R comme Renoir

Mini-Adrienne passe huit jours à l’hôpital et reçoit des visites.
Chacun lui apporte une babiole pour laquelle elle remercie poliment.
Chaque fois elle espère en vain que ce sera un livre.

Le cadeau dont elle se souvient le mieux, c’est celui de Catherine, qui vivait avec sa grand-mère dans un magasin d’articles de décoration.
C’était un petit cadre d’à peine dix centimètres entourant un carré de soie sur laquelle étaient peintes les deux jeunes filles de Renoir au piano.

– Que c’est joli! que c’est fin! s’exclame sa mère.

Mais mini-Adrienne aurait préféré que la grand-mère de Catherine soit libraire 🙂

***

tableau de Renoir et consignes chez Lali, que je remercie!

Bilan du 20

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– Je peux débarrasser? a demandé le serveur en désignant la tasse de Mathieu.

Elle a fait oui de la tête et a baissé les yeux.

Pas envie de croiser son regard, qu’il soit interrogateur, bienveillant ou narquois…
Non, pas envie.

Tout allait si bien, pourtant. Mathieu avait tout pour lui plaire.
Et elle-même lui plaisait aussi.
Elle le savait.

La preuve: il a tendu la main pour saisir la sienne, par-dessus la table.
Cette main inoccupée dans ce gant noir.

Sa prothèse.

***

23e devoir de Lakevio du Goût, que je remercie:

Hopper me rappelle chaque fois quelque chose de nouveau, me raconte une nouvelle histoire, un angle de vision que je ne soupçonnais pas. Et vous ? Que vous dit cette toile ? Que fait la cette jeune fille ? Qu’attend-elle ? Dites-le lundi…

O comme Olivia

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– Il n’a pas connu la tendresse d’un foyer, dit l’une.

– Ce qu’il a vécu dans sa famille l’a complètement déstabilisé, dit l’autre.

– L’attrait de l’interdit est irrésistible, dit un troisième.

– Ça fait une éternité que je vous prédis que ça arriverait, dit un autre.

– Bon, qu’est-ce que vous proposez ? demande le directeur.

Assis dans le couloir, le principal intéressé s’ennuie. D’un doigt distrait, il agrandit peu à peu le trou par lequel s’échappe déjà un peu du rembourrage de son siège.

Il ne voit pas le givre sur les trois platanes de la cour.

Il ne voit pas le merle sur la plus haute branche.

– Bonjour ! dit Madame en passant à côté de lui.

Il lève sur elle un regard vide.

Il n’a pas treize ans.

***

Écrit pour Olivia Billington, que je remercie, avec les mots imposés suivants : proposer – rembourrage – givre – irrésistible – déstabiliser – foyer – tendresse – éternité

N comme nom d’une pub!

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– Pour fêter ta convalescence, je te fais un clafoutis aux griottes, annonce-t-elle en se ceignant de son tablier.

On était encore à l’époque de la publicité Babette je la lie, je la fouette et l’Homme vivait dans un hôtel cinq étoiles. Il trouvait ça parfaitement normal.

C’est bien sûr au moment où elle a une couche de beurre et de farine sur les mains que sonne le téléphone.

– Tu décroches? fait-elle à l’homme en essayant de surmonter le vacarme de l’électro-ménager et de la neuvième symphonie de Beethoven réunis.

Peine perdue: voilà que le chien rentre de sa promenade avec Muanza – ou est-ce le contraire – et qu’il ajoute encore sa turbulence au tableau. Ainsi que plus de trois grains de poussière… mais l’aspirateur aussi Babette en fait ce qu’elle veut.

– Tu as l’air d’aller mieux, dit Muanza à l’homme qui gît dans le canapé. Enfin, ajoute-t-il prudemment, en comparaison d’hier.

– Je risque de survivre, soupire l’Homme, qui affectionne les expressions abstruses.

