E comme embarras du choix

Le magazine continue quotidiennement son ‘tip tegen de coronadip‘ qui a déjà été évoqué ici.

Le conseil de lundi dernier dit ceci: replongez-vous dans le livre préféré de votre enfance.
Laissez-vous emporter à nouveau par ce livre qui a réjoui votre enfance ou votre adolescence.

Excellent conseil, se dit l’Adrienne, mentalement déjà en route vers son grenier, là où il y a la boite de livres d’enfance.

Puis elle se ravise: prendra-t-elle un volume de Heidi ou de la Comtesse de Ségur?

Deux jours plus tard, elle n’a toujours rien décidé 😉

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Finalement, ce sera comme dans la pub des fromages belges: un peu de tout!

B comme Boualem Sansal

Gallimard

Si – comme l’Adrienne – vous avez ces temps-ci un peu plus de mal à vous concentrer sur la lecture, prenez ce livre-ci 🙂

Il est court (c’est un folio à 2€ donc court par définition) mais dense et peut se déguster à petites doses.

Il est courageux et fascinant.

Instructif.

Bref, voyez vous-même: la vingtaine de premières pages est à lire ici.

Z comme zoom alors!

Qui était-ce, parmi les commentateurs, à avoir signalé dernièrement l’importance et la présence des bibliothèques en fond visuel chez tous ceux qui sont obligés de montrer un peu de leur intérieur dans une de ces nombreuses visioconférences et autres sessions zoom?

Et bien, il/elle avait raison de le signaler.

L’Adrienne, qui avait surtout vu et écouté des musiciens jouer chez eux devant un mur blanc et une plante verte, vient de découvrir qu’aux Etats-Unis il y a même une firme spécialisée dans le prêt d’une bibliothèque en vue de faire de l’effet quand on est filmé chez soi et qu’on veut donner une certaine image de soi, soigneusement étudiée: Booksbythefoot!

Et du soin, il en faut, parce que d’autres sont spécialisés dans le ‘scrutinising‘ de ces vrais faux décors de livres: les spécialistes du Bookcase credibility.

Bref, le petit reportage ci-dessus résume tout ça en disant que ce décor de livres donne l’impression que vous savez de quoi vous parlez et même que ces livres sont plus importants que ce que vous dites.

Ils montrent votre appartenance à une classe sociale, votre niveau d’éducation, l’état de vos finances et à quoi vous vous intéressez.

Ils sont « étrangement rassurants ».

Et surtout, parfaitement instagrammables 🙂

J comme Jolabokaflodid

Jólabókaflóðið

Deux bonnes raisons de s’inspirer de l’Islande en ce moment de l’année, d’abord pour se rappeler le voyage fait il y a deux ans, plein de péripéties mais sans aurores boréales – on aurait préféré le contraire 😉 – et ensuite pour cette belle tradition de s’offrir des livres.

Dans Jólabókaflóðið, il y a ‘Jol‘, qui ne nous dit rien mais qui signifie Noël, puis il y a ‘bok‘ et là on reconnaît le mot germanique pour ‘livre’ (book, boek, Buch…) et enfin le mot ‘flod‘ (comme flood, vloed, Flut…).

Donc au total ça donne un flux, un déferlement de livres pour Noël.

On en explique l’origine et les modalités sur le site qui porte son nom – l’illustration ci-dessus est sa bannière.

La coutume remonterait à la fin de la guerre de 40, quand tout ou presque était denrée rare, sauf le papier. Ce qui fait que les cadeaux qu’on pouvait le plus facilement s’offrir, c’était des livres.

Ce qui est merveilleux, c’est que la tradition perdure.

Il est vrai que les Islandais sont très fiers de leur culture et qu’ils sont conscients que la sauvegarde de leur langue passe en grande partie par leur littérature.

Depuis à peu près mille ans 🙂

Y comme yakalire

Dans sa version numérique, l’hebdomadaire flamand Knack offre chaque jour un ‘tip tegen de coronadip‘.

