Première ou dernière?

KUKHTINA (Margarita) - 1
On regarde avec ravissement tomber la première neige.
C’est toujours aussi féerique et les amies de l’Adrienne ne manquent pas de souligner que maintenant qu’elle habite en ville, elle n’a plus de souci à se faire pour les déplacements, comme à l’époque où elle vivait sur « sa montagne« . Elle peut donc en jouir sans arrière pensée, même si c’est infiniment moins joli qu’en pleine nature.
On se demande si cette première neige tant attendue – après la météo « ridicule » qu’on a eue en Islande, aux dires des Islandais eux-mêmes – sera aussi la dernière, comme il arrive souvent. On est déjà à la fin du mois de janvier et les crocus montrent le bout du nez.
On se sent en complet accord avec la lectrice de Lali, avec ses guirlandes de Noël allumées fin janvier, délaissant son livre, oubliant sa boisson chaude, entièrement prise par le spectacle des flocons, leur blancheur, leur légèreté trompeuse.
Et c’est justement parce qu’on ne sait pas si cette première neige sera aussi la dernière de la saison, qu’on s’en remplit les yeux avec tant d’avidité.
***
Photo et consignes chez Lali, que je remercie: « Les montagnes de neige, les trottoirs glacés et glissants, le froid qui brûle les joues, le vent qui traverse les vêtements, rien de tout cela ne donne envie de mettre le nez dehors en ce dimanche. Je resterai donc bien au chaud, comme a choisi de le faire la lectrice de l’illustratrice russe Margarita KukhtinaÀ vous maintenant de vous approprier la lectrice, de vous glisser dans l’illustration, de la raconter en vos mots. » 

T comme tout beau, tout blanc

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Quand il a commencé à neiger mardi matin, Madame était en classe avec ses élèves de cinquième (la Première) et ils ne l’ont remarqué qu’en sortant dans le couloir, à neuf heures et quart. Sans doute parce que la classe était bien éclairée et qu’il faisait encore un peu sombre dehors.

Madame n’a pas été la dernière à s’écrier avec émerveillement « Oh! il neige! » et depuis la récré de mardi à dix heures, toutes les pauses sont désormais très physiques: au lieu de se coller aux radiateurs en grignotant des sucreries, grands et petits se ruent dehors pour des batailles de boules de neige.

Madame aussi a aimé marcher dans la neige, comme sur la photo ci-dessus, prise mercredi matin sur le chemin de l’école.

Il est question d’aller faire du ski de fond en Hautes-Fagnes jeudi prochain avec les 16-18 ans… Les klimaatspijbelaars choisiront-ils la sortie sportive ou le pavé bruxellois?

Les paris sont ouverts 🙂

K comme kirkjugarður

cimetière borgarnes

Je me suis demandé ce que ma grand-mère Adrienne en aurait pensé, elle qui disait à chaque fois qu’en voyage on rencontrait un cimetière: « Dat moeten we niet hebben! » (1)

La nipotina et moi, en tout cas, la première fois qu’on a vu un cimetière islandais, on a été fort étonnées de voir les croix tout illuminées comme des sapins de Noël.

Comme on ne voyageait qu’en bus, il m’était impossible de m’arrêter pour prendre une photo, mais je peux vous assurer qu’il y en avait de très jolis le long de la route.

Il paraît qu’on met parfois les lumignons dès que les jours sont plus courts que les nuits, en tout cas on les met pour Noël, et qu’on les y laisse jusqu’en février. Que la tradition est très ancienne, qu’autrefois on le faisait avec des bougies.

Rendre visibles les invisibles… Je me suis dit que ça devait coûter une fortune en bougies, à l’époque, et qu’il est fort heureux que le pays produise tant d’électricité ‘verte’ (ou faut-il dire ‘blanche’ dans le cas d’ l’Islande :-))

Kirkjugarður: c’est là qu’on remarque que l’islandais est une langue germanique qui ressemble parfois étonnamment au néerlandais, où pour ‘le cimetière’ on forme le même mot composé, kerkhof / kirkjugarður, littéralement le jardin (autour) de l’église.

La photo n’est pas de moi, source de l’image ici.

(1) par quoi elle voulait dire: on ne veut pas de ça, on n’a pas besoin de ça!

I comme inspiration chez Lali

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Marjorie court aussi vite qu’elle peut, tenant solidement son parapluie à deux mains. Elle aurait dû écouter la météo, elle se sentirait moins ridicule à galoper sur ses bottes à hauts talons, tout juste bonnes pour la parade.

Dans cet ouragan de neige, François n’a pas assez de ses deux mains pour tenir son parapluie (inefficace), sa mallette et son écharpe qui s’envole.

Derrière lui, Jean court à toutes jambes, le cou enfoncé dans les épaules, le manteau au vent. Voilà bien trois ans qu’on n’avait plus eu de bourrasque pareille.

André a attaché son vélo à un poteau, abandonnant la lutte: il préfère encore rentrer à pied, il viendra le reprendre plus tard, quand la route sera déblayée.

En polo rayé à manches courtes, pantalon flottant en toile grise, son petit feutre mou vissé sur le crâne, Romain se balade tranquillement. Une main en poche. Il lit sous le blizzard. Sous ses pas, la neige fond.

Le soir, il a sa mère au téléphone:

– Alors, mon chéri, comment ça s’est passé, cette publicité pour Damart?

consigne et source de l’image chez Lali.

C comme chaud!

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Oui, vous avez bien vu, on se baigne en plein air, il fait -4° C et il y a un vent à déraciner les arbres (c’est peut-être aussi pour ça qu’il n’y en a pas à des kilomètres aux alentours, il n’y pousse que de la mousse ;-)) mais on fait trempette: l’eau est à 38°, elle sort de terre plus chaude encore et passe d’abord par la centrale électrique d’à côté (centrale géothermique).

Vous comprenez alors d’où vient ce flou de la photo: on se baigne dans des vapeurs d’eau chaude qui ont en prime une légère odeur d’œuf pourri et ça vous rappellera sûrement ce jour-là, où au cours de chimie votre prof vous en aura fait profiter aussi, de préférence en fin de cours, sauf s’il est sadique 😉

L’eau est bleutée et opaque, à cause des minéraux qu’elle contient, la silice pour l’aspect laiteux, et des algues bleues. Tout ça est paraît-il excellent pour la peau.

Se non è vero… è ben trovato, parce que commercialement ça marche du tonnerre, il faut réserver sa place longtemps à l’avance et on y arrive par bus entiers…

Photo prise le premier janvier 2019 et info ici.

 

R comme Rigoni

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En ce premier matin de l’hiver 2018, un petit retour en arrière avec Mario Rigoni (1921-2008) et ses réflexions nostalgiques sur les hivers d’autrefois:

L’inverno è il momento della riflessione, ma anche il momento della sofferenza, specialmente per chi ha tanti anni e ha memorie lontane: quante case, ad esempio, non avevano il riscaldamento? 

L’hiver est le moment de la réflexion mais aussi celui de la souffrance, surtout pour ceux qui comptent de nombreuses années et ont des souvenirs très anciens: combien de maisons, par exemple, n’avaient pas de chauffage?

È anche l’inverno della guerra. E l’inverno della guerra si riempie di memorie. 
L’inverno porta con sé anche le memorie della neve, le grandi sciate. 
È il momento delle riflessioni della vecchiaia e anche la gioia dei bambini quando arriva la prima neve che, con la bocca aperta guardando il cielo, s’impegnano a raccogliere i fiocchi che scendono.

C’est aussi l’hiver de la guerre et il est plein de souvenirs. Il porte en lui des souvenirs de neige et de ski. C’est un moment de réflexion pour la vieillesse et de joie pour les enfants quand arrive la première neige, qu’on regarde le ciel la bouche ouverte en s’efforçant d’attraper les flocons.

L’inverno è anche una tavola grande, dove si sta in tanti e un fuoco che brucia per scaldare. 
È la stagione fatta per leggere anche se oggi la televisione sostituisce in parte questa abitudine oltre a quella del racconto – non ci sono più né la nonna, né gli anziani che narrano storie vissute, sostituiti dalla televisione che racconta storie banali e false.

L’hiver ce sont les grandes tablées et le feu qui brûle pour se réchauffer. C’est la saison idéale pour la lecture, même si aujourd’hui la télévision remplace souvent cette habitude, comme celle des histoires qu’on se raconte – il n’y a plus ni grand-mère ni personnes âgées qui racontent leur vécu, elles sont remplacées par la télé qui raconte des histoires fausses et banales.

Se ci guardiamo intorno, noi anziani ancora vediamo la nostra fanciullezza: le capriole, le corse nella neve, il freddo, il gelo… non importava nulla e si viveva, mentre la fantasia navigava in modo leggero e si caricava di mistero.

Si nous regardons autour de nous, nous les anciens voyons encore notre enfance: les cabrioles et les courses dans la neige, le froid, le gel… ça n’avait aucune importance quand l’imagination galopait avec légèreté et se chargeait de mystère.

In questi anni abbiamo perso tanto.
Non sappiamo più vivere l’inverno come si viveva una volta. Forse la colpa è dei termosifoni e dell’aria condizionata che ci ha fatto perdere il gusto del passare delle stagioni.

De nos jours, nous avons beaucoup perdu. Nous ne savons plus vivre l’hiver comme autrefois. Peut-être est-ce la faute des radiateurs ou de la climatisation, qui nous ont fait perdre le goût du passage des saisons.

Pensate al focolare, in una cucina di montagna qualsiasi (non occorre essere in una famiglia ricca): in tutte le case solitamente c’era almeno un libro dell’infanzia, e ci si metteva vicino al fuoco per leggere e parlare…
L’inverno vissuto in un’altra maniera: quale dei due scegliere?
Certamente è una tradizione che va recuperata, quella della lettura, anche senza il fuoco, ma pensate che tristezza non avere più il fuoco!
Il fuoco è una grande compagnia.

Pensez au foyer, dans n’importe quelle cuisine de montagne (pas besoin d’être une famille riche): dans toutes les maisons il y avait au moins un livre pour enfants et on s’installait près du feu pour lire et discuter…
L’hiver vécu d’une autre manière: laquelle des deux choisir?
Certes, la tradition de la lecture a survécu même sans le feu, mais quelle tristesse de ne plus l’avoir! Le feu tient bien compagnie.

Quando eravamo in Albania (io avevo 18 anni ed ero in guerra) c’era una signora che raccontava le storie dell’Orlando Furioso: era una poetessa e recitava accanto al fuoco l’Orlando Furioso… chissà come l’aveva imparato. Oggi si accende la televisione e chissà se si sa ancora cos’è l’Orlando…
Cerchiamo di liberarci dai nostri condizionamenti e riconquistiamo ciò che ci fa “rivedere le stelle” e non solo in senso metaforico.

Quand nous étions en Albanie (j’avais 18 ans et j’étais sous les armes) une dame racontait les histoires d’Orlando Furioso. Elle était poète et racontait l’Orlando Furioso, à côté de l’âtre… Qui sait comment elle l’avait appris. Aujourd’hui on allume la télé… qui sait encore ce qu’est Orlando…
Nous cherchions à nous libérer de notre condition et à reconquérir ce qui fait « voir les étoiles », et pas seulement dans un sens métaphorique.

Ricordo una notte in Germania, era inverno: che meraviglia! Che silenzio! Un cielo pieno di stelle! Si erano spente tutte le luci e sembrava d’essere tornati indietro non di cinquant’anni, ma di settanta/ottanta.
Nella vostra vita vi auguro almeno un blackout in una notte limpida!

Je me souviens d’une nuit en Allemagne, c’était l’hiver: quelle merveille! Quel silence! Un ciel plein d’étoiles! Toutes les lumières étaient éteintes et il semblait qu’on était retourné en arrière, non pas de cinquante ans, mais de septante ou quatre-vingts ans.
Dans votre vie, je vous souhaite au moins un black-out pendant une nuit claire!

***

On nous promet depuis des mois la réalisation de ce vœu 🙂

Traduction de l’Adrienne. Ce texte et d’autres ici.

S comme stupeur et tremblements

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L’Adrienne ne sait même pas comment la chose s’est faite.

Il y a eu cet e-mail de sa carissima nipotina, un soir d’août, avec un lien vers des voyages hivernaux en direction du nord de l’Europe – la nipotina aime le froid.

Il y a eu la réaction étonnée de l’Adrienne, pourquoi tu m’envoies ça? tu penses aller fêter la nouvelle année en Islande, peut-être?

Et paf! la chose était réglée « à l’insu de son plein gré », comme pour Virenque en 1998, l’aller, le retour, le séjour et une paire d’activités sur place. Une baignade en eaux chaudes et une ou deux tentatives pour voir une aurore boréale.

Depuis août l’Adrienne essaie donc de se faire à l’idée qu’elle va payer un argent bête pour polluer la planète en prenant l’avion. Pour dormir cinq ou six nuits en Islande. Pour s’acheter les vêtements adéquats contre la pluie, le vent, le froid, tous plutôt extrêmes.

Elle en tremble à l’avance.

Bref, pour se faire à l’idée, elle s’est mise au skyr.