Défi du 20

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Paris, Londres, Vienne, Prague, Budapest, Stockholm…

L’Adrienne fait l’inventaire des villes européennes où elle devrait se rendre pour aller y admirer un tableau ou des gravures de Pieter Bruegel l’Ancien.

Et Washington? lui demanderez-vous. Et New York? Et… et… et…

C’est vrai, « il fut un temps » où elle rêvait d’aller dans quelques grands musées nord-américains.
Mais elle a abandonné l’idée.

D’ailleurs, elle devrait commencer par aller à Anvers 😉

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écrit pour le défi du 20:

Le défi du 20 est chez Passiflore, merci à elle!

Tout savoir sur l’œuvre en photo ci-dessus? Plaustrum belgicum (Le chariot belge) c’est .

O comme ogresse

111ème Devoir de Lakevio du Goût

33 best Marc Chalme images on Pinterest | Oil on canvas ...

– Tu crois qu’elle nous voit, la dame d’en face?

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Merci à Monsieur le Goût pour le tableau et la consigne:

C’est bien parce que j’ai « le sens du devoir » parce que je ne suis pas en état ! J’espère que mon sacrifice ne sera pas vain… J’aime cette toile calme de Marc Chalmé. Néanmoins… Je me demande ce qui traverse l’esprit de ces deux enfants. Bah… On le saura lundi, vous aurez des idées j’en suis sûr…

K comme krapoverie

Il me vient une idée!

– Monsieur l’ogre, pourriez-vous vous occuper de la maison des voisins? Merci.

Et c’est ainsi que la musique s’est arrêtée 🙂

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écrit pour la consigne de Joe Krapov – mille fois merci – qui demandait d’utiliser deux des formules suivantes et une illustration au choix:

– Pour ne pas perdre le Nord
– Moi je t’offrirai la Belgique
Il me vient une idée
– C’est ici qu’on cherche fortune
– Un amour de Mouloudji
– Meilleurs vœux
– Rêver
– Bercer
– Le marché de Cherbourg
La musique s’est arrêtée

H comme histoire familiale

Le 10 mai 1940, comme bon nombre de Belges, les quatre futurs grands-parents de l’Adrienne étaient prêts à se jeter sur les routes en direction de la France.

Côté paternel, à la chapellerie, chacun était paré : les deux gamins portaient fièrement leur petit sac à dos de scout et le plus jeune se trouvait investi de la mission de confiance, le transport du pique-nique. Du pain, du saucisson.

Prêts à partir à pied pour l’aventure.

Mais au dernier moment, alors qu’ils étaient déjà tout harnachés au seuil de la porte, le père a changé d’avis : tous ces pauvres gens qui remontaient sa rue en direction du sud avaient l’air d’être déjà en bout de course, exténués et hagards. Ce n’étaient plus les belles voitures du début, ni les attelages, mais des charrettes à bras et de tristes baluchons. Comme le leur.

Alors il est rentré et a déclaré qu’ils resteraient là, finalement.

C’est le gamin au saucisson qui en a été le plus déçu.
Il avait 12 ans.

De l’autre côté de la ville, chez grand-mère Adrienne, on ne cessait de peser le pour et le contre : en fait, grand-père était pour, grand-mère était contre. Elle s’imaginait la soldatesque allemande dans sa maison et cette idée lui était intolérable :

– Il n’est pas question, déclara-t-elle finalement, il n’est pas question que je leur laisse ma machine à coudre toute neuve !

Une Singer qui venait précisément des usines berlinoises.

C’est ainsi que des deux côtés de la famille de l’Adrienne on a continué à faire ce qu’on faisait très bien depuis des siècles : ne pas quitter la ville où on était né.

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écrit pour le Défi du samedi n°697, où Walrus proposait le mot ‘nomade‘. Merci à lui!

La Singer, la suite de son histoire et sa photo sont dans ce billet de 2015.

Le défi du 20

109ème Devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Goût_109.jpg

Non, Mariannick n’est pas zen, pas zen du tout.

