Comme un roman

– Mais comment t’as su que j’étais là? s’étonne Nadine.
– Écoute, dit Marie-Paule, c’est vraiment pas difficile! Tu crois que tu te caches mais tu gardes tes mains sur la table…
– Ben oui sinon je tombe, grommelle Nadine en se réinstallant derrière ses piles de livres.

C’est vrai quoi, est-ce que j’ai encore l’âge de me mettre à croupetons!

Et puis d’abord, est-ce que je n’ai pas le droit de lire tranquille? De lire ce que je veux, sans que Marie-Paule me dise un dédaigneux « c’est n’importe quoi! »
De lire où je veux?

Et sans avoir à en faire un rapport commandant!

Non mais!!!

***

Merci La Licorne pour le jeu de juin, Comme un roman.

Petit rappel des « droits imprescriptibles du lecteur« :

1. le droit de ne pas lire
2. le droit de sauter des pages
3. le droit de ne pas finir un livre
4. le droit de relire
5. le droit de lire n’importe quoi
6. le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)
7. le droit de lire n’importe où
8. le droit de grappiller
9. le droit de lire à haute voix
10. le droit de nous taire

Y, adverbe pronominal de lieu

Il y avait dans leur chambre quatre lits blancs, mais une seule fenêtre.
– Dis-nous, Karl, dis-nous ce que tu vois par la fenêtre…

Ainsi commence La Fenêtre, une nouvelle de Maurice Pons (à lire ici) que malheureusement l’Adrienne avait déjà lue et par conséquent reconnue dès les deux premières lignes.

Mais bien sûr, dans la maison de quartier on est là aussi pour parler, échanger, rencontrer.

Depuis que la nouvelle saison de rencontres « lire ensemble » a commencé, il y a dans le petit groupe un homme au regard triste. La quarantaine. Les cheveux châtains en brosse. Les yeux très clairs.

Après la lecture d’une nouvelle – entrecoupée de pauses pour permettre à chacun d’exprimer ce qu’il a compris, ce qu’il en pense, ce que ça lui évoque – après cette lecture-là suit celle d’un poème.
Dès la première fois, Alexander a déclaré que la poésie, ce n’était pas son truc. On l’a rassuré: c’est son droit 🙂

Puis, mercredi dernier, c’était ce poème de Charles Bukowski, dont voici la version originale (avec traduction ‘simultanée’ de l’Adrienne):

there’s a bluebird in my heart that
il y a un merlebleu dans mon cœur qui
wants to get out
veut en sortir
but I’m too tough for him,
mais je suis trop fort pour lui,
I say, stay in there, I’m not going
je dis, reste là, je ne vais
to let anybody see
permettre à personne
you.
de te voir.
there’s a bluebird in my heart that
il y a un merlebleu dans mon cœur
wants to get out
qui veut en sortir
but I pour whiskey on him and inhale
mais je lui verse du whisky et j’aspire
cigarette smoke
la fumée de cigarettes
and the whores and the bartenders
et les putes et les barmen
and the grocery clerks
et les employés de magasin
never know that
ne savent jamais
he’s
qu’il est
in there.
là-dedans.

there’s a bluebird in my heart that
il y a un merlebleu dans mon cœur
wants to get out
qui veut en sortir
but I’m too tough for him,
mais je suis trop fort pour lui,
I say,
je dis,
stay down, do you want to mess
reste là, tu veux
me up?
m’embrouiller?
you want to screw up the
tu veux tout foutre
works?
en l’air?
you want to blow my book sales in
tu veux bousiller mes ventes de livres
Europe?
en Europe?
there’s a bluebird in my heart that
il y a un merlebleu dans mon cœur
wants to get out
qui veut en sortir
but I’m too clever, I only let him out
mais je suis trop malin, je ne le laisse aller
at night sometimes
que parfois la nuit
when everybody’s asleep.
quand tout le monde dort.
I say, I know that you’re there,
je dis, je sais que tu es là,
so don’t be
alors ne sois pas
sad.
triste
then I put him back,
puis je le remets à sa place,
but he’s singing a little
mais il chante un peu
in there, I haven’t quite let him
là-dedans, je ne l’ai pas tout à fait laissé
die
mourir
and we sleep together like
et nous dormons ensemble comme
that
ça
with our
avec notre
secret pact
pacte secret
and it’s nice enough to
et c’est assez beau pour
make a man
faire pleurer
weep, but I don’t
un homme, mais moi
weep, do
je ne pleure pas, et
you?
vous?

