Z comme Zhongni Qiu

confucius

Parfois, c’est le hasard qui apporte une réponse à une question qu’on se posait depuis longtemps mais pour laquelle on n’avait jamais vraiment pris le temps de chercher. 

Le hasard, cette fois, avait la forme d’un magazine féminin que ma mère me prête pour que j’en fasse les mots croisés. Une page y était consacrée à quelques citations de Confucius.

Longtemps déjà que je me demandais comment un Chinois pouvait porter un nom si peu chinois, et par quels effets de hasard il était connu aujourd’hui sous ce nom-là et pas sous celui d’origine, Zhongni Qiu. Si la réponse vous intéresse, il suffit de cliquer sur le lien 🙂

La question suivante à présent est comment les Chinois se sont débrouillés pour pouvoir dire avec autant de précision d’un homme du cinquième siècle avant notre ère qu’il est né un 28 septembre et mort un 11 mai.

Et comment on fait pour avoir des sourcils longs de dix centimètres 🙂

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Source de l’illustration sur wikipédia: Confucius, gouache on paper, c. 1770. Encyclopedia Britannica.

P comme plancher et Picomtal

plancher de j

C’est en s’extasiant sur les beautés de ce tableau de Caillebotte que l’Adrienne est tombée sur un bouquin qui l’utilise pour sa couverture. Du moins en partie, puisqu’il y a trois « raboteurs » de plancher sur le tableau.

Ainsi, de fil en aiguille, elle tombe sur une de ces merveilleuses actions du hasard: un historien en vacances arrive dans une maison d’hôtes dont on a refait une partie du parquet. Et sous certaines lattes, on a découvert des bouts de planches sur lesquelles le menuisier de l’époque (1880-81) a écrit une ou deux phrases. On en a trouvé ainsi 72.

Ça peut sembler peu, 72 phrases, pour en extraire un récit de vie de tout un village mais ça a suffi, grâce aux noms, aux dates, à un tas de sources vérifiables.

Comme l’explique l’auteur dans sa conférence (en lien ci-dessous), Joachim Martin, le menuisier de 1880, écrit en toute franchise une sorte de testament sur sa vie: il sait qu’il ne sera lu que dans une centaine d’années, quand il faudra refaire le plancher, et que tous ceux qu’ils mentionnent seront morts. Comme lui-même, d’où la phrase clé mise en couverture du livre.

Vidéo de la conférence donnée par l’historien à l’Ecole nationale des Chartes. Je cite:

Les écrits laissés par les gens du peuple sont rares, d’où l’intérêt de cette source totalement inédite, que constituent les 72 phrases laissées par un menuisier des Hautes-Alpes sous le plancher qu’il était en train de poser au château de Picomtal en 1880-1881. Une fois les phrases transcrites, l’enquête a pu commencer. Elle a révélé qui était le personnage qui avait ainsi voulu livrer son témoignage à la postérité, mais aussi dans quel environnement il évoluait. Sachant qu’il ne sera pas lu avant cent ans, il se livre et n’épargne personne dans le village, offrant une peinture acérée des mœurs de son temps. Conférence de Jacques-Olivier Boudon, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université, donnée à l’École des chartes, le 19 mars 2018, dans le cadre du cycle «Les grandes voix». 

Photo et plus d’info sur le site de la maison d’édition Belin.

S’il est vrai qu’un plancher n’a qu’une durée de vie de cent ans, conclut l’Adrienne, celui de l’étage devra être refait en 2022. Qui sait ce qui s’y trouvera 🙂

H comme hasard

Un grand nombre de découvertes sont le fruit du hasard et je ne vous apprends rien en vous disant cela.

A la longue liste qu’on trouvera ici

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_d%C3%A9couvertes_et_inventions_li%C3%A9es_au_hasard 

on peut désormais ajouter le point suivant:

C’est tout à fait par hasard que l’Adrienne, un soir de fatigue et de chaleur de la fin de juillet 2014, a découvert qu’à sa télécommande il y avait un bouton permettant de passer d’un simple clic d’un jour à l’autre de la semaine pour programmer les enregistrements.

hasard,vie quotidienne,ça se passe comme ça

« ergens », quelque part, il y a aussi des gens qui lisent les modes d’emploi.
Mais ce faisant, ils se privent de l’immense joie de la découverte
Rigolant

 

22 novembre

L’an dernier on enterrait mon père.

Le jour de la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, lui qui a chanté dans une chorale toute sa vie… et fêté la Sainte-Cécile chaque année en banquetant avec ses amis.

N’est-il pas beau, ce hasard?

Ci-dessous, âgé de trois ans, entre son frère aîné et sa maman Yvonne. ivonne1 - kopie

 

 

 

 

Les malheurs de la vie commenceront à peine quatre ans après cette photo, quand une voisine viendra le chercher au square où il jouait au foot avec son frère et les gamins du quartier – l’enfance de mon père a ses petits côtés Quick et Flupke 😉 – en annonçant sans le moindre ménagement: « A***! L***! rentrez vite à la maison, votre maman est morte! »

H comme le hasard n’existe pas?

En 1913, René Magritte a 15 ans. Il vit à Charleroi avec sa famille. Un jour de foire, il rencontre Georgette Berger. Elle a 12 ans.

