Stupeur et tremblements

Promenade dans la commune bruxelloise d’Uccle, où de nombreux Français fortunés ont élu domicile ces dernières années. Jean-Luc Flémal/BELPRESS/MAXPPP

« Le blues des évadés fiscaux« , titrait le Figaro il y a une dizaine de jours.

Ces pauvres Français « exilés » dans les quartiers huppés de Bruxelles, Genève ou Londres, pour profiter des avantages que l’on sait, choix qu’ils ont décidé de faire en toute autonomie et qui ne les a entraînés qu’à une paire d’heures de Paris?

Où ils ont toujours le droit d’aller 183 jours par an?

Sans blague?

Payer mes impôts, dit un des interviewés, « exilé » à Genève, je le ressentais chaque fois comme un coup de couteau dans le dos.

Bel exemple de renversement des valeurs…

Si on veut rester poli, on dira qu’ils sont déconnectés de la réalité.

On peut aussi cesser d’être poli 😉

P comme Patrice

(c) Agentschap Onroerend Erfgoed

En Belgique, si tu trouves un trésor dans ton champ, il t’appartient.

Cette bonne nouvelle a donné des idées à un de nos voisins du sud, un certain Patrice T., qui s’est acheté une petite prairie à Gingelom, soi-disant pour y installer une caravane, parce que – dit-il – il aime se promener dans cette région.

Fin 2019, il déclare – comme la loi belge l’y oblige – aux autorités belges compétentes qu’à l’aide de son détecteur à métaux il a découvert des monnaies gallo-romaines dans son petit terrain, à Gingelom.

Malheureusement pour lui, les archéologues belges ont rapidement détecté la fraude: deux seaux entiers de monnaies d’argent dans un petit trou d’à peine 40 cm de profondeur (donc dans une couche de terre beaucoup trop récente pour pouvoir abriter 14 154 pièces de monnaie du 3e siècle) et d’une espèce qu’on trouve beaucoup en France mais très rarement chez nous, ce trésor ne pouvait avoir été trouvé à Gingelom, il devait provenir d’ailleurs et très probablement de France.

Les services belges ont donc alerté leurs homologues français, où le Patrice T. est déjà bien mal ‘fiché’ pour avoir pratiqué illégalement des recherches archéologiques.

On a donc fait une perquisition chez lui et trouvé d’autres trésors, 13 246 au total, datant de l’âge de bronze, de fer, de l’époque romaine et mérovingienne, bracelets et colliers, fibules, statuettes, boucles de ceinture et même un dodécaèdre romain dont on ne connaît à ce jour qu’une centaine d’exemplaires.

Selon les experts français, la valeur totale s’élèverait à 772 685 €.

R comme railleries

Enquête sur l’Académie française / Revue Europe - Idées - France Culture

Railler l’Académie française est un sport auquel la France s’adonne depuis la création de cette immortelle institution et si vous voulez en lire un bel exemple, cliquez donc sur celui-ci, publié dans l’Express en 2012.

En littérature aussi on en trouve de nombreux exemples – rappelez-vous ce passage de Cyrano de Bergerac – et cela donne toujours une une petite note humoristique.

Comme dans Le Testament français d’Andreï Makine, à la page 49, quand il évoque la visite à Paris du Tsar Nicolas II et de son épouse Alexandra:

Et même entre les murs de l’Académie française où l’odeur des vieux meubles et des gros volumes poussiéreux nous étouffa, ce « je ne sais quoi » lui [à Alexandra] permit de rester femme. Oui, elle l’était même au milieu de ces vieillards que nous devinions grincheux, pédants et un peu sourds à cause des poils dans leurs oreilles. L’un d’eux, le directeur, se leva et, avec une mine maussade, déclara la séance ouverte. Puis il se tut comme pour rassembler ses idées qui, nous en étions sûrs, feraient vite ressentir à tous les auditeurs la dureté de leurs sièges en bois.

Ça, c’était en 1995.

En 2016, Andreï Makine a été élu au fauteuil numéro 5 dont on veut bien croire qu’il est confortablement capitonné 🙂

Mais ce qui a le plus fait rire l’Adrienne, c’est sur cette même page la description de son épée d’académicien.

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Source de l’illustration ici.

Le défi du 20

Fromage aux artisous du Velay.JPG

De son échoppe émanait une odeur féroce de cave, de moisissure et de paille.

– Vous voulez goûter? dit-elle en tendant de la pointe du couteau un bout de fromage à la croûte d’un gris noirâtre.

Pouvait-on refuser?
Ça n’en avait pas l’air.
On dégusta donc le fromage avec sa croûte, ses moisissures et ses artisons.

– Alors, qu’est-ce que vous en dites? Il est pas bon, peut-être?

– Délicieux! Excellent! répondit-on en essayant de ne pas penser aux petites bêtes qui grouillaient.

Parce qu’il était clair qu’une autre réponse n’aurait pas été tolérée.

– Je vous en emballe un?

C’est là qu’on a espéré que les petites bêtes supporteraient bien le voyage en voiture et qu’on pourrait faire revivre cette merveilleuse expérience à d’autres innocents 🙂 

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Pour le Défi du 20 avec les mots imposés par Lisamax: fromage et féroce.

Source de l’image ici.

L comme Landry

Martine Landry

Pendant trois ans, Martine Landry a dû se battre contre la justice française pour avoir aidé deux gamins de 15 ans.

