Z comme zizi

DSCI8127

« Ceci, dit la guide, est une stèle représentant un guerrier scythe.

Comme vous pouvez aisément le constater vous-mêmes, il s’agit bien d’un homme. »

Sourires entendus et légers hahaha chez la guide et dans l’assistance.

On dirait bien que seule l’Adrienne n’a pas compris que ce qu’elle prenait pour un glaive ou un poignard attaché à la ceinture est en fait ceci:

DSCI8129 (2)

Statue funéraire en pierre d’un guerrier scythe – dit le catalogue – trouvée à Lumina (en Roumanie) et datant de 600 à 500 avant notre ère.

Elle mesure 115 cm de hauteur et était placée au sommet d’un tertre recouvrant la tombe du guerrier.

Il est représenté armé d’une hache, d’un poignard et d’un akinakès, l’épée traditionnelle des Scythes.

Il s’agit d’une des premières représentations humaines dans l’art scythe.

Photos prises à Tongres à l’expo Dacia Felix. Encore ouverte jusqu’en avril 2020.

C comme Celtes

casque celte

– Ce casque, raconte le responsable de l’expo, trônait sur le bureau du directeur du musée, à Bucarest. Et ceci, lui ai-je demandé, on pourrait l’avoir, pour notre expo? – Ça pourrait se discuter, a répondu le directeur.

Et en effet, ça s’est discuté: en échange de ce prêt, la Belgique (le musée gallo-romain de Tongres, in casu) va offrir à la Roumanie une restauration pour ce bel objet, unique en son genre, et qui en a bien besoin. Ce bleu que vous voyez, c’est une sorte de plastique (plexiglas) sur lequel on a collé les fragments métalliques bien abîmés.

Ce casque de fer et de bronze fait partie du mobilier funéraire de la tombe du « guerrier de Ciumești », en Transylvanie, la région où la plupart des Celtes se sont installés entre 320 et 175 avant notre ère.

Il est surmonté d’un faucon dont les ailes peuvent bouger: si le guerrier marche, elles se soulèveront et s’abaisseront, comme il sied à des ailes d’oiseau. On peut voir le mécanismes des charnières.

Dans la tombe, parmi les autres objets, il y avait la cotte de maille, une invention celte, et des jambières de belle taille, qui permettent d’évaluer que l’homme qui les a portées mesurait entre 1,80 et 1,90 m. Si on y ajoute la hauteur du casque, il devait être une apparition assez impressionnante 😉

C’est d’ailleurs ce qu’affirme Diodore de Sicile, un contemporain de Jules César et d’Auguste, dans le livre V de sa Bibliothèque historique:

Κράνη δὲ χαλκᾶ περιτίθενται μεγάλας ἐξοχὰς ἐξ ἑαυτῶν ἔχοντα καὶ παμμεγέθη φαντασίαν ἐπιφέροντα τοῖς χρωμένοις, ὧν τοῖς μὲν πρόσκειται συμφυῆ κέρατα, τοῖς δὲ ὀρνέων ἢ τετραπόδων ζῴων ἐκτετυπωμέναι προτομαί.

Leurs casques d’airain sont garnis de grandes saillies et donnent à ceux qui les portent un aspect tout fantastique. A quelques-uns de ces casques sont fixées des cornes, et à d’autres des figures en relief d’oiseaux ou de quadrupèdes.

source de l’image ici et lire tout Diodore ici.

B comme batraciens

DSCI8125

Dans son dialogue de Phaedon, Platon fait dire à Socrate « je suis persuadé que la terre est au milieu du ciel et de forme sphérique, elle n’a besoin ni de l’air, ni d’aucun autre appui pour s’empêcher de tomber, mais que le ciel même, qui l’environne également, et son propre équilibre suffisent pour le soutenir ; […] De plus, je suis convaincu que la terre est fort grande, et que nous n’en habitons que cette petite partie qui s’étend depuis le Phase jusqu’aux colonnes d’Hercule, répandus autour de la mer comme des fourmis ou des grenouilles autour de marais : et je suis convaincu qu’il y a plusieurs autres peuples qui habitent d’autres parties semblables […] »

Pour ceux que ça intéresse, on peut lire tout le Phaedon ici.

Le Phase se trouve à l’est de la mer Noire et les Colonnes d’Hercule à l’ouest de la Méditerranée.

Les statuettes (photo prise à Tongres) de type « Tanagra » viennent de Kallatis et Istros, actuellement territoire roumain au bord de la mer Noire, anciennes colonies grecques, comme on l’apprend à l’expo Dacia Felix, en ce moment à Tongres. 

