Adrienne récupère

92ème devoir de Lakevio du Goût

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Hé non, Monsieur le Goût, ce n’est pas une lettre que la dame au chignon regarde si dédaigneusement: c’est une aquarelle.

Comme celles qui se trouvent à l’avant-plan, au bord de la table.

D’ailleurs, tout est expliqué ici 🙂

***

Merci à Monsieur le Goût pour son devoir, qui avait été donné par Lakévio début mars 2018:

Que peut-il donc se passer sur cette toile d’Harold Harvey. Que peuvent donc se dire ces trois femmes qui semblent intéressées par la lettre que tient celle assise nonchalamment. Nous en saurons tous un peu plus lundi…

D comme découvertes

88ème Devoir de Lakevio du Goût.

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Souvent Mme de B*** se disait qu’elle devrait mettre de l’ordre dans ses papiers.

A commencer par les vieilles photos de famille et le courrier échangé entre ses parents à l’époque de leurs fiançailles.
Mettre des noms et des dates au verso des photos, établir un arbre généalogique…

Chaque fois qu’elle s’y mettait, elle n’arrivait pas à terminer la tâche: trop de photos étalées, la table à débarrasser pour l’heure du repas et cet « à quoi bon » qui la prenait parfois: tout ça n’intéressait pas ses deux fils et elle se demandait lequel de ses quatre petits-enfants serait prêt à accueillir les archives familiales.
Aucun des deux garçons, ça, elle en était sûre.

Elle sortit du placard de sa chambre la boite à chaussures où étaient classés le courrier et les photo de l’oncle Joseph. Un oncle de sa mère, celui qui l’avait toujours fait rêver d’Amérique.

Né en 1883 et parti tout jeune au-delà de l’océan d’où il envoyait régulièrement une photo pour montrer à sa famille qu’il allait bien: ces photos avaient fasciné au moins trois générations, pour diverses raisons.

D’abord pour les audaces vestimentaires des Américaines. Comme celle-ci, qui date de 1913 et où on voit la jeune femme qui n’hésite pas à montrer ses genoux. En 1913, en Europe, les dames portent encore des robes jusqu’à terre. Même à la plage.

Mme de B*** possède un cliché pris vingt ans plus tard à la côte belge, où on voit sa mère en long maillot rayé.
Et les hommes, exactement comme l’oncle Joseph, avec le canotier, les chaussures blanches, le costume de toile claire… et la fine canne en bambou.

Par contre, malgré toutes ses recherches, un point est resté obscur: impossible de découvrir dans quel secteur, dans quelle sorte de métier ou fonction, l’oncle Joseph a gagné les sous qui lui ont permis de revenir au pays vivre de ses rentes, alors qu’il n’avait même pas quarante ans.

***

écrit en réponse à la question 20 du jeu d’Annick SB, « Mais au fait, c’est quoi votre ministère? » et pour le tableau proposé par Monsieur le Goût:

Bonne ou mauvaise nouvelle ? Qu’en pensez-vous ?

A comme alléluia!

Ce matin-là, Cindy était encore plus ouragan qu’au pire de ses jours.

– Elle va finir par me défoncer cette porte, se dit Mme de B*** en l’entendant débouler dans son petit hall d’entrée.
– Matteo a réussi! hurle Cindy à faire trembler les murs. Vous entendez? Matteo a réussi! Il peut passer en secondaire!
– Comment ne pas vous entendre, ma petite Cindy… Et bien, voilà une excellente nouvelle. Toutes mes félicitations.

Si Mme de B*** espérait arrêter l’ouragan par le ton posé de sa réponse, elle se trompe. Cindy a tout un sac à vider:

– Et je ne vous dis pas le stress! attendre, attendre, encore attendre!

Elle balance son sac et son casque sur le petit meuble. Mme de B*** entend le bois gémir.

– J’ai fini par téléphoner moi-même à la directrice! Ah! ils allaient m’entendre, s’il n’avait pas réussi!

