B comme Boualem Sansal

Gallimard

Si – comme l’Adrienne – vous avez ces temps-ci un peu plus de mal à vous concentrer sur la lecture, prenez ce livre-ci 🙂

Il est court (c’est un folio à 2€ donc court par définition) mais dense et peut se déguster à petites doses.

Il est courageux et fascinant.

Instructif.

Bref, voyez vous-même: la vingtaine de premières pages est à lire ici.

R comme résistance

source de la photo ici.

Que ce soit la recherche universitaire ou les documentaires à la télé, on dirait que nos pays se sont toujours plus intéressés aux collaborateurs qu’aux résistants.

De sorte que ces derniers nous sont peu connus, exception faite de quelques-uns.

Ainsi a-t-il fallu attendre que la jeune fille de la photo ait atteint l’âge de 95 ans – et soit décédée – pour lire un bel article de journal sur les exploits réalisés alors qu’elle n’avait que 16 ans. D’ailleurs, les premières phrases de l’article sont significatives à ce propos:

Het duurde even voor het nieuws doorsijpelde dat Janine De Greef (95) op 7 november is overleden in een Brussels rusthuis. Britse en Amerikaanse media pikten dat het eerst op. Voor hen blijft haar naam ­verbonden met het verzet in de Tweede Wereldoorlog, toen De Greef, als zestien­jarige, 320 Britse en Amerikaanse militairen hielp wegsmokkelen, wier vliegtuig ­boven bezet België was neergeschoten.

Il a fallu un peu de temps pour que la nouvelle du décès de Janine De Greef, dans une maison de repos bruxelloise, le 7 novembre dernier, nous parvienne. Les médias britanniques et américains ont été les premiers à le relever. Pour eux, son nom est toujours lié à la Résistance pendant la seconde guerre mondiale, quand Janine De Greef, alors âgée de 16 ans, a aidé à l’évasion de 320 militaires britanniques et américains après que leur avion avait été abattu au-dessus de la Belgique occupée.

Née en septembre 1925, elle a donc à peine 16 ans quand en 1941 sa famille et elle s’engagent dans le réseau Comète. Ses parents ont fui Bruxelles et sont installés à Anglet (Pyrénées-Atlantiques) d’où ils organisent l’évasion vers l’Espagne, dans ce cas-ci vers le consulat britannique à Bilbao.

On peut voir ici la liste des 320 militaires que Janine a aidés. Ce qui permet de constater qu’il n’y avait pas que des anglo-saxons mais aussi des Polonais, des Canadiens

Au total, le réseau Comète a réussi à sauver environ 800 alliés. Et 155 membres du réseau – dont 55 femmes – ont été fusillés ou sont morts en déportation.

Billet dédicacé à Tania et à sa maman.

G comme gavache

Puisqu’il apparaît que les lecteurs de ce blog sont friands de vocabulaire d’un goût douteux, voici un mot découvert il y a deux jours à la lecture du livre qui illustre ce billet.

L’Adrienne, vous le savez, aime l’histoire, celle avec un grand H, et il n’y a rien de plus intéressant que d’avoir le point de vue d’un autre pays que le sien propre sur les événements passés – puisque toute histoire et tout historien adoptent plus ou moins un point de vue national(iste).

Ainsi donc, elle s’est offert récemment cet hilarant ouvrage de Pérez-Reverte qu’elle lit à petites doses pour en jouir plus longuement.

L’auteur étant espagnol, vous devinerez aisément vers quel camp va sa sympathie, même s’il ne ménage aucunement ses critiques envers les monarques, nobles, membres du clergé et autres puissants de son pays, qu’il nomme généralement hijos de puta.

Quand il parle des Français, il les désigne généralement par le mot gabachos, qu’il a fallu chercher au dictionnaire. C’est ainsi que de fil en aiguille on est arrivé au CNRTL car le mot existe aussi en français: gavache.

Bonne découverte à ceux que ça intéresse!

***

Pour ceux qui comprennent l’espagnol, on peut l’écouter en entier ici : huit heures quarante-deux minutes et vingt-huit secondes d’élocution en castillan zézayant 😉 et une critique du livre ici. Et qui sait, avec google translate, c’est peut-être aussi hilarant que le livre 🙂

G comme Galindo

C’est parfois par d’étranges chemins qu’on apprend des choses.