Ce qui m’a amusée, c’est cet ancêtre de notre mot ‘batracien’ βατράχους et l’image de nos activités humaines tout autour des mers, comme des fourmis et des grenouilles: 

 τι τοίνυν, ἔφη, πάμμεγά τι εἶναι αὐτό, καὶ ἡμᾶς οἰκεῖν τοὺς μέχρι Ἡρακλείων στηλῶν ἀπὸ Φάσιδος ἐν σμικρῷ τινι μορίῳ, ὥσπερ περὶ τέλμα μύρμηκας ἢ βατράχους περὶ τὴν θάλατταν οἰκοῦντας

Première

DSCI8098

La ville de Tongres affirme fièrement être la première de notre pays et son logo annonce la couleur: « Tongeren, de eerste stad« , Tongeren, la première ville.

L’Adrienne s’y est beaucoup promenée, vendredi dernier, a admiré le mur d’enceinte romain, le mur médiéval, la basilique de Notre-Dame et son incroyable trésor. En plus de merveilleux antiphonaires du 14e siècle et de précieux reliquaires d’à peu près tous les saints du paradis, il y a une collection de vêtements liturgiques qui semblent venus tout droit de Roma (Fellini)

photo prise vendredi vers les cinq heures du soir, sur la promenade du mur d’enceinte romain.

 

Le bilan du 20

bladspits

Sur une bande de terre entre deux ruisseaux, protégée au nord et à l’est pas une rangée de collines, il y a cent mille ans – peut-être un peu plus, peut-être un peu moins – dans ma ville vivaient des Néandertaliens.

N’est-ce pas une chose émouvante d’observer l’impact sur la pierre de chaque coup donné à celle-ci pour obtenir cette pointe de lance?

N’est-ce pas vertigineux de se projeter cent mille ans en arrière? Comment s’imaginer leur mode de vie, le climat du paléolithique moyen, le langage utilisé?

Puis on se dit que c’est tout aussi vertigineux de s’imaginer le futur et quelle sorte de vie – humaine ou non – il y aura sur la terre dans cent mille ans. 

***

copyright de la photo H. Vandendriessche, UGent.

I comme intimité

Degas_toilette_Met.jpg

« Avec la sédentarisation accrue de la classe ouvrière et l’aggravation des conditions d’habitat, doléances et désirs se précisent. Lors de l’enquête parlementaire de 1884, les ouvriers interrogés – c’est une première – se répandent en récriminations contre la malpropreté des garnis, « chambres à punaises », et des immeubles de rapport: murs crasseux, latrines toujours engorgées, odeurs nauséabondes… Plus positivement, ils expriment des vœux: un peu plus d’espace, au moins deux pièces […] Dès qu’ils le peuvent, les ouvriers séparent désormais le coucher des parents de celui des enfants. Avoir un bois de lit au lieu d’une paillasse est synonyme d’installation […] Par contre, lorsque le compagnon Maréchal ébauche un projet de constructions ouvrières, il ne prévoit pas des w.c. particuliers: « Le peuple ne demande pas à avoir des cabinets chez lui. »

Michelle Perrot, La vie de famille au XIXe siècle, éd. Points, Le Seuil, 2015, pages 169-170

***

Changeons de sujet… dit le Goût, qui avait d’abord proposé une autre sorte de viande, plus animale et plus morte.

« Dites-moi ce que vous inspire cette « Femme essuyant son pied », un des nombreux nus de « femme à sa toilette » de Degas, à croire qu’il passait sa vie dans une salle de bains qui n’était pas la sienne. »

7 noms

2019-10-30 (6)

Sept noms parmi les plus de quatre mille affichés sur les murs de la « Salle des noms », à la Conciergerie.

Pourquoi ceux-là, vous demandez-vous.
Parce que je cherchais celui d’André Chénier, une des victimes de la Terreur qui me rend vraiment triste.

Si le nom est en rouge, ça veut dire que la personne a été guillotinée. En rouge, ils le sont presque tous. Un mur par année, de 1793 à 1795.

Sur l’un d’eux, il y avait un homme portant le même nom de famille que le mien. Grâce à un dispositif multimédia qui permet d’en apprendre plus sur chacune de ces personnes, j’ai pu voir où et quand il était né, qu’il exerçait le métier de boucher et que l’acte d’accusation disait: « soupçonné d’avoir proféré des paroles favorables au roi ».

Son nom était en rouge.