? fait-elle. Non? Vraiment non? Youpi!

Il en faut peu parfois pour rendre l’autre heureux, se dit Mme de B***

***

écrit pour les Plumes d’Émilie – merci Émilie! – avec les mots imposés suivants: GENTIL, APPARENCE, POÉSIE, CACHALOT, INSOLITE, FRISSON, PRIER, COURIR, SE CACHER, PINGOUIN (en option), YOUPI, DÉMON, DANGER, DÉTECTER et pour la question 24 de L’atelier en questions : « Vous en avez vraiment envie? »

Questions existentielles

– Je vous ai manqué, Mme de B***? claironne Cindy en ouvrant la porte du palier.

– Bien sûr, ma petite Cindy, répond-elle, même si ce n’était pas vraiment une question. Ni la vérité.

– Et vous avez fait quoi pendant que je n’étais pas là?

Cindy semble imaginer que cette demi-journée passée à faire la causette et le ménage peuvent occuper toute la semaine de Mme de B***… Mais il est vrai aussi que Mme de B*** préfère le lui laisser croire.

– Oh! vous savez bien, comme d’habitude…

Du menton, Cindy fait sa mimique habituelle en direction de la pile de livres à côté du fauteuil:

– Vous avez bouquiné, c’est ça? Vous avez lu tout ça?
– Jusqu’au marque-page, sourit Mme de B*** en voyant les sourcils froncés de Cindy qui a pris en mains un gros volume – plus il est gros, plus elle se demande quel intérêt on peut y trouver – et le repose d’un air dégoûté.

– Et votre poignet, ma petite Cindy, c’est réparé?

Parce que si Cindy n’est pas venue, ces derniers quinze jours, c’est qu’elle était en congé de maladie: son poignet droit ne lui permet plus de tordre une serpillière ni de frotter les taches.
Or, elle est droitière.

– Non! fait-elle. je devrais me faire opérer, mais même alors, ma force ne reviendra plus.

Disant cela, elle a sorti son téléphone, le tripote de deux doigts habiles et le met sous le nez de Mme de B***:

– Vous voyez? Je l’ai!
– Vous avez quoi, exactement? Je ne vois pas bien…
– Et bien! le diplôme! Attendez, je vais l’agrandir…

Mme de B*** ne distingue toujours rien d’autre sur cette surface miroir que les petits nuages qui passent derrière elle mais elle fait « Ah… ah bon… »

– On s’est bien entraînés, continue Cindy, la mine réjouie, et on l’a eu, finalement. Vous vous souvenez que la responsable avait recalé ma Choupette, la dernière fois? Sans raison valable! Alors j’ai protesté, évidemment! Et là, on l’a! Notre premier diplôme!

***

réponse à la question 22 de l’atelier d’Annick SB: Vous l’avez lu entièrement?

B comme brol

Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien.

– Je ne suis pas née chez les zoulous, quand même! fait Cindy en hachant le céleri.

Et comme toujours, sa célérité est en rapport avec son degré d’énervement.

– Franchement? il est alcoolo, ce type? Ou alors complètement fêlé?

Mme de B*** est heureuse que Cindy soit rentrée de ses vacances au camping en Bretagne et s’est assise dans la cuisine pour ne rien rater de sa conversation: un solo de Cindy, c’est bien plus rigolo que n’importe quelle émission à la télé.

– Faut dire aussi que ma copine Hélène – vous savez, celle que j’appelle toujours Label Hélène parce qu’elle se coiffe comme Marilyn et qu’elle s’appelle Lebeau?
– Je vois très bien, fait Mme de B***, qui sourit maintenant tout à fait devant tant de logique.
– Et bien, je lui ai dit, à Hélène, c’est pas parce que les boissons et les petits fours sont gratuits qu’on m’y reverra, à un vernissage! « Merveilleux talent de coloriste » qu’ils disaient sur la brochure! Faut oser le dire, hein! Mon Matteo, à cinq ans, il faisait mieux!
– Faut l’envoyer à l’académie, cet enfant, fit Mme de B***

***

sur la photo ci-dessus, « Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien« , source ici.

Gilbert Jullien – Coquelicots (1990)

Merci à Joe Krapov pour ses tableaux et consignes qui ont permis d’ajouter un épisode au feuilleton de Mme de B*** – réponse à la question 23, Avez-vous passé de bonnes vacances? – et de réutiliser le mot brol, qu’on affectionne particulièrement:

Les tableaux ci-dessus figurent sur des invitations à des vernissages d’exposition. Choisissez-en un. Racontez ce qui se passe à cette soirée à laquelle vous assistez ou partez-parlez du tableau que vous avez sous les yeux pour divaguer à votre façon.