D’abord, si on s’appelle Adrienne, c’est en se trompant. Vous trouvez un livre italien signé Gioconda Belli: pas un moment vous ne soupçonnez qu’il puisse s’agir d’une traduction ni qu’avec un nom pareil l’auteur soit hispanophone.

Bref.

La pergamena della seduzione, titre original El pergamino de la seducciòn, raconte le destin de Jeanne de Castille, une de ces (trop nombreuses) femmes que les hommes de leur entourage ont traitées de ‘folles’ pour pouvoir plus aisément s’en débarrasser.

Bref.

Dans le roman apparaît le personnage (historique) de Beatriz Galindo et c’est là qu’on se dit une fois de plus qu’il faut revoir les préjugés sur la place des femmes au moyen âge.

Exclues de l’université jusqu’à la fin du 19e siècle, interdites d’apprentissage du latin, certaines ont apparemment pu faire l’exception, comme Beatriz Galindo, à l’époque charnière entre Moyen Age et Renaissance, professeur à l’université de Salamanca et si experte en latin qu’on l’appelait La Latina 🙂

F comme finestrino

In Florence, they reopened one of the historic “Buchette” of the wine

C’est depuis le mois de mai qu’on peut lire dans la presse italienne – surtout toscane – que les bars, cafés, restaurants et autres gelaterie redécouvrent ces petites ouvertures dans le mur qu’il appellent là-bas une « bucchetta del vino« , littéralement un petit trou pour le vin, comme on peut le voir sur la photo.

Un site leur est consacré et on s’y congratule pour chaque bucchetta redécouverte ou rouverte – puisque certaines d’entre elles avaient été murées. Les auteurs sont aussi très fiers que leur article du 30 juillet – un altra bucchetta riaperta a Firenze – a été repris dans la presse étrangère.

Ces petites ouvertures, nous explique-t-on ici, datent principalement d’une autre ‘crise sanitaire’, les épidémies de peste de la première moitié du 17e siècle (1630-1633).

Elles permettaient de se faire livrer le vin sans qu’il y ait contact physique, en le versant directement dans un récipient que l’acheteur apportait. L’ouverture a juste la taille d’une fiasque de l’époque.

Le seul contact qui avait lieu, c’était avec les pièces de monnaie: à l’époque on conseillait de les ‘désinfecter’ avec du vinaigre.

La dernière ‘bucchetta del vino‘ florentine avait été fermée en 1958: celui qui désirait acheter du vino sfuso (vin en vrac) pouvait désormais le faire dans une épicerie située dans la même rue.

C comme Cambyse

Voici Bruges et sa Poortersloge (explications ici) au 15e siècle, sur le diptyque peint par le primitif flamand Gerard David en 1498. On y voit le juge Sisamnès recevant des pots-de-vin.

C’est pourquoi, le roi Cambyse II le fait arrêter. Cambyse II, c’est le 5e siècle avant notre ère, mais le peintre a choisi de représenter la scène de manière tout à fait contemporaine à l’année de la création de l’oeuvre, 1498: architecture, vêtements, décor avec des putti qui sentent déjà la Renaissance.

La punition du juge véreux est terrible: il est condamné à être écorché vif.

C’est en faisant visiter le musée Groeninge à un client asiatique que l’Adrienne s’est pleinement rendu compte que notre art ancien est un véritable cabinet des horreurs: vierges martyrisées, dont on apporte les seins ou les yeux sur un plateau, saints percés de flèches ou rôtis sur le grill, Christ crucifié agonisant…

Enfin, dans la dernière partie du diptyque, qui se lit comme une BD sans bulles, le fils du juge Sisamnès lui succède et pour se souvenir de la leçon, on lui a drapé la peau de son père défunt sur le dossier de son siège.

Oufti! comme ils disent à Liège.

V comme Viator

Les fouilles préventives obligatoires avant tout travail de construction en ville ont du bon, elles permettent toujours de belles découvertes, qu’elles soient grandes comme des fondations de bâtiments antiques ou petites comme cet objet trouvé à Tongres, une feuille de plomb de 12 cm sur 14. 

