R comme rebondir

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version 1

Quand Eva est sortie du tribunal, ses amis l’attendaient.

– Voilà, c’est fait! leur a-t-elle simplement dit.

Grégoire a jeté un œil au clocher de l’église:

– Bientôt midi, s’est-il écrié, faut que je file chercher Louise à la crèche! Je t’appelle ce soir!

Les trois copines formaient un bloc consterné, ne sachant trop que dire.
C’est finalement Élodie qui a pris l’initiative:

– Viens, on t’offre un chocolat chaud! 

*** 

version 2

A la sortie de l’église, Grégoire les a tout de suite quittées.

Elles ont compris et accepté qu’il n’avait pas envie de parler.

Aucune d’entre elles n’avait même osé lui dire qu’il aurait dû enlever son bonnet pendant l’office.

– Au revoir, les filles, il a dit, les mains dans les poches, remarquant in extremis le camion arrivé brusquement à sa hauteur alors qu’il allait traverser.

– Pauvre Grégoire, dit Élodie en se tournant vers Eva, qui se tenait un peu à l’écart, les yeux baissés sur les pavés inégaux du parvis. Pauvre Grégoire, il ne s’en remettra jamais…

– Il s’en remettra, se dit Eva en reboutonnant son manteau sous le vent aigre.

Mais elle a préféré garder cette pensée pour elle.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 13: Que fait-elle là, qui semble isolée du groupe ? Elle semble penser à autre chose. Mais à quoi ? Peut-être le savez-vous. Si vous le savez, dites-le, comme toujours dans la zone commentaire de mon devoir. Celui que j’aurai fait lundi.

Merci Le Goût!

O comme Olivia

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Elle marche d’un bon pas, en essayant de ne pas trop claquer des talons. Tout résonne si étrangement dans l’obscurité des rues vides.

Sous son imperméable trop léger pour la saison, elle a la chair de poule. Son petit chapeau cloche est passé de mode depuis longtemps.

Elle a froid, elle est fatiguée, elle a faim. Près du boulevard, des odeurs de grillades lui rappellent que son dernier repas date de la veille.

Elle espère que là d’où elle vient, on ne remarquera pas trop vite son absence. Qu’elle aura le temps de se mettre à l’abri.

Et malgré les dangers qui la guettent, elle regarde la grande ville avec émerveillement.

***

Ecrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants:

poule – talon – chapeau – grillage – imperméable – absence – émerveillement – obscurité

Photo prise à Bruxelles, au Mont-des-Arts.

L comme livraison

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– Je ne te crois pas! lui dit-elle.

Ça faisait déjà un moment qu’ils marchaient dans Prague, la nuit était tombée, les réverbères allumés.

Ils marchaient sans parler, les mains dans les poches, les yeux à terre.

Il avait fini par la distancer un peu, quand arrivés au pont Charles elle lui a lancé:

– Je ne te crois pas!

Ça n’en finirait donc jamais avec cette histoire!

Tout ça pour un portrait perdu par Chronopost!

Si seulement il pouvait remettre la main sur le message laconique qu’il avait reçu pour le lui annoncer…  

Paquet perdu!

Mais le pire, c’était que Sibylle s’en était fait tout un roman et qu’elle y voyait dieu sait quelle preuve d’infidélité, quelle machination, quelle noirceur de sa part.

Il sentit qu’il n’aurait la paix qu’au moment où il pourrait lui faire lire:

« Malgré tous nos efforts, nous n’avons pas été en mesure de localiser votre colis et celui-ci est considéré comme perdu. »

Perdue, une si belle toile!

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 12

Vous avez déjà une idée de ce qui surgit de cette toile d’Aldo Balding.
Racontez l’histoire que vous avez à coup sûr imaginée et prévenez en le disant en commentaire du devoir que je vous présenterai lundi.

Merci le Goût!

7 petites croix dans un carnet

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« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles, la blanche Ophélia flotte comme un grand lys. »

Vas-y, ziva! Neuf strophes de quatre vers, ça en fait trente-six à apprendre par cœur! Depuis que le prof a lu cette fameuse lettre d’Umberto Eco à son petit-fils, sous prétexte d’activer et d’entraîner notre mémoire, c’est récitation chaque semaine.

Y en a marre. Surtout quand tu vois ce que c’est comme texte! Du grand n’importe quoi!

Encore, quand c’est de la poésie avec des rimes, ça t’aide. Mais quand c’est un extrait de roman? Il est fou, ce mec!