Vous avez obligation de placer le mot « zoulou » dans votre texte et d’insérer au moins six mots de la liste ci-dessous :

à la queue-leu-leu – à vau l’eau – alcoolo – Apollo – avili – awélé – balafon – balafré – balatum – Belle Hélène – Billy the Kid – branlant – calamar – calame – calamité – célericélérité – cilice – colloque – colonie – colophane – coloquinte – coloriste – diligence – diligent – diligenter – Dolomites – Dolorès – échalas – élément – Éléonore – Éléphant – falafel – fêlé – filiforme – folle eau – gala – Galatée – galaxie – guili-guili – héler – hologramme – holorime – Honolulu – hululer – illico – Impala – Killy – koala – Kuala-Lumpur – l’as-tu lu – Lili – Lilliputien – lolo – loulou – Lulu – malabar – maladie – Marilyn – Mêlé – Mêlé-cass’ – mélèze – milicien – militaire – militant – mollo – Mouloudji – On nous loue – Pelléas et Mélisande – Philippines – pili-pili – Polo – polochon – pulluler – rigolo – Scala de Milan – scélérat – scolopendre – Sélénite – silicium – silicone – solotélé – Télémaque – Télérama – télescope – téléski – Thalassa – thalasso – Toulouse – ukulélé – vêler – vilipender – violoniste – zélé – zoulou

D comme découvertes

88ème Devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_88.jpg

Souvent Mme de B*** se disait qu’elle devrait mettre de l’ordre dans ses papiers.

A commencer par les vieilles photos de famille et le courrier échangé entre ses parents à l’époque de leurs fiançailles.
Mettre des noms et des dates au verso des photos, établir un arbre généalogique…

Chaque fois qu’elle s’y mettait, elle n’arrivait pas à terminer la tâche: trop de photos étalées, la table à débarrasser pour l’heure du repas et cet « à quoi bon » qui la prenait parfois: tout ça n’intéressait pas ses deux fils et elle se demandait lequel de ses quatre petits-enfants serait prêt à accueillir les archives familiales.
Aucun des deux garçons, ça, elle en était sûre.

Elle sortit du placard de sa chambre la boite à chaussures où étaient classés le courrier et les photo de l’oncle Joseph. Un oncle de sa mère, celui qui l’avait toujours fait rêver d’Amérique.

Né en 1883 et parti tout jeune au-delà de l’océan d’où il envoyait régulièrement une photo pour montrer à sa famille qu’il allait bien: ces photos avaient fasciné au moins trois générations, pour diverses raisons.

D’abord pour les audaces vestimentaires des Américaines. Comme celle-ci, qui date de 1913 et où on voit la jeune femme qui n’hésite pas à montrer ses genoux. En 1913, en Europe, les dames portent encore des robes jusqu’à terre. Même à la plage.

Mme de B*** possède un cliché pris vingt ans plus tard à la côte belge, où on voit sa mère en long maillot rayé.
Et les hommes, exactement comme l’oncle Joseph, avec le canotier, les chaussures blanches, le costume de toile claire… et la fine canne en bambou.

Par contre, malgré toutes ses recherches, un point est resté obscur: impossible de découvrir dans quel secteur, dans quelle sorte de métier ou fonction, l’oncle Joseph a gagné les sous qui lui ont permis de revenir au pays vivre de ses rentes, alors qu’il n’avait même pas quarante ans.

***

écrit en réponse à la question 20 du jeu d’Annick SB, « Mais au fait, c’est quoi votre ministère? » et pour le tableau proposé par Monsieur le Goût:

Bonne ou mauvaise nouvelle ? Qu’en pensez-vous ?

A comme alléluia!

Ce matin-là, Cindy était encore plus ouragan qu’au pire de ses jours.

– Elle va finir par me défoncer cette porte, se dit Mme de B*** en l’entendant débouler dans son petit hall d’entrée.
– Matteo a réussi! hurle Cindy à faire trembler les murs. Vous entendez? Matteo a réussi! Il peut passer en secondaire!
– Comment ne pas vous entendre, ma petite Cindy… Et bien, voilà une excellente nouvelle. Toutes mes félicitations.

Si Mme de B*** espérait arrêter l’ouragan par le ton posé de sa réponse, elle se trompe. Cindy a tout un sac à vider:

– Et je ne vous dis pas le stress! attendre, attendre, encore attendre!

Elle balance son sac et son casque sur le petit meuble. Mme de B*** entend le bois gémir.

– J’ai fini par téléphoner moi-même à la directrice! Ah! ils allaient m’entendre, s’il n’avait pas réussi!

Elle chausse ses crocs roses, prend ses gants de ménage assortis.

– Non mais hé ho! Pas avec moi, ah ça non! ça n’aurait pas passé, je vous le dis bien franchement.
– C’est ça, sourit Mme de B*** derrière son masque, il y aurait eu plus d’un zizi à recoudre.
– C’est sûr! clame Cindy.

Mais elle, elle ne rit pas, et elle ajoute:

– Vous auriez même vu ma photo dans le journal!

***

écrit en réponse à la question 19 du jeu d’Annick SB, Quand vous l’a-t-il annoncé?

Photo prise au jardin de l’Adrienne 🙂

Question existentielle

– Non mais c’est quoi, ce délire! Cinq jours à Ibiza? Et puis quoi encore!

Cindy fréquentait depuis quelques mois un site de rencontres et ne manquait pas de faire profiter Mme de B*** de ses discours enflammés.

– Non mais franchement! Sous prétexte que j’ai mis sur mon profil que j’aime danser! Faut bien y mettre quelque chose, hein? Mais j’ai deux gosses, moi. Il est loin le temps où je passais les nuits du samedi à faire monter le thermomètre des petits mecs avec mon regard de braise – ici elle essaie le regard langoureux sous la frange – et mes déhanchements de déesse…

Ce qu’elle illustre en se trémoussant avec le tuyau de l’aspirateur.

– Je ne doute pas que vous ayez suscité des passions, fait Mme de B***, dont le subjonctif dément les paroles.

– Envoûtés qu’ils étaient, oh oui! Et puis j’ai quand même choisi le mauvais mec…

Elle tousse.
Mme de B*** se retient de dire, comme souvent:  » Vous devriez arrêter de fumer, ma petite Cindy ».
Au lieu de quoi, elle se soulève de son siège et déclare:

– Je vais aller m’installer à l’ombre sur la terrasse. Un peu de fraîcheur me fera du bien après vos histoires torrides.

Elle s’évente avec le magazine qu’elle lira au calme, puis ne se retenant plus:

– Mais dites-moi, vous en avez déjà trouvé beaucoup, comme ça, sur internet?

***

écrit en réponse à la question 18, Vous en avez trouvé beaucoup? et avec les mots imposés par Les Plumes d’Émilie : REGARD – DELIRE – PASSION – DANSER – SAMEDI – NUIT – THERMOMETRE – TOUSSER – OMBRE – FRAICHEUR – ENVOUTER – ENFLAMMER – EVENTER.

Le groupe de danseuses est une sculpture photographiée à la BRAFA il y a quelques années.

I comme ils

Parmi les nombreuses choses qui agacent Madame de B***, il y a ces petites phrases qui commencent par « Ils » et se poursuivent souvent au conditionnel.

Le degré d’agacement dépend bien sûr de la personne qui émet l’opinion et du thème choisi.

Ainsi, tout en bas de l’échelle de l’agacement, se trouvent ses deux fils, qui ne manquent jamais de savoir mieux que les entraîneurs quel Diable rouge il aurait fallu sélectionner et à quel endroit du terrain il aurait fallu le mettre.

Ils ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont un peu ridicules, surtout qu’ils ne s’avisent des changements nécessaires qu’après que le match a été joué.
Alors elle se contente de hausser les épaules et d’avoir un sourire indulgent.

Depuis un an maintenant, elle s’agace beaucoup de tous ces experts autoproclamés, comme sa voisine Nadine, qui sont plus fûtés que les scientifiques et n’arrêtent pas de dire qu' »ils feraient mieux de… »

Jusqu’à présent, elle a réussi à se retenir de rétorquer « vous feriez mieux de vous taire. »

Ses petits-enfants n’échappent pas à la règle générale, que ce soit dans le domaine de l’écologie, de la discrimination, du féminisme, de la justice…
Sauf que là, elle intervient chaque fois d’un « qui sont ces Ils? »

***

Texte écrit en réponse à la question 17: Ils vont vraiment les abattre?

Photo d’une ancienne fabrique de ma rue – avec cheminée d’usine et parc aux grands arbres – le tout abattu pour y construire des appartements. Photo prise à la sauvette un matin d’hiver en allant à l’école.

E comme élevage

– Vous savez quoi? fit Cindy ce matin-là, avant même d’avoir enlevé son casque de motarde.

Comme elle affichait un sourire jusqu’aux oreilles, Mme de B***, la main encore sur la porte, lui répondit:

– Une excellente nouvelle, à ce que je vois?
– Oui! J’ai adopté un chien!
– Ah? Je croyais que vous en aviez déjà un?
– Oui, j’ai ma petite chihuahua. Mais là c’est un grand. Un border.

Elle avait l’air si heureuse que Mme de B*** réprima ses envies de commentaires. D’ailleurs, elle savait bien que Cindy finirait par lui raconter tous les tenants et aboutissants de cette nouvelle adoption.

– C’est un chien qui a été maltraité, expliquait-elle en rassemblant les seaux et les brosses. Une crème de chien, pourtant! Vous voulez le voir?

Et avant que Mme de B*** ait eu l’occasion de réagir, Cindy avait déjà sorti son portable et lui mettait sous le nez les photos de son chien.

– Il est beau, hein?

D’un doigt habile, elle balayait la surface de son portable pour faire défiler une bonne douzaine de photos que Mme de B*** distinguait à peine.

– Il me semble que ça doit vous faire beaucoup de travail, tout ça…, soupira Mme de B***, qui de sa vie n’avait eu un animal domestique.

« Tout ça », ce sont les deux chiens, le hamster, l’aquarium avec les poissons exotiques et quelques poules dans son mini-jardin de ville. Avec leur coq.

– Que voulez-vous, fit Cindy en haussant les épaules, j’aime les bêtes, moi!

***

écrit en réponse à la question 16: Avez-vous vu sa photo?

Source de l’illustration: Cécile Hudrisier, à qui j’ai demandé la permission, à l’époque 😉