H comme histoire familiale

Le 10 mai 1940, comme bon nombre de Belges, les quatre futurs grands-parents de l’Adrienne étaient prêts à se jeter sur les routes en direction de la France.

Côté paternel, à la chapellerie, chacun était paré : les deux gamins portaient fièrement leur petit sac à dos de scout et le plus jeune se trouvait investi de la mission de confiance, le transport du pique-nique. Du pain, du saucisson.

Prêts à partir à pied pour l’aventure.

Mais au dernier moment, alors qu’ils étaient déjà tout harnachés au seuil de la porte, le père a changé d’avis : tous ces pauvres gens qui remontaient sa rue en direction du sud avaient l’air d’être déjà en bout de course, exténués et hagards. Ce n’étaient plus les belles voitures du début, ni les attelages, mais des charrettes à bras et de tristes baluchons. Comme le leur.

Alors il est rentré et a déclaré qu’ils resteraient là, finalement.

C’est le gamin au saucisson qui en a été le plus déçu.
Il avait 12 ans.

De l’autre côté de la ville, chez grand-mère Adrienne, on ne cessait de peser le pour et le contre : en fait, grand-père était pour, grand-mère était contre. Elle s’imaginait la soldatesque allemande dans sa maison et cette idée lui était intolérable :

– Il n’est pas question, déclara-t-elle finalement, il n’est pas question que je leur laisse ma machine à coudre toute neuve !

Une Singer qui venait précisément des usines berlinoises.

C’est ainsi que des deux côtés de la famille de l’Adrienne on a continué à faire ce qu’on faisait très bien depuis des siècles : ne pas quitter la ville où on était né.

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écrit pour le Défi du samedi n°697, où Walrus proposait le mot ‘nomade‘. Merci à lui!

La Singer, la suite de son histoire et sa photo sont dans ce billet de 2015.

C comme Calouste

Voilà exactement le genre de légende sous photo qui met en branle l’usine à rêve dans la tête de l’Adrienne: Calouste a 27 ans quand il fuit Istanbul à bord de l’Orient-Express en emportant son fils caché enroulé dans un tapis.
Son fils n’était qu’un bébé de quelques semaines, né en juin de cette année-là: 1896.

N’est-ce pas que c’est digne d’un album de Tintin?

Évidemment, l’Adrienne a voulu en savoir plus sur ce monsieur Gulbenkian, alors elle est arrivée , sur France culture, et sur l’inévitable wikisaitout.

Bref, la conclusion de tout ça, c’est qu’elle devrait se rendre au Portugal, à Lisbonne, pour aller admirer le musée qui réunit toutes les œuvres d’art collectionnées par cet intéressant personnage au fil de sa vie.

Vivement qu’il soit possible de le faire en train 🙂

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photo prise à l’expo Orient-Express, au Train World de Schaarbeek.

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« Heel leuk hoe u er in slaagt om mij na al die jaren nog wat Franse lectuur mee te geven » rigole Araz après que Madame lui a envoyé toute l’info concernant son compatriote arménien.

Sa famille à elle aussi a une histoire « intéressante » qui l’a menée dans une diaspora entre le Liban, la Syrie (Alep, où Araz est née) et la Belgique.

« Très amusant comme vous réussissez à me faire lire du français, après toutes ces années »

Vous l’aurez compris: ce n’était pas du tout sa matière préférée 😉

Dernières nouvelles d’Amenhotep

Mummie farao Amenhotep I voor het eerst digitaal 'uitgepakt'
Reconstruction 3D de la tête d’ Amenhotep I – Égypte – 28 décembre 2021. © Belga Image

Même si on n’aime pas les chiffres, on fait une petite exception pour les toutes dernières données archéologiques dévoilées le 28 décembre grâce aux scans réalisés sur la momie du pharaon Amenhotep Ier.

D’abord son âge, environ 3500 ans, vu qu’il a régné de 1525 à 1504 avant notre ère.
Son âge lors de son décès, probablement 35 ans. Pour le moment on n’en connaît pas encore la cause.
Sa taille, 1,69 m.

Deux autres détails révélés par le scan: il était circoncis et avait une excellente dentition 🙂

Quel bonheur que ceux qui l’ont découvert il y a 140 ans, en 1881, à Deir el-Bahri, ont su résister à la tentation de lui ôter ses bandelettes pour lui arracher les quelques bijoux ou amulettes qu’il porte sur lui: la momie en aurait été endommagée et tant de précieux enseignements auraient disparu.