D’ailleurs, le mot lui est inconnu. Son français de cuisine lui permet tout juste de communiquer avec sa patronne.

C’est un peu pour ça aussi, pour pouvoir parler, s’épancher, partager des nouvelles, qu’elle est si heureuse de croiser une payse, en allant au marché.

Et elles se plaignent un peu, toutes les deux, en se tenant les mains.

Mariannick a bien besoin de s’épancher aujourd’hui: elle vient d’apprendre un nouveau mot, ce matin, dans la cuisine de sa patronne.
Le mot zinc.

Et tout le monde riait bien fort en le lui disant, que c’était là qu’elle devait chercher son homme, quand il ne rentrait pas le soir.

Les Bretons de Paris à l’Étoile, Agence Rol, 1922 – source : Gallica-BnF

Merci à Monsieur le Goût pour le devoir n°109

Cette lithographie de Maurice Utrillo, que j’ai vue il y a bien longtemps au « MOMA » et qui m’est revenue à l’esprit au musée de l’Orangerie il y a deux jours, me saute à la mémoire. Et à vous ? Bah ! On verra lundi…

Et merci à Lisamax pour sa consigne du 20:

écrire un texte avec la lettre de votre choix et ses mots ou écrire un texte avec les 4 lettres et 8 mots, Watt et Wassingue, Xylophage et Xylophone, Yé-yé et Yo-yo, Zen et Zinc

O comme odeur

Photo de Alex Azabache sur Pexels.com

– Eh bien? Qu’est-ce que vous faites? lance Cindy, tout étonnée de voir Mme de B*** assise à table en train de griffonner, au lieu de l’attendre dans son fauteuil comme d’habitude.

– Vous le voyez bien, ma petite Cindy: j’écris!
– C’est vos cartes de vœux, peut-être? Moi y a longtemps que j’en écris plus!

Cindy jette ses affaires au portemanteau et booiinng le casque de moto sur le petit meuble de l’entrée.

Inutile de s’énerver, pense Mme de B***, elle ne changera jamais.

Elle en est encore à se demander si elle va lui répondre qu’elle écrit une nouvelle pour un concours organisé par son magazine quand elle se rend compte que Cindy ne l’écoute déjà plus.

– Faudra que je retourne chez le docteur. Pour mon poignet. Je vais lui dire de me mettre en congé. Comme ça je serai à la maison pour Matteo. Rapport à ses examens de décembre…
– Ah oui, je vois.
– Bon, je vous laisse à vos écritures, je me mets au travail, plus vite ce sera fait, plus vite je peux rentrer!

« La marquise de B*** a trente ans, le teint frais, le nez court, les yeux noirs ; elle préfère l’été à l’automne et les remords aux regrets » relit-elle, dans le but de reprendre le fil de son écriture. Mais c’est compter sans l’ouragan qui sévit dans sa cuisine.

Pauvre Matteo, se dit Mme de B***, il serait bien plus tranquille pour préparer ses examens si sa mère allait au travail…

Son but est d’écrire une sorte de « folle journée de Mme de B***« , avec des quiproquos amoureux, des portes qui claquent, une petite touche de Mozart et de Beaumarchais, mais transposé sur une île grecque.

Oui, pourquoi une île grecque? la voilà qui hésite.
Elle n’a jamais mis les pieds en Grèce.

Peut-on parler d’un pays dont on ne connaît même pas l’odeur? Est-ce que la plage y sent plutôt la mer ou les pins? ou l’huile à bronzer?

– Ben quoi, vous êtes où, là? fait Cindy, campée devant elle, les poings sur les hanches. ça fait bien trois fois que je vous parle et que vous répondez même pas!
– Oh! pardon, ma petite Cindy. Je crois que j’étais en Grèce, sourit Mme de B***
– En Grèce? qu’est-ce qu’y mangent, là-bas? J’ai justement pas d’inspiration pour ce soir.
– De la moussaka? propose Mme de B***. De la feta? Des feuilles de vigne?
– Beurk non, je vais plutôt faire des frites, tout le monde aime ça!

La voilà, mon île grecque ! se dit Mme de B*** en refermant son cahier.

