Premier

Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi. Enfin, chez moi, ça veut dire dans mon quartier d’autrefois. Avec mon pote Simon, à prendre des bières et des anisettes en regardant les serveuses, comme autrefois. Ce ne sont plus les mêmes, bien sûr. Celles d’aujourd’hui ne nous connaissent pas. 

Et nous n’avons plus ni l’âge ni l’envie de les draguer gentiment, juste pour rire, comme autrefois. D’ailleurs, Simon est entièrement pris par son portable et moi par ce faire-part bordé de noir qu’il m’a mis entre les mains.

Ce serait donc lui, qui partirait le premier. Jean-François. Je me souviens de ces conversations que nous avions autrefois, ici même, après les cours. De ce que nous appelions alors ‘nos galères’ et qui n’étaient que des rien du tout. De nos plans sur la comète. De ce que nous ferions, le jour où…

Et je me dis que la vie, ce n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit.

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Tableau et consignes chez Lakévio, que je remercie: Vous commencerez impérativement votre texte par la phrase suivante : « Ainsi, après bien des années, je me retrouvais chez moi. » Propos tenu par Milan K., qui plaisante.

Vous terminerez par la phrase suivante : « La vie, voyez-vous, ce n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. » Ainsi philosophe la bonne Rosalie, personnage de Guy de M., quand il raconte Une Vie.

Entre les deux, casez ce que vous voulez !

T comme terrasse

Recroquevillée sur la terrasse, derrière les grandes plantes en pot, elle se cache pour fumer.

Elle sait quelles remarques cinglantes elle aurait à digérer si sa patronne la surprenait, avachie sur le pouf en skaï, à tirer sur sa clope. Ou si une voisine d’un appartement limitrophe la voyait.

Mais là, elle est tranquille jusqu’à la fin de l’après-midi, sa patronne est chez sa pédicure-manucure-visagiste. Comme si cela pouvait arrêter l’outrage des ans et autres stigmates du grand âge.

« Je me respecte et je me soigne, alors que d’autres se laissent aller », siffle-t-elle au moins une fois par semaine en direction de son aide-ménagère, qui a toujours la queue de cheval qui se défait.

« C’est vrai que j’ai d’autres soucis que mes ongles ou mes futures rides », se dit Paméla en oubliant de tirer sur sa cigarette, tellement son attention est prise par les caravanes de forains qui s’installent sur la place pour la kermesse d’été.

Et comme chaque année à la même époque, elle décide qu’elle repartira avec eux.

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Aquarelle de Marcos Beccari et consignes chez lakévio, que je remercie: La toile du jour et les dix mots choisis à introduire dans votre histoire :

cheval – cinglant – stigmate – outrage – porcelet – caravane – pouf – parfum – digérer – limitrophe

N comme nuit blanche à l’hôtel de la courte paille

L'univers Courtepaille

– Comment! Malheureux! tu ne sais donc pas que c’est absolument interdit! Es-tu bête à ce point? C’est complètement interdit! Il faut vraiment être débile ou extrêmement faible d’esprit pour ne pas être au courant que ça nuit gravement. C’est honteux, irrémédiablement honteux! Etre jeune n’excuse pas d’être un kéké. Loin de là!

L’index majestueusement accusateur, le doigt noueux obstinément pointé vers moi, il poursuivait sa diatribe.

– Quelques-unes ne feront pas la différence, dis-tu? Et tu trouves raisonnable de proférer un truc aussi stupide? un argument tellement usé, vieux comme le monde? Va donc te rincer la bouche dans les waters et reviens quand tu auras les idées claires!

Alors je l’ai planté là, hésitant un moment entre une rasade de xérès ou un quart d’heure de yoga pour retrouver un peu de zénitude.

