X c’est l’inconnu

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C’est incroyable le nombre de choses qui peuvent se passer en deux ans!

Ainsi par exemple, les deux filles de belle-sœur numéro 2 ont trouvé un compagnon et ont fait un bébé.

L’Adrienne n’a vu bébés et compagnons qu’en photo sur whatsapp.

Et chez Monsieur Filleul est né un petit garçon qui a déjà quinze mois.

Bref, sur la centaine de personnes qui seront à la fête, l’Adrienne en connaîtra moins de dix.

Huit, si elle compte bien 😉

V comme voyage, voyage

– Je ne comprends pas, dit la mère de l’Adrienne au téléphone, toi qui aimes tant le train, pourquoi tu veux absolument venir en auto!

Il faut trois secondes à l’Adrienne éberluée pour savoir comment y répondre calmement:

– Mais tu sais bien qu’il y a ces cadres? Ces deux peintures que tu voulais garder?

Sans compter qu’ils encombrent le couloir depuis deux ans. Le plus grand fait 128 cm sur 100, même pas sûr que ça y rentre, dans la voiture achetée spécialement avant les vacances au lieu d’attendre la fin de l’année.
Et qu’il y a aussi un gros sac avec des affaires que la mère avait oubliées à l’appartement, le jour du départ et qu’elle a bien demandé de lui apporter.
Comment mettrait-on tout cela dans une valise dans le train?

– Oh! fait-elle, ces cadres! Tu peux les garder!

Et elle ajoute même:

– Tu n’aurais jamais dû les prendre chez toi!

Faites donc plaisir au gens 😉

***

Bref, aujourd’hui l’Adrienne prend la route pour aller passer huit jours chez sa mère.

X c’est l’inconnu

Il paraît que dans la Creuse, il n’y a rien à voir.

Ne tirez pas sur l’Adrienne, c’est un Français qui le lui a dit.
D’ailleurs ça a suffi pour lui donner envie d’aller vérifier à quoi pouvait ressembler Guéret (23), une préfecture qui compte moins de la moitié du nombre d’habitants de sa propre ville, que chacun ici s’accorde à considérer comme « petite ».
Très petite même.

Il faut dire que plus elle scrute cette carte, plus la conclusion s’impose: c’est vraiment le seul département par où elle ne soit jamais passée.

Elle a du mal à le croire elle-même, pourtant il faut se rendre à l’évidence: elle a eu dans sa vie deux encyclopédies vivantes des vins et vignobles de France, d’abord son père, puis son mari, qui l’ont emmenée dans tous les recoins de ce pays.

Donc que ce soit le but du voyage ou le chemin à suivre pour y arriver, elle a vraiment tout traversé au moins une ou deux fois.

Tout.

Sauf la Creuse.

***

Merci à Joe Krapov pour cette consigne:

Reprenons la carte distribuée et publiée ici la semaine dernière.

Cette fois-ci vous choisissez dix villes de départements différents dans lesquelles vous n’avez jamais mis les pieds et dans lesquelles vous iriez volontiers. Dites ce qui vous attire en elles ou ce que vous avez envie d’y faire.

T comme Tour de France

La liste des départements, en dernière page du guide rouge Michelin, était encore parfaitement alphabétique: le 59, c’était le Nord.

C’est le premier que mini-Adrienne ait su et il a été le déclencheur pour avoir envie de connaître tous les autres.

Le 59, dans les années septante :-), n’était pas une destination de vacances: des amis des grands-parents leur avaient vanté l’énoooorme grand magasin Auchan, son assortiment et ses prix imbattables.
Grand-père et grand-mère ont donc décidé d’y aller voir par eux-mêmes.
En effet, c’était grand, mini-Adrienne s’y est perdue encore plus facilement que sur la plage de Middelkerke.