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info ici (en néerlandais) et ici (en anglais)

M comme matricule 5479

Il s’appelle Charles comme son père et fait partie des conscrits de 1808, arrivé « au corps« , à Strasbourg, comme le précise le registre dûment tenu et consultable ici, le 28 octobre 1807.

Né en octobre 1788, il a donc 19 ans.

De sa ville natale – celle de l’Adrienne – jusqu’à Strasbourg, il y a plus de 500 km. On imagine le triste cortège.

Il est journalier, cette sorte de pauvre hère qui ne peut envoyer un autre se faire tuer à sa place.
D’ailleurs, son frère aîné, François, né en 1782, a été appelé à servir « le premier consul » déjà en 1803. Lui, c’est le 21 frimaire de l’an 12, dit le registre toujours très précis, qu’il est arrivé « au corps« .

Quand Charles arrive à Strasbourg quatre ans après son aîné, le « premier consul » est déjà « empereur des Français », « roi d’Italie » et autres titres qui sont tellement plus beaux quand on se les sert à soi-même.

Et après? vous demandez-vous. Sont-ils rentrés chez eux, pleins d’usage et raison, vivre entre leurs parents le reste de leur âge?

Charles est mort à Pampelune à l’âge de vingt ans et dix jours, le 29 octobre 1808. (1)

Quant à François, le registre reste vague: « mort ou fait prisonnier ». Qu’importe, n’est-ce pas.

Bref, à part ces deux-là qui portent son nom de famille, l’Adrienne a déjà recensé deux cents jeunes gars nés dans sa petite ville (2) tous envoyés se faire tuer pour la gloire d’un type qu’on fête cette année.

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(1) Mais ce n’est qu’un an plus tard, le 13 juillet 1809, qu’un « extrait mortuaire » a été adressé « au maire de sa commune ».
Il fallait beaucoup plus de temps à un bout de papier qu’à un homme pour aller de Pampelune à sa petite ville de Flandre.
Ou l’inverse.

(2) 200 gars envoyés au casse-pipe, sur une population qui vers 1800 ne comptait qu’environ 9400 habitants

Y comme yard

106ème devoir de Lakevio du Goût

Les voyez-vous, à l’arrière-plan du tableau, ces chalutiers à vapeur en route vers l’Angleterre?

Ils ont quitté Ostende pour Milford Haven, où il en arrive quotidiennement en cette mi-septembre de 1914. D’autres seront envoyés au port de Fleetwood. Tous seront embrigadés pour la défense de l’espace maritime anglais et l’indispensable approvisionnement.

Parmi eux, il y a Louis Ponjaert.
Il est le schipper du O.151, Nadine, que la Société des Pêcheries ostendaises vient d’acquérir en janvier de cette année-là.

L’homme a tout juste cinquante ans.
C’est lui qui sera une sorte de recordman du sauvetage en mer. Le 25 décembre 1914 il sauve 42 membres de l’équipage d’un navire marchand anglais torpillé par les Allemands et le 30 mars 1917 il réussit l’exploit de sauver l’équipage entier du Liverpool, 73 personnes.

Nombreux sont les pêcheurs ostendais à être victimes d’un U-boot ou de mines. Mais Louis Ponjaert réussit à rentrer à Ostende après la guerre et continuera son travail de schipper – commandant d’un bateau de pêche – sur le O.151 jusqu’en 1921.

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Ceci n’est pas une fiction – sources oostendse visserij in 14-18.pdf et ici – Pour ceux qui souhaiteraient prononcer correctement Ponjaert, dites « ponne » puis « yarte » – Merci à monsieur Le Goût pour sa consigne:

Mais que diable fait cette barque vide au bord de l’eau ? Au moins ça m’inspire… Mais vous ? J’espère que lundi vous aurez dit quelque chose sur cette embarcation mystérieuse.

K comme kiosque

Il existe quelques cartes postales un peu déteintes et floues, sur lesquelles on peut voir l’ancien kiosque à musique, avec ses ferronneries tarabiscotées qui sentaient bon l’an dix-neuf cents.

Où bourgeois et ouvriers emmenaient leur famille le dimanche, après la messe, l’estaminet et le rôti, pour écouter une des fanfares locales ou l’harmonie des pompiers. On y entendait flonflons ou conversations et les unes ne nuisaient pas aux autres.