***

Merci à Joe Krapov pour sa consigne « Petit éloge des vacances » où on a puisé les éléments suivants:

La folle journée de Mme de B*** La marquise de B*** a trente ans, le teint frais, le nez court, les yeux noirs ; elle préfère l’été à l’automne et les remords aux regrets. La voilà, mon île grecque !

Et merci à l’atelier en questions pour sa 30e question: « Pouvez-vous me décrire plus précisément cette odeur?« 

K comme Kerst

108ème Devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Goût_108.jpg

Forte récompense à qui retrouvera l’enfant de sexe masculin né dans une étable de Bethléem à l’époque du recensement. Adresser tout renseignement à Hérode.gmail.com

Saison d’ouverture de la chasse le 15 septembre: cet abri ne sera pas disponible pour les parturientes entre le 15 septembre et le 31 mars. Merci de votre compréhension!

Avis aux non-fumeurs: le briquet ou les allumettes sont indispensables pour allumer correctement l’encens. Veuillez respecter les précautions d’usage et lire attentivement la notice.

Si vous lisez cette affiche, c’est qu’il est déjà trop tard: le père putatif, la mère vierge et l’enfant nouveau-né sont partis pour le soleil d’Égypte. Ils ne reviendront qu’à la mort d’Hérode prévue en l’an 4 avant Jésus-Christ.

Prière de ne pas déranger l’âne et le bœuf ni de leur jeter des cacahuètes.

Attention danger : chute de poussières d’étoile. Informer immédiatement la NASA si vous en êtes témoin.

Zone exclusivement réservée aux bergers entre le 25 décembre et le 6 janvier, date à laquelle elle est réservée au passage des mages.

Le propriétaire de l’étable est prié de la laisser en l’état afin qu’on puisse en faire un écomusée et lieu de pèlerinage pour les siècles des siècles. Amen.

Les parents de la petite Marie ont la profonde joie de vous annoncer le mariage de leur fille avec Joseph de la tribu de Juda. Étant donné les mesures sanitaires, la cérémonie a eu lieu dans la plus stricte intimité.

Appel aux bonnes volontés: recherchons d’urgence peintres, sculpteurs et musiciens pour immortaliser la scène.
Écrivains s’abstenir.

***

merci à Monsieur le Goût pour son devoir n°108

Cette porte de grange ou d’étable, va savoir, me rappelle quelque chose ces temps-ci. Je profite après le début de l’Avent avant Noël, pour vous suggérer de fait un sujet en complément des fêtes. Elle m’inspire évidemment une histoire. Plus exactement un dévoiement.
Mais à vous ? Vous lira-t-on lundi ?

Et merci à Joe Krapov pour cette consigne:

Rédigez un avis à afficher dans la rue, dans une bibliothèque, aux toilettes, au travail, dans un cimetière, dans une forêt, dans un bureau de vote, etc.
Quelques embrayeurs :
Forte récompense à qui…
Saison d’ouverture de…
Avis aux non-fumeurs
Si vous lisez cette affiche, c’est qu’il est déjà trop tard…
Prière de ne pas déranger les…
Attention danger : chute de…
Zone exclusivement réservée aux…
Le propriétaire de la…
Les parents de la petite…
Appel aux bonne volontés…

J comme jitterbug

De l’enfance à aujourd’hui, l’Adrienne n’a jamais réussi à être « de son temps », et certainement pas en ce qui concerne les goûts musicaux.

D’abord parce que pendant sa petite enfance, elle n’a entendu que les chansons de l’époque de son grand-père, qui était jeune entre les deux guerres.
Et un passage de la 6e symphonie de Beethoven qui annonçait le début de l’émission quotidienne « voor boer en tuinder » au moment du repas de midi.

Ensuite, à l’adolescence, elle n’entendait que les émissions qu’aimait le père, grand amateur de la musique jazzy américaine qu’il avait découverte après la seconde guerre mondiale.
Et le dimanche, avec sa chorale, il perpétuait l’art du chant grégorien.

