J comme Jocrisse

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La première fois que l’Adrienne a rencontré ce mot, c’était dans une de ses lectures de la Bibliothèque verte et ça l’a fort marquée.

Elle n’avait pas l’habitude d’être confrontée à un mot inconnu, voilà pourquoi elle se souvient de ces rencontres, jocrisse, dans un des Langelot, ou panacée, dans la chanson du sirop typhon.

Quant à savoir pourquoi ce mot – jocrisse! – ressurgit tout à coup dans sa mémoire alors qu’elle est plongée dans Orient-Express, de Graham Greene sur les conseils de Walrus… mystère!

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La photo d’illustration vient d’ici (où vous trouverez toute l’info sur les 40 volumes des aventures de Langelot, agent secret :-))

Z comme Zola

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Dans une lettre de 1927, Joseph Roth répond à une question qui lui a été posée par Gerhart Pohl: quelle est l’influence de Zola sur la littérature allemande de leur époque, donc celle de l’entre-deux-guerres et de la montée du nazisme.

Comme cette année-là est aussi celle de l’exécution de Sacco et Vanzetti, la première réaction de Joseph Roth est « il n’y a plus de Zola sur cette terre » (p. 202: « er is geen Zola meer op deze wereld »).

Puis il s’explique:

« Ik weet niet of hij nu (na de oorlog) en in Amerika (het land van eindeloze onmenselijkheid) de moord zou hebben verhinderd. Maar dat geen van onze ‘wereldberoemde’ schrijvers gereageerd heeft, is voor ons, tijdgenoten, meer dan beschamend: het is om moedeloos van te worden. Het geloof – zowel hier als in Amerika – dat er geen gerechtigheid meer is, moet ons kil en koud hebben gemaakt. » (p.202)

« Je ne sais pas s’il [Zola] aurait pu éviter ce meurtre aujourd’hui (après la guerre) et aux Etats-Unis (le pays de l’infinie inhumanité). Mais qu’aucun de nos écrivains ‘mondialement connus’ n’ait réagi, voilà qui pour nous, contemporains, est plus que honteux: on en perdrait tout courage. La conviction qu’il n’y a plus de justice – ici comme aux Etats-Unis – doit nous avoir glacés. »

Il répond ainsi à une question qui se pose encore de nos jours, sur le rôle de l’artiste dans la société: doit-il oui ou non s’engager, prendre position dans les grands débats actuels? 

« Je moet wel blind zijn om te denken dat het ‘literaire’ bij een schrijver niets te maken heeft met zijn behoefte om te reageren op ‘de actualiteit’, met zijn belangstelling voor het gewone leven en alles daaromheen: de diepe armoede van het volk en de brutale wetten van de rijkdom. Niemand staat boven de wereld waarin hij leeft. […] Iemand die zich bij het lezen van een krantenartikel over de schending van de mensenrechten niet aangesproken voelt, heeft niet langer het recht over mensen en hun activiteiten te schrijven in zijn boeken. » (p. 203)

« Il faut être aveugle pour croire que le ‘littéraire’ chez un auteur n’a rien à voir avec son besoin de réagir à l »actualité’, ni avec son intérêt pour la vie quotidienne et tout ce qu’il y a autour: l’immense pauvreté du peuple et les lois brutales des riches. Personne ne se trouve au-dessus du monde dans lequel il vit. […] Si on ne se sent pas concerné par la lecture d’un article sur la violation des droits de l’homme, on n’a plus le droit d’écrire des livres sur les êtres humains et leurs activités. »

Puis il revient à Zola et à la question de son influence sur la littérature allemande des années 1920 en y répondant par une question qui est à la fois une accusation et un vœu:  

« Daarom kan hij volgens mij heel Duitsland tot voorbeeld strekken. Want onze schrijvers zitten alleen maar aan hun schrijftafel. […] Welke beroemde Duitse schrijver heeft zich iets aangetrokken van de zwarte Reichswehr, de vermoorde arbeiders of de rechtszaak tegen Hitler? Hoeveel Dreyfus-affaires hebben wij sinds 18 niet gehad? » (p. 203)

« Voilà pourquoi selon moi il [Zola] pourrait servir d’exemple à toute l’Allemagne. Parce que nos écrivains se contentent de rester assis à leur bureau. […] Quel écrivain connu s’est soucié de la Reichswehr noire, des ouvriers assassinés ou du procès contre Hitler? [en 1924, suite au putsch manqué de Munich le 9 novembre 1923] Combien d’affaires Dreyfus n’avons-nous pas eues depuis 1918? »

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Bref tout est excellent et terriblement actuel dans cet ouvrage dont traitait déjà ce billet-ci.