Je n’avais vraiment pas envie de passer une autre nuit blanche pour délit d’usage de pailles…

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consignes chez Joe Krapov, que je remercie: Voici quarante titres proposés par Hubert Haddad à la page 245 de son « Nouveau magasin d’écriture » :

Le corbeau sentimental – Ultimes confidences d’un Dom Juan de basse-cour – Le chat qui se promenait dans un rêve – La transparence des loups – Le marionnettiste ficelé – Le manège noir – Et voilà les parents de Dieu – Le chirurgien des ombres – Le paysan photographe – Paysage à la pointe de diamant – Meurtre sous une ombrelle – Les trois vies de l’apprenti vieil homme – Le charbonnier, le nègre et la pleine lune – Le sculpteur de larmes – L’énigme du somnambule ou les rendez-vous de la bohémienne – L’inconnu de chaque instant – L’abîme derrière la porte – Narcisse et le crâne – Déjeuner de Newton avec un pendu – Le bourreau amoureux – Crime en deux nuits et une messe – Monsieur chez les femmes – D’Œdipe à Daisy – La statue de pluie – Le pêcheur de corail qui plongeait au fond des mers pour raconter sa vie à la sirène aux yeux d’oubli – Le roseau funèbre – Des rats dans les Dolomites – Flânerie de l’apocalypse – Le voleur sans nom poursuivi par son ombre – L’infini quelquefois – L’industriel et ses amulettes – L’assassin et son double – Nuit blanche à l’hôtel de la Courte paille – Le grenier de l’amnésique – Chronique de la canicule – Un hiver à Pékin – Tancrède ou l’Art d’aimer – Le singe et la prisonnière – L’accordeur de cigales – La véritable histoire de Dieu 

 Vous choisissez un titre dans cette liste. Puis vous listez 26 mots qui vous serviront à écrire votre histoire : chaque mot commence par une lettre différente de l’alphabet (anacoluthe – bachi-bouzouk – cornichon – dinosaure etc.)

26 mots choisis à l’aide de mon petit Robert et de Cobra le Cynique, en privilégiant les adjectifs et adverbes, autant que possible: absolument – bête- complètement – débile – extrêmement – faible – gravement – honteux – irrémédiablement – jeune – kéké – loin – majestueusement – noueux – obstinément – pointé – raisonnable – stupide – tellement – usé – vieux – water – xérès – yoga – zénitude – les photos viennent du site de Courte Paille

Si possible, vous insérez les 26 mots dans l’ordre alphabétique au sein de votre texte.

K comme krapoveries

– Des fleurs magiques bourdonnaient… bourdonnai-eu-eu-eu-ent… répète-t-il en se penchant au-dessus de l’enfant qui oublie de mettre le verbe au pluriel.

Au mur, la grande horloge décompte les minutes avant le départ vers les féeries du jeudi, chapardages au verger, chasse aux oiseaux, construction de cabanes, palais parmi les ronces.

Et le maître, à quoi rêve-t-il?

Aux palmes académiques. Et aux grands yeux noirs d’Ernestine Muche, la fille du directeur.

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Consignes chez Joe Krapov, mille mercis! En bleu les consignes de Joe Krapov, en noir les mots utilisés pour parler de Topaze, une pièce de Marcel Pagnol.
Voici quelques mots de Rimbaud : Palmes – idole – éclairs – sang – cascade – féerie – cirque – déluge – ronces – les haleines – verger – lune – les pierreries – la route – la mer et le ciel –yeux noirs – sable – les géantes – oiseau – essaim – couchant – ciment – enfant – tombeau – terrasse – piéton – horlogepalais – cathédrale – parade – départ – éternité – tambour – flamme – glace

1) Il vous est demandé d’écrire un ou plusieurs poèmes en prose incluant dix de ces mots.
2) Vous pouvez aussi écrire quelque chose de plus informel mais – toujours en incluant dix mots – en utilisant un des incipits suivants :

L’automne déjà ! Mais pourquoi regretter un éternel soleil…
Des fleurs magiques bourdonnaient…
C’est elle, la petite morte, derrière les rosiers…
Je suis le savant au fauteuil sombre…
Dans un grenier où je fus enfermé à douze ans, j’ai connu le monde.
L’hiver nous irons dans un petit wagon rose.
Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc

Cette consigne est sortie du Nouveau magasin d’écriture d’Hubert Haddad. Remercions-le à nouveau.

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 011

N.B. Les illustrations viennent du numéro hors série du « Monde » sur Rimbaud:
on peut le retrouver en ligne ici

F comme feu et flamme

DSCI6721

– Cette année, dit le père, nous n’irons pas à l’Hôtel de la Plage. Nous allons faire du camping en Ardèche!

