H comme histoire

Je compte sur toi pour les précisions historiques, tu le sais, n’est-ce pas! dit-elle à la dame qui a travaillé toute sa vie à la bibliothèque communale mais est historienne de formation.

Ce soir Wim nous fera un petit exposé sur l’architecture gothique, dit-elle un autre lundi, vu qu’on a la chance d’avoir un architecte parmi nous…

Non mais hé ho! on est venus ici pour avoir un cours sur l’histoire de la musique, s’insurge mentalement l’Adrienne.

C’est à ce moment-là que la prof se tourne vers elle:

Tu voudras bien nous faire un petit cours sur la langue d’oc et la langue d’oïl, lundi prochain? Et tu nous parleras d’Aucassin et Nicolette? Et des troubadours?

Vous croyez que ça intéresse quelqu’un? a répondu l’Adrienne.

Non mais hé ho!

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Z comme Zhongni Qiu

confucius

Parfois, c’est le hasard qui apporte une réponse à une question qu’on se posait depuis longtemps mais pour laquelle on n’avait jamais vraiment pris le temps de chercher. 

Le hasard, cette fois, avait la forme d’un magazine féminin que ma mère me prête pour que j’en fasse les mots croisés. Une page y était consacrée à quelques citations de Confucius.

Longtemps déjà que je me demandais comment un Chinois pouvait porter un nom si peu chinois, et par quels effets de hasard il était connu aujourd’hui sous ce nom-là et pas sous celui d’origine, Zhongni Qiu. Si la réponse vous intéresse, il suffit de cliquer sur le lien 🙂

La question suivante à présent est comment les Chinois se sont débrouillés pour pouvoir dire avec autant de précision d’un homme du cinquième siècle avant notre ère qu’il est né un 28 septembre et mort un 11 mai.

Et comment on fait pour avoir des sourcils longs de dix centimètres 🙂

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Source de l’illustration sur wikipédia: Confucius, gouache on paper, c. 1770. Encyclopedia Britannica.

P comme plancher et Picomtal

plancher de j

C’est en s’extasiant sur les beautés de ce tableau de Caillebotte que l’Adrienne est tombée sur un bouquin qui l’utilise pour sa couverture. Du moins en partie, puisqu’il y a trois « raboteurs » de plancher sur le tableau.

Ainsi, de fil en aiguille, elle tombe sur une de ces merveilleuses actions du hasard: un historien en vacances arrive dans une maison d’hôtes dont on a refait une partie du parquet. Et sous certaines lattes, on a découvert des bouts de planches sur lesquelles le menuisier de l’époque (1880-81) a écrit une ou deux phrases. On en a trouvé ainsi 72.

Ça peut sembler peu, 72 phrases, pour en extraire un récit de vie de tout un village mais ça a suffi, grâce aux noms, aux dates, à un tas de sources vérifiables.

Comme l’explique l’auteur dans sa conférence (en lien ci-dessous), Joachim Martin, le menuisier de 1880, écrit en toute franchise une sorte de testament sur sa vie: il sait qu’il ne sera lu que dans une centaine d’années, quand il faudra refaire le plancher, et que tous ceux qu’ils mentionnent seront morts. Comme lui-même, d’où la phrase clé mise en couverture du livre.

Vidéo de la conférence donnée par l’historien à l’Ecole nationale des Chartes. Je cite:

Les écrits laissés par les gens du peuple sont rares, d’où l’intérêt de cette source totalement inédite, que constituent les 72 phrases laissées par un menuisier des Hautes-Alpes sous le plancher qu’il était en train de poser au château de Picomtal en 1880-1881. Une fois les phrases transcrites, l’enquête a pu commencer. Elle a révélé qui était le personnage qui avait ainsi voulu livrer son témoignage à la postérité, mais aussi dans quel environnement il évoluait. Sachant qu’il ne sera pas lu avant cent ans, il se livre et n’épargne personne dans le village, offrant une peinture acérée des mœurs de son temps. Conférence de Jacques-Olivier Boudon, professeur d’histoire contemporaine à Sorbonne Université, donnée à l’École des chartes, le 19 mars 2018, dans le cadre du cycle «Les grandes voix». 

Photo et plus d’info sur le site de la maison d’édition Belin.

S’il est vrai qu’un plancher n’a qu’une durée de vie de cent ans, conclut l’Adrienne, celui de l’étage devra être refait en 2022. Qui sait ce qui s’y trouvera 🙂

K comme Klaagzang

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Un intellectuel hollandais a écrit un best-seller et réalisé une série de documentaires dont le message peut se résumer à cette simple question: puisque ce monde va de mal en pis, pourquoi se battre encore pour les idéaux des Lumières?

Ce qui fait réagir le philosophe flamand Maarten  Boudry – et à juste titre. Il est en effet facile de faire un collage de tout ce qui va mal dans le monde. Facile aussi de dire qu’autrefois tout allait tellement mieux. 