Tip‘ veut dire petit conseil, astuce et ‘dip‘ veut dire petite baisse de tonus, petit coup de mou.

Samedi dernier, le magazine conseillait la lecture, non seulement comme mode d’évasion mais aussi pour tous ses effets positifs sur l’être humain, comme les a décrits Alain de Botton.

Un de ces effets est la réduction du stress.

Selon une recherche réalisée en 2009 par le neuropsychologue David Lewis, lire six minutes par jour ferait baisser le niveau de stress de plus de 60%, un résultat supérieur à celui qu’on obtient par tous les autres moyens, comme le jeu, la promenade, la musique… ou celui qui vous est propre 😉

R comme rêve de lectrice

Quand à l’âge de douze ans elle a enfin été autorisée à s’inscrire à la bibliothèque communale, elle a décidé d’en lire systématiquement tous les ouvrages: École des Loisirs, Collection Rouge et Or, Bibliothèque verte – et même la Rose, dont elle avait passé l’âge.

Des pages pleines d’évasion, de rêve, de contes, de rires et de larmes, qu’elle dévorait jusqu’à la dernière virgule.

Pages qui seraient la cause, selon sa mère, qu’elle aurait bientôt les yeux complètement usés.

Deux ans plus tard, elle pouvait passer du côté « adulte » et là elle a dû s’avouer vaincue: même en y occupant toutes ses soirées, jamais elle ne pourrait en arriver au bout.

Ce qui ne l’empêche pas d’essayer, bien sûr 🙂

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texte écrit pour Les Plumes d’Émilie – merci Émilie! – avec les mots imposés suivants: BIBLIOTHÈQUE – PAGE – VIRGULE – ROSE – CONTE – AUTODAFÉ – ÉVASION – USÉ – LIRE – LIVRER – LOISIR et pour ceux qui le souhaitent, 3 mots supplémentaires : OCCASION – OCCUPER – OCCULTE

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je n’ai pas utilisé autodafé parce que je n’ai pris connaissance de ce mot qu’à 18 ans, chez Ghelderode – merci professeur Beyen – et que cette anecdote aurait trop rallongé le texte 🙂

G comme gavache

Puisqu’il apparaît que les lecteurs de ce blog sont friands de vocabulaire d’un goût douteux, voici un mot découvert il y a deux jours à la lecture du livre qui illustre ce billet.

L’Adrienne, vous le savez, aime l’histoire, celle avec un grand H, et il n’y a rien de plus intéressant que d’avoir le point de vue d’un autre pays que le sien propre sur les événements passés – puisque toute histoire et tout historien adoptent plus ou moins un point de vue national(iste).

Ainsi donc, elle s’est offert récemment cet hilarant ouvrage de Pérez-Reverte qu’elle lit à petites doses pour en jouir plus longuement.

L’auteur étant espagnol, vous devinerez aisément vers quel camp va sa sympathie, même s’il ne ménage aucunement ses critiques envers les monarques, nobles, membres du clergé et autres puissants de son pays, qu’il nomme généralement hijos de puta.

Quand il parle des Français, il les désigne généralement par le mot gabachos, qu’il a fallu chercher au dictionnaire. C’est ainsi que de fil en aiguille on est arrivé au CNRTL car le mot existe aussi en français: gavache.

Bonne découverte à ceux que ça intéresse!

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Pour ceux qui comprennent l’espagnol, on peut l’écouter en entier ici : huit heures quarante-deux minutes et vingt-huit secondes d’élocution en castillan zézayant 😉 et une critique du livre ici. Et qui sait, avec google translate, c’est peut-être aussi hilarant que le livre 🙂

C comme Comment résister?

Comment résister à l’attrait d’un livre signé Mwanza, le nom qu’on avait choisi pour parler du réfugié qu’on avait hébergé?

Impossible. Vous le comprenez sûrement 🙂

La Danse du Vilain, donc.

