Questions existentielles

– Je vous ai manqué, Mme de B***? claironne Cindy en ouvrant la porte du palier.

– Bien sûr, ma petite Cindy, répond-elle, même si ce n’était pas vraiment une question. Ni la vérité.

– Et vous avez fait quoi pendant que je n’étais pas là?

Cindy semble imaginer que cette demi-journée passée à faire la causette et le ménage peuvent occuper toute la semaine de Mme de B***… Mais il est vrai aussi que Mme de B*** préfère le lui laisser croire.

– Oh! vous savez bien, comme d’habitude…

Du menton, Cindy fait sa mimique habituelle en direction de la pile de livres à côté du fauteuil:

– Vous avez bouquiné, c’est ça? Vous avez lu tout ça?
– Jusqu’au marque-page, sourit Mme de B*** en voyant les sourcils froncés de Cindy qui a pris en mains un gros volume – plus il est gros, plus elle se demande quel intérêt on peut y trouver – et le repose d’un air dégoûté.

– Et votre poignet, ma petite Cindy, c’est réparé?

Parce que si Cindy n’est pas venue, ces derniers quinze jours, c’est qu’elle était en congé de maladie: son poignet droit ne lui permet plus de tordre une serpillière ni de frotter les taches.
Or, elle est droitière.

– Non! fait-elle. je devrais me faire opérer, mais même alors, ma force ne reviendra plus.

Disant cela, elle a sorti son téléphone, le tripote de deux doigts habiles et le met sous le nez de Mme de B***:

– Vous voyez? Je l’ai!
– Vous avez quoi, exactement? Je ne vois pas bien…
– Et bien! le diplôme! Attendez, je vais l’agrandir…

Mme de B*** ne distingue toujours rien d’autre sur cette surface miroir que les petits nuages qui passent derrière elle mais elle fait « Ah… ah bon… »

– On s’est bien entraînés, continue Cindy, la mine réjouie, et on l’a eu, finalement. Vous vous souvenez que la responsable avait recalé ma Choupette, la dernière fois? Sans raison valable! Alors j’ai protesté, évidemment! Et là, on l’a! Notre premier diplôme!

***

réponse à la question 22 de l’atelier d’Annick SB: Vous l’avez lu entièrement?

B comme brol

Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien.

– Je ne suis pas née chez les zoulous, quand même! fait Cindy en hachant le céleri.

Et comme toujours, sa célérité est en rapport avec son degré d’énervement.

– Franchement? il est alcoolo, ce type? Ou alors complètement fêlé?

Mme de B*** est heureuse que Cindy soit rentrée de ses vacances au camping en Bretagne et s’est assise dans la cuisine pour ne rien rater de sa conversation: un solo de Cindy, c’est bien plus rigolo que n’importe quelle émission à la télé.

– Faut dire aussi que ma copine Hélène – vous savez, celle que j’appelle toujours Label Hélène parce qu’elle se coiffe comme Marilyn et qu’elle s’appelle Lebeau?
– Je vois très bien, fait Mme de B***, qui sourit maintenant tout à fait devant tant de logique.
– Et bien, je lui ai dit, à Hélène, c’est pas parce que les boissons et les petits fours sont gratuits qu’on m’y reverra, à un vernissage! « Merveilleux talent de coloriste » qu’ils disaient sur la brochure! Faut oser le dire, hein! Mon Matteo, à cinq ans, il faisait mieux!
– Faut l’envoyer à l’académie, cet enfant, fit Mme de B***

***

sur la photo ci-dessus, « Des tee-shirts qui, à la base, servent à essuyer ses couteaux, deviennent des objets d’art grâce au talent de Gilbert Jullien« , source ici.

Gilbert Jullien – Coquelicots (1990)

Merci à Joe Krapov pour ses tableaux et consignes qui ont permis d’ajouter un épisode au feuilleton de Mme de B*** – réponse à la question 23, Avez-vous passé de bonnes vacances? – et de réutiliser le mot brol, qu’on affectionne particulièrement:

Les tableaux ci-dessus figurent sur des invitations à des vernissages d’exposition. Choisissez-en un. Racontez ce qui se passe à cette soirée à laquelle vous assistez ou partez-parlez du tableau que vous avez sous les yeux pour divaguer à votre façon.

Vous avez obligation de placer le mot « zoulou » dans votre texte et d’insérer au moins six mots de la liste ci-dessous :

à la queue-leu-leu – à vau l’eau – alcoolo – Apollo – avili – awélé – balafon – balafré – balatum – Belle Hélène – Billy the Kid – branlant – calamar – calame – calamité – célericélérité – cilice – colloque – colonie – colophane – coloquinte – coloriste – diligence – diligent – diligenter – Dolomites – Dolorès – échalas – élément – Éléonore – Éléphant – falafel – fêlé – filiforme – folle eau – gala – Galatée – galaxie – guili-guili – héler – hologramme – holorime – Honolulu – hululer – illico – Impala – Killy – koala – Kuala-Lumpur – l’as-tu lu – Lili – Lilliputien – lolo – loulou – Lulu – malabar – maladie – Marilyn – Mêlé – Mêlé-cass’ – mélèze – milicien – militaire – militant – mollo – Mouloudji – On nous loue – Pelléas et Mélisande – Philippines – pili-pili – Polo – polochon – pulluler – rigolo – Scala de Milan – scélérat – scolopendre – Sélénite – silicium – silicone – solotélé – Télémaque – Télérama – télescope – téléski – Thalassa – thalasso – Toulouse – ukulélé – vêler – vilipender – violoniste – zélé – zoulou

D comme découvertes

88ème Devoir de Lakevio du Goût.

devoir de Lakevio du Goût_88.jpg

Souvent Mme de B*** se disait qu’elle devrait mettre de l’ordre dans ses papiers.

A commencer par les vieilles photos de famille et le courrier échangé entre ses parents à l’époque de leurs fiançailles.
Mettre des noms et des dates au verso des photos, établir un arbre généalogique…

Chaque fois qu’elle s’y mettait, elle n’arrivait pas à terminer la tâche: trop de photos étalées, la table à débarrasser pour l’heure du repas et cet « à quoi bon » qui la prenait parfois: tout ça n’intéressait pas ses deux fils et elle se demandait lequel de ses quatre petits-enfants serait prêt à accueillir les archives familiales.
Aucun des deux garçons, ça, elle en était sûre.

Elle sortit du placard de sa chambre la boite à chaussures où étaient classés le courrier et les photo de l’oncle Joseph. Un oncle de sa mère, celui qui l’avait toujours fait rêver d’Amérique.

Né en 1883 et parti tout jeune au-delà de l’océan d’où il envoyait régulièrement une photo pour montrer à sa famille qu’il allait bien: ces photos avaient fasciné au moins trois générations, pour diverses raisons.

D’abord pour les audaces vestimentaires des Américaines. Comme celle-ci, qui date de 1913 et où on voit la jeune femme qui n’hésite pas à montrer ses genoux. En 1913, en Europe, les dames portent encore des robes jusqu’à terre. Même à la plage.

Mme de B*** possède un cliché pris vingt ans plus tard à la côte belge, où on voit sa mère en long maillot rayé.
Et les hommes, exactement comme l’oncle Joseph, avec le canotier, les chaussures blanches, le costume de toile claire… et la fine canne en bambou.

Par contre, malgré toutes ses recherches, un point est resté obscur: impossible de découvrir dans quel secteur, dans quelle sorte de métier ou fonction, l’oncle Joseph a gagné les sous qui lui ont permis de revenir au pays vivre de ses rentes, alors qu’il n’avait même pas quarante ans.

***

écrit en réponse à la question 20 du jeu d’Annick SB, « Mais au fait, c’est quoi votre ministère? » et pour le tableau proposé par Monsieur le Goût:

Bonne ou mauvaise nouvelle ? Qu’en pensez-vous ?

A comme alléluia!

Ce matin-là, Cindy était encore plus ouragan qu’au pire de ses jours.

– Elle va finir par me défoncer cette porte, se dit Mme de B*** en l’entendant débouler dans son petit hall d’entrée.
– Matteo a réussi! hurle Cindy à faire trembler les murs. Vous entendez? Matteo a réussi! Il peut passer en secondaire!
– Comment ne pas vous entendre, ma petite Cindy… Et bien, voilà une excellente nouvelle. Toutes mes félicitations.