« La nature magique du document ne fait aucun doute et le support – du plomb – indique qu’il s’agit de magie négative : nous sommes donc en présence d’une tablette de malédiction, une “défixion” », indiquent les scientifiques qui l’ont étudié.
Signes particuliers de cet objet datant de la fin du premier siècle après Jésus-Christ : il est très bien conservé et se présente à plat, alors que ce genre de tablette est plutôt retrouvé roulé ou plié. De tels objets, usuellement déposés dans les cimetières ou les puits, étaient utilisés pour jeter un mauvais sort à quelqu’un.

[…]

Quatre « défixions » sur plomb provenant d’Hadrumète et de Carthage (en Tunisie), ainsi que de l’Isthme de Corinthe (en Grèce), présentent des formules et des dispositifs pratiquement identiques à ceux de la tablette de Tongres. Le modèle commun auquel remontent ces cinq documents est à chercher dans un manuel de magie, rédigé peut-être en Égypte comme l’essentiel de la littérature de ce genre. Des copies de ce livre ont circulé jusqu’en Tunisie et en Grèce, et même jusqu’aux confins septentrionaux de l’Empire, comme nous l’apprend la tablette de Tongres.

article complet ici.

Des dessins et des textes en caractères latins et grecs sont incisés dans le métal, comme on peut bien le lire sur l’illustration ci-dessous.

Et tout en bas se trouve le nom du destinataire de ces malédictions, Caius Iulius Viator, fils d’Ingenua.

Conclusion: V comme Verwensing 🙂

***

illustrations: La  tablette de malédiction © ULB/musée gallo-romain de Tongres (source Daily Science)

Verwensing est le mot en néerlandais pour malédiction.

U comme Urbs, urbis

photo et article de Daily Science:

BIENVENUE À FALERII NOVI, LA VILLE ROMAINE SOUS LES CHAMPS

Durée de lecture : 4 min

Inutile d’écarquiller les yeux. On ne voit que des champs et des arbres à la cité antique de Falerii Novi. Pourtant, des chercheurs belges et britanniques viennent de mettre au jour tout un nouveau quartier dans cette une cité romaine qui a vu le jour en 241 av. J.-C.

Cette découverte, réalisée dans la vallée du Tibre, à une cinquantaine de kilomètres de Rome, repose sur l’usage d’une technologie qui avait déjà fait ses preuves à Bruxelles, en 2018. A l’époque, François Blary, professeur d’histoire de l’art et d’archéologie à l’ULB et co-directeur du Crea-Patrimoine, le centre d’archéologie de l’Université Libre de Bruxelles, avait passé la Grand-Place de Bruxelles au radar de sol. Ces scanners avaient permis de discerner dans le sous-sol des structures archéologiques anciennes.

Une technique perfectionnée… depuis 1910

Cette fois, c’est une équipe de l’université de Gand et de l’université de Cambridge, au Royaume-Uni, qui a ausculté le sous-sol, en Italie. Pendant trois ans, avec leur radar de sol, ils ont ratissé les champs qui entourent l’abbatiale de Sainte-Marie, tout à côté de l’actuel village de Falerii Novi.

Ces archéologues ont pu cartographier complètement l’antique ville romaine. Leur radar de sol  fonctionne comme un radar ordinaire, en faisant rebondir les ondes radio sur les objets et en utilisant l’”écho” pour construire une image. La différence est qu’il détecte ici des objets souterrains.

Bien que ce principe soit utilisé depuis les années 1910, ces dernières années, les progrès technologiques ont rendu l’équipement plus rapide et plus performant.

Découvertes de plusieurs bâtiments

Cela a conduit à la découverte de plusieurs nouveaux bâtiments, dont un complexe de bains, un marché et un temple. Les chercheurs ont également découvert ce qui semble être une sorte de monument public, différent de tout ce qui avait été observé auparavant dans de telles cités.

