Stupeur et tremblements

Promenade dans la commune bruxelloise d’Uccle, où de nombreux Français fortunés ont élu domicile ces dernières années. Jean-Luc Flémal/BELPRESS/MAXPPP

« Le blues des évadés fiscaux« , titrait le Figaro il y a une dizaine de jours.

Ces pauvres Français « exilés » dans les quartiers huppés de Bruxelles, Genève ou Londres, pour profiter des avantages que l’on sait, choix qu’ils ont décidé de faire en toute autonomie et qui ne les a entraînés qu’à une paire d’heures de Paris?

Où ils ont toujours le droit d’aller 183 jours par an?

Sans blague?

Payer mes impôts, dit un des interviewés, « exilé » à Genève, je le ressentais chaque fois comme un coup de couteau dans le dos.

Bel exemple de renversement des valeurs…

Si on veut rester poli, on dira qu’ils sont déconnectés de la réalité.

On peut aussi cesser d’être poli 😉

Question existentielle

Startshow Poëzieweek 2020

Le poème de Francis Ponge et sa traduction publiés hier ici même, viennent d’une anthologie exposée à la bibliothèque communale à l’occasion de la journée de la poésie, le 30 janvier prochain.

De moderne Franse poëzie, une anthologie réalisée par Guus Luijters et publiée à Amsterdam (uitgeverij L.J.Veen) en 2001, avec le soutien du Ministère français des Affaires étrangères et de L’institut français des Pays-Bas.

Qu’une telle publication ait besoin de ces soutiens-là devrait déjà vous mettre la puce à l’oreille. Mais voyez ce que dit l’auteur dans sa préface:

Dat er altijd een bloemlezing uit de Franse poëzie in druk zou zijn, leek mij zo voor de hand liggend dat ik naar het boek zelf nooit op zoek ben gegaan. Op een dag kwam ik tot de ontdekking dat de door mij veronderstelde anthologie een gedroomde anthologie was. Alle poëzieën bleken in onze taal hun bloemlezing te hebben, de Russische en de Duitse, de Italiaanse en de Surinaamse, de Amerikaanse en de Spaanse, maar zo niet de Franse. 

Il me semblait tellement évident qu’il y ait toujours une anthologie de la poésie française à l’impression, que je ne suis jamais allé à sa recherche. Un jour j’ai constaté que ce que je supposais était en fait resté au stade du rêve. Toutes les poésies semblaient avoir leur anthologie dans notre langue, la russe et l’allemande, l’italienne et la surinamaise, l’américaine et l’espagnole, mais pas la française.

Bien sûr, le public qui lit et achète de la poésie est extrêmement réduit.
Bien sûr, on trouve déjà tellement sur internet.
Bien sûr, en Flandre en tout cas, le public lisant la poésie est assez cultivé pour la lire et la goûter dans sa langue d’origine en français.

Mais tout de même: que ce soit la littérature en néerlandais traduite en français ou le contraire, on arrive au même constat.

C’est marginal.

source de l’illustration ici.

Y comme Yonne et Yeu

C’est depuis qu’elle est toute petite fille que l’Adrienne aime tellement lire qu’elle considère que même le dictionnaire est une lecture captivante.

Pourtant, son petit Robert édition spéciale anniversaire (voir la photo et l’article de 2017 ici) recélait encore des pages qu’elle n’avait pas ouvertes.

En effet, tout comme dans l’exemplaire précédent, en fin de volume il y a quelques annexes, dont une liste de suffixes et un aperçu des conjugaisons, ainsi que la liste des noms propres avec leurs adjectifs correspondants.

Et cette lecture-là est toujours amusante.

Surtout vers la fin, où l’on apprend que les habitants de l’Yonne sont des Icaunais et ceux  d’Yeu des Ogiens.

Par bonheur, à Yssingeaux on n’est pas Yssingeais… mais Yssingelais!

Y comme Y en a, je vous jure!

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Hier, l’Adrienne a refait en sens inverse les 800 et quelques kilomètres – et oui, le canard est toujours vivant 🙂

Sur une aire d’autoroute, après avoir pris de l’essence HyperChère, elle se gare pour aller payer à la caisse, comme c’est demandé.

Malheureusement, ça n’a pas plu à un Parisien qui arrivait en trombe et considérait que cette place lui était réservée.

Il s’est donc conduit en parfait gentleman: après avoir déversé quelques injures, puis des menaces, il a garé sa voiture derrière celle de l’Adrienne, l’empêchant de partir avant que lui-même l’ait décidé.

D comme droit

18-07-17 (41bis)

L’Adrienne est fière de Monsieur Neveu, qui est fier de lui, fier d’être Français et fier d’étudier le droit.

Il aime s’habiller en bleu-blanc-rouge et arborer une ou deux autres preuves de son appartenance à sa patrie.

– D’où venez-vous? demandaient les dames aux guichets des musées.

Et quand l’Adrienne répondait:

– De Belgique…

Monsieur Neveu tenait à préciser, en français, que lui venait de France.

Malheureusement, aucune des personnes rencontrées ne prétendait comprendre ou parler un seul mot de français, ce qui l’a beaucoup choqué.

Quant à ses propres connaissances d’autres langues, il a une théorie fort simple et fort belle qui l’en dispense:

– Le français est une langue si difficile qu’il est normal qu’on ne puisse pas en apprendre une seconde.

V comme valoir la peine

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Maintenant que le petit Leon a sept ans, il a tenu à confirmer par écrit ce message important en vue de Noël: 

« Cette année, je ne veux certainement pas recevoir un livre » (1) 

Il y a donc des enfants qui à sept ans ont déjà reçu tant de livres qu’ils aimeraient passer à autre chose. Et il y a l’Adrienne, qui chaque année espérait recevoir un livre mais n’en recevait jamais. 

Enfin, l’année où elle a commencé l’université, elle a reçu le dictionnaire Robert. Son petit Robert, comme elle l’appelle toujours amoureusement. Un volumineux volume (nous sommes à la lettre V tongue-out) qui l’a suivie jusqu’à ce jour dans tous ses déménagements et n’a jamais quitté son bureau. Qu’elle connaissait si bien, à l’époque de ses études, qu’elle réussissait presque à l’ouvrir directement à la bonne page, quand elle cherchait un mot. 

Et voilà que le petit Robert fête son cinquantième anniversaire en publiant une belle nouvelle édition augmentée de 22 tableaux de Fabienne Verdier (encore un V, c’est étudié pour tongue-out

Edition que l’Adrienne vient de recevoir en cadeau, quarante ans après son premier seul et unique exemplaire. 

La voilà donc placée devant un affreux dilemme: va-t-elle ranger ce compagnon d’une vie dans un placard et le remplacer par un plus jeune, plus beau, plus vaillant? Car le premier a bien souffert. 

Ou va-t-elle ranger ce tout beau tout nouveau dans un placard, pour qu’il reste beau, et continuer à user et utiliser le premier? 

Une chose est sûre, ce nouveau, il faudra apprendre à se l’approprier, exactement comme un nouveau vêtement: le toucher est différent, le papier n’est pas le même, les caractères utilisés ont changé, la mise en page n’est plus pareille, il y a quelques nouveaux signes conventionnels, des abréviations ont disparu, d’autres apparu. 

Bref, l’Adrienne est heureuse. Merci! 

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 photo 1: le tout beau tout nouveau petit Robert dans toute sa gloire et son emballage plastique, fraîchement arrivé sur le bureau de l’Adrienne 

photo 2 prise de l’encart en fin de volume, qui présente la collaboration avec l’artiste 

***  

(1) « Mama, papa, ik wil zeker geen boek voor kerst. »

Stupeur et tremblements

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Un jour d’inattention, l’Adrienne a dû refiler ses coordonnées à une chaîne de prêt-à-porter français et depuis lors elle reçoit régulièrement des offres irrésistibles auxquelles elle résiste cependant. 

Vous qui la connaissez, vous savez qu’elle n’est pas la reine du shopping tongue-out 

Et vous savez aussi que tout en aimant la langue française, elle n’a pas peur d’utiliser ici ou là un anglicisme, genre OMG, week-end ou suspense. 

Mais là où elle a ouvert des yeux stupéfaits, c’est quand sa chaîne française de prêt-à-porter a voulu l’allécher avec un « tote bag« . 

Un quoi? 

Il semblerait qu’à partir du moment où le sac en toile devient un accessoire branché, il faille l’appeler « tote bag ». Et probablement prononcer ce ‘tote’ comme dans ‘une litote’… 

Bref, à partir du moment où le sac en toile coûte deux fois le prix d’un vuitton d’imitation, il s’appelle « tote bag ». 

Comme celui qui a servi d’illustration… 

22 rencontres (4bis)

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C’est à une petite expo dans sa ville que Madame a rencontré A-F. Et comme en Terminale elle a appris qu' »On paie mal un maître en ne restant toujours que l’élève », elle a fait beaucoup mieux que Madame: elle enseigne à l’université. 

– Ah! s’exclame-t-elle, moi qui étais nulle en orthographe – elle a toujours aimé s’autoflageller à ce propos – si vous saviez ce que je vois aujourd’hui chez mes étudiants! 

Madame, qui n’aime pas trop participer au grand lamento du tout-va-de-mal-en-pis, l’écoute en souriant. 

– Et tous ces dys- quelque chose! s’emporte A-F: dyslexie, dysorthographie, dyscalculie! Il suffit qu’ils aient une attestation et on ne peut même plus leur enlever des points pour leurs erreurs! Vous vous rendez compte? 

Madame hoche la tête, bien sûr qu’elle sait, elle ne sanctionne pas ses élèves dyslexiques sur leur mauvaise orthographe. 

*** 

Quelques jours plus tard, A-F envoie un message à Madame: 

– Incroyable! J’ai fait mieux que la moyenne! 

Il s’agissait d’un test du Figaro (2). Bien sûr, Madame s’y est collée aussi. 

– Il y a une faute dans le test, lui répond Madame, très frustrée de n’avoir pas fait un 10/10 à cause de ça. Se rendre compte ne s’accorde pas avec le sujet! (3) 

Voilà qui rend A-F toute contente: 

– Oh! dans ce cas j’ai encore un point de plus! 

– Tu vois bien, dit Madame, que tu n’es pas nulle en orthographe tongue-out 

*** 

(1) la citation est de Nietzsche (dans Ainsi parlait Zarathoustra)

(2) qui est aussi la source de l’image illustrant ce billet

(3) pour ceux qui auraient un doute, voir ici

J comme jargon

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Beaucoup de gens, déclare le spécialiste consulté, se plaignent d’un manque d’hygiène conversationnelle… 

Faut que je note ça pour ne pas l’oublier, se dit l’Adrienne. 

Un manque d’hygiène conversationnelle, elle n’est pas sûre d’avoir bien compris ce que ça voulait dire mais elle devine que c’est un bel euphémisme. 

Bref, les pédagogues d’aujourd’hui ont leur jargon comme les médecins de Molière, et la préciosité n’a pas pris fin avec le 17e siècle: aujourd’hui plus que jamais on se doit de remplacer par des tournures alambiquées les mots jugés « bas ». 

Comme ragots, cancans, commérages et racontars, par exemple. 

*** 

photo prise à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose