E comme électricité

L’Adrienne a été élevée comme ça: on ferme toujours soigneusement les portes et on éteint les lampes dès qu’on quitte une pièce. 

Aussi ces temps-ci, alors qu’elle passe ses soirées à regarder des Christmas movies sur son ordi, elle remarque que dans chacun de ces films, absolument tous, quand un personnage rentre chez lui, il y trouve déjà toutes les lampes allumées. Y compris, Christmas movies oblige, les illuminations de Noël. Of course.

Et bien l’Adrienne, ces orgies électriques, ça la choque. 

*** 

 

liste non exhaustive des choses bizarres dans ces full movies que Hallmark et compagnie produisent à la chaîne: 

1.c’est l’hiver et il y a de la neige, mais l’héroïne porte une robe courte sans manches et d’élégants escarpins à talons aiguille 

2.les protagonistes ont la peau blanche mais toujours un copain, une amie, un chef, un associé à la peau noire 

3.comme par hasard, le noir tombe amoureux d’une noire, la blanche d’un blanc, idem pour l’asiatique ou le latino occasionnels (West Side Story était donc vraiment révolutionnaire)

4.il n’y a pas plus de cinq domaines professionnels possibles pour les héros: c’est soit les hautes et froides sphères de la finance/de la justice, soit les bons sentiments du milieu hospitalier ou scolaire, soit la créativité artistique ou culinaire 

5.les femmes gardent leur soutien-gorge pour dormir 

6.Noël est tellement magique que la neige tombe toujours à point, même en Californie (du moment qu’on est dans la nuit du 24 au 25 décembre) 

7.Noël est tellement magique qu’on n’est pas supposé s’étonner qu’une femme ayant donné son bébé en adoption en Californie le retrouve avocat à Boston mais momentanément dans un village du Montana où elle s’est réfugiée et où elle a sauvé l’héroïne d’un accident de voiture – l’héroïne bien sûr a fortuitement fait la connaissance de l’avocat de Boston et c’est le love at first sight 

(bien sûr la dame fait du bénévolat et bien sûr la bonne oeuvre où elle officie généreusement va devoir fermer faute de moyens et bien sûr l’héroïne (parfois le héros, faut être juste) est riche à millions, bref la magie de Noël est infinie) 

scénario transposable à l’infini aussi 

*** 

Vous suivez toujours ou vous vous êtes endormi? 

Vous comprenez maintenant les vertus thérapeutiques de ce genre de films, le soir à l’heure du coucher? 

*** 

Et pour 54 minutes de That’s entertainment, c’est ici: 

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22 choses…

En réponse à une suggestion de Joe Krapov,
voici 22 choses que l’Adrienne n’a jamais faites:

Appuyer sur l’accélérateur au-delà de 150 km/h.

Boire au point d’en être saoule

Classer un papier dès la minute où elle le reçoit

Dépenser plus d’argent qu’elle n’en a

Écrire une tragédie en vers

Fêter le nouvel an chinois

Grandir au-delà du mètre soixante-cinq

Habiller un mort

Injurier quelqu’un (même si elle en a parfois eu envie)

Jongler

Kidnapper quelqu’un

Lire Kafka

Mener un attelage

Nourrir un animal dans un zoo ou dans un parc

Oublier l’anniversaire de ses proches

Publier un livre

Quitter une chambre d’hôtel sans y avoir mis de l’ordre

Ramener des amis au foyer parental

Sauter à l’élastique du haut d’un pont (ou sauter en parachute)

Traire une vache, une chèvre, une brebis…

Utiliser un PC Mac

Visiter les États-Unis, l’Afrique, l’Inde, la Chine, le Japon, etc. etc.

***

Heureusement que le W est la 23e lettre
sinon je devais passer au néerlandais

Langue tirée

 

 

 

I comme inventaire

Inventaire des choses qui ont un aspect sale

Armoires de cuisine dans la future maison d’Adrienne (merci, Vim!)

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Bottes et bottines après une promenade en forêt (par saison de pluie, c’est-à-dire le plus gros de l’année)

Chien qui s’est roulé dans des bouses de vache (si ce ne sont pas des étrons humains)

Dalles de la piazza San Marco une heure après leur nettoyage vigoureux

Échelle d’Adrienne portant les traces de son utilisation par divers corps de métier

Façades décrépites de maisons inhabitées (ou qui suintent la pauvreté)

Grenier abandonné aux souris et aux araignées (pour ne parler que du plus visible)

Humeurs et autres crachats glaireux qui ornent le trottoir

Index, pouce et dents du fumeur de longue date

Jatte de lait pour chats dans laquelle la nuit des tas de grosses limaces sont venues se noyer

Képi, chapeau ou bonnet de quelqu’un qui ne se lave visiblement ni les cheveux, ni les mains

Livre qu’on me rend couvert de taches brunes (et écorné, en plus)

Murs d’où on a retiré les meubles (et ça fait un an que la fée du logis n’est plus passée)

Ongles noirs après le jardinage (ou l’épluchage de noix)

Peintures qui s’écaillent et tombent par plaques (l’école doit connaître ses priorités : ordi ou déco ?)

Quai où se dépose tout le rebut de notre société de consommation

Rues où les éboueurs ne sont pas passés (surtout si c’est l’été et le sud de l’Italie)

Salsifis (d’ailleurs quand elle était petite l’Adrienne croyait que c’étaient des sales sifis)

Toilettes publiques un jour d’été sur une autoroute française (c’est pour ça que Vison Buté appelle ce jour NOIR)

Urine s’écoulant d’un recoin où des buveurs de bière se sont soulagés en toute impunité

Vaisselle en attente dans la machine (alors qu’on a mangé du poisson)

Wagon de train qui a transporté des hooligans britanniques (ivres, mais ça, c’est un pléonasme)

Xérès hors d’âge (ou tout autre vénérable bouteille) qu’on n’a pas épousseté avant d’en ôter le bouchon

Yeux de mineur sortant de son trou de houille (ou ceux de l’Adrienne quand elle a une blépharite)

Zébu et vaches se baignant dans le Gange à côté de vieillards, de femmes et d’enfants faisant la même chose

***

À la manière de Dame Sei Shonagon (une femme de lettres japonaise, auteure de Notes de chevet, l’un des deux chefs-d’œuvre de la littérature japonaise de l’époque Heian), réalisez l’inventaire des choses qui vous marquent: les choses qui ont un aspect sale (Poudreurs d’escampette 186)

I comme impedimenta

maison à vendre

Neuf cuillers à café, un mixeur, une machine à pain, trois couteaux à manche en bois, un tube de colle, deux sacs en plastique pleins de sacs en plastique, un tiroir de chaussettes, une tringle à rideaux, une boîte de lessive, six paquets de serviettes en papier, deux couvertures de laine, un petit fauteuil en velours vert, une boîte pleine de dictionnaires, six albums photos, une dizaine de livres de recettes, cinq kilos de farine neuf céréales (entamés), une peau de chamois (neuve), une planche à découper, un dénoyauteur à cerises, deux cadres, un miroir (tacheté), un filtre à café en plastique rouge, une grande boîte de décorations de Noël, du papier à dessin, de la peinture à l’eau, des cintres en bois, une balance, un chandelier avec ses huit bougies, un stephanotis défleuri, neuf vases, deux tiroirs avec des nappes, une série de moules à gâteaux, une brosse en coco, deux tournevis, le vieux portemonnaie de grand-mère Adrienne, un sac plein de lettres d’amour toujours pas brûlées.

Impedimenta.

maison à vendre

septembre 1914, des troupes belges ont repris la ville de Dendermonde aux Allemands; tout ce qu’ils possèdent, ils le portent sur eux, c’est attaché sur leur dos et ça pend à leur cou ou à leur ceinture.

Impedimenta.

Et dans les maisons détruites, on ne risque pas de retrouver une nappe ou une couverture de laine. Ni des photos, ni des lettres d’amour.

http://www.geheugenvannederland.nl/?/en/items/SFA03:SFA002000311

J comme j’aime, je n’aime pas

J’aime tous mes élèves mais pas tous mes collègues.

J’aime les fruits mais pas en boîtes.

J’aime les animaux mais pas les limaces dans le potager.

J’aime la musique dite « classique » mais pas la contemporaine genre Stockhausen.

J’aime la lecture mais pas la science-fiction.

J’aime le chocolat noir mais pas le blanc (désolée, Amélie)

J’aime l’opéra mais pas Pelléas et Mélisande.

J’aime Camus mais pas Sartre. Voltaire mais pas Rousseau.