R comme Roth

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A défaut de pouvoir y aller cet été, on peut lire les merveilleux reportages qu’en a faits Joseph Roth, de ces « villes blanches » du midi de la France.

Même si on ne les a trouvés que dans une traduction en néerlandais et qu’il peut sembler un peu bête de traduire en français une traduction de l’allemand en néerlandais, tant pis on le fait 🙂

Zal de wereld er ooit uitzien als Avignon? Hoe dom is de angst van bepaalde staten, zelfs als ze Europees gezind zijn, dat de ‘eigen aard’ verloren zou gaan en dat de kleurrijke mensheid één grijze soep zou worden! Maar mensen zijn geen kleuren, en de wereld is geen schilderspalet! Hoe meer vermenging, hoe sterker de eigen aard! Ik zal deze prachtige wereld niet meer meemaken, waarin iedere mens het geheel in zich draagt […] Dan bereiken we het hoogste stadium van de humanité. En humanité is de cultuur van de Provence, van wie de grote dichter Mistral ooit verbaasd antwoordde op de vraag van een geleerde welke rassen in dit deel van zijn land wonen: ‘Rassen? Maar er is maar één zon!’ (p.57)

Est-ce que le monde un jour ressemblera à Avignon? Quelle bêtise, de la part de certains Etats, même de ceux qui sont favorables à l’Europe, quelle bêtise cette angoisse de perdre la ‘propre identité’, cette angoisse de voir l’humanité si diverse devenir une masse grise! Les gens ne sont pas des couleurs et le monde n’est pas une palette de peintre! Plus grand le mélange, plus forte l’identité! Je ne verrai pas ce monde merveilleux dans lequel chacun porte en soi la totalité […] mais c’est alors que nous aurons atteint le summum de l’humanité. L’humanité, c’est la culture de la Provence, dont le grand poète Mistral a dit un jour, étonné par la question d’un savant qui voulait savoir quelles races habitaient cette région de son pays: « Races? Il n’y a qu’un seul soleil! »

(traduction de l’Adrienne)

source de la photo ici et bio de Joseph Roth (en français) ici.

20 romans

La semaine dernière, le magazine féminin que lit la mère de l’Adrienne se risquait à établir la liste des « vingt romans à lire au moins une fois dans sa vie ».

L’Adrienne, qui déteste établir elle-même ce genre de liste où il faut faire des choix, forcément arbitraires, nécessairement réducteurs, est néanmoins toujours très intéressée pour lire celles établies par d’autres. Elle s’arme donc de papier et de crayon pour noter les titres proposés.

Pas de surprise, en tête de palmarès, l’Etranger de Camus et le Petit Prince de Saint-Exupéry.

En dehors du domaine francophone, on ne s’étonne pas de trouver Orwell (1984) ou Oscar Wilde (The portrait of Dorian Gray) même s’il y a sûrement encore des tas de romans qui les valent ou qui leur sont supérieurs.

Soit.

Mais là où les sourcils se lèvent, c’est pour une Laura McVeigh ou pour Harry Potter à l’école des sorciers et deux ou trois autres dont on se demande comment ils méritent le libellé « à lire au moins une fois dans sa vie ».

Passe encore qu’il s’y trouve un roman d’Agatha Christie ou Mercure d’Amélie Nothomb 😉

7 phrases

« La vie est une hécatombe. Un mass murder de 59 millions de morts par an. 1,9 décès par seconde. 158 857 morts par jour. Depuis le début de ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont mortes dans le monde – davantage si vous lisez lentement. Je ne comprends pas pourquoi des terroristes se fatiguent à augmenter les statistiques: ils ne parviendront jamais à assassiner autant de gens que Dame Nature. […] Soyons clair: je ne déteste pas la mort; je déteste ma mort. »

Frédéric Beigbeder, Une vie sans fin, éd. Grasset, janvier 2018, page 51.

info sur le site de l’éditeur et premières pages à lire ici. (jusqu’à la page 30)

 

W comme wablieft?

Stiff Upper Lips: waarom zijn die Engelsen zo Engels ...

