Bilan du 20

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– Je peux débarrasser? a demandé le serveur en désignant la tasse de Mathieu.

Elle a fait oui de la tête et a baissé les yeux.

Pas envie de croiser son regard, qu’il soit interrogateur, bienveillant ou narquois…
Non, pas envie.

Tout allait si bien, pourtant. Mathieu avait tout pour lui plaire.
Et elle-même lui plaisait aussi.
Elle le savait.

La preuve: il a tendu la main pour saisir la sienne, par-dessus la table.
Cette main inoccupée dans ce gant noir.

Sa prothèse.

***

23e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie:

Hopper me rappelle chaque fois quelque chose de nouveau, me raconte une nouvelle histoire, un angle de vision que je ne soupçonnais pas. Et vous ? Que vous dit cette toile ? Que fait la cette jeune fille ? Qu’attend-elle ? Dites-le lundi…

O comme Olivia

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– Il n’a pas connu la tendresse d’un foyer, dit l’une.

– Ce qu’il a vécu dans sa famille l’a complètement déstabilisé, dit l’autre.

– L’attrait de l’interdit est irrésistible, dit un troisième.

– Ça fait une éternité que je vous prédis que ça arriverait, dit un autre.

– Bon, qu’est-ce que vous proposez ? demande le directeur.

Assis dans le couloir, le principal intéressé s’ennuie. D’un doigt distrait, il agrandit peu à peu le trou par lequel s’échappe déjà un peu du rembourrage de son siège.

Il ne voit pas le givre sur les trois platanes de la cour.

Il ne voit pas le merle sur la plus haute branche.

– Bonjour ! dit Madame en passant à côté de lui.

Il lève sur elle un regard vide.

Il n’a pas treize ans.

***

Écrit pour Olivia Billington, que je remercie, avec les mots imposés suivants : proposer – rembourrage – givre – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

N comme nom d’une pub!

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– Pour fêter ta convalescence, je te fais un clafoutis aux griottes, annonce-t-elle en se ceignant de son tablier.

On était encore à l’époque de la publicité Babette je la lie, je la fouette et l’Homme vivait dans un hôtel cinq étoiles. Il trouvait ça parfaitement normal.

C’est bien sûr au moment où elle a une couche de beurre et de farine sur les mains que sonne le téléphone.

– Tu décroches? fait-elle à l’homme en essayant de surmonter le vacarme de l’électro-ménager et de la neuvième symphonie de Beethoven réunis.

Peine perdue: voilà que le chien rentre de sa promenade avec Muanza – ou est-ce le contraire – et qu’il ajoute encore sa turbulence au tableau. Ainsi que plus de trois grains de poussière… mais l’aspirateur aussi Babette en fait ce qu’elle veut.

– Tu as l’air d’aller mieux, dit Muanza à l’homme qui gît dans le canapé. Enfin, ajoute-t-il prudemment, en comparaison d’hier.

– Je risque de survivre, soupire l’Homme, qui affectionne les expressions abstruses.

***

Ecrit pour 13 à la douzaine, que je remercie, avec les mots imposés suivants: 1 grain 2 téléphone 3 turbulence 4 couche 5 farine 6 publicité 7 abstrus 8 griotte 9 vacarme 10 rentrer 11 comparaison 12 étoile et le 13e pour le thème : convalescence

Photo de Chien Parfait encore tout jeunot mais déjà avec ses longs poils et pattes à poussières 🙂

K comme Kilimandjaro

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Ils ont pris l’avis d’autres personnes ayant déjà tenté l’expérience.
Ils ont acheté tout le matériel nécessaire.
Ils se sont un peu entraînés.
Pas assez, sans doute.
Mais ils étaient jeunes et confiants.

Ils ont consulté la météo.
Décidé des meilleures dates.
Discuté.
Tranché.
Posé leurs congés.

Ils ont vérifié une dernière fois qu’ils avaient bien tout ce qu’il fallait.
Coché leurs listes.
Senti monter l’adrénaline.
Le grand moment est arrivé.

Ils ont fermé la porte de la maison derrière eux.

Et installé leur tente dans le jardin, pour huit jours de vie sauvage.

***

Pour le 22e devoir du Goût, que je remercie: Je sais bien pourquoi je suis là, au bord de cette route et ce qui m’y a amené mais vous ? Qu’est-ce qui a fait que vous y êtes ? Dites-le, avec ou sans fleurs mais dites-le…

T comme tous pour un

 

– Meow… hello! ai-je fait en direction de Pipo Rossi, en passant prudemment une tête par la porte.
Il était à sa toilette et n’a rien répondu. Il m’a semblé voir couler une larme de ses yeux.
– Quelque chose qui ne va pas? je lui ai demandé.
Il a continué à se lécher alors qu’il me semblait déjà passablement mouillé.
– Si elle se fâche trop fort, je lui dirai qu’on était deux, d’accord?
C’est alors que j’ai vu le vase renversé sur le guéridon et l’eau sur la moquette…

***

Illustration et consigne chez Lali: C’est une illustration signée Joyce Zhou que je vous propose aujourd’hui, une artiste à propos de laquelle je n’ai hélas rien trouvé, mais que je trouvais si jolie que je voulais la partager avec vous. C’est grâce à une carte postale qui m’a été envoyée de Macao qu’elle est parvenue jusqu’à moi. Saura-t-elle vous inspirer quelques mots? 

