Y comme Yeva

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Parfois Madame se demande si les parents voyageurs se rendent bien compte de ce qu’ils demandent de leur enfant. Qui, lui, ne voit sans doute aucun intérêt à un changement de pays, de langue, d’entourage. Quitter ses copains, quitter toute une vie.

Ainsi, Madame se demande pourquoi la maman de Yeva a décidé de quitter son Ukraine natale avec sa fille de 15 ans. 

Laquelle a dû abandonner ses études d’art pour apprendre le néerlandais pendant un an.

Puis intégrer une école d’art belge. Où elle n’a pas réussi.

Enfin, arriver cette année dans l’école de Madame…

Résumons: en Belgique néerlandophone depuis deux ans, Yeva, qui maîtrise déjà l’ukrainien, le russe et l’anglais, doit donc suivre un enseignement en néerlandais. 

Et maintenant apprendre en plus le français.

Commencer au niveau zéro quand les autres en sont à leur septième année.

Oui, parfois Madame se demande si les parents voyageurs se rendent bien compte de ce qu’ils demandent de leur enfant.

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Stupeur et tremblements

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L’Adrienne croyait qu’on parle la même langue, en Flandre et aux Pays-Bas, et que cette langue s’appelle le néerlandais.

La langue de l’école, de la télévision, des journaux, de la littérature…

Ce n’est pas l’avis de la carissima nipotina. Elle est allée en stage de yoga, y était entourée de Hollandais, et a été fort étonnée de presque les comprendre.

– Parfois je devais leur demander de répéter, me dit-elle, parce qu’ils employaient un mot que je ne connaissais pas.

Voilà qui étonne l’Adrienne, « quel mot, par exemple? » demande-t-elle. Mais la nipotina est incapable de s’en souvenir.

– Et moi, ajoute-t-elle, quand je parlais, ils me comprenaient relativement bien. Quoique… pas toujours… et pourtant, je faisais des efforts!

Il faut savoir que la nipotina est une fière Ostendaise et qu’elle trouve son dialecte si savoureux, si supérieur en beauté à tous les parlers de la terre, qu’elle l’utilise presque exclusivement.

La suite de cette histoire, c’est un beau dialogue de sourds, entre une Adrienne qui essaie d’argumenter sur le sens de l’histoire, exemple italien à l’appui, où la langue s’unifie de plus en plus entre le nord et le sud, l’école et les médias jouant leur rôle, et une nipotina qui croit tout le contraire, comme s’il y avait dérive des continents entre la Flandre et les Pays-Bas, et que notre langage de part et d’autre s’éloigne de plus en plus.

D comme droit

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L’Adrienne est fière de Monsieur Neveu, qui est fier de lui, fier d’être Français et fier d’étudier le droit.

Il aime s’habiller en bleu-blanc-rouge et arborer une ou deux autres preuves de son appartenance à sa patrie.

– D’où venez-vous? demandaient les dames aux guichets des musées.

Et quand l’Adrienne répondait:

– De Belgique…

Monsieur Neveu tenait à préciser, en français, que lui venait de France.

Malheureusement, aucune des personnes rencontrées ne prétendait comprendre ou parler un seul mot de français, ce qui l’a beaucoup choqué.

Quant à ses propres connaissances d’autres langues, il a une théorie fort simple et fort belle qui l’en dispense:

– Le français est une langue si difficile qu’il est normal qu’on ne puisse pas en apprendre une seconde.

Adrienne et les MOOC

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L’Adrienne a un grand, grand défaut (parmi beaucoup d’autres) c’est qu’elle a toujours les yeux plus gros que le ventre. Ce qui fait que depuis qu’elle a découvert la planète MOOC, elle ne cesse de s’inscrire à des cours en ligne. 

Or, ça prend du temps. Chaque semaine, regarder des vidéos. Prendre des notes, comme à un « vrai » cours. Faire des exercices. Échanger sur le forum. Faire des tests pour voir « si c’est acquis » 🙂 

Et puis de nouveau tout oublier 🙂

Mais franchement, comment résister à ceci? ou à cela?

V comme voyage

Demain matin, un ami s’envole pour Moscou, où il montera à bord du Transsibérien: c’est un voyage qu’il rêve de faire depuis longtemps et pour s’y préparer, il a suivi plusieurs années de russe. 

Il sera accompagné de son fils aîné. Il n’a pas réservé d’hôtels: il compte sur son éloquence et l’hospitalité des gens. 

Et puis, il a envie de vivre sa dose d’aventures. 