Meilleure Amie a voulu faire un peu son éducation à l’époque où elle n’écoutait que Vivaldi et Tchaïkovski, malheureusement pour la mise à jour, Meilleure Amie aimait ce qu’aimait son grand frère, qui avait huit ans de plus qu’elles.

Et ainsi de suite.

De sorte qu’aujourd’hui encore, quand une ancienne élève lui parle d’Ed Sheeran, la stupide Adrienne répond « Ed qui? » et sert sa pirouette habituelle: « tu sais, moi, en dehors de Mozart, je ne connais rien » 🙂

***

écrit pour le Défi du samedi où Walrus proposait la vidéo ci-dessus en illustration du mot proposé, jitterbug. Merci à lui!

E comme Elvire

107ème devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Goût_107.jpg

Elle ne s’appelle pas Ophélie mais Elvire.

Elvire aussi « flotte très lentement couchée en ses longs voiles« .
Ou plutôt au singulier: dans son voile de première communiante.

Depuis plus de mille ans, ou plus de cent, quelle importance? Personne ne se souvient d’elle.

– Comment s’appelait cette petite qui est morte, demande Monsieur Neveu le soir du 2 décembre.

Après dix-huit mois de silence, ça compte comme entrée en matières 😉

Apparemment, « là-bas » ils étaient en train de discuter de l’arbre généalogique et n’arrivaient pas à le reconstituer.

– Je pensais qu’elle s’appelait Emma, répond-il.

Petite fille emportée par la maladie dans sa dixième année, un matin d’avril.

Aucun rapport, vous l’aurez compris, avec ce tableau où on voit un type barbu donner des leçons très particulières à une jeune fille lovée sur ses genoux – oh le bel alibi des livres et des papiers sur le bureau! oh le fragile écran formé par le paravent! – sous le regard sévère des photos de famille posées sur la cheminée 🙂

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne:

J’aime cette toile de Valloton dite « Intimité ». Elle m’inspire des tas de choses. J’espère qu’à vous aussi. Ce qui serait vraiment bien c’est que votre histoire, car j’espère que ce sera une histoire, c’est qu’elle commençât par « Flotte très lentement couchée en ses longs voiles » et qu’elle finît par « C’est qu’un matin d’avril ». Je sais, c’est tiré de quelque chose de connu mais que j’espère, vous aimez autant que moi.
À lundi…

Y comme yard

106ème devoir de Lakevio du Goût

Les voyez-vous, à l’arrière-plan du tableau, ces chalutiers à vapeur en route vers l’Angleterre?

Ils ont quitté Ostende pour Milford Haven, où il en arrive quotidiennement en cette mi-septembre de 1914. D’autres seront envoyés au port de Fleetwood. Tous seront embrigadés pour la défense de l’espace maritime anglais et l’indispensable approvisionnement.

Parmi eux, il y a Louis Ponjaert.
Il est le schipper du O.151, Nadine, que la Société des Pêcheries ostendaises vient d’acquérir en janvier de cette année-là.

L’homme a tout juste cinquante ans.
C’est lui qui sera une sorte de recordman du sauvetage en mer. Le 25 décembre 1914 il sauve 42 membres de l’équipage d’un navire marchand anglais torpillé par les Allemands et le 30 mars 1917 il réussit l’exploit de sauver l’équipage entier du Liverpool, 73 personnes.

Nombreux sont les pêcheurs ostendais à être victimes d’un U-boot ou de mines. Mais Louis Ponjaert réussit à rentrer à Ostende après la guerre et continuera son travail de schipper – commandant d’un bateau de pêche – sur le O.151 jusqu’en 1921.

***

Ceci n’est pas une fiction – sources oostendse visserij in 14-18.pdf et ici – Pour ceux qui souhaiteraient prononcer correctement Ponjaert, dites « ponne » puis « yarte » – Merci à monsieur Le Goût pour sa consigne:

Mais que diable fait cette barque vide au bord de l’eau ? Au moins ça m’inspire… Mais vous ? J’espère que lundi vous aurez dit quelque chose sur cette embarcation mystérieuse.