***

Bonne soirée à tous, que ce soit ou non autour d’un réveillon, avec ou sans dégâts collatéraux 🙂

N comme naissance

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– Mais qu’est-ce que c’est que ça!

Pépé claudique vers le lieu du crime en agitant sa canne en tous sens pour écarter les poules.

– En plus, celles-là, il va falloir les tuer, maintenant qu’elles ont mangé des œufs! Sapristi qui c’est qui m’a mis une foire pareille!

Pépé ne comprend pas ce qui s’est passé: l’âne est bâté, les paniers pour le marché sont prêts… qu’est-ce qui a bien pu arriver pour que tout soit laissé en plan?

***

20e devoir de Lakevio du Goût, que je remercieCette toile de Claude Guilleminet, avec son bœuf et son âne gris, me rappelle quelque chose, mais quoi ? Je trouverai bien quelque chose à vous en dire. Je suis sûr qu’à vous aussi elle va inspirer une belle histoire pour lundi.

J comme Joe

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– Avant que j’oublie, dit mémé Jeanne, sortie en coup de vent de sa cuisine, la maison du bout du village est à vendre!

Belle-sœur numéro 4 fait la moue: elle connaît l’endroit, c’est une sorte de ferme du bout du monde, le jardin est une friche envahie par les ronces et elle n’a pas envie de passer la vie en chantier, à retaper une baraque qui finira par coûter trois fois le prix de départ.

Mémé Jeanne, bien sûr, aimerait que sa fille cadette se rapproche d’Ostende au lieu d’habiter « si loin », c’est-à-dire une heure par les routes secondaires à nids-de-poule et vitesse limitée.

Avec ses 77 ans le 23 mars prochain, maintenant comme avant, elle reste la souveraine en son domaine – la cuisine, les enfants, les petits-enfants, pour qui elle est une de ces grands-mères qui savent tout, ou en tout cas l’essentiel, comme coudre un déguisement ou mettre des papillotes à la bière dans les cheveux des petites qui se rêvent bouclées.

Marie dépose les assiettes devant chacun, sans se tromper – la part du fils aîné est toujours la plus grande et elle garde pour elle-même la plus petite, dans l’espoir d’arriver au bout du repas – le destin de Marie a toujours plus ressemblé au rôle de Marthe 😉

– Tout ce que tu vas vivre ici ce soir, glisse Marie à l’oreille de Muanza, qui ne sait pas trop ce qu’il a dans son assiette, essaie de le trouver parfaitement normal.

***

illustration et consignes chez Joe Krapov, que je remercie:

Vous insérez dix à quinze titres des romans acquis récemment par la bibliothèque dans un texte qui, tapé en caractères TNR 12, tiendra sur le recto d’une feuille 21×29,7 cm.

Voici la liste des titres proposés :

77 – A crier dons les ruines – Avant que j’oublie – Bienvenue à Korototoka  – Boréal – Ces grands-mères qui savent tout – C’est la faute du vent – C’est moi qui éteins les lumières – Comme une gazelle apprivoisée – Coup de vent – De pierre et d’os – Extérieur monde – Farallon lslands – Jeanne des falaises – Journal d’un amour perdu – La calanque de l’aviateur – La chanson de Julien – La ferme des lilas – La ferme du bout du monde – La galerie des jalousies – La légende du Pilhaouer – La maison aux têtes – La maison du bout du village – La panthère des neiges – La part du filsLa souveraine en son domaineLa vie en chantier – L’apocalypse est notre chance – L’arbre à promesses – Ici n’est plus ici – Le bal des folles – Le berceau – Le bonheur n’a pas de ride – Le ciel par-dessus le toit – Le corps d’après – Le destin de Cassandra – Le destin de Marie – Le gréement de Camaret – Le jardin – Le monde des hommes – Le prix – Le secret de la Belle-Épine – Les altruistes – Les Amazones – Les Amours d’Alfred – Les calendriers – Les chemins de promesse – Les disparus de Trégastel – Les frères Quinn – Les mille talents d’Euridice Gusmao – Les Rochefort – Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla – Les sœurs Ferrandon – Les testaments – L’irrésistible histoire du café myrtille – L’ombre de la fauvette – Maintenant, comme avant – Miss Islande – Mur Méditerranée – Opus 77 – Par les routes – Paz – Pour l’amour de la vigne – Seules les pierres le savaient – Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon – Tout ce que tu vas vivre – Trois étoiles et un meurtre – Un été d’herbes sèches – Une folie passagère – Une soupe aux herbes sauvages – Vanessa et Virginia – Vilaine blessure 

La dernière fois qu’il a été question de Muanza, c’était ici.