Puis sont venues les années soixante, celles qui détiennent le record du maniement de la bétonneuse: les édiles estimaient le vieux kiosque trop fragile et l’ont instamment remplacé par du « neuf » et du « solide ».

Seulement voilà, depuis qu’il est en briques et béton, on n’y joue plus de musique. Cet espace rond, surélevé, chapeauté, est devenu le lieu d’amusement de la jeunesse qui s’y adonne – sainement et intensément – au panna, street free style ou street soccer.

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Merci à Joe Krapov pour cette krapoverie plus folle encore que d’habitude 🙂

2021-10-23 - Nikon 65

Cette photo représente la façade du cinéma « Ciné Manivel » à Redon (Ille-et-Vilaine).

L’animateur ignore quel sens ont ces lettres colorées. Pour chercher à le comprendre il a soumis ce groupe MUEITDASMNEENTIN à un générateur d’anagrammes.

Moyennnant quoi il vous demande d’écrire  un texte qui parle

– soit de cinéma
– soit de bateaux dans un port
– soit d’une usine désaffectée
– soit de la ville de votre enfance

en y insérant au moins dix mots de cette liste :

amendement – amenuisée – amenuisent – amnistiée – amusement – antenniste – antiémeute – antiennes – antimites – antisémite – asinienne – attendîmes – attendues – atténuées – attiédies – démenaient – démenâmes – démenâtes – démentaient – démentais – démentait – démentant – démentent – démenties – démentîmes – démentîtes – démettais – demi-teinte – demi-teintes – déminaient – déminâmes – déminâtes – démunîmes – démunîtes – dénattées – déniaient – déniaisée – déniaisement – déniaisent – densément – dénuement – destinaient – destinait – destinant – destinent – destituai – destituée – déteintes – détenaient – détenante – détenantes – détenants – détiennent – détiennes – diminuâmes – diminuant – diminuâtes – diminuées – diminuent – édentaient – édentâmes – édentâtes – éditaient – émiettais – émiettâmes – éminentes – emmenaient – emmenâtes – endémisme – endettais – endettâmes – enduisaient – enduisait – enduisant – enduisent – entendaient – entendais – entendait – entendant – entendante – entendent – entendîmes – entendîtes – entendues – entêtâmes – estaminetestimaient – estudiantin – estudiantine – étasunien – étasunienne – étendaient – étendîmes – étendîtes – étudiaient – étudiâmes – étudiante – étudiantes – étudiants – étudiâtes – identités – immanente – immanentes – immanents – immédiate – immédiates – immédiateté – immédiatetés – immédiats – immensité – imminente – imminentes – imminents – immunisant – immunisante – immunisât – immunisée – immunisent – immunités – inanimées – inattendu – inattendue – inattendues – inattendus – indemnisa – indemnisant – indemnisât – indemnise – indemnisé – indemnisée – indemnisent – indemnité – indemnités – indiennes – induisant – induisent – inséminant – inséminât – inséminée – inséminent – insinuant – insinuante – insinuent – instamment – instituée – intendant – intendante – intendantes – intendants – intensément – intensité – intentais – intentâmes – intentées – intestine – intimâmes – intimâtes – intimement – maintenue – maintenues – maintenus – maintienne – maintiennes – maintiens – maintient – maintînmes – maintîntes – mandement – mandements – maniement – maniements – médiatise – médiatisé – médiatisée – médiatisent – médisaient – médisante – méditaient – méditâmes – méditante – méditantes – méditants – méditâtes – médiumnité – médiumnités – médusaient – médusante – mendiaient – mendiâmes – mendiante – mendiantes – mendiants – mendiâtes – mentaient – midinette – midinettes – minaudent – minutaient – minutâmes – minutâtes – mutinaient – mutinâmes – mutinâtes – néantisée – niaisement – nuisaient – nuitamment – numismate – sainement – saintement – sédimenta – sédimentai – sédimentait – sédimentant – sédimentât – sédimente – sédimenté – sédimentent – sentaient – sentiment – situaient – suintaient – suintante – suintement – teintâmes – tendaient – tendineuse – tendinite – tendinites – tennisman – tennismen – tétanisée – tièdement – timidement – tunisienne – unanimement – unanimisme – unanimiste – unanimité – usinaient

D comme dernières paroles

Pour célébrer l’anniversaire de la libération de la ville, le 3 septembre 1944, des véhicules d’époque arrivaient sur la grand-place samedi après-midi, juste au moment où l’Adrienne et petit Léon la traversaient.

