B comme bonne blague

Le testament français - Andreï Makine - Ebooks - Furet du Nord

Je ne me lassais pas de revoir les séquences pleines d’images qu’enregistrait, en grand désordre il est vrai, ma mémoire. Comme celle où Victor Hugo, patriarche grisonnant et mélancolique, rencontrait sous le dais d’un parc Leconte de Lisle. « Savez-vous à quoi j’étais en train de penser? » demandait le patriarche. Et devant l’embarras de son interlocuteur, il déclarait avec emphase: « Je pensais à ce que je dirai à Dieu quand, très bientôt peut-être, je rejoindrai son royaume… » C’est alors que Leconte de Lisle, ironique et respectueux à la fois, affirmait avec conviction: « Oh, vous lui direz: ‘Cher confrère…’  »

Andreï Makine, Le testament français, Mercure de France, 1995, p.140

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lire des extraits ici – info sur le site de Gallimard ici – entretien avec l’auteur iciTestament français ou testament russe? ici (bonne question pour ceux qui ont lu le livre jusqu’à la fin 😉 )

Z comme Zou! Zou!

Mon frère et moi : souvenirs d'enfance et de jeunesse / par Ernest ...

Notre grand’mère était morte plusieurs années avant ma naissance; mais j’ai entendu assez souvent parler d’elle pour affirmer que ce n’était point une âme ordinaire. Plébéienne au sang chaud, royaliste convaincue, trempée dans les rudes épreuves de la Terreur, elle rappelait par sa beauté, ses formes sculpturales, ses yeux largement fendus, quelques-uns des portraits du peintre David.

Lorsque Antoine Reynaud la connut, elle avait vingt ans; elle était veuve d’un premier mari, mort fusillé dans l’une de ces échauffourées de la Lozère contre lesquelles la Convention envoya un de ses membres, Châteauneuf-Randon.

De ce mariage, un fils lui restait. Elle avait couru avec lui les plus effroyables périls. Décrétée d’accusation en même temps que son mari, elle s’était réfugiée à Nîmes, où résidait une partie de sa famille, tandis que lui-même fuyait d’un autre côté. Là, elle vivait obscure et cachée, attendant la fin des mauvais jours. Un matin, elle commit l’imprudence de sortir, son enfant dans les bras. La fatalité la plaça sur le passage de la déesse Raison, qu’on promenait processionnellement dans les rues, et voulut que la citoyenne à qui était échue cette haute et passagère dignité connût notre grand’mère. Du plus loin qu’elle l’aperçut, elle l’interpella, en criant:

—Françoise! à genoux!

Ma grand’mère avait à peine dix-sept ans, la repartie prompte et l’ironie facile. Elle répondit à cet ordre par un geste de gamin. La foule se précipita sur elle: «Zou! zou!» Elle prit sa course à travers la ville, pressant son enfant contre son sein, atteignit un faubourg et put rentrer chez elle par le jardin, en passant sur l’étroite margelle d’un puits, au risque de s’y laisser choir. Elle disait plus tard:

—Un chat n’aurait pas fait ce que j’ai fait ce jour-là.

Elle était sauvée momentanément; mais trop de périls menaçaient sa sûreté pour qu’il lui fût possible de rester à Nîmes. Elle partit le même soir pour le Vivarais.

Elle dut faire une partie de la route à pied, voyageant à petites journées, logeant à la fin de ses longues marches dans une ferme ou chez des curés constitutionnels à qui de bonnes âmes l’avaient recommandée. Ce fut pendant ce voyage, traversé par les plus cruelles angoisses, qu’elle apprit la mort de son mari.

Elle était arrivée la veille dans un pauvre village nommé Les Mages. Logée au presbytère, elle fut douloureusement impressionnée en entrant dans la chambre qui lui était destinée. Le cimetière s’étendait sous ses croisées; la lune dessinait dans la nuit les croix des tombes. Il lui fut impossible de s’endormir.

Puis, ce fut l’enfant qu’elle allaitait qui parut à son tour saisi de terreur. Rouge et les yeux hagards, le pauvre petit être cria et pleura toute la nuit, se débattant dans les bras de sa mère qui s’efforçait en vain de l’apaiser.