Sur son carnet, il met des petites croix à côté de notre nom pour chaque récitation réussie. Mais attention! il faut la perfection! Pas une hésitation en cours de route! Et quand tu as sept croix, tu reçois des points. Des « points bonus », qu’il appelle ça…

Si au moins on pouvait choisir ce qu’on veut apprendre par cœur! Je pourrais lui réciter toute la composition des équipes de foot, avec l’âge, la taille et le poids des joueurs! Mais non! Au lieu de ça, il nous donne du Modiano:

« Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. »

Du grand n’importe quoi, je te dis!

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 11 – merci à lui pour le tableau et les consignes!

Ce serait bien que ces mots, par lesquels vous commencerez votre devoir, vous inspirent :

« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles… »

Et vous le terminerez par cette phrase de Patrick, non, pas « Patriiiick ! », l’autre, Modiano :
« Encore aujourd’hui, il m’arrive d’entendre, le soir, une voix qui m’appelle par mon prénom, dans la rue. »
Entre les deux, vous contez sans compter… À lundi.
Et n’oubliez pas, quand vous passerez lundi pour lire mon devoir, d’annoncer aux foules avides de vous lire, que vous avez-vous aussi, raconté une chouette histoire.

J’ai déjà parlé ici de cette lettre d’Umberto Eco à son petit-fils 🙂

C comme coiffeur?

Qu’on les voie ensemble ou séparément, il est impossible de distinguer Arabelle d’Isabelle, et pour les taquiner on les appelle Belle ou les belles.

– Moi c’est Isa, dit alors Isabelle, mais jamais Arabelle ne réplique ‘moi c’est Ara’.

On peut la comprendre.

Isabelle est commerciale et travaille dans une boîte huppée où son bureau-capharnaüm tranche sérieusement avec l’ambiance high tech du lieu. Procrastiner est son moindre défaut quand il s’agit de ranger.

Arabelle est coiffeuse. Mais elle ne veut plus qu’on l’appelle ainsi.

Chez elle, pas de vitrine, pas de shampouineuses, pas de gros casques mais un décor strict en noir et blanc comme un drapeau breton, dans une ancienne maison de maître en pierre de taille.

Avec juste une belle plaque en cuivre à côté de la porte d’entrée: Tricopigmentation.

***

écrit pour Olivia Billington – merci à elle – avec les mots imposés suivants: procrastiner – drapeau – ara – boîte – séparément – capharnaüm – taquiner.

Les deux photos ont été prises à Bruxelles en 2010.

 

Z comme zussen

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– Mets ton chapeau de soleil, dit Delphine.

Puis elle ajoute, d’un ton plus doux:

– Viens, on y va.

Elle prend la main de Marinette.
La petite suit docilement la grande.
Sûre qu’elle va la mener là où elle veut aller.

Ce qui est terrible, depuis ces dernières semaines, c’est que quand elles sont dans la maison de maman, leur papa leur manque. Fort.

Et quand elles sont dans la maison de papa, leur maman leur manque.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 10 – merci le Goût!

Ces deux petites, où vont-elles ? C’est Pivoine qui me l’a demandé. Elle n’en sait rien mais elle se le demande… J’ai une idée car je les connais, je sais pourquoi elles vont vers ces rochers noirs, là-bas. Et ce qu’elles pensent et se disent. Mais vous ? Je suis sûr que oui mais dites-le. Ce sera bien, je crois…

Le titre ‘zussen’ signifie ‘sœurs’.
Texte écrit en souvenir d’un petit garçon de trois ans qui un jour m’a pris la main dans l’espoir que je le mènerais jusque chez sa maman.
Qui habitait trop loin pour pouvoir y aller à pied.

N comme No Man’s Land

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Que voulez-vous la grille était ouverte
Que voulez-vous la cour était déserte
Que voulez-vous la place était offerte
Que voulez-vous il est resté inerte
Que voulez-vous c’était une triste découverte

Pourtant tout était là rien n’avait changé les murs les fenêtres les classes la salle des fêtes la salle de gym la salle d’étude le secrétariat tout était là

Sauf les trois grands platanes de la cour.

Que voulez-vous autrefois elle était verte.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 8 – merci à lui!

Cet homme est-il désolé par la vision de cette usine vidée de son âme ? À moins qu’il ne se demande déjà comment il va aménager le lieu pour lui redonner vie… D’après vous ? Racontez-nous ce que vous dit cette image.

Inspiré du poème de Paul Eluard, Couvre-feu (in Poésie et Vérité, 1942)