I comme intimité

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« Avec la sédentarisation accrue de la classe ouvrière et l’aggravation des conditions d’habitat, doléances et désirs se précisent. Lors de l’enquête parlementaire de 1884, les ouvriers interrogés – c’est une première – se répandent en récriminations contre la malpropreté des garnis, « chambres à punaises », et des immeubles de rapport: murs crasseux, latrines toujours engorgées, odeurs nauséabondes… Plus positivement, ils expriment des vœux: un peu plus d’espace, au moins deux pièces […] Dès qu’ils le peuvent, les ouvriers séparent désormais le coucher des parents de celui des enfants. Avoir un bois de lit au lieu d’une paillasse est synonyme d’installation […] Par contre, lorsque le compagnon Maréchal ébauche un projet de constructions ouvrières, il ne prévoit pas des w.c. particuliers: « Le peuple ne demande pas à avoir des cabinets chez lui. »

Michelle Perrot, La vie de famille au XIXe siècle, éd. Points, Le Seuil, 2015, pages 169-170

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Changeons de sujet… dit le Goût, qui avait d’abord proposé une autre sorte de viande, plus animale et plus morte.

« Dites-moi ce que vous inspire cette « Femme essuyant son pied », un des nombreux nus de « femme à sa toilette » de Degas, à croire qu’il passait sa vie dans une salle de bains qui n’était pas la sienne. »

G comme grand nettoyage

2019-11-02 (25)

Depuis qu’on avait enlevé tous les tapis, Brenda était obligée de trouver une autre solution…

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Ecrit pour le Défi du samedi n°584: Wassingue – merci, Walrus!

« Oui, je sais, vous n’êtes pas de Lille !
Eh bien, moi non plus !
C’est par pur esprit de vengeance que je propose ce mot.
Vengeance à l’encontre d’un tas de Français qui continuent de penser que ce mot serait utilisé par nous, les Belges.
Personne dans mon pays n’utilise ce mot (en dehors bien sûr de quelques immigrés fiscaux français qui se gardent bien d’utiliser la chose eux-même et préfèrent la laisser
au petit personnel de maison).
La preuve dans cette passionnante étude !
Donc, si wassingue ne vous dit rien, racontez-nous donc une histoire de serpillière,
torchon, loque (à reloqueter), patte, panosse, pièce, cinse, toile, ou tout autre vocable en usage dans votre région.
Pour ma part, j’estime en avoir fait assez, considérez ceci comme ma propre participation. »

Photo prise à l’expo Banksy, espace Lafayette.

F comme foule, files, folie

2019-11-01 (34)

A Paris, si on veut voir une des étoiles du firmament de la peinture, on n’a pas d’autres perspectives que de se lever tôt et de faire la queue.

Même, s’il le faut, sous le parapluie, en bravant des températures de novembre.

Même – j’en ai vu plusieurs! – avec des poupons endormis dans leur maxi-cosy.

C’est dire la passion qui pousse tous ces gens, là sur la photo prise au Grand Palais, à se mettre dans une file qui se poursuit jusque sur les boulevards, alors qu’ils ont tous un billet réservé, avec nom, date et heure.

Avec bien sûr en record absolu la Mona Lisa, pour qui il faut faire la queue deux fois: une fois pour entrer au Louvre et une deuxième fois pour avoir le droit de prendre un selfie devant cette vedette plus flashée quotidiennement que les plus grands rois football pendant toute leur carrière.

Vous avez exactement dix secondes pour le faire avant que deux gardiens vous aboient sans complaisance qu’il faut laisser la place au selfiste suivant.  

***

Texte écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: étoile – complaisance – football – perspectives – novembre – passion – poupon

R comme rebondir

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version 1

Quand Eva est sortie du tribunal, ses amis l’attendaient.

– Voilà, c’est fait! leur a-t-elle simplement dit.

Grégoire a jeté un œil au clocher de l’église:

– Bientôt midi, s’est-il écrié, faut que je file chercher Louise à la crèche! Je t’appelle ce soir!