***

Ecrit pour 13 à la douzaine, que je remercie, avec les mots imposés suivants: 1 grain 2 téléphone 3 turbulence 4 couche 5 farine 6 publicité 7 abstrus 8 griotte 9 vacarme 10 rentrer 11 comparaison 12 étoile et le 13e pour le thème : convalescence

Photo de Chien Parfait encore tout jeunot mais déjà avec ses longs poils et pattes à poussières 🙂

K comme Kilimandjaro

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Ils ont pris l’avis d’autres personnes ayant déjà tenté l’expérience.
Ils ont acheté tout le matériel nécessaire.
Ils se sont un peu entraînés.
Pas assez, sans doute.
Mais ils étaient jeunes et confiants.

Ils ont consulté la météo.
Décidé des meilleures dates.
Discuté.
Tranché.
Posé leurs congés.

Ils ont vérifié une dernière fois qu’ils avaient bien tout ce qu’il fallait.
Coché leurs listes.
Senti monter l’adrénaline.
Le grand moment est arrivé.

Ils ont fermé la porte de la maison derrière eux.

Et installé leur tente dans le jardin, pour huit jours de vie sauvage.

***

Pour le 22e devoir du Goût, que je remercie: Je sais bien pourquoi je suis là, au bord de cette route et ce qui m’y a amené mais vous ? Qu’est-ce qui a fait que vous y êtes ? Dites-le, avec ou sans fleurs mais dites-le…

I comme industrie

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– On veut le changement, s’énerve l’ami Phil mercredi soir, mais jusqu’à présent aucune éolienne ne tourne dans toute la zone! Chaque fois qu’il est question d’en installer, le même scénario recommence: un comité se forme, incite à la mutinerie collective, fait du tapage médiatique, prédit toutes sortes de troubles mentaux et physiques… Bref, tu vois le tableau.

– Mais comment réussit-on à trouver tous ces sans-culottes pour une éolienne dans la zone industrielle, là où il n’y a pas de riverains? Elle ne dérangera personne! s’étonne l’Adrienne.

Phil soupire. Parle d’utopie. Évoque l’exemple allemand. Même nos voisins wallons font mieux que nous, c’est dire si on est à la traîne 😉

– En tout cas, conclut-il, je suis fier de ce que j’ai réalisé, avec tous les arbres que j’ai plantés autour de ma firme, quand on regarde par la fenêtre, on se croirait dans un bois!

***

écrit pour les Plumes d’Emilie – que je remercie – avec les mots imposés suivants: mutinerie – trouble – manque – culotte – bois – changement – utopie – industrie – recommencer – tourner – tableau – tapage.

Photo prise à Tongres fin novembre.

G comme gratitude

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Quelle calamité, soupire-t-elle en arrivant par inadvertance dans la Adolf Buylstraat, richement éclairée et tonitruante, où le moindre édicule est paré comme un casino de Las Vegas, quelle calamité de devoir supporter partout ce vernis de cheerful and joyful!

Dépenser des sous semble être l’ultime récompense d’une année de labeur et ces mêmes gens qui en d’autres circonstances crient stop à la destruction de la planète, s’ébaubissent dans la rue commerçante sous un éclairage aussi éblouissant que le soleil en plein midi.

Calme-toi, Adrienne! Souris! Admire les vitrines. Tu as vu ce merveilleux cygne en chocolat blanc? Tu as vu ces montagnes de paquets de gâteaux avec leurs ficelles rouges tire-bouchonnées? Vois le bonheur sur le visage de ces enfants! Chez eux il n’y a pas de simulation…

Et c’est complètement rassérénée qu’elle est arrivée chez sa carissima nipotina, avec qui elle partage ce soir-là les agapes d’usage 🙂

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Ecrit pour 13 à la douzaine, que je remercie, avec les mots imposés suivants: 1 calamité 2 vernis 3 édicule 4 récompense 5 stop 6 circonstance 7 simulation 8 cygne 9 ficelle 10 souris 11 éclairage 12 soleil et le 13e pour la route  : partage