Alors vous la connaissez, elle a voulu donner un mini-cours d’histoire – 3 septembre 44, libération, soldats anglais… – mais petit Léon avait d’autres choses en tête.

Pour la cinquième fois au moins depuis qu’ils avaient quitté la maison, il dit:

– Je peux vous poser une question?

Car on peut être poli et très curieux à la fois 😉

Bien sûr, l’Adrienne répond toujours oui.

– Qu’est-ce qu’il a dit, avant de mourir, votre papa?
– Ben… tu sais, il était très malade, il n’a plus dit grand-chose…
– Oui mais il a dit quoi, avant de mourir?
– Rien, en fait… à quelles sortes de choses tu t’attendais?
– Et bien par exemple « je t’aime très fort » ou « tu vas beaucoup me manquer ».

Comme il était un peu difficile de lui expliquer que ce n’était pas vraiment le genre de la maison, elle lui a simplement dit:

– Tu sais, si tu as un papa qui te dit des choses comme ça, fais-lui un gros bisou dès que tu es rentré chez toi!

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photo prise hier dans ma ville, avec un close-up sur l’insigne de la brigade Piron, en hommage à l’oncle André.

J comme Jonathan Coe

Billy Wilder! Quand l’Adrienne a vu ce nom, en plus de celui de l’auteur dont elle a déjà apprécié deux autres livres, elle n’a pas hésité: comme Jonathan Coe sur son site perso, elle pourrait commencer ce billet par cette phrase: « I discovered Billy Wilder’s films in the late 1970s, when I was a teenager.« , j’ai découvert les films de Billy Wilder vers la fin des années 1970, à l’adolescence.

Le samedi soir, à la séance télé chez les grands-parents, il y a eu des films mémorables, comme Ninotchka, Sabrina, Sunset Boulevard, Seven year itch ou Some like it hot.

Il y en a eu qu’elle n’a d’ailleurs pas entièrement compris, à l’époque, comme Irma la Douce.
Ou dont elle se demande si on les montrerait aujourd’hui à des enfants, comme The Apartment.

Bref, voilà un livre qui n’est pas une vraie biographie – tout en étant fidèle à la réalité biographique – et qui se lit d’une seule traite.

Merci, Jonathan 🙂

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info sur le site de Gallimard pour la traduction française et lecture des premières pages ici.

L’illustration ci-dessus vient du site perso de l’auteur.

T comme tacot

0115-0025

Il lui aurait bien fait le coup de la panne, mais vu que c’était toujours elle qui conduisait, il allait devoir trouver autre chose.

– Nous sommes arrivés, mon Général, fit-elle en coupant le moteur.
– Merci Kay!

ll soupira.

Une fois de plus, le trajet avait été bien trop court.

source de la photo ici

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écrit pour le Défi 673 du samedi où Walrus – merci à lui! – proposait la photo du tacot ci-dessus, qui m’a fait penser à la deuxième guerre mondiale et au chauffeur féminin du général Eisenhower.

Première sortie

C’est par hasard, lors d’une première sortie estivale à Ostende, que l’Adrienne est tombée sur cette œuvre de Bart Jacobs, exposée dans l’étalage d’un salon de coiffure.

La photo n’en montre qu’un détail: sur chaque coquille Saint-Jacques est peint un des bateaux de pêche d’Ostende et le tout est disposé en forme de crabe.

Renseignement pris, il s’agit d’un projet d’expo avec parcours dans la ville, pour commémorer/relater un de ces nombreux drames de la mer: la disparition d’un bateau de pêcheurs en octobre 1949, alors qu’il était en route vers l’Islande.

Le O.304 Laermans, construit seulement l’année précédente, touche probablement une mine. On ne retrouve jamais aucune trace de l’épave ni des dix hommes à bord.

Le capitaine était un ancien résistant, revenu de déportation. Son timonier s’était mis au service des Britanniques pendant la guerre. Les matelots, des jeunes gens, de jeunes mariés, et deux gamins de 16 et 17 ans.

On comprend la phrase en exergue: « Het schoonste aan gaan varen, is thuis komen« , le plus beau, quand on prend la mer, c’est de rentrer chez soi.