Elle chausse ses crocs roses, prend ses gants de ménage assortis.

– Non mais hé ho! Pas avec moi, ah ça non! ça n’aurait pas passé, je vous le dis bien franchement.
– C’est ça, sourit Mme de B*** derrière son masque, il y aurait eu plus d’un zizi à recoudre.
– C’est sûr! clame Cindy.

Mais elle, elle ne rit pas, et elle ajoute:

– Vous auriez même vu ma photo dans le journal!

***

écrit en réponse à la question 19 du jeu d’Annick SB, Quand vous l’a-t-il annoncé?

Photo prise au jardin de l’Adrienne 🙂

E comme élevage

– Vous savez quoi? fit Cindy ce matin-là, avant même d’avoir enlevé son casque de motarde.

Comme elle affichait un sourire jusqu’aux oreilles, Mme de B***, la main encore sur la porte, lui répondit:

– Une excellente nouvelle, à ce que je vois?
– Oui! J’ai adopté un chien!
– Ah? Je croyais que vous en aviez déjà un?
– Oui, j’ai ma petite chihuahua. Mais là c’est un grand. Un border.

Elle avait l’air si heureuse que Mme de B*** réprima ses envies de commentaires. D’ailleurs, elle savait bien que Cindy finirait par lui raconter tous les tenants et aboutissants de cette nouvelle adoption.

– C’est un chien qui a été maltraité, expliquait-elle en rassemblant les seaux et les brosses. Une crème de chien, pourtant! Vous voulez le voir?

Et avant que Mme de B*** ait eu l’occasion de réagir, Cindy avait déjà sorti son portable et lui mettait sous le nez les photos de son chien.

– Il est beau, hein?

D’un doigt habile, elle balayait la surface de son portable pour faire défiler une bonne douzaine de photos que Mme de B*** distinguait à peine.

– Il me semble que ça doit vous faire beaucoup de travail, tout ça…, soupira Mme de B***, qui de sa vie n’avait eu un animal domestique.

« Tout ça », ce sont les deux chiens, le hamster, l’aquarium avec les poissons exotiques et quelques poules dans son mini-jardin de ville. Avec leur coq.

– Que voulez-vous, fit Cindy en haussant les épaules, j’aime les bêtes, moi!

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écrit en réponse à la question 16: Avez-vous vu sa photo?

Source de l’illustration: Cécile Hudrisier, à qui j’ai demandé la permission, à l’époque 😉

Toujours première!

Photo de Tarikul Raana sur Pexels.com

L’aspirateur geignait, le tapis souffrait.

Madame de B*** décida qu’il fallait intervenir:

– Quelque chose vous tracasse, ma petite Cindy?

On aurait dit que Cindy n’attendait que ce signal pour déclencher le flot des confidences.

– Ah! fit-elle en se redressant – il lui était difficile de raconter les choses dans l’ordre et de passer l’aspirateur en même temps – Ah! ne m’en parlez pas! si vous saviez!

Derrière son masque, Mme de B*** sourit finement: elle savait qu’elle allait bientôt savoir.
Les démêlés de Matteo avec son institutrice. Jusqu’à présent, aucune n’avait satisfait aux exigences de Cindy.
Les démêlés de Matteo avec ses copains de classe. Pourquoi son fils était-il toujours la cible des railleries?
Les démêlés de Matteo avec d’autres enfants, pendant les récrés. Combien de papas, combien de mamans Cindy n’avait-elle pas déjà agressés verbalement pour défendre son fils contre celui qui avait voulu lui enfoncer un crayon dans l’œil ou celle qui lui avait fait un croc-en-jambe?

– Il y en a un, fit-elle, un grand, un gros, il a appelé Matteo binoclard. Alors je suis allée droit sur lui et je lui ai dit: Toi, fais attention, hein! parce que si je t’y reprends encore à te moquer de Matteo, je te tourne ton zizi comme ça – elle joignait le geste à la parole – et tu pourras aller le faire recoudre à l’hôpital!

Madame de B*** eut beaucoup de mal à réprimer son hilarité.
Sacrée Cindy!
Il ne fallait même pas se poser la question si elle arriverait à faire ce dont elle menaçait ce gamin: c’était évident qu’elle en était parfaitement capable.

***

texte écrit en réponse à la question 15: Êtes-vous sûre d’y arriver?

Défi du 20

Photo de Andre William sur Pexels.com

Assis aux pieds de son grand-père, sous l’ombre légère du papayer, Pedro lit Asterix el Galo, quand soudain une question pressante lui vient:

– Mais toi, abuelito, tu n’as peur de rien?

Grand-père n’a pas besoin de réfléchir longuement:

– Je n’ai peur que d’une chose: qu’une papaye me tombe sur la tête.

C’est bien ce que je pensais, se dit Pedro. Abuelito a lu mes Astérix en cachette!

Écrit pour le Défi du 20 où Patricia imposait peur et papaye. Merci à elle!

K comme krapoverie

Albert ce matin-là avait le teint verdâtre.
Mal dormi.
Mal réveillé.
Et en retard pour le boulot.

Il hâtait le pas tout en sachant que ça ne servirait à rien: impossible de rattraper le temps perdu.

A moins…

L’envie lui vint de prendre un de ces vélos.
Avec ça, il se faufilerait parmi le trafic, les travaux, les encombrements et arriverait, avec un peu de chance, pile-poil à l’heure.

Ne lui avait-on pas piqué un vélo, il y a bien longtemps, quand il était étudiant?
Alors?
Il avait bien droit à une petite revanche, non?
Surtout en ce cas de force majeure!

Tout en marchant le plus vite qu’il pouvait, il observait la rangée de vélos.
Trop petit.
Trop mauvais état.
Trop bien cadenassé.
Trop fille…

Bah! se résigna-t-il, tant pis.

Illustrant ainsi, en un seul début de matinée, deux fables de la Fontaine 🙂

***

texte écrit d’après cette consigne de Joe Krapov – merci à lui – proposant des aquarelles de John Salminen.

C comme cabinet

Quelle bonne surprise! s’écria Mme de B*** en entendant la voix de l’aîné de ses petits-fils à l’interphone.

Le temps qu’il arrive au troisième étage, mille pensées avaient assailli son cerveau. Aussi, dès qu’elle lui ouvrit la porte, elle l’accueillit d’un:

– Que me vaut l’honneur de ta visite?

Ce qui sembla un peu le désarçonner. Jamais Guillaume n’avait été très bon comédien.

– Et bien, je viens te faire un petit coucou…, essaya-t-il.
– Oui, oui, comme tu le fais régulièrement, n’est-ce pas? Tous les trente-deux du mois? Et justement on est le 32 aujourd’hui!

Guillaume essaya de sourire.

– Je sais, tu as raison, je viens trop peu. Le travail…
– Allons, je te taquine, mais je suis tout de même contente de te voir. Raconte-moi ce qui t’amène! Je nous fais un café.

Guillaume se laissa tomber dans un fauteuil en soupirant. Il ne savait pas trop par quel bout commencer. Avec sa grand-mère, la manière directe serait sans doute la meilleure.

Quand elle revint avec deux tasses, il se lança:

– Et bien voilà, je viens de visiter un local qui conviendrait très bien pour y installer mon cabinet dentaire…

Madame de B***, qui avait déjà deviné quelle serait la suite, ne fit rien pour l’aider. Elle regardait sa tasse et prenait une petite gorgée de café. Avec précaution. Il était encore un peu trop chaud.

– Tu comprends, j’ai 27 ans et j’aimerais m’installer à mon compte au lieu de continuer à travailler chez les autres. Et là, vraiment, j’ai trouvé l’endroit parfait!

Elle ne disait toujours rien. Ne posait pas de questions.

– C’est bien situé, près du marché, au rez-de-chaussée des nouveaux appartements qu’on finit de construire. Tu vois ce que je veux dire?