Si Mme de B*** espérait arrêter l’ouragan par le ton posé de sa réponse, elle se trompe. Cindy a tout un sac à vider:

– Et je ne vous dis pas le stress! attendre, attendre, encore attendre!

Elle balance son sac et son casque sur le petit meuble. Mme de B*** entend le bois gémir.

– J’ai fini par téléphoner moi-même à la directrice! Ah! ils allaient m’entendre, s’il n’avait pas réussi!

Elle chausse ses crocs roses, prend ses gants de ménage assortis.

– Non mais hé ho! Pas avec moi, ah ça non! ça n’aurait pas passé, je vous le dis bien franchement.
– C’est ça, sourit Mme de B*** derrière son masque, il y aurait eu plus d’un zizi à recoudre.
– C’est sûr! clame Cindy.

Mais elle, elle ne rit pas, et elle ajoute:

– Vous auriez même vu ma photo dans le journal!

***

écrit en réponse à la question 19 du jeu d’Annick SB, Quand vous l’a-t-il annoncé?

Photo prise au jardin de l’Adrienne 🙂

Question existentielle

– Non mais c’est quoi, ce délire! Cinq jours à Ibiza? Et puis quoi encore!

Cindy fréquentait depuis quelques mois un site de rencontres et ne manquait pas de faire profiter Mme de B*** de ses discours enflammés.

– Non mais franchement! Sous prétexte que j’ai mis sur mon profil que j’aime danser! Faut bien y mettre quelque chose, hein? Mais j’ai deux gosses, moi. Il est loin le temps où je passais les nuits du samedi à faire monter le thermomètre des petits mecs avec mon regard de braise – ici elle essaie le regard langoureux sous la frange – et mes déhanchements de déesse…

Ce qu’elle illustre en se trémoussant avec le tuyau de l’aspirateur.

– Je ne doute pas que vous ayez suscité des passions, fait Mme de B***, dont le subjonctif dément les paroles.

– Envoûtés qu’ils étaient, oh oui! Et puis j’ai quand même choisi le mauvais mec…

Elle tousse.
Mme de B*** se retient de dire, comme souvent:  » Vous devriez arrêter de fumer, ma petite Cindy ».
Au lieu de quoi, elle se soulève de son siège et déclare:

– Je vais aller m’installer à l’ombre sur la terrasse. Un peu de fraîcheur me fera du bien après vos histoires torrides.

Elle s’évente avec le magazine qu’elle lira au calme, puis ne se retenant plus:

– Mais dites-moi, vous en avez déjà trouvé beaucoup, comme ça, sur internet?

***

écrit en réponse à la question 18, Vous en avez trouvé beaucoup? et avec les mots imposés par Les Plumes d’Émilie : REGARD – DELIRE – PASSION – DANSER – SAMEDI – NUIT – THERMOMETRE – TOUSSER – OMBRE – FRAICHEUR – ENVOUTER – ENFLAMMER – EVENTER.

Le groupe de danseuses est une sculpture photographiée à la BRAFA il y a quelques années.

I comme ils

Parmi les nombreuses choses qui agacent Madame de B***, il y a ces petites phrases qui commencent par « Ils » et se poursuivent souvent au conditionnel.

Le degré d’agacement dépend bien sûr de la personne qui émet l’opinion et du thème choisi.

Ainsi, tout en bas de l’échelle de l’agacement, se trouvent ses deux fils, qui ne manquent jamais de savoir mieux que les entraîneurs quel Diable rouge il aurait fallu sélectionner et à quel endroit du terrain il aurait fallu le mettre.

Ils ne semblent pas se rendre compte qu’ils sont un peu ridicules, surtout qu’ils ne s’avisent des changements nécessaires qu’après que le match a été joué.
Alors elle se contente de hausser les épaules et d’avoir un sourire indulgent.