En route pour le repas d’anniversaire du grand-père dans le sud du pays, on traversait Givet, 08, Ardennes.
Une incongruité dans le tracé de la frontière dont bien sûr les Français avaient profité pour y coller leur centrale nucléaire 😉

Pour les vacances, le père ne connaissait qu’un pays qui vaille: la France.
Ce qui fait que mini-Adrienne y a connu un tas de premières fois.

Première syncope vers quatre ans à Éguilles (13).
Oui, elle s’en souvient encore.

Premier bol de framboises à la crème, probablement la même année, à Artemare, dans l’Ain (01).
Inoubliable!

Première crème de marrons dans la Drôme (26) à Die.
Première et dernière fois, d’ailleurs 😉

Deux fois frôlé la noyade, la première fois à huit ans dans la baie du Mont-Saint-Michel (50) – la marée remonte au galop et la plage est immense – la deuxième fois quelques années plus tard, dans l’Atlantique (Landes, 40) – il y a de vicieux tourbillons en certains endroits et il ne faut jamais surestimer ses capacités de nageuse.

Première fois une escalade dans les Pyrénées, grâce à monsieur Ferranet, qui était basque (64).

Première fois du camping sous la tente, en Ardèche (07).

Et la première fois que mini-Adrienne a vu Paris – à condition de ne pas compter ce jour où dans le smog au-dessus de la ville, elle a aperçu au loin, depuis le périphérique, la pointe de la tour Eiffel – la première fois sur du pavé de Paris, c’était un retour de vacances où le père avait pris une mauvaise bifurcation et s’était retrouvé dans le centre (75).

Vous imaginez probablement l’ambiance qu’il y avait dans la voiture à ce moment-là 😉

***

Merci à Joe Krapov pour l’illustration et les consignes:

1)
Listez dix villes de France de dix départements différents, qui apparaissent ou non sur la carte ci-dessous, et dans lesquelles vous êtes déjà allé·e. Dites quand c’était, ce que vous y avez fait d’original ou racontez une courte anecdote, pas plus d’une phrase, à leur sujet.

2) [facultatif]
Ensuite passez la feuille à votre voisin·e. Qui devra romancer ces éléments de votre vie ou dresser un portrait de vous, de manière fictionnelle, à partir d’eux. Ou faire ce qu’il ou elle veut à partir de ça !

I comme improvisation

Le petit musée Marguerite Yourcenar n’ouvre que de 14.00 h. à 16.30 h. alors l’Adrienne va essayer de remplir agréablement le reste de la journée 🙂

Plan A

Elle découvre qu’il y a un jardin botanique tout près.
Elle y va.
Évidemment, Mme GPS ne connaît pas ce « Hameau » en cul-de-sac et l’envoie chez un pépiniériste.
Par miracle, elle trouve quand même le jardin botanique et se rend à l’accueil.
On n’y accepte que les chèques (?!) ou l’argent comptant et ce sera 6,50 € pour admirer des étiquettes plantées dans deux parterres: toute la végétation est encore en dormance.
Elle n’a qu’un billet de cinq euros et un peu de monnaie, or elle suppute qu’elle en aura besoin pour payer l’entrée du musée.

– Bonne journée! fait-elle en se dépêchant de sortir de là.

Plan B

Elle ira donc à Bailleul.
Encore une de ces petites villes martyres (1) du front de l’Yser, reconstruite après destruction totale en 1918, dans un style plus flamand que n’importe où en Flandre. (2)
Pas de chance, c’est kermesse et on ne peut se garer nulle part.
Elle finit par laisser son auto à un kilomètre du centre, sur la route de Cassel.
Pas grave, ça lui fait une promenade et de toute façon elle a du temps à perdre.
Mais tout est fermé, la kermesse, les cafés et même le musée de l’école de dentelle, « jusqu’à nouvel ordre » à cause « des circonstances sanitaires ».

