A comme Appia

Un secreto bien guardado, postal creada por dom - Vendu en vente directe -  21997665

Ma très chère Berthe

Depuis que nous avons emménagé au 13bis rue des Canettes, je n’ai pas encore eu une minute à moi!

Mais tu le sais, j’attends la visite de ma chère sœur et comme tu le dis si bien: « où va le temps qui passe? » Bref, j’espère que tu trouveras bientôt l’occasion de faire le grand voyage jusqu’en Provence pour venir admirer notre architecture de la Renaissance.

La carte postale jointe à ma lettre a été achetée au jardin Botanique à côté du palais: tu vois ce jeu entre la lumière et l’ombre? Avoue que tu veux voir tout ça de tes propres yeux 🙂

Viens vite! Tu verras, le silence ici est d’une qualité rare et je te montrerai l’autoportrait auquel je travaille. Je l’appellerai ‘Un papillon sur l’épaule’, je suppose que tu comprends l’allusion.

Si tu as des desiderata pour ton séjour ici, n’hésite pas à me le faire savoir.

C’est à ce moment-là qu’elle entend du bruit au salon, alors elle pose la plume et crie à sa fille:

– Clémentine! tu es encore en train de jouer au ballon avec ton dinosaure? Tu sais bien qu’avec ses coups de queue il arrache le papier peint et abîme le plafond! Combien de fois faudra-t-il encore te le répéter!

***

Merci à Joe Krapov pour ses consignes:

Saurez-vous vous laisser inspirer par une ou plusieurs des 23 toiles de Dominique Appia, peintre surréaliste suisse (1926-2017) ? Si les images ne vous suffisent pas, vous pouvez insérer dans votre texte des titres de ses œuvres ou des mots constitués avec les lettres de son patronyme complet. Ceci est facultatif. Si cela pouvait être une lettre envoyée par X à Y, ce serait pas mal non plus. Facultatif aussi.

Titres d’œuvres – j’ai utilisé ceux mis en gras:

13 bis rue des CanettesArchitecture de la RenaissanceAu jardin botanique – Au pied du mur – autoportraitBerthe vue à vol d’oiseau – Crystal Palace – DésidérataEn ProvenceEntre la lumière et l’ombre – Entre le secret et le danger – Entre les trous de la mémoire – Extrême jonction – La carte postale – La leçon de perspective qui est au bout du fil – La Place du cirque – La visite – Le génie de la liberté – Le grand voyageLe palaisLe silence – Le songe retrouvé – Le temps des gares – Les pages du dictionnaire – Maturité – On a la chance que l’on mérite – Où va le temps qui passe ? – Oui, montagneuse est ma passion – Un papillon sur l’épaule – Vive l’esprit !

Z comme z’en peux plus

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Je n’en peux plus, se répétait-il ce matin-là.

Ou plutôt non.

Quand il était seul devant le miroir de la salle de bains, il se parlait à lui-même en roumain.

Nu mai pot, se répétait-il.
Nu mai pot.

Il avait trouvé ça chouette, au début.
Drôle, original, amusant.
Il avait joué le jeu.

Mais là, non, ça ne l’amusait plus.

Vivre dans un décor digne de l’Expo 58, pourquoi pas, mais vivre sans internet?

Merci à Monsieur le Goût pour ce 59ème devoir de Lakevio du Goût: Qu’arrive-t-il à cet homme ? Que subit-il pour être aussi triste ? Que vous raconte cette toile d’Arielle Lange. J’espère que nous en saurons plus lundi.

L comme libre

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Quand le train arriva en gare, elle baignait dans une splendide couleur rouge de fin du monde.

Paul vérifia s’il n’avait pas un reste de sandwich mayonnaise au coin des lèvres, éteignit son téléphone et le glissa dans la poche de son imperméable.

Plus le temps de faire un tour aux toilettes pour un petit besoin ou un coup de peigne dans les cheveux. Il espérait que sa raie était restée impeccable.