Depuis un an maintenant, elle s’agace beaucoup de tous ces experts autoproclamés, comme sa voisine Nadine, qui sont plus fûtés que les scientifiques et n’arrêtent pas de dire qu' »ils feraient mieux de… »

Jusqu’à présent, elle a réussi à se retenir de rétorquer « vous feriez mieux de vous taire. »

Ses petits-enfants n’échappent pas à la règle générale, que ce soit dans le domaine de l’écologie, de la discrimination, du féminisme, de la justice…
Sauf que là, elle intervient chaque fois d’un « qui sont ces Ils? »

***

Texte écrit en réponse à la question 17: Ils vont vraiment les abattre?

Photo d’une ancienne fabrique de ma rue – avec cheminée d’usine et parc aux grands arbres – le tout abattu pour y construire des appartements. Photo prise à la sauvette un matin d’hiver en allant à l’école.

E comme élevage

– Vous savez quoi? fit Cindy ce matin-là, avant même d’avoir enlevé son casque de motarde.

Comme elle affichait un sourire jusqu’aux oreilles, Mme de B***, la main encore sur la porte, lui répondit:

– Une excellente nouvelle, à ce que je vois?
– Oui! J’ai adopté un chien!
– Ah? Je croyais que vous en aviez déjà un?
– Oui, j’ai ma petite chihuahua. Mais là c’est un grand. Un border.

Elle avait l’air si heureuse que Mme de B*** réprima ses envies de commentaires. D’ailleurs, elle savait bien que Cindy finirait par lui raconter tous les tenants et aboutissants de cette nouvelle adoption.

– C’est un chien qui a été maltraité, expliquait-elle en rassemblant les seaux et les brosses. Une crème de chien, pourtant! Vous voulez le voir?

Et avant que Mme de B*** ait eu l’occasion de réagir, Cindy avait déjà sorti son portable et lui mettait sous le nez les photos de son chien.

– Il est beau, hein?

D’un doigt habile, elle balayait la surface de son portable pour faire défiler une bonne douzaine de photos que Mme de B*** distinguait à peine.

– Il me semble que ça doit vous faire beaucoup de travail, tout ça…, soupira Mme de B***, qui de sa vie n’avait eu un animal domestique.

« Tout ça », ce sont les deux chiens, le hamster, l’aquarium avec les poissons exotiques et quelques poules dans son mini-jardin de ville. Avec leur coq.

– Que voulez-vous, fit Cindy en haussant les épaules, j’aime les bêtes, moi!

***

écrit en réponse à la question 16: Avez-vous vu sa photo?

Source de l’illustration: Cécile Hudrisier, à qui j’ai demandé la permission, à l’époque 😉

Toujours première!

Photo de Tarikul Raana sur Pexels.com

L’aspirateur geignait, le tapis souffrait.

Madame de B*** décida qu’il fallait intervenir:

– Quelque chose vous tracasse, ma petite Cindy?

On aurait dit que Cindy n’attendait que ce signal pour déclencher le flot des confidences.

– Ah! fit-elle en se redressant – il lui était difficile de raconter les choses dans l’ordre et de passer l’aspirateur en même temps – Ah! ne m’en parlez pas! si vous saviez!

Derrière son masque, Mme de B*** sourit finement: elle savait qu’elle allait bientôt savoir.
Les démêlés de Matteo avec son institutrice. Jusqu’à présent, aucune n’avait satisfait aux exigences de Cindy.
Les démêlés de Matteo avec ses copains de classe. Pourquoi son fils était-il toujours la cible des railleries?
Les démêlés de Matteo avec d’autres enfants, pendant les récrés. Combien de papas, combien de mamans Cindy n’avait-elle pas déjà agressés verbalement pour défendre son fils contre celui qui avait voulu lui enfoncer un crayon dans l’œil ou celle qui lui avait fait un croc-en-jambe?

– Il y en a un, fit-elle, un grand, un gros, il a appelé Matteo binoclard. Alors je suis allée droit sur lui et je lui ai dit: Toi, fais attention, hein! parce que si je t’y reprends encore à te moquer de Matteo, je te tourne ton zizi comme ça – elle joignait le geste à la parole – et tu pourras aller le faire recoudre à l’hôpital!

Madame de B*** eut beaucoup de mal à réprimer son hilarité.
Sacrée Cindy!
Il ne fallait même pas se poser la question si elle arriverait à faire ce dont elle menaçait ce gamin: c’était évident qu’elle en était parfaitement capable.

