N comme néerlanglish

– Pendant le confinement, commence la conférencière, j’en ai profité pour apprendre le néerlandais.

Admiration et applaudissements, bien entendu, chez tous ceux qui sont présents à l’événement.

C’est d’autant plus réjouissant et remarquable que la presse venait de publier cette semaine-là des articles sur les raisons pour lesquelles les jeunes belges francophones « refusent » d’apprendre le néerlandais.
Tous les clichés passent alors en revue, trop difficile, pas utile, c’est mieux l’anglais etc.

Bref, la musicologue américaine avait profité du confinement pour apprendre le néerlandais.

– Je vais donc m’adresser à vous dans cette langue et je remercie monsieur Untel qui a bien voulu corriger mon texte.

Malheureusement, monsieur Untel n’avait pas vérifié sa prononciation et il fallait s’accrocher pour filtrer le néerlandais dans sa prononciation anglaise, ce qui était un exercice assez épuisant, à la longue.

Mais sans doute surtout épuisant pour la conférencière, alors on va continuer de l’admirer pour ses efforts 😉

U comme un, deux, trois!

Il y aura tout de même trois situations où l’Adrienne fera l’effort d’ouvrir la bouche en grec: ce sera pour dire bonjour / au revoir, pour dire s’il vous plaît / merci et pour dire qu’elle boit de l’eau.

L’essentiel, quoi 🙂

Donc si du 27 avril au 6 mai vous la voyez moins sur les blogs, y compris le sien, vous saurez que c’est pour la bonne cause: apprendre une ou deux, trois phrases de plus là-bas sur place 🙂

Portez-vous bien, tous!

22 rencontres (4.7)

Bien sûr que Madame est fière de ceux qui obtiennent un doctorat en astrophysique avec la mention summa cum laude.

Bien sûr.

Ne serait-ce que parce qu’elle aime y voir la preuve que son école les a bien formés.
A jeté de bonnes bases, comme on dit.

Mais combien plus son cœur se réjouit (et se ramollit ;-)) quand il s’agit d’une Nabila pour qui le néerlandais est une deuxième ou une troisième langue et qu’après un parcours laborieux dans des classes de professionnelle – où elle n’aurait jamais dû être – elle atteint enfin son but: poursuivre des études supérieures pour devenir institutrice maternelle.

– Les premiers mois, dit-elle, ça a été vraiment dur! Je suis la seule à avoir été envoyée chez un logopède (1), j’en ai pleuré! Mais j’ai tenu bon. Je me suis dit: Nabila, tu veux faire ce métier, tu as besoin de maîtriser parfaitement le néerlandais, alors vas-y! Accroche-toi! Donne tout ce que tu peux!

Oui, elle a la vocation prof.
Au point de corriger ses sœurs et ses amies désormais quand elles parlent mal le néerlandais: ‘de’ ou ‘het’, ‘die’ ou ‘dat’, l’omission des consonnes finales, ‘gij/jij’, elle ne laisse plus rien passer.

Pour leur bien, évidemment 😉

***

(1) ce que vous Français appelez orthophoniste

R comme réjouissant

La vidéo date de 2019 mais elle est si réjouissante – et si juste – qu’il fallait vous la montrer.

Tout est tellement vrai!

Oui, on surveille son orthographe… mais encore plus celle des autres. « Apprends d’abord à écrire! » répond-on à celui qui a émis un avis peut-être très pertinent, mais qui comporte une erreur ‘disgracieuse’.

Oui, on confond la langue – sa richesse, ses beautés, ses merveilles – avec son orthographe, qui n’est qu’un outil, une convention. Et qui aurait par conséquent pu être très différente si les choix faits dans le passé avaient été différents. Par exemple s’ils avaient été basés sur d’autres critères que le souci de faire « classe » et d’exclure le péquenot.