C’est oublier, argumente Maarten Boudry, que ces années 1960-1970 auxquelles l’auteur fait allusion comme son âge d’or de l’insouciance, ont connu la guerre au Vietnam, les attentats de l’IRA, de l’ETA, du groupe Baader-Meinhof. C’est oublier que la pauvreté extrême a globalement fort reculé sur notre planète depuis lors. Que les statistiques montrent une forte baisse de la violence. Que le nombre de pays démocratiques a augmenté.

Un de ses confrères hollandais a publié une réaction similaire, dans laquelle il démontre, chiffres à l’appui, à quel point la santé publique a augmenté pour toute la planète, à quel point les diverses inégalités ont baissé. 

Précisément grâce à l’implication d’hommes et de femmes qui croyaient en ces valeurs des Lumières que l’on voudrait aujourd’hui prétendre mortes. 

Ne plus y croire, voilà donc le vrai danger.

***

Klaagzang (le titre du billet) peut se traduire par ‘lamentations’, ‘jérémiades’.

Avec encore une photo de mon vert paradis perdu il y a cinq ans, et bien sûr le monde tournait bien mieux à ce moment-là 🙂

07-39

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La première photo que Maurice Antony a prise le matin du 5 juillet 1939 est celle de cet atelier où des femmes et des jeunes filles, assises sur de longues banquettes de bois, passent des heures à peler les crevettes rapportées de la pêche nocturne.

Natif d’Ypres, Maurice Antony a photographié sa ville jusqu’à sa destruction complète à la guerre de 14-18. Après la guerre, ses photos ont représenté une documentation de grande valeur pour la reconstruction, vu que les habitants avaient fait le choix de la rebâtir en gardant le plus possible ce caractère moyenâgeux qu’elle avait su conserver jusque-là.

Après la guerre de 14-18, il s’installe à Ostende et à partir de ce moment-là, il fixe son regard de photographe sur la vie de sa nouvelle cité: la mer, les familles de pêcheurs, les bateaux… ce qui donne aujourd’hui une riche collection de documents très éclairants sur la vie des (petites) gens d’Ostende pendant les années 20 et 30.

Comme ces éplucheuses de crevettes à la veille de la seconde guerre mondiale et de nouvelles destructions.

A voir encore (gratuitement) sur la digue d’Ostende jusqu’au 21 août, Nieuwe Koninklijke Gaanderijen.

 

P comme Pompéi

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Pompéi était à Bruxelles, collègue-amie V voulait la voir, alors ça s’est organisé vendredi dernier.

Partout où il était marqué en trois langues « don’t touch », « niet aanraken », « ne pas toucher », on avait justement très envie de le faire. Comme l’envie de sentir le grain de cette statue de marbre.

Mais on s’est retenues 🙂

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Une fois de plus, on s’est extasiées sur l’ingéniosité technique et la somme de connaissances scientifiques des Romains. Capables d’opérer de la cataracte, par exemple. 

Une fois de plus on s’est dit qu’on n’a rien inventé: il y avait là un cuit-œufs. Sauf qu’il est en bronze au lieu d’être en plastique 😉 

C’est à la Bourse, on a donc en même temps pu jeter un œil à l’intérieur de ce bâtiment. Assez impressionnant.

Voir le dossier pédagogique? Voir des photos? Encore jusqu’au 5 août!

F comme fouillons, fouillons!

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De temps en temps, les charmants jeunes gens qui grattent la terre dans les profondeurs de ma ville organisent une petite visite des lieux de fouille. De grands affichages, comme sur la photo ci-dessus, les montrent dans un de ces « moments suprêmes »: après la découverte d’un lieu funéraire de l’époque romaine, vers l’an 50 de notre ère.

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Tout notre folklore est basé sur une ‘légende’ qui place notre ville dans une  tradition chrétienne, comme si notre saint fondateur l’avait créée de toutes pièces dans un ‘no men’s land’ désert. Voilà une des choses que les fouilles permettent d’avancer avec certitude: notre cousin  Neanderthalensis est passé par ici, comme en témoignent ces quelques outils vieux de plus de 40 000 ans. Et après lui beaucoup d’autres, sans interruption. 

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Les premières traces de sédentarité ont pu être datées de l’âge du bronze, assez précisément: entre 1800 et 1500 avant notre ère.

Mais les fouilles qui ont lieu en ce moment dans le centre ouvrent une autre « capsule de temps », celle du moyen âge. Dimanche après-midi, les citadins intéressés par l’histoire de leur ville suivaient le jeune archéologue qui leur montre ici les fondations d’un petit bâtiment qu’on appelle « vierschaar » et qui servait à rendre la justice tout au long du (long) moyen âge: le bailli et les échevins, assis en carré autour du prévenu debout, décidaient de son sort…