B comme Bruxelles tropicale

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Samedi dernier, il faisait encore 33°C alors qu’il était l’heure d’aller manger un bout avant la soirée à l’opéra.

L’Adrienne plaint de tout cœur la serveuse que les clients de la table d’à côté envoient constamment chercher encore quelque chose, au lieu de tout demander en une fois. La pauvre monte et descend les escaliers au gré de leurs caprices et reste bien gentille.

Le restau n’est pas climatisé et l’Adrienne, qui normalement n’aime pas du tout ça, a cette fois été bien contente de pouvoir se réfugier deux fois dans les 20° de sa chambre d’hôtel. Ou d’en profiter dans les magasins – lieux qu’elle fuit ordinairement – mais où elle a longuement traîné à la recherche de cadeaux pour un petit garçon qui n’a pas deux ans.

La serveuse propose les suggestions du jour adaptées aux températures tropicales, des salades diverses, des assiettes froides, mais beaucoup de gens préfèrent quand même les steaks, les frites, la sauce béarnaise. A la cuisine aussi, les travailleurs doivent souffrir.

Bizarrement, la chaleur n’empêche pas non plus les touristes de se balader en dégustant des gaufres avec de la sauce au chocolat. Pourquoi, par plus de 35° à l’ombre, la gaufre est encore gagnante face aux glaces – comme le prouvent les chiffres de ce week-end de festival à Werchter, c’est tout à fait incompréhensible.

« En toch winnen de wafels van de ijsjes » dit le titre de l’article, malgré la canicules, les gaufres sortent gagnantes, pas les glaces.

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photo ci-dessus: a room with a view, le soleil se lève derrière la Grand-Place, cinq heures du matin.

C’est quoi cette histoire?

L’Adrienne a encore exactement dix jours pour se renseigner sur cet opéra dont elle ne sait RIEN 🙂

LE CONTE DU TSAR SALTANE, DE SON FILS, GLORIEUX ET PUISSANT PREUX, LE PRINCE GVIDONE SALTANOVICH ET DE LA TRÈS BELLE PRINCESSE CYGNE

Y a pas à dire, ça, c’est un titre!

Et l’info? elle est ici 🙂

L’autre question, c’est: comment l’Adrienne va réussir à se libérer assez tôt de ses obligations scolaires, le vendredi 29 juin, pour être à l’heure à la Monnaie…

Bref: quelle idée a eu l’Adrienne de choisir cette date-là?

K comme krapoverie mozartienne

Violon_d'enfant_de_Mozart

Quand l’Adrienne était une petite fille, elle croyait que les grandes personnes en général étaient infaillibles et sa mère en particulier. C’est pourquoi, si à l’âge de dix ans vous lui aviez demandé ce qu’elle pensait de la musique de Wolfgang Amadé, elle aurait répondu « mièvre » et « facile ».

Elle en a encore honte, quand elle y pense, d’avoir un jour adhéré à ces jugements sans avoir entendu rien d’autre que le Rondo alla Turca ou la Kleine Nachtmusik. Il a fallu qu’à dix-sept ans elle découvre ses opéras, puis ses concertos pour piano, pour hautbois, pour harpe… et qu’elle se prenne de passion pour sa musique et d’amitié-pour-la-vie envers l’homme.

Tout, elle aime tout de lui, même ses lettres un brin scatologiques à sa cousine 🙂

Comme chacun sait, le pèlerinage mozartien pose problème: il n’y a pas de tombe où se recueillir. C’est même à peine s’il existe un portrait vraiment ressemblant de l’homme tel qu’il était. Sans mièvrerie et sans facilité.

L’Adrienne a tout de même fini par faire le détour pour se rendre à Salzbourg, la ville qui l’a vu naître et qui exploite à fond ce hasard, heureux pour elle et si malheureux pour lui.

Ne reste au pèlerin mozartien qu’à s’émouvoir devant un minuscule violon d’enfant exposé dans sa maison natale.

Et à écouter sa musique. Bien sûr.

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Merci à Joe Krapov pour la consigne: jusqu’où pourrait vous pousser votre propre fanitude ? Sur les traces de qui êtes-vous prêt(e) à partir ? Dans quelle ville inconnue rêvez-vous de vous rendre pour cela ? Qu’y ferez-vous ? Qu’explorerez-vous ? Qui rencontrerez-vous ? Que vous arrivera-t-il là-bas ?

Vous pouvez traiter ce sujet comme une fiction et raconter l’histoire à la troisième personne.

V comme vie mondaine

de-munt-nzm4ota5odm3Ah! quel excellent poste d’observation qu’une activité organisée par la Monnaie pour ses « amis » et abonnés! Quelle merveilleuse étude de cette faune et flore constituée d’individus ayant en commun – en plus de l’amour de l’art de l’opéra – l’art de tenir proprement la tasse de café, sa sous-tasse, un mini-croissant et une serviette. L’art de se ruer poliment sur le buffet de cupcakes. L’art de s’intégrer civilement dans une conversation entre inconnus – que ce soit en néerlandais ou en français – autour d’une table de viennoiseries.