Les enfants poussent des cris enthousiastes et la mère prend son air résigné de martyre envoyée au sacrifice. Il est important que chacun sache ce que ça lui coûte, de faire une croix sur sa villégiature à la Côte d’Azur.

Vers la mi-juillet, la tente est plantée sous un jeune arbre auquel le soleil ardent et le manque d’eau ont fait perdre presque toutes ses feuilles. La pelouse du prospectus est une plaine caillouteuse et déshydratée mais l’accueil de Gilbert et de son épouse est cordial, le chant des cigales omniprésent et la lumière incandescente.

Assis en tailleur sur l’herbe sèche, cachés au milieu des taillis, les enfants ont une idée géniale: voilà tous les ingrédients réunis pour réussir une expérience qui leur tient à cœur depuis longtemps et pour laquelle ils ont tout spécialement apporté une loupe.

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Deux consignes, celle du Défi du samedi (thème: incandescent) et celle d’Emilie avec les 12 mots suivants (dont on peut en laisser tomber un, je n’ai pas eu besoin du mot nostalgie :-)) TAILLEUR – PELOUSE – PLAGE – PERDRE – NOSTALGIE – CIGALE – LUMIÈRE – ARBRE – CROIX – ACCUEIL – AZUR – ARDENT

L’illustration, je l’ai déjà utilisée pour un autre billet, mais ceux qui aiment Gaston comme moi le comprendront, ça me fait toujours rire 🙂
Photo prise l’été dernier chez mon frère, qui a tous nos vieux albums.

X c’est l’inconnu

Un secret, c’est l’histoire d’une conspiration familiale destinée en principe à protéger le narrateur mais qu’on finit par lui dévoiler.

A quoi bon, en effet, et jusqu’à quand continuer à lui taire un truc dont il aurait de toute façon eu vent, un jour ou l’autre? N’avait-il pas, à l’âge de cinq ans à peine, découvert dans sa cachette un jouet ayant appartenu au premier né? Ne s’était-il pas inventé un grand frère, clin d’œil ironique à l’histoire qu’on lui cache, comme s’il avait percé le secret tout seul, sans qu’aucun des initiés ne l’ait trahi?

Mais chut! je n’en dirai pas plus 🙂 C’est un livre à lire!

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écrit avec quelques jours de retard pour les Plumes d’Asphodèle chez Emilie, avec les mots imposés suivants: coffret, cachette, conspiration, dévoiler, principe, chut, clin d’œil, initié, vent, trahir, taire, truc, polichinelle, percer, protéger. On peut laisser de côté les trois derniers.

I comme Isère, misère!

Béline a gardé la doudoune et le duvet. Elle a horreur d’avoir froid et ce matin, avec le temps qu’il fait, elle aurait préféré rester près du feu.

Et elle a dû quitter la maison si tôt qu’elle a à peine eu le temps de déjeuner, alors évidemment elle a des vertiges et en route elle a dix fois frôlé la catastrophe. Elle espère qu’elle ne devra pas prendre ces risques chaque matin, dorénavant!

Mais voilà son copain Panurge qui arrive dans la cour! Elle s’empresse d’aller froufrouter de son côté, du sirop plein la voix en s’adressant à lui, comme dans un film d’amour qu’elle a vu l’autre soir.

Et lui, le pauvre, dans un vieux réflexe machiste, se dit « J’emballe, j’emballe sec! Cette nana, elle est à moi, je le sens, ça va marcher comme sur des roulettes! »

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Ecrit pour Les Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots imposés suivants: DUVETHORREUR – AIMER – TEMPS – FEU – FROUFROUTER – VERTIGE – SIROP – FROID – FRÔLER – FILM – ROULETTE – RISQUE – RÉFLEXE

Emilie a rajouté six mots à la collecte.  On pouvait laisser de côté les trois derniers (ci-dessus en italiques). Mais j’ai fait la totale 🙂 

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On a parlé de l’Isère dans nos quotidiens de Flandre, pour cette affaire du plus haut comique…

Voir les articles en français ici et ici, deux exemples parmi des tas d’autres.

J’ai surtout aimé les prénoms des élèves à quatre pattes, j’espère qu’il y avait parmi eux une Béline, en hommage à Molière 🙂