Et oui, on aurait tellement mieux à faire, dans les écoles de la francophonie ainsi que dans les apprentissages du français comme langue étrangère, tellement mieux à faire qu’à s’occuper de toutes les incohérences que certains appellent subtilités.

Voilà.

Soyez heureux si comme l’Adrienne vous êtes « tombés dans la (bonne) marmite ».

Et tant pis pour tous les autres?

L comme langue

Photo de suntorn somtong sur Pexels.com

Une petite fille déjà obèse se tenait au milieu du trottoir, refusant de bouger.
Cris, pleurs, dans sa jupette en tulle rose et son T-shirt I am a little Princess.
Rose aussi, évidemment.

Deux ou trois mètres plus loin, la maman avec la poussette du petit frère attendait que l’orage passe.

Pourquoi pleure-t-on avec une telle conviction rageuse, quand on a cinq ans et qu’on est en pleine rue? se demandait l’Adrienne, qui avait comme d’habitude très envie d’intervenir.
Un sourire, un « bonjour, Princesse! » font parfois des miracles.

La maman exhortait la petite dans une langue que l’Adrienne n’a pas réussi à « classer », ce n’était ni une langue germanique, ni romane, ni slave, ni de l’arabe…
Le temps d’analyser la situation pour évaluer si on avait plus de chances d’être comprise avec un « Dag, Prinses! » ou un « Bonjour, Princesse! », l’Adrienne était passée, avec ses deux sacs de courses aux épaules, et la Little Princess hurlait toujours.

Cette langue-là est universelle.

O comme organisation

L’organisation des salles est thématique, précise-t-on au musée de Flandre, à Cassel.

En effet, il y a une salle avec de belles natures mortes – l’Adrienne aime celles du début du 17e siècle (1), dans lesquelles chenilles, papillons, mouches ou guêpes montrent le début de la fin annoncée de toute chose vivante – ou la salle avec les géants, Reuzepapa et Reuzemama (2) et des peintures rappelant le carnaval, et puis il y a la salle de la photo ci-dessus.

Au centre, Het Schijtmanneke, le bonhomme en train de déféquer joyeusement, une terre cuite polychrome anonyme.
Dans le coin, un tas de « lingots d’or » empilés, œuvre de Leo Copers, en résine et laque (2004) dont le titre est Geen gezeik, iedereen rijk (3), une allusion à un slogan d’un parti hollandais qui promettait la richesse à tous (iedereen rijk). Le slogan a plus de quarante ans aujourd’hui mais se retrouve encore beaucoup, par dérision, par exemple dans la presse.

Enfin, il y a un tableau représentant saint Christophe et un autre où on voit une (future) mariée en pleurs, fermement tenue par deux hommes qui vont la mener de force jusqu’à l’autel, alors qu’elle les supplie de ne pas le faire.

Bref, dans cette salle-ci l’Adrienne s’est bien creusé la tête pour trouver quel fil thématique reliait les œuvres présentées 🙂

Si vous avez une idée, n’hésitez pas à la partager!

***

(1) il y a deux beaux tableaux de Roelandt Saverij (1576-1639) peints au tournant du siècle.

(2) littéralement le papa géant et la maman géante

(3) le mot gezeik montre bien l’origine hollandaise du slogan, en Flandre on dirait plutôt gene zever ou geen gezever, ce qu’on pourrait traduire poliment par « pas de bla bla » et moins poliment par « assez déconné ».

D comme Drac, Dracul

Nous sommes les seuls, explique fièrement Violeta, les seuls de tout le monde roman à avoir gardé un peu de déclinaisons.
Par exemple, drac, un diable, dracul, le diable, dracului, du diable. Tu comprends?

On avait quitté les plaines du sud, on était au cœur du pays, dans la province de Brașov.
On traversait Bran.
A gauche de la ND 73 se dressait le château.

Cependant on a poursuivi la route sans s’arrêter: pas à cause de l’association avec le personnage de Bram Stoker, mais parce qu’elle se sentait en territoire ennemi.