Charles Bukowski

Mercredi dernier, il a suffi de ce poème pour qu’Alexander sorte un peu de sa carapace. Complètement ému.

Il l’avait parfaitement compris du premier coup, mieux que les deux ou trois autochtones du groupe, et cette sorte de lutte du bien et du mal, dans le cœur de l’homme, lui a fait dire en conclusion de la conversation:

– Je suis Russe et j’en ai honte. J’ai quitté la Russie à 22 ans. J’y suis né mais je ne veux plus jamais y mettre les pieds. Je ne veux plus être Russe.

22 rencontres (4.6)

Il avait seize ans et n’avait pas fait son ‘coming out‘ mais des copains de classe avaient « deviné » et ça l’avait encore plus marginalisé.

Il n’y a pas plus bêtement machiste que ces petits mecs qui n’ont que trois poils de barbe. On le leur pardonne, parce que généralement ça leur passe sans trop de dommages collatéraux, mais dans ce cas-ci, il y avait beaucoup de mal-être.

Il faut dire que même sans ‘coming out‘, le garçon était un OVNI parmi les gars et les filles de son année: ce qui l’intéressait, c’était l’art, la philosophie, la littérature, le théâtre.
Avec de tels centres d’intérêt, on se sent bien seul, dans une cour de récré 🙂

Alors, pendant la pause de midi, il venait discuter avec Madame.

Une douzaine d’années ont passé et de temps en temps, il donne de ses nouvelles.
Ou un conseil de lecture 🙂
Il est toujours fier de préciser qu’il a lu le livre « en français ». Pourtant Madame y a peu de mérite, elle ne l’a eu qu’une demi-année comme élève.

Bref, Madame et lui avaient rendez-vous dans la ville universitaire où il vit et travaille aujourd’hui, et c’était un vrai bonheur de voir comme il va bien.

N comme notes

Chimamanda et notre Amélie ont un point commun, en plus d’être femmes et auteurs: elles ont perdu leur papa en pleine pandémie, n’ont pas pu être présentes aux derniers instants et ont écrit un livre sur cette immense perte.

Chez notre Amélie, c’est un beau livre hommage qui raconte l’enfance et la jeunesse de son père, Premier sang.

Chez Chimamanda, c’est un livre sur le chagrin de la perte, Notes on grief (source de la photo et info ici), Notes sur le chagrin (en traduction chez Gallimard, premières pages à lire ici)

Un petit livre – une bonne demi-heure de lecture – dans lequel tous ceux qui ont perdu quelqu’un d’essentiel se reconnaîtront, de bout en bout.

Question existentielle

Une blogamie lui ayant récemment offert ce livre, l’Adrienne s’est reposé une question largement débattue autrefois avec différentes personnes – directement ou indirectement concernées – sur la question du mariage mixte.

– Moi, lui avait dit S*** un jour – et ça l’avait beaucoup choquée – moi je ne veux absolument pas qu’une de mes filles épouse « un Belge ».

Elle disait « un Belge » alors qu’elle-même et tous les siens le sont, mais pour elle prime toujours leur origine tunisienne.

Selon S***, un mariage mixte, ça ne marche pas, parce que « c’est déjà bien assez difficile » entre gens de même culture.

Dans son livre, Cécile Oumhani semble lui donner raison: l’étudiante blonde épousée par Ridha, le Tunisien, se retrouve complètement déboussolée et isolée dans le pays de son mari, où elle doit rester entre les murs de sa maison, alors qu’elle a des diplômes universitaires et un grand appétit de se « rendre utile » en travaillant.

Même vécu, même échec, chez Riad Sattouf dans son excellente série autobiographique en bande dessinée, L’Arabe du futur, où on voit peu à peu le père qui se radicalise, comme on dit aujourd’hui.

D’où la question existentielle du jour: y aurait-il en littérature des exemples de mariages mixtes réussis?
Ou sont-ils tellement sans histoires qu’il est inintéressant d’en faire un livre 😉

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

O comme ode

Dans Speech: een ode, le stand-up comedian Wouter Deprez raconte comment il a découvert le langage, la lecture, l’écriture et sa vocation d’humoriste.

Plus qu’une ode à la langue, ce sont de petits textes pleins de joyeuse reconnaissance à ses parents, à sa famille, à ses instituteurs, à quelques professeurs qui ont fait ce qu’il est aujourd’hui.

Le chapitre « Mijn eerste Frans » (traduction littérale: mon premier français) raconte une première expédition familiale dans un Auchan – la famille habite en Flandre Occidentale, non loin de la frontière française.

« Ons gezin, dat nooit iets fout deed en geen wetten durfde te overtreden, probeerde nu tegen zijn aard in toch een jaarvoorraad wijn over de skreve te smokkelen. […] Mijn pa vertraagde, twee echte Franse douaniers vroegen of we quelque chose à déclarer hadden. We hadden rien à déclarer, antwoordde pa, met overdreven stoere stem. Eén douanier liep rond de auto. Met een zaklampje scheen hij de koffer in. Ik deed alsof ik geschrokken wakker schoot. De douanier zwaaide naar me, zei Pardon! Bonne nuit!, en knipte zijn lampje uit. Zonder hem te begrijpen, antwoordde ik met Oui, merci, waarmee ik mijn hele kennis van het Frans in een keer op tafel smeet. » (p.36)

Notre famille, qui ne faisait jamais rien d’illégal et n’osait entraver aucune règle, essayait ce jour-là, entièrement contre sa nature, de faire passer la frontière à des bouteilles de vin pour toute une année. […] Mon père a ralenti, deux authentiques douaniers français ont demandé si on avait quelque chose à déclarer. Nous n’avions rien à déclarer, a répondu papa d’une voix un peu trop bravache. Un douanier a fait le tour de la voiture. Il a allumé une petite lampe torche pour éclaire le coffre [c’est un break et Wouter, le cadet des quatre fils, est couché là, dans des couvertures, sur les cartons de vin]. J’ai fait comme si je m’éveillais, tout saisi. Le douanier m’a fait un signe de la main, a dit Pardon! Bonne nuit! et a éteint sa lampe. Sans le comprendre, j’ai répondu Oui! Merci! offrant ainsi d’un seul coup l’entièreté de ma connaissance du français.
(traduction de l’Adrienne)

Qui, parmi ceux qui ont connu l’époque des frontières avec douane, n’a pas ce genre d’histoire à raconter?

ça rappelle des souvenirs de retour de vacances, et le père qui déclare avec ce même air bravache qui ne lui était pas naturel, qu’il rapportait un plateau de pêches et des fromages de chèvre 😉

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/

N comme non

Le parfum des fleurs la nuit

La première règle quand on veut écrire un roman, c’est de dire non. Non, je ne viendrai pas boire un verre. Non, je ne peux pas garder mon neveu malade. Non, je ne suis pas disponible pour déjeuner, pour une interview, une promenade, une séance de cinéma. Il faut dire non si souvent que les propositions finissent par se raréfier, que le téléphone ne sonne plus et qu’on en vient à regretter de ne recevoir par mail que des publicités. Dire non et passer pour misanthrope, arrogant, maladivement solitaire. Ériger autour de soi un mur de refus contre lequel toutes les sollicitations viendront se fracasser. C’est ce que m’avait dit mon éditeur quand j’ai commencé à écrire des romans. C’est ce que je lisais dans tous les essais sur la littérature, de Roth à Stevenson, en passant par Hemingway qui le résumait d’une manière simple et triviale: « Les plus grands ennemis d’un écrivain sont le téléphone et les visiteurs. » Il ajoutait que de toute façon, une fois la discipline acquise, une fois la littérature devenue le centre, le cœur, l’unique horizon d’une vie, la solitude s’imposait. « Les amis meurent ou ils disparaissent, lassés peut-être par nos refus. »

Leïla Slimani, Le parfum des fleurs la nuit, éd. Stock, collection Ma nuit au musée, 2021, p.11-12 (incipit)

Bref, elle sait qu’il faut dire non si elle veut continuer à travailler sur le roman en cours, mais elle dit oui à la proposition de son éditrice: aller passer une nuit à Venise, enfermée au musée de la Punta della Dogana.

Un très bon livre 🙂

Lire un extrait ici.

G comme grand!

D’un écrivain et de son œuvre, on peut au moins savoir ceci : l’un et l’autre marchent ensemble dans le labyrinthe le plus parfait qu’on puisse imaginer, une longue route circulaire, où leur destination se confond avec leur origine : la solitude.

Je quitte Amsterdam. Malgré ce que j’y ai appris, j’ignore toujours si je connais mieux Elimane ou si son mystère s’est épaissi. Je pourrais convoquer ici le paradoxe de toute quête de connaissance : plus on découvre un fragment du monde, mieux nous apparaît l’immensité de l’inconnu et de notre ignorance ; mais cette équation ne traduirait encore qu’incomplètement mon sentiment devant cet homme. Son cas exige une formule plus radicale, c’est-à-dire plus pessimiste quant à la possibilité même de connaître une âme humaine. La sienne ressemble à un astre occlus ; elle magnétise et engloutit tout ce qui s’en rapproche. On se penche un temps sur sa vie et, s’en relevant, grave et résigné et vieux, peut-être même désespéré, on murmure : sur l’âme humaine, on ne peut rien savoir, il n’y a rien à savoir.

Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, éd. Philippe Rey/Jimsaan, 2021, incipit, p.15

Aux auteurs africains de ma génération, qu’on ne pourrait bientôt plus qualifier de jeune, T.C. Elimane permit de s’étriper dans des joutes littéraires pieuses et saignantes. Son livre tenait de la cathédrale et de l’arène ; nous y entrions comme au tombeau d’un dieu et y finissions agenouillés dans notre sang versé en libation au chef-d’œuvre. Une seule de ses pages suffisait à nous donner la certitude que nous lisions un écrivain, un hapax, un de ces astres qui n’apparaissent qu’une fois dans le ciel d’une littérature. (p. 17)

Si on pouvait douter qu’ait réellement existé, à une époque, un homme appelé T.C. Elimane, ou se demander si ce n’était pas là le pseudonyme qu’un auteur s’était inventé pour se jouer du milieu littéraire ou s’en sauver, nul, en revanche, ne pouvait mettre en doute la puissante vérité de son livre : celui-ci refermé, la vie vous refluait à l’âme avec violence et pureté.

Savoir si, oui ou non, Homère a eu une existence biographique demeure une question passionnante. A la fin, cependant, elle change peu de choses à l’émerveillement de son lecteur ; car c’est à Homère, qui ou quoi qu’il fût, que ce lecteur rend grâce d’avoir écrit l’Iliade ou l’Odyssée. De la même façon, peu importait la personne, la mystification ou la légende derrière T.C. Elimane, c’était à ce nom que nous devions l’œuvre qui avait changé notre regard sur la littérature. (p. 18)

***

La presse après le Goncourt: ici. France culture ici et ici.

7 extraits

Paula Becker – source ici

Clara et Paula se sont rencontrées au cours de dessin du sévère Fritz Mackensen, à Worpswede. Elles seront meilleures amies sur fond d’études, d’amour et de malentendu. Rien n’est plus solide que le malentendu. Voyez-les qui rentrent de leur cours en luge, à toute allure. Voyez-les plus tard à Paris, elles préparent cinq bouteilles de punch et deux gâteaux, un à l’amande, l’autre à la fraise, pour une fête d’étudiants. Voyez-les canoter sur la Marne, rossignols et peupliers. Voyez-les à Montmartre, résister en riant aux assauts d’une nonne qui veut les convertir. Voyez-les dévaler les sentiers de Meudon pour rendre visite à Rodin. Voyez-les à Worpswede encore, dans le regard des deux hommes qui les veulent, le peintre Modersohn et le poète Rilke.