Oui, elle voyait très bien et fit signe de la tête.

– Ce sera terminé cet été. 155 m². Ils en demandent 300 000 €.

Alors il se tut, la regarda, son café refroidi entre les mains. Madame de B*** eut un petit sourire et lui tendit la perche:

– Vous comptez le payer comment, ce beau projet?

Il serait bien temps, cette question-là réglée, de parler de Jeanne

***

écrit en réponse à la question 14 du jeu d’Annick SB, Vous comptez payer comment?

Photo prise dans la salle d’attente de mon dentiste 🙂

Y comme y en a marre!

D’un stylo vengeur, Matteo barre tout ce qu’il vient d’écrire. Son irritation est telle qu’il finit par crever le papier.

Les notifications de son instituteur sur son dernier bulletin n’ont eu pour effet qu’une immense frustration, un grand découragement.

Quand Cindy rentre de la laverie – combien de fois par semaine fait-elle la navette depuis que son lave-linge est en panne ? – elle trouve l’appartement sens dessus dessous, son précieux hibiscus renversé et toute la boîte de dominos éparpillés sur le tapis.

– Matteo ! Qu’est-ce qui s’est passé, ici ? Et où est ton petit frère ?
– Il dort !

Cindy soupire. C’est vrai que son cadet a ce don de pouvoir traverser une nuit de sommeil pleine de bruits sans se réveiller. Mais tout de même. Elle aimerait habiter dans un endroit plus calme. Que les garçons aient chacun leur chambre. Et un petit jardin où se défouler.

ça me gave, ces exercices ! Y en a marre ! J’y comprends rien ! Qu’est-ce que ça veut dire, ‘ambiguïté’ ?

Nouveau soupir de Cindy.
Sur la table, il y a la lettre l’invitant à une session de formation pour « optimiser et uniformiser les méthodes de travail. »

Dans quel monde vivront mes garçons, se demande-t-elle.
Bientôt il faudra un bac + 5 pour être femme de ménage…

***

écrit pour 13 à la douzaine avec les mots suivants:

1 barre 2 dormir 3 notification 4 irritation 5 habiter 6 hibiscus 7 domino 8 navette 9 uniformiser 10 laverie 11 gaver 12 immense et le 13e pour le thème : ambiguïté. 

W comme walkyries

Madame de B*** était mécontente.

Mécontente d’être là, dans le salon-salle à manger de Nadine, la voisine du dessous.
Mécontente d’avoir accepté son invitation à boire un café et de constater que Nadine avait encore invité quatre autres voisines de l’immeuble, alors qu’elle croyait s’être engagée pour une agréable conversation à deux.
Mécontente de la présence d’Evelyne, qui se permettait de la tutoyer sous prétexte qu’elles habitaient sur le même palier.

Autour de la table, ça jacassait dur.
Tout ce que Mme de B*** détestait.
Insinuations. Médisances. Lieux communs.
Le tout sous une légère couche de politesse mondaine, – Vous prendrez bien encore une part de gâteau? – Je vous en prie! Avec plaisir! – Vous désirez encore un petit café?

Elle étouffait dans cet appartement surchauffé.
Et plus elle s’énervait, plus elle manquait d’air.

– Je ne vais tout de même pas leur faire le plaisir de tourner de l’œil, se dit-elle, avec la ferme intention de se lever et de rentrer chez elle en prétextant une fatigue.

Quand elle revint à elle, elle était étendue sur le tapis avec les cinq têtes au-dessus d’elle, Nadine lui tapotant les joues, une autre triturant ses mains et Evelyne qui voulait appeler les urgences.
Toutes parlant en même temps.

– Pourquoi criez-vous de la sorte? Vous croyez que je suis sourde? Aidez-moi plutôt à me relever!

Mécontente, vraiment mécontente.

***

écrit pour le jeu d’Annick SB – merci à elle – en réponse à la question 13: Pourquoi criez-vous de la sorte?

Les autres épisodes de ce feuilleton sont ici.