Bran, Brașov, c’est un tiers teuton, un tiers magyar, dit-elle, et ils ne nous aiment pas.

Le soir, à Târgu Mureș – en 1990 plus de Hongrois que de Roumains – elle n’a (presque) plus peur.
Ils sont bien gentils et accueillants, tous ces Magyars, finalement. Et tout est bien propre, bien calme.
La guerre civile annoncée par les média, ce sera pour une autre fois.

***

Pour ceux que ça intéresse, un rappel des faits de 1989-1991 ici. Merci à Walrus et à son Vampire du Samedi qui m’a rappelé des souvenirs de l’été 1990.

O comme ode

Dans Speech: een ode, le stand-up comedian Wouter Deprez raconte comment il a découvert le langage, la lecture, l’écriture et sa vocation d’humoriste.

Plus qu’une ode à la langue, ce sont de petits textes pleins de joyeuse reconnaissance à ses parents, à sa famille, à ses instituteurs, à quelques professeurs qui ont fait ce qu’il est aujourd’hui.

Le chapitre « Mijn eerste Frans » (traduction littérale: mon premier français) raconte une première expédition familiale dans un Auchan – la famille habite en Flandre Occidentale, non loin de la frontière française.

« Ons gezin, dat nooit iets fout deed en geen wetten durfde te overtreden, probeerde nu tegen zijn aard in toch een jaarvoorraad wijn over de skreve te smokkelen. […] Mijn pa vertraagde, twee echte Franse douaniers vroegen of we quelque chose à déclarer hadden. We hadden rien à déclarer, antwoordde pa, met overdreven stoere stem. Eén douanier liep rond de auto. Met een zaklampje scheen hij de koffer in. Ik deed alsof ik geschrokken wakker schoot. De douanier zwaaide naar me, zei Pardon! Bonne nuit!, en knipte zijn lampje uit. Zonder hem te begrijpen, antwoordde ik met Oui, merci, waarmee ik mijn hele kennis van het Frans in een keer op tafel smeet. » (p.36)

Notre famille, qui ne faisait jamais rien d’illégal et n’osait entraver aucune règle, essayait ce jour-là, entièrement contre sa nature, de faire passer la frontière à des bouteilles de vin pour toute une année. […] Mon père a ralenti, deux authentiques douaniers français ont demandé si on avait quelque chose à déclarer. Nous n’avions rien à déclarer, a répondu papa d’une voix un peu trop bravache. Un douanier a fait le tour de la voiture. Il a allumé une petite lampe torche pour éclaire le coffre [c’est un break et Wouter, le cadet des quatre fils, est couché là, dans des couvertures, sur les cartons de vin]. J’ai fait comme si je m’éveillais, tout saisi. Le douanier m’a fait un signe de la main, a dit Pardon! Bonne nuit! et a éteint sa lampe. Sans le comprendre, j’ai répondu Oui! Merci! offrant ainsi d’un seul coup l’entièreté de ma connaissance du français.
(traduction de l’Adrienne)

Qui, parmi ceux qui ont connu l’époque des frontières avec douane, n’a pas ce genre d’histoire à raconter?

ça rappelle des souvenirs de retour de vacances, et le père qui déclare avec ce même air bravache qui ne lui était pas naturel, qu’il rapportait un plateau de pêches et des fromages de chèvre 😉

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

N comme nienek!

C’était un grand type dans le genre Omar Sy qui parlait bien fort à cause des deux ou trois mètres de distance qu’il respectait envers le vieux petit monsieur à longue barbe grise.

Il parlait français, au grand étonnement de l’Adrienne.

Dès qu’il s’est éloigné, elle s’est tournée vers le bonhomme et lui a demandé:

Versta je Frans? (1)
Bah nienek! a-t-il répondu dans son néerlandais patoisant, démontrant que même s’il n’était pas originaire de cette ville, il était de pas trop loin, vu qu’il accole un pronom à ses réponses en oui ou non (2).