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source de l’illustration à découvrir avec le programme de la saison prochaine

T comme théâtre

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Je me souviens de la première fois, c’était dans ma ville, en plein air, avec comme décor une maison du 17e siècle (photo) et on jouait Poil de Carotte. Ce jour-là j’ai failli dire à mon père « Poil de Carotte, c’est moi » mais je me suis tue. Ça me semblait si évident que je pensais qu’il l’aurait compris tout seul…

Je me souviens d’une autre première fois, j’étais sur la scène avec quelques copines de classe, nous avions sept ans, c’était la fête de l’école, j’étais une des fleurs que le papillon devait butiner pendant que d’autres chantaient la venue du printemps et mes parents ont trouvé que j’avais une certaine raideur.

Je me souviens d’une troisième première fois, j’avais dix-neuf ans et j’étais en deuxième année à l’université, j’étais Colombine dans une pièce de Ghelderode qu’on avait pu monter avec un « vrai » metteur en scène, une expérience formidable, mes parents ne se sont pas déplacés pour venir me voir. 

Je me souviens de ma première fois à l’opéra, mais j’y ai déjà consacré un ou deux billets 🙂

Je me souviens de l’enchantement de ma première fois à la Monnaie. Nous avions cassé notre tirelire et nous nous étions offert un verre de champagne ruineux parce que le moment le valait bien et tant qu’à faire une folie, faisons-la jusqu’au bout.

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Consigne de Joe Krapov, que je remercie (comme tu vois, je suis tout de même arrivée à cind ‘je me souviens’ ;-))

En vous inspirant (ou pas) des illustrations d’Hélène Builly, écrivez, à la manière de Georges Perec, des phrases qui commencent par « Je me souviens » et qui sont relatives au théâtre ou à l’opéra.

Vous pouvez si vous le souhaitez séparer vos écrits en deux pages : sur la première vous vous souvenez de pièces, d’opéras, d’acteurs, d’actrices ou de faits que tout le monde connait. Sur la seconde, vous relatez des souvenirs plus personnels.

M comme Mozart et la Monnaie

Voilà plusieurs années que la sagesse budgétaire obligeait l’Adrienne à se priver d’opéra, alors vous imaginez quelles longues et intenses cogitations ont été nécessaires avant de prendre cette grande décision: l’achat d’un billet pour l’irrésistible ami Mozart, dont la Monnaie met en scène, en ce début de saison, l’opéra Die Zauberflöte.

« Nog zes keer slapen« , dit-on par chez nous aux petits enfants qui attendent impatiemment saint Nicolas. « Nog zes keer slapen » et l’Adrienne sera installée dans les ors et les velours de sa Monnaie préférée 🙂

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« Nog zes keer slapen » peut se traduire littéralement par « dormir encore six fois ».

Et pour nous changer des merveilleuses vocalises de la Reine de la Nuit ou des langueurs de Pamino (Dies Bildnis ist bezaubernd schön…), voici Papageno et Papagena qui projettent de faire beaucoup de petits papageno/a 🙂

 

K comme Ketje

Arriver à Bruxelles en plein Zinnekeparade. Sous une pluie battante et un vent qui arrache le capuchon de l’imperméable. Ne pas avoir de main libre pour se couvrir de nouveau la tête.

Traîner une valise sur le pavé inégal de la Grand-Place noire de monde. Se perdre dans les ruelles au milieu de la foule massée autour des groupes de la parade. Ne pas trouver la rue de l’hôtel où on a réservé en toute dernière minute. Se dire qu’il aurait mieux valu faire l’aller-retour en voiture, comme prévu initialement, quelle que soit la fatigue.

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au coin de la rue de l’Etuve, vers 17.00 h.

Se rendre compte que c’est peut-être une des dernières fois qu’on va à l’opéra, vu qu’on a résilié son abonnement pourtant si chèrement acquis. L’argent est aussi le nerf de la guerre entre la maison (sa plomberie, son électricité, son nouveau toit) et la culture.

Etre contente d’être là, dans cette ville toujours un peu folle, toujours un peu bon enfant.

Demander la route à un homme. Qui sort son plan de ville et envoie la voyageuse à gauche alors qu’elle devrait aller à droite. Supposer que c’est son côté féminin qui lui a fait commettre cette erreur. Tourner en rond sous la pluie. S’adresser à une femme flic. Se demander comment son collègue a fait pour deviner le nom de l’hôtel.

S’installer enfin dans une chambre avec vue. Sur le mur d’en face et le toit plat du premier étage.

La connexion wifi est si lente que l’ordi se lasse d’attendre. La pluie a cessé; les trottoirs sèchent. 

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 introduction au spectacle, grand foyer, vers 19.30 h.

Voir un Rigoletto qui vaut le déplacement. Se dire qu’à la saison prochaine, on prendra peut-être de temps en temps une place au poulailler. Même s’il faudra faire l’investissement d’une longue-vue.

Rester jusqu’aux derniers applaudissements, vu qu’on n’a ni train, ni voiture à prendre. Ne presque pas se tromper de route pour rentrer à l’hôtel.

Se sentir plus Daninos que jamais quand les lampes se rallument spontanément toutes les cinq à six minutes alors qu’on a bien éteint à tous les interrupteurs.

Constater que les autres voyageurs aiment prendre des bains de minuit. Se dire qu’ils apprécieront sans doute tout autant le bain de leur voisine à six heures du matin.