Quelques heures plus tard, ma grand’mère apprenait que son mari était mort, non loin de là, fusillé, au petit jour. Elle ne cessa jamais de croire que son fils avait eu durant cette affreuse nuit la vision du supplice de son père.

Extrait du chapitre III de Mon frère et moi, souvenirs d’enfance et de jeunesse par Ernest Daudet, éd. Plon, 1882, lisible dans son intégralité ici.

T comme Tante Léa

Jour après jour, le départ définitif de la mère de l’Adrienne se prépare:

– Est-ce qu’il y a des livres de ton père qui t’intéressent? demande-t-elle.

Bien sûr qu’ils l’intéressent! Elle les prendrait bien tous, si elle avait la place pour les mettre. Mais il faut se raisonner. En prendre deux ou trois. Mettons cinq ou six et n’en parlons plus 😉

En donnant la préférence à ceux qui ont vraiment compté pour le père.

Comme celui de l’illustration, qui a dû être un de ses tout premiers achats d’homme marié: Menus et recettes de Tante Léa, paru aux éditions de la Libre Belgique en 1959.

Deux choses frappent tout de suite à la lecture de l’introduction de cette bible de plus de six cents pages.

D’abord, qu’elle s’adresse uniquement à un public féminin:

« […] notre but a été d’essayer de procurer à [nos] lectrices un recueil de conseils pratiques répondant aux mille problèmes que se posent journellement les maîtresses de maison. » (p.7)

Ensuite, que les familles étaient sans doute plus nombreuses à l’époque:

« L’indication précise des ingrédients nécessaires, chaque plat étant calculé pour six personnes. » (p.7)

Enfin, on remarque aisément que la page qui a été le plus consultée est celle des carbonnades flamandes 🙂

Viande de bœuf 3/4 de kg, 1/4 de kg d’oignons, 50 gr de beurre, 1 tranche de lard gras, une demi-bouteille de bière de ménage, 2 morceaux de sucre, une tranche de pain, une cuillerée à soupe de moutarde, thym, laurier, sel et poivre. (p.161)

R comme rire

On ne le croirait pas en regardant les adaptations pour le cinéma ou la télévision, mais il y a de l’humour chez Simenon et ses Maigret.

Par exemple, dans Maigret au Picratt’s (1951) qu’on peut voir dans la vidéo ci-dessus – qui diffère trop de l’original, soit dit en passant – on peut lire ceci: 

C’était une de ces journées mornes par lesquelles on se demande ce qu’on est venu faire sur la terre et pourquoi on se donne tant de mal pour y rester.

Georges Simenon, Maigret au Picratt’s, in Tout Simenon volume 5, Presses de la Cité 1988, p. 240

Elle commençait à trouver que la police n’est pas aussi curieuse qu’on le prétend, car Maigret ne l’aidait pas du tout, ne la poussait pas à parler, l’écoutait avec l’indifférence d’un vieux confesseur assoupi derrière son grillage.

Georges Simenon, Maigret au Picratt’s, in Tout Simenon volume 5, Presses de la Cité 1988, p. 299

M comme Maigret

Quand Maigret, avec un soupir de lassitude, écarta sa chaise du bureau auquel il était accoudé, il y avait exactement dix-sept heures que durait l’interrogatoire de Carl Andersen.

On avait vu tour à tour, par les fenêtres sans rideaux, la foule des midinettes et des employés prendre d’assaut, à l’heure de midi, les crémeries de la place Saint-Michel, puis l’animation faiblir, la ruée de six heures vers les métros et les gares, la flânerie de l’apéritif…

La Seine s’était enveloppée de buée. Un dernier remorqueur était passé, avec feux verts et rouges, traînant trois péniches. Dernier autobus. Dernier métro. Le cinéma dont on fermait les grilles après avoir rentré les panneaux-réclame…

Et le poêle qui semblait ronfler plus fort dans le bureau de Maigret. Sur la table, il y avait des demis vides, des restes de sandwiches.

Un incendie dut éclater quelque part, car on entendit passer les bruyantes voitures des pompiers. Il y eut aussi une rafle. Le panier à salade sortit vers deux heures de la Préfecture, revint plus tard par la cour du Dépôt où il déversa son butin.

L’interrogatoire durait toujours. D’heure en heure, ou de deux en deux heures, selon sa fatigue, Maigret poussait un bouton. Le brigadier Lucas, qui sommeillait dans un bureau voisin, arrivait, jetait un coup d’œil sur les notes du commissaire, prenait la suite.

Et Maigret allait s’étendre sur un lit de camp pour revenir à la charge avec de nouvelles provisions d’énergie.

La Préfecture était déserte. Quelques allées et venues à la Brigade des mœurs. Un marchand de drogues qu’un inspecteur amena vers quatre heures du matin et qu’il cuisina sur-le-champ.

La Seine s’auréola d’un brouillard laiteux qui blanchit et ce fut le jour, éclairant les quais vides. Des pas résonnèrent dans les couloirs. Des sonneries de téléphone. Des appels. Des claquements de portes. Les balais des femmes de ménage.

Et Maigret, posant sa pipe trop chaude sur la table, se leva, regarda le prisonnier des pieds à la tête, avec une mauvaise humeur non exempte d’admiration.

Dix-sept heures d’interrogatoire serré! Auparavant, on avait retiré à l’homme les lacets de ses chaussures, son faux col, sa cravate, et on avait vidé ses poches.

Pendant les quatre premières heures, on l’avait laissé debout au milieu du bureau, et les questions tombaient aussi dru que des balles de mitrailleuse.

– Tu as soif?…

Maigret en était à son quatrième demi et le prisonnier avait esquissé un pâle sourire. Il avait bu avidement.

– Tu as faim?…

On l’avait prié de s’asseoir, puis de se lever. Il était resté sept heures sans manger et on l’avait harcelé ensuite, tandis qu’il dévorait un sandwich.

Ils étaient deux à se relayer pour le questionner. Entre les séances, ils pouvaient sommeiller, s’étirer, échapper à la hantise de cet interrogatoire monotone.

Et c’étaient eux qui abandonnaient!

Georges Simenon, La nuit du carrefour, 1931 (éd. LdeP 14246) – début du chapitre 1

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L’Adrienne, suite à sa lecture du Polar pour les nuls, passe ses soirées avec le commissaire Maigret 🙂

D comme document humain

Ce qu’il y a de bien avec l’ami G***, c’est qu’avec sa bonne quinzaine d’années d’expérience supplémentaire, il n’a jamais manqué de prévenir l’Adrienne, « tu verras, quand tu auras quarante ans… », puis cinquante, soixante ans.

Jusqu’à ce nouveau genou qu’on lui a mis maintenant qu’il est septuagénaire: tous ses conseils et avertissements concernent des aspects physiques.

Chez Isabelle de Courtivron, les aspects physiques du vieillissement ne sont que des phénomènes marginaux, secondaires. Même si c’est sur ce thème-là que le livre s’ouvre, il n’est que l’élément déclencheur d’une réflexion plus profonde.

Bien plus important est le regard des autres, comment on est perçu(e) par les autres dès qu’on a franchi un certain âge. Dès qu’on n’est plus une personne « active », même si comme elle on a encore de nombreuses occupations aux plus hauts niveaux, par exemple dans préparation de la campagne électorale d’un futur Président.

On devient inintéressant. Invisible.

Dès ma retraite, j’ai remarqué que j’étais devenue une femme sans grand intérêt pour les jeunes. Avant, je pouvais au moins offrir des anecdotes, des informations utiles. Maintenant, mon expérience ne compte plus. Mes souvenirs, mes aventures ne les captivent pas. Mes efforts de transmission sont devenus inutiles. Les idées que je veux communiquer, inaudibles. […]
Mais je me prends à penser que, jeune, j’aurais probablement dû être plus indulgente envers les personnes âgées qui essayaient de comprendre mes activités et mon monde, qui espéraient un moment de complicité avec moi.

Isabelle de Courtivron, L’été où je suis devenue vieille, éd. L’iconoclate, 2020, p.41-42.

Ne vous laissez pas décourager par le constat un peu tristounet de ce passage. L’auteur nous offre un document très personnel, lucide, avec quelques regrets – qui n’en a pas – qu’elle assume sans nostalgie:

[…] je dois accepter de ne plus être dans la position de la militante engagée [dans le féminisme], mais celle de l’observatrice solidaire. Ce combat m’a construite, il m’a structurée pendant des décennies et m’a aidée à devenir la femme que je suis. J’y demeure très attachée mais, à présent, d’autres le mèneront. »

Isabelle de Courtivron, L’été où je suis devenue vieille, éd. L’iconoclate, 2020, p.74.

Bref, sur 190 pages qui se lisent avec intérêt, elle se livre: l’enfance, la jeunesse, les combats, la carrière, la vie de couple, le tout ponctué de réflexions sur l’avant, le pendant et l’après.

Un beau document humain.

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Site de l’éditeur et source de l’image ici – lire un extrait ici.

C comme canon

Dans un des livres empruntés à la bibliothèque la semaine dernière, Madame trouve le billet avec le nom de l’emprunteur précédent (une ancienne élève, ’emprunteuse’, ça se dit?) qu’elle contacte aussitôt pour un joyeux petit échange d’impressions de lecture.

Il s’agit d’un des titres de Dimitri Verhulst (qui a eu l’honneur de deux ou trois traductions françaises pour d’autres de ses œuvres) et que Madame découvre ces derniers mois, maintenant qu’elle n’est plus Madame et prend le temps de lire aussi en néerlandais.

Justement ces jours-ci il est beaucoup question des 50 titres faisant partie du « canon littéraire » néerlandophone, donc les œuvres qu’il « faut avoir lues ».

Il en est surtout question à cause d’un auteur qui vient de se voir éjecté de ladite liste en raison de racisme. Madame ne peut s’empêcher d’y voir surtout un effet de mode…

Bref.

Parce qu’en principe les seuls critères pour qu’une oeuvre soit admise dans ce panthéon – qui recouvre huit siècles – c’est qu’elle doit avoir été écrite en néerlandais, publiée il y a au moins 25 ans et que son auteur doit être mort.

Il semblerait qu’il y ait aussi des critères implicites 😉

Huit siècles, ce qui fait qu’en numéro un se retrouve Hendrik van Veldeke, un poète courtois du 12e siècle dont il n’est pas très clair s’il écrivait en « néerlandais » ou en « allemand ».

Soit.

Mettons que c’était du limbourgeois 😉  

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source de l’illustration, info et tous les 50 titres ici.

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Ez sint guotiu niuwe maere,
daz die vogel offenbaere
singent, dâ man bluomen siht.
zén zîten in dem jâre
stüende wol, daz man vrô waere,
leider des enbin ich niht:
Mîn tumbez herze mich verriet,
daz muoz unsanfte unde swaere
tragen daz leit, das mir beschiht. (version d’origine)
Het zijn goede nieuwe tijden
nu de vogels vreugd verspreiden,
zingend, waar men bloemen ziet.
Dit zijn de jaargetijden
die ons graag verblijden,
ik daarentegen ben het niet:
mijn domme hart smoorde mijn lied,
zodat ik hard en zwaar moet lijden
aan het lot dat mij geschiedt.

(traduction en néerlandais et en rimes d’Elvis Peeters)

Ce sont de bonnes nouvelles,
que les oiseaux répandent
en chantant, qu’on voit des fleurs.
C’est l’époque de l’année
qui nous incite à être heureux.
Hélas, je ne le suis pas:
mon cœur insensé m’a trahi,
et doit porter la peine
la plus dure et lourde.
(traduction de l’Adrienne de la première strophe d’un poème de Hendrik van Veldeke)

B comme Black

Moors Blackamoors | Journey to the Source

Tout comme la statue de ce saint Maurice noir dans la cathédrale de Brandebourg, qui date du 13e siècle, la figure de l’homme noir est rarissime dans la littérature de la même époque.

En néerlandais, le tout premier personnage littéraire à la peau noire est Moriaen, dans une chanson de geste du cycle arthurien.