*

Dans la famille Becker, tout le monde s’écrit beaucoup. C’est ainsi que l’on a des centaines de lettres de Paula, en plus de son journal et de son album de jeune fille. Paula est la troisième de la fratrie Becker. Ils sont six, il y a eu un septième frère mort petit. Le père, la mère, les oncles, les tantes, les frères, les sœurs, tous s’écrivent dès qu’ils s’éloignent, c’est un devoir familial, c’est un rituel, c’est une preuve d’amour.

A seize ans, partie en Angleterre chez sa tante Marie pour apprendre à tenir un ménage, Paula Becker rentre plus tôt que prévu. Elle s’est mise à dessiner, plus intensément que prévu. Sa mère l’y encourage et prend même une locataire pour financer ses cours. Et son père ne voit pas ça d’un trop mauvais œil, mais pour avoir un métier, l’enseignement. En septembre 1895, Paula a obtenu son diplôme d’institutrice.

[En 1899, à Worpswede, elle] lit les pièces d’Ibsen et le Journal de Marie Bashkirtseff. Rêve de vivre comme elle à Paris. Peint sur modèles au village. Est invitée aux soirées des artistes, chez Otto Modersohn ou Heinrich Vogeler.

*

Paula décide de dépenser la dotation de l’oncle Arthur en études à Paris. Son père est inquiet. Journal, 5 juillet 1900: « Père m’a écrit aujourd’hui pour me dire que je devrais chercher un travail de gouvernante. Toute l’après-midi je suis restée étendue dans le sable et la bruyère à lire Pan de Knut Hamsun. »

1900. Le monde est jeune. Knut Hamsun écrit sur les oiseaux et les amours d’été, les brins d’herbe et les grandes forêts. Le génial auteur de La Faim n’est pas encore le nazi qui offrira à Goebbels la médaille de son prix Nobel. Et Nietzsche n’est pas encore récupéré par les affreux. On peut croire au règne du Dieu Pan, à la Nature et au moment présent.

1900. Tout se passe en 1900. Paula écrit à son frère Kurt qu’après des années de sommeil et de rêverie elle a éclos. Et que ce développement les a peut-être choqués, eux, la famille. Mais qu’il en sortira du bon. Qu’ils seront contents. Qu’il faut lui faire confiance.

Marie Darrieussecq, Être ici est une splendeur, vie de Paula M. Becker, P.O.L., 2016, extraits des pages 14 à 19.

E comme Être ici…

Elle a été ici. Sur la Terre et dans sa maison.

Dans sa maison on peut visiter trois pièces. Leur accès est limité par des rubans de velours rouge. Sur un chevalet, une reproduction de son dernier tableau, un bouquet de tournesols et de roses trémières.

Elle ne peignait pas que des fleurs.

Une porte peinte en gris, fermée à clef, menait à un étage où j’imaginais des fantômes. Et quand on sortait de la maison, on les voyait, Paula et Otto, les Modersohn-Becker. Pas des fantômes mais des monstres, en habit d’époque, très kitsch à la fenêtre de leur maison de morts, par-dessus la rue, par-dessus nos têtes de vivants. Un couple de mannequins de cire, d’une laideur bicéphale à la fenêtre de cette jolie maison de bois jaune.

*

L’horreur est là avec la splendeur, n’éludons pas, l’horreur de cette histoire, si une vie est une histoire : mourir à trente et un ans avec une œuvre devant soi et un bébé de dix-huit jours.

Marie Darrieussecq, Être ici est une splendeur, vie de Paula M. Becker, éd. P.O.L, 2016 (incipit)

***

source de l’illustration et info sur le site de l’éditeur et premières pages à lire ici.

C’est court – ça se lit en une heure et demie à peine – c’est fort, c’est bien documenté et c’est nécessaire: qui connaît Paula Becker?

🙂

https://ennalit.wordpress.com/2021/12/01/challenge-petit-bac-2022-qui-veut-jouer/