Plan C

Elle retourne donc à l’auto après avoir en vain cherché un café et des toilettes. Peut-être en trouvera-t-elle à St-Jans-Cappel?
Hélas, un salon de coiffure (fermé), une pharmacie (ouverte) mais pas le moindre bistrot et le clocher ne sonne que onze heures.
Elle demande à un homme qui décharge le coffre de sa voiture s’il y a un endroit où s’asseoir et boire un café.
– Là, fait-il en riant, sur ce banc. Si c’est vous qui apportez le café!
Bref, c’est lui le cuistot du coin (littéralement) et il ouvre à midi.

Plan D

– J’ai le temps de suivre un bout du « sentier des jacinthes » en attendant, se dit-elle. Mais dès qu’elle a tourné le coin, il n’y a plus ni balise bleue ni balise jaune à des mètres à la ronde.
Connaissant son sens de l’orientation, elle décide de faire sagement une heure de lecture dans l’auto.

C’est beau, l’improvisation 🙂

***

photo du Présidial prise à Bailleul le 10 mars – le bâtiment affiche trois instants de son existence gravés dans la pierre: construit en 1776, ruiné en 1918, restauré en 1920.

(1) « Quand mes grands-parents ont pu rentrer à leur ferme, après la guerre, ils ne reconnaissaient plus rien. C’est le cheval qui les a menés exactement là où avait été leur ferme », raconte le monsieur du musée Yourcenar.

(2) « C’est plus beau qu’avant! », dit-il à propos de cette reconstruction, « on a refait des bâtiments comme à Bruges. »

7 à voir

Poperinge

C’est demain que sur le conseil de Nicole86 l’Adrienne se rendra à Cassel.
En premier lieu pour le musée situé dans le Landshuys et pour une promenade de découverte.

Vu qu’elle aura fait la route, elle en profitera pour visiter aussi Poperinge. Il y a le musée du houblon, la Talbot House, le cimetière militaire de Lijssenthoek. Les halles, les églises, l’hôtel de ville, les parcs…

Et puis, c’est dans le coin aussi, sur la frontière franco-belge, qu’il y a la maison d’enfance de Marguerite Yourcenar, au Mont-Noir. Il y a un petit musée à Sint-Jans-Cappel.

Voilà, voilà.

U comme ultra-prof

Ce jeudi 25 novembre, c’est la journée internationale du prof de FLE.

Admirez les clichés franco-français réunis sur ce dessin par l’Alliance française 😉

Ils rappellent à Madame les réponses qu’elle recevait de ses élèves quand elle abordait avec eux pour la première fois le thème « Paris »: ça les faisait effectivement penser à l’amour, à la mode et à la tour Eiffel.

Depuis, il y a eu « Emily in Paris« , donc oui, le petit béret s’impose, et même le vélo, qui l’eut cru 😉

Trop de clichés ? Darren Star et Lily Collins répondent ...
source ici
Emily in Paris Season 2 Release Date On Netflix Officially ...

Pour ceux que ça intéresse, l’Odieux Connard a enquêté sur les clichés parisiens dans les séries 🙂

C comme caravane

source ici

« Les chiens aboient, la caravane passe », dit le proverbe, sauf que celle de monsieur Ferla ne passe ni ne repasse: il l’installe pour deux semaines à une époque où camper est encore réservé aux nomades et aux forains.

C’est en tout cas ce que semble croire la dame de la maison d’à côté, qui le traite de romanichel et l’invective chaque fois qu’elle le voit, c’est-à-dire plusieurs fois par jour.

On est peu après la guerre, et les seuls à dormir en pleine nature, ce sont les scouts.
Monsieur Ferla cependant ne fait pas de musique autour d’un feu de camp: assis sur un petit pliant, il peint.

L’autoroute du soleil n’existe pas encore, les Hollandais n’ont pas encore quitté en masse les « froides brumes du Nord », seuls quelques autochtones et monsieur Ferla profitent en toute liberté de la découverte des paysages ardéchois.

Où les chiens aboient et la dame d’à côté menace d’appeler les gendarmes.

– Vous n’avez rien à craindre de moi, Madame, lui dit-il.