J’aime Bruxelles. J’aime l’Italie. J’aime l’Italie qui descend l’Escaut. J’aime Brel.

J’aime la Belgique et son merveilleux climat Rigolant. Je n’aime ni la chaleur ni le froid.

J’aime le Renaud des années 80. C’est grâce à lui que j’ai appris plein de mots argotiques.

J’aime les langues. J’aimerais les parler toutes.

J’aime les sketches de Fernand Raynaud qu’on écoutait en famille à la radio alors qu’il était déjà mort depuis longtemps.

J’aurais aimé étudier l’archéologie mais mon père a dit que ce n’était pas avec ça que j’allais gagner ma croûte.

J’aime les films des années 30 mais pas les blockbusters d’aujourd’hui.

J’aimais déjà Brassens avant de comprendre tout ce qu’il disait.

J’aime cuisiner mais pas faire les poussières.

J’aime ne rien faire mais je n’aime pas le désordre sur mon bureau.

J’aime la mer ET la montagne.

J’aime évoquer ma grand-mère Adrienne alors qu’elle est morte depuis 20 ans.

La liste de mes 22 envies

Parmi les sept livres emportés pour les sept jours en Ardèche, le numéro sept (allez voir l’incipit ici 7 titres pour 7 jours ) était La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt.

Je ne dirai rien sur l’histoire – qui m’a beaucoup plu – je ne voudrais pas ôter du plaisir de lecture à ceux qui vont encore s’y mettre.

Mais je pourrais dans « La liste de mes envies » de la narratrice – gagnante de 18 547 301 euros et 28 centimes – en trouver quelques-unes qui me vont aussi:

1.un nouveau sac
2.un nouveau manteau

parce que mon manteau de Chaperon rouge est très vieux et très usé et mon sac est un cadeau promotionnel en toile beige – tout usé aussi Langue tirée

3.un billet de train pour aller à Londres

Londres, Rome, Berlin, n’importe Cool

4.un petit poste radio pour la cuisine

une radio, tout simplement, parce que j’en ai marre de vivre sans

5.Les Finances personnelles pour les Nuls

même si je sais à l’avance que ça ne servira à rien et que je resterai nulle

6.de la lingerie rouge sexy

un vieux conseil d’une copine qui croit que ça booste la confiance en soi

7.refaire la déco du salon

ou dans mon cas faire la déco de toute une maison

8.déjeuner un jour chez Taillevent à Paris

ou n’importe quel autre (et peut-être même meilleur) exemple de haute cuisine

9.arrêter (la mercerie) et reprendre des études (de stylisme)

remplacer les mots entre parenthèses par (l’enseignement) et (d’histoire, d’archéologie, de sociologie etc.)

10.une maison à la mer

une vraie mer avec du vrai sable et des rochers et des crabes et des anémones de mer

11.passer deux semaines à Londres

voir 3

12.choisir une nouvelle garde-robe

en me faisant aider parce que seule je n’y arrive pas Langue tirée

13.acheter une maison avec un grand jardin et une terrasse d’où l’on voit la mer, le Cap Ferrat (…)

on peut laisser tomber le grand jardin, à moins de fournir le jardinier, et ce ne doit pas nécessairement être au Cap Ferrat…

14. … ah zut, je n’arrive pas à 22

delacourt.jpg

http://www.editions-jclattes.fr/livre-la-liste-de-mes-envies-gregoire-delacourt-410293

T comme to-do-list

En février, en faisant un peu de rangement sur mon bureau (ouhahahaha) j’ai retrouvé la liste des choses à faire pendant les vacances de Pâques.

Pâques 2012, s’entend.

Deux colonnes, une pour les travaux extérieurs et une pour l’intérieur.

februari.JPG

L’an dernier, j’avais barré au stylo rouge ce qui avait été réalisé: fort peu de choses du côté gauche (à l’intérieur, je n’avais rien fait sauf casser des noix) vu que j’avais passé mon temps à gratter la mousse de la terrasse et de l’allée du garage, et aussi tondu la pelouse, nettoyé les corniches et les caniveaux, coupé du bois, taillé les rosiers et arraché des ronces.

Il faudra donc que cette année à Pâques je me concentre sur la colonne de gauche.

Je crois qu’en politique on appelle ça un plan pluriannuel Langue tirée