Non, il ne comprend pas le français:

– Je fais semblant, ajoute-t-il, rigolard.

Et l’Adrienne ne sait pas qui il trompe le plus avec cette blague, elle ou Omar Sy.

Quelques maisons plus loin, Omar Sy attend qu’on lui ouvre une porte où il a sonné.
– Alors? fait-il, il comprend le français?
– Il me dit que non…
– Moi je suis sûr qu’il comprend!

Bref, il a de l’humour, le bonhomme 😉

***

(1) Tu comprends le français?

(2) on accole le pronom sujet par élision (ik, het) ou apocope (tous les autres) à « ja » (oui) et « neen » (non) – le phénomène est illustré dans la vidéo ci-dessous pour le « ja » en ouest-flamand.

Premier de classe

– Quoi c’était un canular, peut-être, quand tu disais qu’on irait à Vladivostok avec le Transsibérien, tous les deux ? Ou tu te débines ?

Mais non, mais non ! C’est tout à fait sérieux ! La preuve : j’apprends le russe ! Oui, carrément !

Il montra un petit livre à la couverture rouge :

– Tu vois ? Je ne suis qu’à la lettre C, cabaret, cache-nez, cachot, cadavre

– C’est une blague ? A quoi ça va nous servir, des mots pareils ?

– Je les apprends, c’est tout ! Ça n’existe pas, des mots inutiles ! Moi ce que je veux, c’est être capable d’avoir des vraies conversations avec les gens qu’on rencontrera en route, que ce soit un lecteur des Frères Karamazov ou un caporal qui rentre à la caserne.

– Pfff… ce que je vois surtout, c’est que tu veux encore une fois être le premier de la classe ! Tu sais ce que j’en pense, c’est une vraie calamité d’être comme ça ! Moi quand je voyage, il me suffit de savoir commander una cerveza quand je suis en Espagne ou une vodka quand je serai en Russie. Point barre !

***

merci à Joe Krapov pour ses consignes sur un thème russe:

Karamazov – Kalachnikov – Anna Karénine – calamité – cabaret – cabriolet – cache-cache – cache-nez – cachot – cadavre – cafardeux – vodka – caftan – calèche – calfeutrer – califourchon – camarade – canaille – canasson – canon – capitaine – canular – capharnaüm – caporal – capote – carabine – caravane – caricature – carnaval – carrément – casaque – caserne – casse-cou – casse-croûte – casse-noisette – cataplasme – catéchisme – cavalerie – caverne – caviar

Après il fallait remplacer tous les ca/ka par kalinka – vous pourrez en compter douze – mais je préfère la première version 😉

***

Quoi c’était un kalinkanular, peut-être, quand tu disais qu’on irait à Vladivostok avec le Transsibérien, tous les deux ? Ou tu te débines ?

Mais non, mais non ! C’est tout à fait sérieux ! La preuve : j’apprends le russe ! Oui, kalinkarrément !

Il montra un petit livre à la couverture rouge :

– Tu vois ? Je ne suis qu’à la lettre C, kalinkabaret, kalinkache-nez, kalinkachot, kalinkadavre

– C’est une blague ? A quoi ça va nous servir, des mots pareils ?

– Je les apprends, c’est tout ! Ça n’existe pas, des mots inutiles ! Moi ce que je veux, c’est être kalinkapable d’avoir des vraies conversations avec les gens qu’on rencontrera en route, que ce soit un lecteur des Frères Kalinkaramazov ou un kalinkaporal qui rentre à la kalinkaserne.

– Pfff… ce que je vois surtout, c’est que tu veux encore une fois être le premier de la classe ! Tu sais ce que j’en pense, c’est une vraie kalinkalamité d’être comme ça ! Moi quand je voyage, il me suffit de savoir commander una cerveza quand je suis en Espagne ou une vodkalinka quand je serai en Russie. Point barre !