J comme Jocrisse

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La première fois que l’Adrienne a rencontré ce mot, c’était dans une de ses lectures de la Bibliothèque verte et ça l’a fort marquée.

Elle n’avait pas l’habitude d’être confrontée à un mot inconnu, voilà pourquoi elle se souvient de ces rencontres, jocrisse, dans un des Langelot, ou panacée, dans la chanson du sirop typhon.

Quant à savoir pourquoi ce mot – jocrisse! – ressurgit tout à coup dans sa mémoire alors qu’elle est plongée dans Orient-Express, de Graham Greene sur les conseils de Walrus… mystère!

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La photo d’illustration vient d’ici (où vous trouverez toute l’info sur les 40 volumes des aventures de Langelot, agent secret :-))

R comme Roth

roth

A défaut de pouvoir y aller cet été, on peut lire les merveilleux reportages qu’en a faits Joseph Roth, de ces « villes blanches » du midi de la France.

Même si on ne les a trouvés que dans une traduction en néerlandais et qu’il peut sembler un peu bête de traduire en français une traduction de l’allemand en néerlandais, tant pis on le fait 🙂

Zal de wereld er ooit uitzien als Avignon? Hoe dom is de angst van bepaalde staten, zelfs als ze Europees gezind zijn, dat de ‘eigen aard’ verloren zou gaan en dat de kleurrijke mensheid één grijze soep zou worden! Maar mensen zijn geen kleuren, en de wereld is geen schilderspalet! Hoe meer vermenging, hoe sterker de eigen aard! Ik zal deze prachtige wereld niet meer meemaken, waarin iedere mens het geheel in zich draagt […] Dan bereiken we het hoogste stadium van de humanité. En humanité is de cultuur van de Provence, van wie de grote dichter Mistral ooit verbaasd antwoordde op de vraag van een geleerde welke rassen in dit deel van zijn land wonen: ‘Rassen? Maar er is maar één zon!’ (p.57)

Est-ce que le monde un jour ressemblera à Avignon? Quelle bêtise, de la part de certains Etats, même de ceux qui sont favorables à l’Europe, quelle bêtise cette angoisse de perdre la ‘propre identité’, cette angoisse de voir l’humanité si diverse devenir une masse grise! Les gens ne sont pas des couleurs et le monde n’est pas une palette de peintre! Plus grand le mélange, plus forte l’identité! Je ne verrai pas ce monde merveilleux dans lequel chacun porte en soi la totalité […] mais c’est alors que nous aurons atteint le summum de l’humanité. L’humanité, c’est la culture de la Provence, dont le grand poète Mistral a dit un jour, étonné par la question d’un savant qui voulait savoir quelles races habitaient cette région de son pays: « Races? Il n’y a qu’un seul soleil! »

(traduction de l’Adrienne)

source de la photo ici et bio de Joseph Roth (en français) ici.

20 romans

La semaine dernière, le magazine féminin que lit la mère de l’Adrienne se risquait à établir la liste des « vingt romans à lire au moins une fois dans sa vie ».

L’Adrienne, qui déteste établir elle-même ce genre de liste où il faut faire des choix, forcément arbitraires, nécessairement réducteurs, est néanmoins toujours très intéressée pour lire celles établies par d’autres. Elle s’arme donc de papier et de crayon pour noter les titres proposés.

Pas de surprise, en tête de palmarès, l’Etranger de Camus et le Petit Prince de Saint-Exupéry.

En dehors du domaine francophone, on ne s’étonne pas de trouver Orwell (1984) ou Oscar Wilde (The portrait of Dorian Gray) même s’il y a sûrement encore des tas de romans qui les valent ou qui leur sont supérieurs.

Soit.

Mais là où les sourcils se lèvent, c’est pour une Laura McVeigh ou pour Harry Potter à l’école des sorciers et deux ou trois autres dont on se demande comment ils méritent le libellé « à lire au moins une fois dans sa vie ».

Passe encore qu’il s’y trouve un roman d’Agatha Christie ou Mercure d’Amélie Nothomb 😉

7 phrases

« La vie est une hécatombe. Un mass murder de 59 millions de morts par an. 1,9 décès par seconde. 158 857 morts par jour. Depuis le début de ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont mortes dans le monde – davantage si vous lisez lentement. Je ne comprends pas pourquoi des terroristes se fatiguent à augmenter les statistiques: ils ne parviendront jamais à assassiner autant de gens que Dame Nature. […] Soyons clair: je ne déteste pas la mort; je déteste ma mort. »

Frédéric Beigbeder, Une vie sans fin, éd. Grasset, janvier 2018, page 51.

info sur le site de l’éditeur et premières pages à lire ici. (jusqu’à la page 30)

 

L comme Lola Lafon

« Vous écrivez les jeunes  filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l’embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes. Vous interrogez notre désir brutal de les ramener à notre raison. Vous écrivez la rage de celles qui, le soir, depuis leur chambre d’enfant, rêvent aux échappées victorieuses, elles monteront à bord d’autocars brinquebalants, de trains et de voitures d’inconnus, elles fuiront la route pour la rocaille. »

Lola Lafon, Mercy, Mary, Patty, Actes Sud, 2017, p.7 (incipit)

Mery, Mary et Patty (Patricia Hearst) sont trois jeunes filles enlevées à des époques très différentes mais qui ont fait le même choix: rester avec leurs ravisseurs, dont elles épousent la cause.

Mais que ce soit une tribu indienne au 17e siècle ou un groupuscule marxiste au 20e, la société n’accepte pas ce choix. « Que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on ? » écrit Lola Lafon sur le site de son éditeur, Actes Sud.

Une narratrice dont on ne découvre l’identité que vers la moitié du roman s’adresse d’un ‘vous’ parfois assez agressif à un personnage (Gene Neveva) et raconte ces quelques mois des années 1974-75: l’enlèvement de Patty Hearst, ses messages, la préparation de son procès, la photo ci-dessus, quand Patty Hearst a changé de camp et décidé de s’appeler Tania:

« Y a-t-il quelqu’un derrière cette image? Quelqu’un à qui Tania adresse ce demi-sourire figé. Quelqu’un qui lui aurait enseigné cette posture de flingueuse, jambes écartées, sur le qui-vive, prête. Quelqu’un qui a positionné ses doigts, un par un, ça s’apprend, tout s’apprend, main droite sur la crosse, un doigt sur la détente, la main gauche ramassée au-devant du chargeur. »

Lola Lafon, Mercy, Mary, Patty, Actes Sud, 2017, p.123

Tout en ayant l’air de parler de choses relativement anciennes, ce livre est brûlant d’actualité, aussi bien quand il s’agit de suivre ou pas les chemins tout tracés que quand il s’agit des Etats-Unis, de la presse, de la logique de guerre et autres joyeusetés.

Passionnant par son contenu et par les questionnements qu’il suggère!

Critique de Télérama ici et info chez l’éditeur ici.

 

T comme Tyler

Il paraît que tous les livres d’Anne Tyler se déroulent au sein de familles au sens large – de celles où il y a une pièce rapportée ou comme dans celui-ci, trois enfants d’un précédent mariage du mari.

Au centre se trouve une femme, bien évidemment, ici elle s’appelle Rebecca, a cinquante-trois ans et n’est subitement pas trop contente de ce qu’elle est devenue.

Elle a abandonné ses études pour épouser un homme qui avait déjà trois petites filles et six ans plus tard elle était veuve avec quatre enfants. Maintenant que les quatre filles sont mariées et qu’elle est plusieurs fois grand-mère, elle se demande si elle a fait les bons choix.

Que serait-elle devenue si elle avait épousé son amoureux, Will, qu’elle a laissé tomber du jour au lendemain sans explications, pour épouser en quinze jours un divorcé avec trois enfants?

Elle qui aimait le calme, la lecture, les études, n’a plus ouvert un livre ni même lu un article un peu sérieux et vit entourée de gens, sans avoir une minute à elle.

Rebecca décide donc de se donner une seconde chance de « faire le bon choix » et recontacte Will, l’amoureux éconduit trente-cinq ans plus tôt…

Le livre a fait l’objet du téléfilm visible ci-dessus (2004) avec Blythe Danner, Peter Fonda, Faye Dunaway, Jack Palance… Il est extrêmement fidèle au texte, sauf sur un point: Rebecca, dans le livre, est une femme qui a un grave problème de surpoids. Mais l’actrice est mince comme un fil.

anne tylerLire le premier chapitre ici.

 

M comme Maylis de Kerangal

rue du métal

Parler un peu de la rue du Métal maintenant. Revoir Paula qui se présente devant le numéro 30 bis ce jour de septembre 2007 et recule sur le trottoir pour lever les yeux vers la façade – c’est un moment important. Ce qui se tient là, dans cette rue de Bruxelles au bas du quartier Saint-Gilles […] est une maison de conte: cramoisie, vénérable, à la fois fantastique et repliée. […] une maison dont la façade semble avoir été prélevée dans le tableau d’un maître flamand: brique bourgeoise, pignons à gradins, riches ferrures aux fenêtres, porte monumentale, judas grillagé, et puis cette glycine qui ceint l’édifice telle une parure de hanche.

Maylis de Kerangal, Un monde à portée de main, éd. Verticales, août 2018, p.33

[…] autour d’elle, et de plus en plus nets à mesure que les secondes s’écoulent et que ses yeux s’adaptent à la pénombre, les parois échantillonnent de grands parements de marbre et des panneaux de bois, des colonnes cannelées, des chapiteaux à feuilles d’acanthe, une fenêtre ouverte sur la ramure d’un cerisier en fleur, une mésange, un ciel délicat. […] Paula […] pose sa paume à plat sur la paroi, mais au lieu du froid glacial de la pierre, c’est le grain de la peinture qu’elle éprouve.

idem p.34

rue du métal 3

Éblouie dès le seuil de l’atelier le premier jour, entrant dans un local rectangulaire de quinze mètres sur dix, d’une hauteur sous plafond d’environ cinq mètres, sol de ciment et toiture en verrière, l’endroit pourvu d’une coursive courant sur les quatre murs dont on use pour entreposer des centaines de rouleaux et de cartons à dessin, des échantillons, du petit matériel. Paula aime immédiatement la lumière de commencement qui baigne l’endroit, une lumière blanche, mate […]

idem p.47 

rue du métal 2

Un livre qui parle merveilleusement bien de cet apprentissage de la peinture décorative et en trompe-l’œil tel qu’il est enseigné à l’Institut Van Der Kelen. Et de l’amitié entre trois de ses étudiants, Paula la Parisienne, Jonas le Belge et Kate, l’Écossaise.

Lire les vingt premières pages? c’est ici.

Les photos pour ce billet viennent du site de lInstitut Van Der Kelen.

A la RTBF aussi on a aimé ce livre: