I comme il était une fois…

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Il était une fois les années nonante (1).

Il y avait une station-service à chaque coin de rue et les marques ne se battaient pas à coups de rabais: il fallait attirer le client – ou sa femme, ou ses enfants – en offrant des cadeaux.

Et des publicités télévisées rigolotes.

***

(1) en belge dans le texte

Merci à Monsieur le Goût pour son 63e devoir de Lakevio du Goût:

Hopper avait-il quelque prescience de ce qui nous arrive ? Que pouvait-il imaginer en peignant ce carrefour vide ? En avez-vous une idée ? D’ici lundi vous l’aurez écrit j’espère.

D comme démocratique?

<P>Maandag 3 augustus </P>

On entend de plus en plus deux sortes de voix, à propos des mesures sanitaires, comme le signe d’une dualité croissante dans l’opinion publique entre ceux qui se plaignent du « pas assez » et ceux qui crient au scandale antidémocratique.

Les mesures, disent ceux-ci, sont trop souvent contraires à la Constitution belge.
Elles sont donc illégales et mettent notre démocratie en danger.
Les « experts » ont pris le pouvoir, clament-ils.
Ou sont utilisés comme couverture.

Par exemple, ce couvre-feu décrété par Madame le Gouverneur de la province d’Anvers. Du jamais vu depuis l’occupation allemande et interdit par la loi belge.

Pouvoirs spéciaux, traçage des individus, fin annoncée du secret médical, tout ça est accepté par un grand nombre, vu le climat de peur qui a été créé.

Mais de plus en plus de gens commencent à se demander si ce sera « het nieuwe normaal« . Ils craignent que la majeure partie de ces mesures (comme le traçage ou la fin du secret médical) ne soient conservées dans un (hypothétique) après-corona. 

Bref, ça fait réfléchir.

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source de l’illustration ici – le caricaturiste Lectrr réutilise un tableau de Hopper pour faire référence à un point de l’actualité anversoise, où le couvre-feu (avondklok) a été décrété. Etant donné que Nighthawks date de 1942, cette réutilisation se justifie pleinement 🙂

M comme maillot

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Elle a pris le premier train du matin. Avec de trop nombreux bagages pour trois jours de villégiature à la mer et aux pieds des chaussures dont elle sait pourtant qu’elles lui font mal.

Mais ce n’est pas à quarante ans qu’elle va abandonner son souci d’élégance. Voyez la savante coiffure crantée qui a coûté une grosse demi-heure d’efforts à sa coiffeuse, hier soir, et qui l’a empêchée de bien dormir cette nuit, de peur de l’abîmer!

Quand elle est arrivée à l’hôtel, elle était épuisée par le voyage. Deux correspondances. Deux lourdes valises. Et quelle idée de s’être chargée d’un volume si épais! Comme si elle pouvait en venir à bout en trois jours! Il doit bien peser un kilo, lui aussi. Deux mille cinq cent quatre-vint-dix-huit pages…

Enfilons vite ce maillot, se dit-elle, et allons à la plage.

Il ne fallait même pas ouvrir les valises: elle l’avait rangé dans une poche latérale.

Et pourtant…

Et pourtant, la plage, elle ne l’a pas vue.

Car au moment où elle était enfin prête, dans son maillot neuf, l’orage, un de ces gros orages d’été a éclaté.

Alors elle s’est affalée tristement sur le bord du lit… allait-elle rester là, à lire les Misérables, ou bousiller sa belle coiffure en sortant se baigner sous la pluie?

***

Texte écrit pour le 43e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie, selon les consignes suivantes:

J’aime Hopper et son génie de l’étrangeté de la banalité. « Hotel Room » me le démontre et me pose la question : Que fait-elle donc, si peu vêtue, assise l’air si peu intéressé par son livre ? J’entrevois plusieurs cas. Et vous ? Qu’en aurez-vous dit lundi ?

Elle m’a fait penser à ces belles dames bien coiffées qui réussissent à nager en gardant la tête parfaitement au-dessus de l’eau et se mouillent à peine la nuque pour ne pas gâcher leur mise en plis 🙂

M comme maillot et M comme misérable(s) 😉

 

Bilan du 20

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– Je peux débarrasser? a demandé le serveur en désignant la tasse de Mathieu.

Elle a fait oui de la tête et a baissé les yeux.

Pas envie de croiser son regard, qu’il soit interrogateur, bienveillant ou narquois…
Non, pas envie.

Tout allait si bien, pourtant. Mathieu avait tout pour lui plaire.
Et elle-même lui plaisait aussi.
Elle le savait.

La preuve: il a tendu la main pour saisir la sienne, par-dessus la table.
Cette main inoccupée dans ce gant noir.

Sa prothèse.

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23e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie:

Hopper me rappelle chaque fois quelque chose de nouveau, me raconte une nouvelle histoire, un angle de vision que je ne soupçonnais pas. Et vous ? Que vous dit cette toile ? Que fait la cette jeune fille ? Qu’attend-elle ? Dites-le lundi…

Dernières frasques de Tintin

Ci-dessus, le « Travatia Hôtel » d’un Français (Marabout) qui s’inspire de Hopper pour réaliser des tableaux avec Tintin (mais où est Moulinsart, ses gommettes, ses procès et ses exigences financières?) et ci-dessous la toile dont il s’est inspiré, Edward Hopper, « Hotel Lobby, » 1943 (Indianapolis Museum of Art at Newfields, William Ray Adams Memorial Collection, 47.4 © 2019 Heirs of Josephine N. Hopper / Artists Rights Society (ARS), NY) (source ici)

Il s’est amusé à représenter Tintin avec des pin-up, de la bière et des cigarettes.

A voir sur son site, en toute impunité 😉

Edward Hopper,

W comme wagon de train

Retour de Bruxelles, un dimanche un peu avant midi. Quand je suis dans le wagon, je vois sur la banquette de l’autre côté du couloir un homme et son chien. L’homme porte des lunettes et regarde par la fenêtre. Son chien est un berger allemand. Il a un harnais. Je vois l’inscription. Je vois la canne blanche. Ce chien accompagne un aveugle.

Je me demande alors si cet homme n’aimerait pas savoir qui se trouve dans son compartiment. Ne devrais-je pas lui dire ‘bonjour’, de sorte qu’il entende au moins le son de ma voix?

Nous qui sommes dans le monde des ‘voyants’, nous levons la tête quand le train s’arrête et quand quelqu’un part ou s’installe. Nous observons les autres. Nos yeux nous disent un tas de choses sur tous ces autres. Mais lui, comment ressent-il cela?

J’éprouve une certaine gêne à le regarder alors que lui ne peut pas me voir.

Je me sens comme dans un tableau d’Edward Hopper: on est à la fois dedans et observateur du dehors…

hopper_nighthawks