Mais bizarrement, cette petite phrase semble la mettre encore plus hors d’elle 🙂

***

écrit en souvenir de monsieur Ferla avec les mots imposés par les Plumes d’Émilie – merci Émilie! : CHIEN – MUSIQUE – PLIANT – DéCOUVERTE – CAMPER – REPASSER – DORMIR – NATURE – SOLEIL – ROUTE – NOMADE – LIBERTé – FEU – FORAIN – FROID

O comme Oise et Orne

Aldeburgh-141

La présence quotidienne de Rémy sur cette plage déserte était un mystère pour mini-Adrienne.

Tout à coup il apparaissait ou disparaissait, elle ne savait rien de lui, sauf son prénom.
Où logeait-il ?
Où était sa famille ?
Il n’en était jamais question.

Chaque jour, les parents déployaient les draps de plage et s’installaient avec leurs magazines.
Mini-Adrienne et son petit frère commençaient leurs travaux en attendant la marée.
Chaque jour, ils rebâtissaient un fort au bord de l’eau, convaincus qu’ils finiraient par en réaliser un capable de résister aux vagues.
Même l’aide de Rémy n’y avait jamais suffi.

Parfois monsieur Beauciel passait faire la conversation aux parents.
Sa femme et lui étaient cette sorte de grands-parents sans petits-enfants.

Monsieur Beauciel aimait bien vérifier si Rémy savait toutes les choses qu’un enfant de dix ans doit savoir.
Comme la liste des départements, par exemple.
Avec leur chef-lieu.

Monsieur Beauciel semblait très étonné des lacunes dans les connaissances de Rémy et avait terminé son interrogatoire par un « il faudra apprendre tout ça, mon garçon, c’est indispensable ! » alors Rémy avait baissé la tête et n’avait rien répondu.
Mini-Adrienne en avait été mortifiée pour lui.

Mais ce n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde : quatre ans plus tard, quand les parents ont de nouveau pris la route des vacances en France, elle avait le gros Michelin rouge sur les genoux et apprenait par cœur les numéros et les noms des départements français.

Leur chef-lieu, malheureusement, ne s’y trouvait pas.

Par conséquent elle aussi a des lacunes dans ces connaissances indispensables 🙂

***

Écrit pour le défi du samedi n°672 où Walrus – merci à lui! – proposait cette photo d’Aldeburgh (Suffolk)

M comme Madame F***

Chaque 14 juillet, l’Adrienne a une pensée spéciale et émue pour Madame F*rr*n*t.

L’histoire se passe à Pau, chez Monsieur et Madame F***, qui ont invité la famille pour des vacances dans leur chalet à la montagne.

Ce chalet est la fierté de monsieur F***, Basque et dernier de sa famille à maîtriser cette langue.
Il regrette, dit-il, de ne pas l’avoir parlée à ses deux enfants et essaie d’apprendre une ou deux chansons basques à ses petits-enfants.

Quel est l’âge de mini-Adrienne et de son petit frère, cet été-là? Probablement dix et cinq ans.
Où sont les parents, en ce matin du 14 juillet, de sorte que les deux enfants sont confiés à la garde de Madame F***?
Impossible de s’en souvenir.

Et que fait Madame F*** pour les occuper?
Elle leur annonce avec une grande excitation qu’il pourront voir le défilé militaire à la télé.

Mini-Adrienne ne sait même pas ce que c’est et constate assez vite que ça n’a rien, mais alors vraiment rien d’intéressant.
Que ça dure.
Longtemps.
Qu’il ne s’y passe rien.

Imaginez son souci: comment réussira-t-elle à faire tenir tranquille le petit frère?
Où restent les parents, si longtemps?
Elle en a la boule au ventre, du début à la fin, pendant que Madame F*** s’affaire dans sa cuisine et passe de temps en temps une tête au salon pour dire – et on sent qu’elle le pense vraiment:

– C’est beau, hein!