« La ville est bien documentée dans le registre historique et ne se trouve pas sous des bâtiments modernes, ce qui en fait un excellent endroit pour mener ce genre d’études », indiquent les chercheurs. « En tant que telle, elle a fait l’objet de décennies d’analyses à l’aide d’autres techniques non invasives, comme la magnétométrie. Celle-ci permet de mesurer le modèle magnétique du sol qui est influencé par l’activité antique ».

Le radar de sol de dernière génération utilisé ici peut sonder le sol à diverses profondeurs.  Les relevés réalisés à Falerii Novi ont été effectués tous les 12,5 cm, sur l’ensemble du site. De quoi éclairer les chercheurs sur la façon dont les villes ont été construites et sur leur évolution dans le temps. L’occupation du site s’est effectivement étendue sur plus de neuf siècles.

Semi-automatisation du traitement des données

Le travail d’interprétation des données récoltées a été semi-automatisé. Une innovation dans le domaine. “L’utilisation des données du radar de sol à haute résolution génère des quantités massives d’informations, rendant l’analyse manuelle très longue”, explique le professeur Martin Millett, un des chercheurs anglais du projet.

Il faudra encore un peu de temps avant que la carte de Falerii Novi ne soit entièrement analysée. Néanmoins, cette recherche a déjà révélé beaucoup de choses sur la ville. « Elle semble notamment moins standardisée que celle de nombreuses autres villes bien étudiées, comme Pompéi, révélant la complexité et la variation de l’urbanisme romain », estime l’équipe scientifique.

Une équipe pour laquelle l’objectif principal de cette recherche était de disposer de nouvelles données sur les villes romaines en Italie, afin de répondre à des questions concernant les processus d’urbanisation, les diversités régionales de l’urbanisme romain, l’évolution des populations, les relations entre villes et campagnes à l’époque romaine…

H comme histoire(s)

« Pourquoi l’art de raconter des histoires est en train de se perdre, je me l’étais souvent demandé lors de soirées passées à m’ennuyer à table en compagnie d’un groupe de convives. […] celui qui ne s’ennuie jamais ne saurait être conteur. Mais l’ennui n’a plus sa place dans notre monde. Les activités qui lui sont secrètement et intimement liées sont tombées en désuétude. C’est là l’unique raison de la disparition du don de conter des histoires, car tandis qu’on les écoute, plus personne ne tisse ni ne file, ne racle ni ne tresse. Conter n’est pas seulement un art, c’est aussi une dignité et même, en Orient, une fonction sociale. Cela va jusqu’à la sagesse; et de même la sagesse, en retour, nous revient sous la forme d’une histoire. »

Walter Benjamin, Récits d’Ibiza, Le mouchoir (incipit), éd. Rive Neuve, 2020, p.15.

Peut-être que l’art de raconter des histoires se perd, ou en tout cas que nous comptons sur d’autres, plus ou moins professionnels, pour nous y faire goûter.

Mais un art bien vivant, c’est celui de se réunir pour lire ensemble et échanger des impressions de lecture: lire ensemble une nouvelle, un récit (très) court, puis un poème.

C’est un art que nous pratiquons dans ma ville, dans le centre social, une fois par semaine. Samen lezen voor volwassenen.

Vous seriez étonnés de voir avec quel public (adulte) 🙂

Peut-être en sera-t-il question un autre jour. 

7 comme 1907

Le 19 novembre 1907, l’écrivain préféré de Walrus a l’honneur de trois colonnes en première page du Figaro pour y donner ses Impressions de route en automobile.

Style et contenu sont fort différents – évidemment – du même genre d’exercice réalisé par René Boylesve (voir ici). Il faut dire qu’entre 1894 et 1907, ces drôles de machines ont eu le temps de faire quelques progrès, non seulement au niveau de la mécanique mais aussi en ce qui concerne le confort des voyageurs.

Et le voyage de Proust est un peu moins téméraire que les 600 km prévus par Boylesve et ses amis: son chauffeur, Alfred Agostinelli, doit le conduire de la côte normande – probablement Cabourg – jusqu’aux environs de Lisieux. Même pas 40 km.

Ce qui leur prend tout de même de nombreuses heures 😉

Ceux qui voudraient lire le texte entier plus facilement que sur cette page du Figaro le trouveront ici.