***

texte écrit en réponse à la question 15: Êtes-vous sûre d’y arriver?

C comme cabinet

Quelle bonne surprise! s’écria Mme de B*** en entendant la voix de l’aîné de ses petits-fils à l’interphone.

Le temps qu’il arrive au troisième étage, mille pensées avaient assailli son cerveau. Aussi, dès qu’elle lui ouvrit la porte, elle l’accueillit d’un:

– Que me vaut l’honneur de ta visite?

Ce qui sembla un peu le désarçonner. Jamais Guillaume n’avait été très bon comédien.

– Et bien, je viens te faire un petit coucou…, essaya-t-il.
– Oui, oui, comme tu le fais régulièrement, n’est-ce pas? Tous les trente-deux du mois? Et justement on est le 32 aujourd’hui!

Guillaume essaya de sourire.

– Je sais, tu as raison, je viens trop peu. Le travail…
– Allons, je te taquine, mais je suis tout de même contente de te voir. Raconte-moi ce qui t’amène! Je nous fais un café.

Guillaume se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant. Il ne savait pas trop par quel bout commencer. Avec sa grand-mère, la manière directe serait sans doute la meilleure.

Quand elle revint avec deux tasses, il se lança:

– Et bien voilà, je viens de visiter un local qui conviendrait très bien pour y installer mon cabinet dentaire…

Madame de B***, qui avait déjà deviné quelle serait la suite, ne fit rien pour l’aider. Elle regardait sa tasse et prenait une petite gorgée de café. Avec précaution. Il était encore un peu trop chaud.

– Tu comprends, j’ai 27 ans et j’aimerais m’installer à mon compte au lieu de continuer à travailler chez les autres. Et là, vraiment, j’ai trouvé l’endroit parfait!

Elle ne disait toujours rien. Ne posait pas de questions.

– C’est bien situé, près du marché, au rez-de-chaussée des nouveaux appartements qu’on finit de construire. Tu vois ce que je veux dire?

Oui, elle voyait très bien et fit signe de la tête.

– Ce sera terminé cet été. 155 m². Ils en demandent 300 000 €.

Alors il se tut, la regarda, son café refroidi entre les mains. Madame de B*** eut un petit sourire et lui tendit la perche:

– Vous comptez le payer comment, ce beau projet?

Il serait bien temps, cette question-là réglée, de parler de Jeanne

***

écrit en réponse à la question 14 du jeu d’Annick SB, Vous comptez payer comment?

Photo prise dans la salle d’attente de mon dentiste 🙂

W comme walkyries

Madame de B*** était mécontente.

Mécontente d’être là, dans le salon-salle à manger de Nadine, la voisine du dessous.
Mécontente d’avoir accepté son invitation à boire un café et de constater que Nadine avait encore invité quatre autres voisines de l’immeuble, alors qu’elle croyait s’être engagée pour une agréable conversation à deux.
Mécontente de la présence d’Evelyne, qui se permettait de la tutoyer sous prétexte qu’elles habitaient sur le même palier.

Autour de la table, ça jacassait dur.
Tout ce que Mme de B*** détestait.
Insinuations. Médisances. Lieux communs.
Le tout sous une légère couche de politesse mondaine, – Vous prendrez bien encore une part de gâteau? – Je vous en prie! Avec plaisir! – Vous désirez encore un petit café?

Elle étouffait dans cet appartement surchauffé.
Et plus elle s’énervait, plus elle manquait d’air.

– Je ne vais tout de même pas leur faire le plaisir de tourner de l’œil, se dit-elle, avec la ferme intention de se lever et de rentrer chez elle en prétextant une fatigue.

Quand elle revint à elle, elle était étendue sur le tapis avec les cinq têtes au-dessus d’elle, Nadine lui tapotant les joues, une autre triturant ses mains et Evelyne qui voulait appeler les urgences.
Toutes parlant en même temps.

– Pourquoi criez-vous de la sorte? Vous croyez que je suis sourde? Aidez-moi plutôt à me relever!

Mécontente, vraiment mécontente.

***

écrit pour le jeu d’Annick SB – merci à elle – en réponse à la question 13: Pourquoi criez-vous de la sorte?

Les autres épisodes de ce feuilleton sont ici.