L’Adrienne est arrivée en fin de lecture de l’ouvrage déjà mentionné au D comme Daft, précisément le jour où la nouvelle lui est parvenue que Boris devenait Premier ministre.

Or, de Boris justement il est question aux pages 208 et suivantes, à propos de son rôle de journaliste anti-européen. Rôle qu’il joue tellement à fond, qu’il n’hésite pas à écrire les plus grosses fadaises et autres grossières fake news… et que ça passe!

Wie in deze nieuwsstroom een aanzienlijke rol heeft gespeeld, is niemand minder dan ene Boris Johnson. Lang voor de flamboyante Johnson burgemeester van Londen en minister werd, was hij Europa-correspondent van de conservatieve krant The Daily Telegraph in Brussel. […] ‘Boris heeft het nepnieuws uitgevonden,’ zegt Martin Fletcher, voormalig buitenlandredacteur van The Times. […] Die artikelen speelden een rol bij het Deense referendum over het verdrag van Maastricht. […] Johnson besefte tot zijn eigen verbazing dat wat hij vanuit Brussel schreef een explosief effect had […] Het gaf hem een vreemd soort macht. […] Ook de tabloïds hadden snel door dat dit soort verhalen voor hen gesneden koek was en de kassa deed rinkelen. Wat leerling-tovenaar Boris Johnson in gang had gezet, was niet meer te houden. (p.209-211)

C’est Boris Johnson lui-même qui a joué un rôle prépondérant dans ce flux d’informations. Avant d’être maire de Londres et ministre, il était à Bruxelles comme correspondant pour l’Europe du Daily Telegraph, un journal conservateur. […] ‘C’est lui qui a inventé le fake news’, dit Martin Fletcher, l’ancien responsable des nouvelles de l’étranger pour le Times. […] Ces articles ont influencé le referendum danois sur le traité de Maastricht. […] A son grand étonnement, Johnson s’est rendu compte de l’impact explosif qu’avait ce qu’il écrivait depuis Bruxelles. Ce qui lui a donné une étrange forme de pouvoir. La presse à sensation a vite compris quel parti elle pouvait en tirer et quels avantages financiers. Ce que l’apprenti sorcier Boris Johnson avait mis en route était impossible à arrêter. (traduction de l’Adrienne) 

Sur le site de la communauté européenne, un Anglais « s’amuse » à les noter et à les commenter toutes, histoire de remettre les pendules à l’heure.

Mais il semblerait bien que les pendules, de part et d’autre de la Manche, ne marcheront plus ensemble.

Voir ici ce florilège ahurissant: Euromyths.

 

V comme vive la philo

philo

Si vous vous demandez pourquoi l’Adrienne passe son temps à se renseigner sur des « héros » inconnus d’elle, comme Wonder Woman ou Buffy Summers, ou pourquoi elle a enregistré et regardé The devil wears Prada, qui passait justement sur une chaîne flamande ces jours-ci… la réponse est dans l’illustration ci-dessus.

En quarante petits chapitres, l’auteur se propose de nous faire découvrir le lien entre quarante héros / héroïnes divers et une pensée philosophique.

Tous ces héros viennent de la littérature populaire – comme Bridget Jones, de la BD – comme Tintin, du cinéma – comme Tony Montana, des séries télévisées – comme Monica Geller (Friends) et des dessins animés – comme Elsa et Anna.

Du côté des philosophes, on ne trouve que les grands classiques, Aristote, Socrate, Camus, Nietzsche… et pour chacun d’eux un seul aspect de leur œuvre ou de leur pensée, une seule phrase, le plus souvent, par exemple pour Leibniz, à propos de Wonder Woman, il s’agit de la petite citation « la justice est la charité du sage. » (p.55)

Sont également classés parmi les philosophes, l’anthropologue et ethnologue Claude Lévi-Strauss, pour la notion d’ethnocentrisme dans Pocahontas, et Machiavel, pour les principes du machiavélisme chez Claire Underwood (House of Cards).

Mais ne vous inquiétez pas: tout ça est si court, si digeste et si succinct que vous resterez sur votre faim.

Ou que comme l’Adrienne vous regretterez qu’y manque un de vos héros favoris, comme Gaston Lagaffe, Prunelle et monsieur de Mesmaeker 🙂 

info et source de l’illustration ici – lire trois extraits ici.