Il prit le bouquet de petits œillets rouges, dont la fleuriste lui avait assuré qu’ils symbolisaient l’amour passionné et empoigna ses deux valises. Il n’avait jamais réussi à voyager léger, deux caleçons et une brosse à dents, ce n’était pas son truc.

Quand Véra lui sauta au cou, il put constater une nouvelle fois à quel point leurs creux et leurs courbes s’épousaient parfaitement.

– Libre! Enfin libre! riait-elle entre deux baisers, le sein palpitant, la gorge offerte.

Ah! si elle avait su que la chose était aussi simple, elle aurait pris plus tôt ces quelques cours de mécanique auto!

Dire qu’il avait suffi d’un tournevis!

***

Merci à Monsieur Le Goût pour son 48e devoir de Lakevio du Goût.

Mais que diable vient-elle d’apprendre ? Cette toile qu’on pourrait croire de Hopper si cette impression de joie ne venait assurer qu’il ne pouvait avoir peinte vous inspire-t-elle ? Si oui, il faudrait que vous y glissiez les mots :
Amour – Sandwich – Lèvres – Téléphone – Besoin – Tournevis – Caleçon – Seins – Gare – Cheveux – Toilettes.

M comme maillot

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Elle a pris le premier train du matin. Avec de trop nombreux bagages pour trois jours de villégiature à la mer et aux pieds des chaussures dont elle sait pourtant qu’elles lui font mal.

Mais ce n’est pas à quarante ans qu’elle va abandonner son souci d’élégance. Voyez la savante coiffure crantée qui a coûté une grosse demi-heure d’efforts à sa coiffeuse, hier soir, et qui l’a empêchée de bien dormir cette nuit, de peur de l’abîmer!

Quand elle est arrivée à l’hôtel, elle était épuisée par le voyage. Deux correspondances. Deux lourdes valises. Et quelle idée de s’être chargée d’un volume si épais! Comme si elle pouvait en venir à bout en trois jours! Il doit bien peser un kilo, lui aussi. Deux mille cinq cent quatre-vint-dix-huit pages…

Enfilons vite ce maillot, se dit-elle, et allons à la plage.

Il ne fallait même pas ouvrir les valises: elle l’avait rangé dans une poche latérale.

Et pourtant…

Et pourtant, la plage, elle ne l’a pas vue.

Car au moment où elle était enfin prête, dans son maillot neuf, l’orage, un de ces gros orages d’été a éclaté.

Alors elle s’est affalée tristement sur le bord du lit… allait-elle rester là, à lire les Misérables, ou bousiller sa belle coiffure en sortant se baigner sous la pluie?

***

Texte écrit pour le 43e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie, selon les consignes suivantes:

J’aime Hopper et son génie de l’étrangeté de la banalité. « Hotel Room » me le démontre et me pose la question : Que fait-elle donc, si peu vêtue, assise l’air si peu intéressé par son livre ? J’entrevois plusieurs cas. Et vous ? Qu’en aurez-vous dit lundi ?

Elle m’a fait penser à ces belles dames bien coiffées qui réussissent à nager en gardant la tête parfaitement au-dessus de l’eau et se mouillent à peine la nuque pour ne pas gâcher leur mise en plis 🙂

M comme maillot et M comme misérable(s) 😉

 

F comme fallait pas

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Alice est dans la serre pour tuteurer ses tomates. Pulvériser une décoction d’ail sur ses poivrons. Pas de mildiou, cette année, ni sur les tomates, ni sur les aubergines… c’est peut-être grâce à ces deux ou trois vitres brisées. L’air circule bien et la température reste bonne.

Alice passe beaucoup de temps dans sa serre. Les voisins ne s’en étonnent pas. C’est du travail, tous ces légumes. Parfois Alice en partage quelques-uns autour d’elle. Ça fait toujours plaisir, même si on se récrie « ô! fallait pas! ».

Et ça permet de faire une causette.

Ne croyez pas qu’il ne se passe rien dans ces belles rues aux grandes maisons et aux beaux jardins.