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En 2012, Sylvain Tesson a fait un même genre de voyage russe: parti de Moscou, il refait le trajet de la retraite napoléonienne après le désastre de 1812. Une sorte de célébration du bicentenaire qu’il voit comme un hommage aux soldats. On peut voir ici le reportage photo qu’en a fait Thomas Goisque, qui faisait partie du trio de voyageurs dans leur moto avec side-car. 

Quand on lit son image de la France, on comprend mieux pourquoi il a toujours envie d’être sur la route: 

« (…) ses régulations, des charcutiers poujadistes, des socialistes sans gêne, des géraniums en pot et des ronds-points ruraux. La France, petit paradis peuplé de gens qui se pensent en enfer, administré par des pères-la-vertu occupés à brider les habitants du parc humain (…) » 

Sylvain Tesson, Berezina, p.25, éd. Guérin, janvier 2015 

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source wikipedia commons

Il y avait ce tableau de Edouard Bernard Swebach, exposé au musée des Beaux-Arts de Besançon. On y voyait un cuirassier assis sur la croupe de son cheval couché. L’homme avait l’air désespéré. Il regardait ses bottes. Il savait qu’il n’irait pas plus loin. Dans son dos, une colonne de malheureux traînant, à l’horizon. Mais c’était le cheval qui frappait. Il reposait sur le verglas. Il était mourant – peut-être déjà mort. Sa tête était couchée délicatement sur la neige. Son corps était une réprobation: « Pourquoi m’avez-vous conduit ici? Vous autres, Hommes, avez failli, car aucune de vos guerres n’est celle des bêtes. » (…) Sur ces trois cent mille bêtes [des chevaux], deux cent mille moururent pendant les six mois de campagne. (p. 153) 

S’il y a une innocence fauchée par la guerre, c’est bien celle des animaux (p.152)

***  

source photo, info et extrait à lire ici, sur le site de la maison d’édition

U comme… U n’existe pas!

Les grands remuants de dernière année technique ont organisé une journée de la culture avec diverses activités auxquelles tous les élèves, par tranches horaires de deux heures, ont pu assister tour à tour. 

C’était très réussi et Madame leur en a fait compliment laughing

Elle a d’ailleurs profité de cette journée pour prendre un premier cours d’arabe, donné par deux charmantes jeunes filles. Madame ne cesse de s’extasier sur le plurilinguisme de ses élèves d’origines diverses, généralement bons bilingues néerlandais-français, en plus de la langue parlée à la maison (turc, arabe, russe, arménien…) et des langues étrangères qui font partie de leur cursus scolaire.  

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Bref, à l’aide de ce tableau vous devriez pouvoir écrire votre nom en arabe… mais Lulu et Walrus n’y trouveront pas la lettre U tongue-out

 

Première expérience

Les présentations faites, l’Homme et l’Adrienne continuent de sentir peser sur eux les quatre regards observateurs. L’obstacle de la langue installe un certain silence. L’émotion fait perdre à Violeta le peu de français qu’elle connaît. Son mari ne parle que le roumain, son fils un peu d’anglais et la petite est trop intimidée pour ouvrir la bouche. 

L’Adrienne est dans le même cas : ses rudiments de roumain semblent s’être presque tous évaporés et il est encore un peu tôt dans la journée pour sortir un « noapte bună », seule formule dont elle se souvienne avec précision

Violeta disparaît dans sa cuisine suivie de sa fille et revient avec deux tasses de café et deux soucoupes dans lesquelles elle a déposé un peu de confiture maison.

On n’est pas dans un pays où la ménagère qui reçoit une visite n’a qu’à ouvrir son placard à provisions pour en sortir un paquet de chocolat ou de biscuits. Ici, on le verra dès le premier jour, ici il n’y a rien. Rien que la débrouille. 

– Vous aimez ? s’enquiert Violeta. C’est du café turc. 

L’Homme et l’Adrienne le trouvent horrible. 

– C’est très différent de ce qu’on connaît, dit l’Adrienne, qui à l’époque ne buvait jamais de café. 

Le café turc de Violeta, c’est du café moulu qu’on fait bouillir plusieurs minutes dans un poêlon, puis on le verse dans les tasses en essayant de ne pas transvaser trop de marc. Mission impossible et breuvage très amer. Dans le pays de l’Adrienne, la température de l’eau pour le café est une chose à tenir bien à l’œil : « café bouillu, café foutu ! » 

– On fera notre café nous-mêmes, glisse l’Homme à l’Adrienne.