Il faut un peu s’accrocher au début, mais le tout est prenant, et pas seulement parce que l’action se situe principalement dans ce grand pays d’Afrique auquel tous les Belges sont plus ou moins liés, qu’ils le veuillent ou non.

Oui, les choix narratifs de l’auteur rendent la lecture un peu compliquée: on passe d’un lieu à un autre, souvent sans crier gare – Lubumbashi, au sud du Congo et Lunda Norte, au nord de l’Angola, deux importantes régions minières et entre les deux une frontière poreuse, a fortiori en temps de guerre – on fait un saut dans le temps, entre les années 80 et la fin du règne de Mobutu (1997), ce qu’on ne peut comprendre que si on connaît un peu l’histoire du pays.

Mais surtout, on passe d’un narrateur à un autre, ce qu’on ne saisit pas du premier coup: le « je » peut être Sanza, un gamin des rues, ou Franz, l’écrivain autrichien; le « nous » représente les Zaïrois, comme une sorte de chœur antique qui donne son opinion sur les événements… D’autres chapitres sont à la 3e personne, avec un narrateur omniscient.

Le tout baigne dans une orgie lexicale et stylistique, prenez par exemple l’incipit:

La Madone n’était pas une chipie sous l’emprise de l’alcool et autres breuvages sans posologie. Elle n’était pas une prophétesse de malheur et de scenarii sortis d’on ne sait quel caniveau. Même pas une vendeuse de rêves, d’espérances boiteuses, de chimères, et vous savez bien où mènent ces breloques quand elles n’en finissent pas de pleuvoir dans vos oreilles.

Fiston Mwanza Mujilla, La Danse du Vilain, éd. Métailié, 2020, p.11 (incipit)

Et qu’est-ce que ça raconte, vous demandez-vous.

Impossible à résumer, mais ça parle d’enfants des rues, de chercheurs de diamants, d’agents du service de sécurité, de gens qui survivent le jour et font la fête la nuit en dansant la rumba congolaise et qu’au Congo ta vie peut basculer d’un seul coup, dans un sens comme dans l’autre, selon les pouvoirs en place.

Plus d’info sur le site de Métailié et les dernières nouvelles de Lubumbashi ici.

Y comme Yvan

« Jadis, nous avions, même les plus modestes d’entre nous, des tirelires. […] Nous apprenions ainsi l’attente, la patience, la réflexion, la prise de conscience et le sens du rituel au moment de casser la tirelire, le discernement quant à l’achat visé et, de là, la capacité d’attention vouée à cet achat […]. La tirelire a disparu, et les vertus citées ci-dessus sont emportées dans le maelström de la consommation effrénée […]. »

Yvan Pommaux, Lire est le propre de l’homme, L’école des loisirs, 2011, p.87

Question littéraire

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier - Blanche ...

« Modiano écrit-il toujours le même livre? » titrait le Nouvel Obs à la parution de ce roman en 2014 et l’Adrienne serait tentée de répondre OUI 🙂

Même si elle est loin d’avoir tout lu de cet auteur, les quelques ouvrages passés entre ses mains lui ont fait la même impression de flou et de brouillard… qu’on ne prend pas la peine de lever.

On y trouve généralement le même genre de personnage principal – ici il s’appelle Jean Daragane – et le même genre de quête, avec le même genre d' »outils », comme ce vieux carnet d’adresses. Parfois il s’agit d’un bout de papier avec un nom, un numéro de téléphone, une adresse…

Dans les parages il y a toujours le même genre de femmes. No comment. Ainsi que quelques personnages masculins inquiétants portant des noms un peu « exotiques » – cette fois c’est Ottolini.

Bref comme d’habitude ça se promène dans quelques quartiers de Paris et ça débouche sur du rien.

D’ailleurs il y a le mot « rien » à la première page, première phrase, et à la dernière page, dernière phrase, ce n’est sûrement pas un hasard 🙂

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source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur Gallimard – et pour les aficionados de l’auteur, il existe un blog hagiographique 😉