L’oeuvre originale date des environs de l’an 1200 en dialecte flamand (Flandre Occidentale et sud de la Flandre Orientale) mais les manuscrits qui la reprennent ont été rédigés un siècle plus tard en dialecte brabançon de la région de Louvain (Veltem): à la rime, on a gardé le vocabulaire d’origine, à l’intérieur des vers on a choisi les mots brabançons.

Contrairement aux autres héros arthuriens, comme Lancelot, Gauvain, Perceval… Moriaen n’a pas son équivalent dans les différentes langues européennes ayant une littérature de la « matière de Bretagne ».

Son père est Acglavael (Agloval), frère de Perchevael (Perceval), et sa mère une reine mauresque. Sa quête à lui a pour but d’obtenir la reconnaissance paternelle (la légitimité) et de réunir ses parents par le mariage. 

Doe was di swarte ridder blide
Ende scoet ane lanceloets side
Ende ontecte sijn hoeft al daer
Dat pec sward was oppenbaer
Het was di sede vanden lande
More sijn sward alse brande
Maer dat men an ridders soude prisen
Haddi also scone na sire wisen
Al was hi sward wat scaetde dat
An hem was sake di hem messat
Ende hi was langer een haluen voet
Dan enech ridder bi hem stoet
Nochtan was hi van kinscen dagen
Hem begonst so wel behagen
Doe hi horde hare tale
Dat si spraken van acglauale
Dat hi knilde ter eerden neder
Ende walewein. hiuen op weder
Ende seide hem die niemare
Dat haer gelijc een bode ware
Ende behorden tarturs houe
Di werd was van groten loue
Ende si voren beide te male
Percheuale. soeken met acglauale
Die de coninc. beide begeert

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source de l’illustration ici.

P comme polar

Le Polar pour les Nuls, grand format par Aubert

Le Polar pour les Nuls, voilà un beau cadeau (merci les éditions First) pour découvrir tous les secrets, les ficelles, les grands noms, les personnages célèbres, les romans ‘incontournables’ – ce mot revient assez souvent 😉 … de ce genre de littérature qui est, paraît-il, celui qui connaît le plus gros chiffre de vente au monde.

Les pandores et les malfrats, la nuit et ses oppressants mystères, du plus psychologique et raffiné au franchement ‘gore’, c’est tout un univers plus varié qu’on ne le penserait qui s’ouvre au lecteur sous la couverture en carton souple.

Bref, ne tirez pas sur les pianistes si elles ont ‘oublié’ un nom qui vous serait cher, ce livre, elles le précisent, n’est pas une encyclopédie. C’est un outil assez complet, bien plus qu’une simple béquille pour soutenir vos connaissances trop rudimentaires du sujet.

Comme celles de l’Adrienne, qui a pu constater grâce au questionnaire en début de volume, qu’elle était vraiment nulle 🙂 

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et pour ceux qui aiment cette littérature, voici les dix œuvres recommandées par Les Nuls, dans l’ordre chronologique:

1. Le Chien des Baskerville (The Hound of the Baskervilles, 1901) d’Arthur Conan Doyle

Dans le sud-ouest de l’Angleterre, un chien démoniaque pourchasserait, selon une vieille légende, les membres de la famille Baskerville. Sherlock Holmes et le docteur Watson enquêtent sur la mort étrange de Sir Charles

2. L’Aiguille creuse (1909) de Maurice Leblanc

Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur, a aménagé la cachette où il entrepose le trésor des rois de France dans un gigantesque rocher au pied de la falaise d’Étretat. Il continue de piller les environs de Dieppe pour alimenter sa collection.

3. Moisson rouge (Red Harvest, 1929) de Dashiell Hammett

Un détective employé par l’agence Continental se rend dans une bourgade minière du Montana à la demande d’un journaliste local. Mais à peine arrivé, le détective découvre son client assassiné et la ville entièrement assujettie à des bandes rivales de gangsters, ex-briseurs de grève, qui en ont pris le contrôle.