Ainsi par exemple, ce dont tout le monde parle en ce moment, ce sont ces lettres anonymes qui sont arrivées chez quelques personnes. Alice n’en a pas reçu, mais – dit-elle – ça ne saurait tarder, il n’y a pas de raison qu’elle y échappe, n’est-ce pas!

Alice se sent bien dans sa serre. Elle voit et entend beaucoup de choses. A ça aussi ils sont utiles, les deux ou trois trous à cause des vitres brisées.

Les gens parlent, vont, viennent.
Alice a tout vu, tout entendu.
Celui qui va au bout de son jardin pour téléphoner. Celle qui… Ceux qui…
Elle a tout retenu, tout recoupé, c’est comme un puzzle.
Mais en plus excitant.

Alors le soir, pour jouer au corbeau, ce n’est pas la matière qui lui manque…

***

Merci à Monsieur le Goût pour ce 42e devoir de Lakevio du Goût: Qui est-elle ?
Existe-t-elle ? Que fait elle là ? À vous de le dire lundi…

Premier juin

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Nadège, comme dirait son père, elle n’a pas inventé le fil à couper le beurre.

Mais elle a des jambes magnifiques.

Et c’est là qu’elle peut s’avérer utile, surtout si vous lui mettez sa petite robe jaune, celle avec les épaules dénudées. 

Vous l’emmenez à votre partie de golf.

Vous lui montrez où elle doit se tenir.

Et sur un signe convenu, elle soulève sa petite robe, esquisse une élégante pirouette… 

Nadège, ses jolies jambes et sa petite robe jaune, on n’a rien trouvé de mieux pour déconcentrer l’adversaire au moment suprême.

***

Merci à Monsieur Le Goût pour ce 41e devoir de Lakevio du Goût:

Je suis sûr que comme vous le soupçonnez à regarder cette toile de Sir John Lavery, le plus grand danger du golf reste le coup de « put »… Vous direz lundi ce que vous pensez de la partie qui se joue sur cette toile…

U comme un homme et une femme

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On se serait presque cru à un enterrement, toutes les femmes étaient en noir. Pourquoi s’imagine-t-on plus élégante en noir? Mystère! Seuls les grands décolletés prouvaient que l’occasion était festive.

Robert avait rejoint Marlène sur la causeuse, et visiblement elle aurait préféré quelqu’un d’autre. Elle le toisait tout en réchauffant son porto dans la main. C’est un des nombreux points sur lesquels elle n’était pas d’accord avec Marc. Depuis qu’il suivait des cours d’œnologie, il ne prétendait plus servir le porto qu’entre 10 et 14°. Mais quitter Marc pour commencer une histoire avec Robert? Il ne pouvait en être question!

Il y avait même un peu de commisération dans ce regard qu’elle portait sur lui, et sur ce verre qu’il penchait dangereusement. Il va finir par verser son xérès sur son pantalon, se dit-elle. Qu’était-il en train de lui raconter? Elle avait complètement perdu le fil…

Mais là, juste derrière lui, assise sur le tabouret du piano, il y avait Sibylle.

Ah! Sibylle!
Ses courbes, ses bouclettes, son joli rire…

Il serait peut-être temps de suivre sa véritable inclination.

***

écrit pour le 40e devoir de Lakevio du Goût – merci Monsieur Le Goût! – avec la consigne suivante: 

Mais que diable peut-il bien lui raconter ? Où veut-il en venir. Qu’attend-elle ? Que pense-t-elle de sa ballade ? À l’instant je n’en sais rien. Grâce à vous j’espère en savoir plus lundi sur ce que vous inspire cette toile d’Aldo Balding.

Et vu que dernièrement c’était la journée lgtb, l’inspiration était toute trouvée 🙂

R comme renoncement

alcohol alcoholic bar blur

Il avait dû renoncer à l’alcool, lui qui était capable de vous dire rien qu’au nez si un champagne était composé de plus ou moins de pinot noir, de meunier ou de chardonnay. Une décision qui avait été âprement négociée par sa femme et par son patron: l’alcool ou le boulot, l’alcool ou le foyer. Il était légitimement fier d’y avoir réussi.

Par contre là où il était indécrottable, c’était au niveau du vocabulaire. Même l’arrivée de deux enfants dans son couple n’avait rien changé dans sa façon peu civilisée de s’exprimer: quand-ce qu’on bouffe?, c’est quoi ce fricot de m...?, arrête de bâfrer!

Ce qui rend d’autant plus étonnant le choix d’un mot savant lorsqu’il avait à déclarer, autour d’une table ou lors d’un apéro, « non merci, je ne bois pas d’alcool ». Désormais il disait « non merci, je suis abstème« .

Et depuis qu’il employait ce mot-là, on ne le regardait plus de travers comme un ancien alcoolo, mais avec la déférence due à un grand malade.

***

écrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés: fricot – bâfrer – fuir – abstème – meunier – négocier.

Photo de Joonas Kääriäinen sur Pexels.com

P comme physique

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Elle entrouvre la porte de son cagi-bibi et se tourne vers sa fille qui s’apprête à sortir:

– Mets tomenteux et tes gants fourrés, il fait frisquet ce matin!

– Frisquet? avec ce ciel tout bleu et ce grand soleil?

– Ah! ce n’est pas parce qu’il n’y a aucun nuage qu’il fait tout de suite nyctanthe degrés, ma petite! Allez, fais ce que je te dis! Gypaète toujours raison, peut-être?

– Si, maman, si… Mais arrête de te faire du nourrain pour moi, je suis une grande fille!

Elle fait la moue, la grande fille, et fronce le trait noir qui lui sert de sourcil. Elle avait justement envie de légèreté et de robe à fleurs… Tant pis.

Sa mère la regarde s’éloigner.

Ah! quelle belle plante! soupire-t-elle.

Ah! se dit-elle pour la millième fois, j’ai bien fait! J’ai vraiment bien fait de choisir Auguste pour l’alimentaire et Ernest pour la procréation.

Quelle belle plante!

***

Ecrit à la façon de Jean Tardieu – Un mot pour un autre – pour le 39e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie, avec cette consigne: Cette femme attend, mélancolique. À quoi pense-t-elle ? Dans votre histoire il y aura ces dix mots : Bibi – Légèreté – Trait – Tomenteux – Envie – Nourrain – Gypaète – Nyctanthe – Physique – Nuage.

I comme instantané

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Ils allaient du côté de la prairie, là où le vent de la mer garde le paysage libre des fumées des manufactures.

Non pas qu’ils aient conscience de la relative pureté de l’air ni de son importance pour la santé. Mais ils y étaient à l’aise, relativement seuls.

Les mères n’aimaient pas trop qu’ils traînent de ce côté-là, à cause de la falaise.

Il y avait déjà eu des accidents, des glissades fatales, des chutes malencontreuses qu’on se racontait dans les familles pour en avertir les petits enfants.

« Un malheur est si vite arrivé », disait la mère de Tom, et elle savait de quoi elle parlait.

Mais Tom s’en inquiétait fort peu, d’être la prochaine victime d’un coup du sort pour les siens, et c’est toujours lui qui tournait le dos au précipice, se tenait au bord du bord, faisait fi du danger.

En bas, la mer roulait ses vagues, sur le sentier, George roulait sa bille entre ses doigts sans se décider à la lancer. Puis il gronda:

– Enlève-toi de là, Tom! Tu te tiens trop près des billes!

***

Texte écrit pour le 38e devoir de Lakevio du Goût. Merci!

En cherchant chez Harold Harvey une œuvre qui au moins m’inspirerait pour le « devoir de Lakevio du Goût », j’ai vu celle-ci. Elle a immédiatement attiré mon attention car elle est liée à un souvenir qui aujourd’hui me fait sourire mais qui m’a terriblement mortifié et frustré quand est survenu l’évènement. Je suppose que vous aussi aurez quelque histoire à raconter à propos d’enfants, de jeu de billes ou simplement de campagne…