En 1920, René Magritte a 22 ans. Il vit seul à Bruxelles. Un jour qu’il est au Jardin Botanique, il rencontre Georgette Berger pour la deuxième fois de sa vie. Elle a 19 ans. Il la reconnaît tout de suite. Cette fois-ci, il ne la perd plus de vue.

Deux ans plus tard, son service militaire accompli, il l’épouse.

magritte

sur cette photo de juin 1922 Georgette et René (à gauche) sont jeunes mariés

Question existentielle: Pourquoi se marie-t-on?

Je sais que la question a déjà été largement débattue et rebattue au cours des siècles et des siècles (amen) et je sais aussi que les réponses sont les mêmes jusqu’à aujourd’hui 19 septembre 2009: par amour, par conformisme, par intérêt ou pour s’émanciper, comme le dit si bien Angélique dans le Malade imaginaire (acte II, scène 6)

Chacun a son but en se mariant. Pour moi, qui ne veux un mari que pour l’aimer véritablement, et qui prétends en faire tout l’attachement de ma vie, je vous avoue que j’y cherche quelque précaution. Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents, et se mettre en état de faire tout ce qu’elles voudront. Il y en a d’autres, Madame, qui font du mariage un commerce de pur intérêt; qui ne se marient que pour gagner des douaires; que pour s’enrichir par la mort de ceux qu’elles épousent, et courent sans scrupule de mari en mari, pour s’approprier leurs dépouilles. Ces personnes-là à la vérité n’y cherchent pas tant de façons, et regardent peu la personne.

Je repensais hier à cette question en tombant par hasard sur une fable de La Fontaine que je ne connaissais pas encore et qui reflète exactement ce qu’était ma façon de penser quand j’avais 18 ans. Ayant observé les couples autour de moi, entendu quelques témoignages de très vieilles dames, en visite chez ma grand-mère Adrienne, et beaucoup lu aussi, j’en étais arrivée à la conclusion « qu’il n’y a pas d’amour heureux » et que le mariage « est une loterie » si hasardeuse qu’il valait mieux ne pas s’y risquer.

Et pourtant, trois ans plus tard j’étais mariée: amour, conformisme et désir d’émancipation, aucune de ces trois raisons ne s’est révélée être bonne, même si notre mariage a tenu sans problème vingt-cinq ans.

Alors voici cette fable de La Fontaine; je me suis permis de mettre en gras le vers qui est à la base de ce billet Question existentielle, Pourquoi se marie-t-on? »:

Le mal marié (livre VII, fable II)

Que le bon soit toujours camarade du beau,
Dès demain je chercherai femme ;
Mais comme le divorce entre eux n’est pas nouveau,
Et que peu de beaux corps, hôtes d’une belle âme,
Assemblent l’un et l’autre point,
Ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point.
J’ai vu beaucoup d’hymens; aucuns d’eux ne me tentent:
Cependant des humains presque les quatre parts
S’exposent hardiment au plus grand des hasards;
Les quatre parts aussi des humains se repentent.
J’en vais alléguer un qui, s’étant repenti,
Ne put trouver d’autre parti
Que de renvoyer son épouse,
Querelleuse, avare, et jalouse.
Rien ne la contentait, rien n’était comme il faut:
On se levait trop tard, on se couchait trop tôt;
Puis du blanc, puis du noir, puis encore autre chose.
Les valets enrageaient, l’époux était à bout:
«Monsieur ne songe à rien, Monsieur dépense tout,
Monsieur court, Monsieur se repose.»
Elle en dit tant, que Monsieur, à la fin,
Lassé d’entendre un tel lutin,
Vous la renvoie à la campagne
Chez ses parents. La voilà donc compagne
De certains Philis qui gardent les dindons
Avec les gardeurs de cochons.
Au bout de quelque temps qu’on la crut adoucie,
Le mari la reprend. «Eh bien! qu’avez-vous fait?
Comment passiez-vous votre vie?
L’innocence des champs est-elle votre fait?
– Assez, dit-elle; mais ma peine
Était de voir les gens plus paresseux qu’ici:
Ils n’ont des troupeaux nul souci.
Je leur savais bien dire, et m’attirais la haine
De tous ces gens si peu soigneux.
– Eh! Madame, reprit son époux tout à l’heure,
Si votre esprit est si hargneux,
Que le monde qui ne demeure
Qu’un moment avec vous et ne revient qu’au soir,
Est déjà lassé de vous voir,
Que feront des valets qui toute la journée
Vous verront contre eux déchaînée?
Et que pourra faire un époux
Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous?
Retournez au village: adieu. Si de ma vie,
Je vous rappelle, et qu’il m’en prenne envie,
Puissé-je chez les morts avoir pour mes péchés
Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés!»

B comme Biche et Boileau

La dame qui vend des fromages de chèvre s’appelle Biche.

Non, je sais, ça ne s’invente pas. Donnez ce nom-là à votre personnage de roman bucolique et on vous le reprochera. C’est comme une Pervenche qui aurait été flic.

Pourtant c’est vrai. C’est marqué sur le sachet d’emballage: Biche et Jef Jacquelin.

Et puis pour votre roman bucolique, ne prenez pas non plus le vrai nom de leur patelin: car franchement, Champrond, est-ce bien crédible?

Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. Boileau nous l’a bien dit.