4. La Nuit du carrefour (1931) de Georges Simenon

Pourquoi ce Maigret-ci plutôt qu’un autre ? Maigret au Picratt’s pour l’ambiance de Pigalle, ou Maigret aux Assises pour la réflexion sur le métier d’enquêteur et ses rapports avec la Justice ? Parce que Maigret nous impressionne à l’issue de 17 heures d’interrogatoire… Tenace, il file aussitôt au Carrefour des Trois Veuves pour surveiller le pavillon des Michonnet : un concentré de sa méthode, patience et osmose.

5. Dix petits nègres (And Then There Were None, 1939) d’Agatha Christie

Dix personnes sont conviées par un mystérieux inconnu à séjourner sur la luxueuse et fascinante île du Nègre. Les dix invités accourent avec enthousiasme. Un après l’autre, ils connaîtront pourtant le même sort funeste…

6. The Long Goodbye, anciennement Sur un air de navaja (The Long Goodbye, 1953) de Raymond Chandler

Sans doute son meilleur livre avec Adieu ma jolie (Farewell, my lovely, 1940). Le chevalier Marlowe n’aurait pas dû faire trop confiance à son ami Terry Lennox, accusé du meurtre de sa femme… Un hommage mélancolique à l’amitié trahie.

7. Le Dahlia noir (The Black Dahlia, 1987) de James Ellroy

À travers l’évocation d’une célèbre affaire criminelle de 1947 jamais élucidée – une starlette atrocement assassinée, surnommée « le Dahlia noir » – Ellroy décrit avec une force hallucinante une enquête de police dans le Los Angeles des années 1950.

8. Le Silence des agneaux (The Silence of the Lambs, 1988) de Thomas Harris

Clarice Starling, une profileuse du FBI, essaie de retrouver un dangereux psychopathe en sollicitant le docteur Hannibal Lecter, psychiatre emprisonné pour meurtres. On ne le dira jamais assez, il faut surtout lire le roman qui précède, Dragon rouge (Red Dragon, 1981), moins connu mais essentiel.

9. Moloch (1998) de Thierry Jonquet

À la fois peinture sociale dérangeante et absolue descente aux enfers au cœur de la psyché humaine, ce roman noir magnifiquement écrit démarre par une enquête sur d’affreux meurtres d’enfants. Éprouvant, mais jamais complaisant.

10. La Griffe du chien (The Power of the Dog, 2005) de Don Winslow suivi de Cartel (The Cartel, 2017)

Le combat homérique, développé en deux romans inoubliables et d’un réalisme troublant, entre Art Keller, incorruptible agent de la DEA américaine, et Adàn Barrera, inspiré du narcotrafiquant le plus célèbre du monde, El Chapo. Barrera vise le contrôle de tous les cartels et Keller ressemble de plus en plus à Don Quichotte.

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écrit pour les Plumes d’Emilie avec les mots imposés suivants: PANDORE – BÉQUILLE – NUIT – CADEAU – SECRET – SUCRE – CARTON – OUVRIR – OPPRESSER – OUTIL

O comme Owen

Le Livre noir des merveilles - Thomas OWEN - Fiche livre ...

Madame vous l’avoue tout de suite, le nom de l’auteur ne lui disait rien du tout: Thomas Owen. A sa grande honte. D’autant plus grande honte qu’il s’agit d’un Belge 😉 Pseudonyme de Gérard Bertot, lit-elle sur wikisaitout, né à Louvain en 1910 et mort à Bruxelles en 2002. Et apparemment très utilisé dans l’enseignement de la littérature fantastique.

Bref.

– Je l’ai lue, cette histoire, dit Estevan, mais je n’y ai rien compris du tout. La relire une deuxième fois ne servirait à rien! je pourrais la relire cinq fois, je n’y comprendrais toujours rien!

Estevan est à l’âge du tout et du rien.

– OK… fait Madame. Et si je te la lisais à haute voix, ça t’aiderait?

– Je ne sais pas… on peut essayer, si vous voulez…

Ce garçon n’est pas contrariant.

Alors Madame se lance dans une lecture mimée de La Boule noire (non il n’y a heureusement ni film ni photos de cette prestation ;-)) parce que rien ne la motive mieux que les « tout », les « rien » et les « moi je n’aime pas le français » 🙂

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nouvelle à lire ici. infos et source de l’illustration ici. Et un très beau travail de prof confinée faisant son enseignement à distance ici.