L’Adrienne comme tant d’autres a signé des pétitions et a été heureuse de recevoir enfin une bonne nouvelle, la semaine dernière.

Déjà en 2018, à l’issue d’un premier procès, elle avait été « relaxée » mais le Parquet avait fait appel. Trois ans d’acharnement judiciaire, dit Amnesty International. Le mot n’est pas trop fort.

En quoi consistait le délit, selon la justice:

[Martine Landry] est soupçonnée d’avoir «facilité l’entrée» sur le territoire français de deux adolescents guinéens âgés d’une quinzaine d’années. La militante les aurait «pris en charge et convoyé pédestrement du poste frontière côté Italie au poste frontière côté France».

Déjà au procès de 2018 on ne pouvait que conclure à son innocence:

«Il n’y a pas d’infraction. [Martine Landry] a accueilli ces jeunes une fois qu’ils avaient franchi la frontière, mais ne les a pas accompagnés d’Italie jusqu’en France. Elle se trouvait derrière le panneau “France”.»

Les deux garçons venaient d’être renvoyés en France par la police italienne.

Aujourd’hui la relaxe est confirmée et définitive.

Martine Landry (76 ans) peut de nouveau dormir tranquille. 

« Cette décision est un grand soulagement. J’étais convaincue que j’étais dans mon droit d’aider ces enfants. Face aux violations des droits des réfugiés et migrants, j’ai fait et je ferai mon devoir de citoyenne de les aider comme je peux. Aujourd’hui, la fraternité l’a emporté. »

source de la photo Amnesty International. Article du Figaro et France 3.

U comme umami pour tous?

Le rayonnement de la gastronomie française fait partie des priorités d'Emmanuel Macron.

Il y a dans cette histoire quelque chose que l’Adrienne n’a pas compris et elle compte sur vous pour le lui expliquer 😉

Elle l’a d’abord vu dans la presse flamande: Frankrijk wil af van ‘elitair’ gastronomisch imago. Ce qui donne en traduction: la France veut se débarrasser de son image gastronomique ‘élitiste’.

Il est déjà intéressant de remarquer que le mot ‘elitair/élitiste’ a été placé entre guillemets. Il semble supposer que les produits culinaires français ne soient pas à la portée de tous.

Or, si on lit bien l’article (voir lien ci-dessous vers les communiqués français) il s’agit plutôt de faire connaître (i.e. de vendre) les produits français sur les marchés étrangers:

« Nous avons raté la ‘world food’, c’est-à-dire le produit que l’on peut trouver partout », a insisté le responsable, assurant vouloir rendre accessible les produits français « au plus grand nombre » […] « 

Faut-il donc comprendre que, tout comme on peut trouver partout dans le monde des pizzerias « napolitaines », du fast-food américain ou des sushi bars « japonais », ainsi que de quoi se confectionner ces plats « typiques » chez soi, on devrait disposer de la même chose pour une « spécialité » française?

Et si oui, laquelle sera ainsi dénaturée pour plaire au plus grand nombre?

article en français et source de l’image ici.

I comme intimité

Degas_toilette_Met.jpg

« Avec la sédentarisation accrue de la classe ouvrière et l’aggravation des conditions d’habitat, doléances et désirs se précisent. Lors de l’enquête parlementaire de 1884, les ouvriers interrogés – c’est une première – se répandent en récriminations contre la malpropreté des garnis, « chambres à punaises », et des immeubles de rapport: murs crasseux, latrines toujours engorgées, odeurs nauséabondes… Plus positivement, ils expriment des vœux: un peu plus d’espace, au moins deux pièces […] Dès qu’ils le peuvent, les ouvriers séparent désormais le coucher des parents de celui des enfants. Avoir un bois de lit au lieu d’une paillasse est synonyme d’installation […] Par contre, lorsque le compagnon Maréchal ébauche un projet de constructions ouvrières, il ne prévoit pas des w.c. particuliers: « Le peuple ne demande pas à avoir des cabinets chez lui. »

Michelle Perrot, La vie de famille au XIXe siècle, éd. Points, Le Seuil, 2015, pages 169-170

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Changeons de sujet… dit le Goût, qui avait d’abord proposé une autre sorte de viande, plus animale et plus morte.

« Dites-moi ce que vous inspire cette « Femme essuyant son pied », un des nombreux nus de « femme à sa toilette » de Degas, à croire qu’il passait sa vie dans une salle de bains qui n’était pas la sienne. »

7 noms

2019-10-30 (6)

Sept noms parmi les plus de quatre mille affichés sur les murs de la « Salle des noms », à la Conciergerie.

Pourquoi ceux-là, vous demandez-vous.
Parce que je cherchais celui d’André Chénier, une des victimes de la Terreur qui me rend vraiment triste.

Si le nom est en rouge, ça veut dire que la personne a été guillotinée. En rouge, ils le sont presque tous. Un mur par année, de 1793 à 1795.

Sur l’un d’eux, il y avait un homme portant le même nom de famille que le mien. Grâce à un dispositif multimédia qui permet d’en apprendre plus sur chacune de ces personnes, j’ai pu voir où et quand il était né, qu’il exerçait le métier de boucher et que l’acte d’accusation disait: « soupçonné d’avoir proféré des paroles favorables au roi ».

Son nom était en rouge.