Les trois copines formaient un bloc consterné, ne sachant trop que dire.
C’est finalement Élodie qui a pris l’initiative:

– Viens, on t’offre un chocolat chaud! 

*** 

version 2

A la sortie de l’église, Grégoire les a tout de suite quittées.

Elles ont compris et accepté qu’il n’avait pas envie de parler.

Aucune d’entre elles n’avait même osé lui dire qu’il aurait dû enlever son bonnet pendant l’office.

– Au revoir, les filles, il a dit, les mains dans les poches, remarquant in extremis le camion arrivé brusquement à sa hauteur alors qu’il allait traverser.

– Pauvre Grégoire, dit Élodie en se tournant vers Eva, qui se tenait un peu à l’écart, les yeux baissés sur les pavés inégaux du parvis. Pauvre Grégoire, il ne s’en remettra jamais…

– Il s’en remettra, se dit Eva en reboutonnant son manteau sous le vent aigre.

Mais elle a préféré garder cette pensée pour elle.

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 13: Que fait-elle là, qui semble isolée du groupe ? Elle semble penser à autre chose. Mais à quoi ? Peut-être le savez-vous. Si vous le savez, dites-le, comme toujours dans la zone commentaire de mon devoir. Celui que j’aurai fait lundi.

Merci Le Goût!

O comme Olivia

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Elle marche d’un bon pas, en essayant de ne pas trop claquer des talons. Tout résonne si étrangement dans l’obscurité des rues vides.

Sous son imperméable trop léger pour la saison, elle a la chair de poule. Son petit chapeau cloche est passé de mode depuis longtemps.

Elle a froid, elle est fatiguée, elle a faim. Près du boulevard, des odeurs de grillades lui rappellent que son dernier repas date de la veille.

Elle espère que là d’où elle vient, on ne remarquera pas trop vite son absence. Qu’elle aura le temps de se mettre à l’abri.

Et malgré les dangers qui la guettent, elle regarde la grande ville avec émerveillement.

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Ecrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants:

poule – talon – chapeau – grillage – imperméable – absence – émerveillement – obscurité

Photo prise à Bruxelles, au Mont-des-Arts.

L comme livraison

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– Je ne te crois pas! lui dit-elle.

Ça faisait déjà un moment qu’ils marchaient dans Prague, la nuit était tombée, les réverbères allumés.

Ils marchaient sans parler, les mains dans les poches, les yeux à terre.

Il avait fini par la distancer un peu, quand arrivés au pont Charles elle lui a lancé:

– Je ne te crois pas!

Ça n’en finirait donc jamais avec cette histoire!

Tout ça pour un portrait perdu par Chronopost!

Si seulement il pouvait remettre la main sur le message laconique qu’il avait reçu pour le lui annoncer…  

Paquet perdu!

Mais le pire, c’était que Sibylle s’en était fait tout un roman et qu’elle y voyait dieu sait quelle preuve d’infidélité, quelle machination, quelle noirceur de sa part.

Il sentit qu’il n’aurait la paix qu’au moment où il pourrait lui faire lire:

« Malgré tous nos efforts, nous n’avons pas été en mesure de localiser votre colis et celui-ci est considéré comme perdu. »

Perdue, une si belle toile!

***

Devoir de Lakevio du Goût N° 12

Vous avez déjà une idée de ce qui surgit de cette toile d’Aldo Balding.
Racontez l’histoire que vous avez à coup sûr imaginée et prévenez en le disant en commentaire du devoir que je vous présenterai lundi.

Merci le Goût!

K comme krapoverie

Hexamètres pas miam!

Venu à Amsterdam
Ecouter José van Dam
Il a fait un ramdam
Quand devant la webcam
D’une boutique Eram
Il a vomi l’édam
Sur les pieds d’un quidam
Au passage d’un tram…
Non ce n’est pas très glam!

***

Ce 18e ‘K comme krapoverie’ a été écrit d’après cette consigneAEV 1920-04 Logorallye des mots qui se terminent par « m »

Merci Joe Krapov!