Question existentielle

90ème devoir de Lakevio du Goût.

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Vous aviez vingt-cinq ans et vous aviez trouvé la maison de vos rêves: une petite bâtisse juste bonne à abattre – mais ça, vous ne le saviez pas encore – au milieu de nulle part.
Oui, même dans la Flandre bétonnée, ça existe encore.

Un sentier bordé d’hémérocalles menait au bosquet, des noisetiers ombrageaient idéalement la pelouse, un grand pommier offrait ses fruits.
Vous aviez trouvé votre paradis.

L’intérieur aussi, pourtant plus que vétuste, vous enchantait, avec ses boiseries, ses carrelages usés et un grand âtre où vous projetiez de faire de belles grillades.
Souvent vous avez été heureux de l’avoir, par un matin frais ou une froide soirée d’entre-saison.

Dix ans plus tard, cette maison construite de ses propres mains par un ancien combattant de 14-18 pour y loger sa future épouse, ne tenait plus debout que par habitude.
Vous avez dû vous résoudre à passer du charme de l’authentique à la solidité du moderne.
Bien isolé et avec un minimum d’éléments polluants.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que vous vous êtes séparés de l’âtre, mais il vous fallait rester logique avec vos convictions.

***

Merci à Monsieur le Goût pour sa consigne:

Vous aimez les cheminées ? Vous aimez l’odeur du bois qui brûle ? Vous aimez les flammes dansantes quand elles sont la seule source de lumière de la pièce ?
Vous aimez tout cela ? Ou pas dut tout… Alors dites ce que vous inspire cette toile de Childe Hassam qui vous rappelle ce que vous aimez ou détestez. Ou ce qu’elle ne vous inspire pas.

Z comme zone de nuit

La chambre occupée de deux à huit ans a une fenêtre à main gauche, avec vue sur les toits. L’hiver, elle laisse passer de l’air froid. A main droite, le lit cage du petit frère. Il réussit tout de même à en sortir.

La chambre occupée de huit à vingt et un ans a une fenêtre à droite, avec vue sur la campagne. Des rideaux gris clair dessinent d’étranges ombres sur l’armoire en face du lit.

La chambre chez les grands-parents, où le lit en bois sculpté est si haut qu’on a du mal à grimper dedans. C’est celui de l’arrière-grand-père. Il a un matelas dans lequel on s’enfonce profondément. De l’armoire s’échappent des odeurs de ouate thermogène, supposée éloigner les mites.

La chambre chez une cousine du père où on est envoyée un été pour apprendre le néerlandais « standard ». On se souvient juste du coin près de la porte où est posée la valise, que la cousine a fouillée: elle a constaté que la mère n’avait pas prévu assez de petites culottes pour la quinzaine de jours.

La chambre de l’appartement de l’oncle, à la mer, avec ses odeurs si particulières et le sable qui s’incruste jusque dans le lit, malgré toutes les précautions.

La chambre d’hôtel d’un été à Saint-Jean-le-Thomas, deux fenêtres, deux grands lits, un lavabo et un bidet dans lequel le petit frère reçoit son bain.

La chambre dans la chapellerie, avec ses hauts plafonds et ses deux fenêtres sur la rue. Une nuit dans ce lit a quelque chose d’impressionnant et de solennel. On sait que c’est celui où la petite Ivonne est morte à 30 ans. On sait que la dernière à l’avoir vue vivante, c’est la voisine d’en face. Par cette fenêtre-là, précisément.

La belle chambre avec vue sur le magnolia soulangeana pendant la première année à l’université.

La chambre sous les toits, chez les futurs beaux-parents, où le vent et la pluie sur le velux empêchent de dormir.

***

inspiré par l’atelier d’été de François Bon, consigne numéro 1, à la manière de Georges Perec, Les lieux où j’ai dormi.

Photo du soulangeana dans le jardin d’avant, comme celui de la Maria-Theresiastraat.

Stupeur et tremblements

Week van de Straat
source ici

D’accord, les murs ne tremblent (presque) plus, depuis que la rue a été complètement refaite et les plaques de béton remplacées par de l’asphalte.

Mais la circulation y est toujours aussi dense, plus que jamais, même, et probablement la plus dense de toute la ville.

C’est ce que l’Adrienne supputait déjà, rien qu’en voyant les statistiques des contrôles de vitesse par la police: quand ils sont de faction dans sa rue, ils ont – en un même laps de temps, suppose-t-elle – vu passer environ le double de voitures et de camions que lors de contrôles dans n’importe quel autre endroit.

Mais là, grâce à cette initiative, elle va en avoir le cœur net: il s’agissait de compter scrupuleusement tout ce qui passait dans la rue, jeudi entre 17.00 et 18.00 h., quart d’heure par quart d’heure. Une vaste enquête bien suivie dans toute la Flandre, comme on peut le voir sur la carte.

Entre 17.00 et 17.15 h. sont passés 225 autos/motos, 24 camionnettes, 11 camions, 3 cyclistes, 2 bus et 4 piétons.

Entre 17.15 et 17.30 h. sont passés 203 autos/motos, 19 camionnettes, 10 camions, 4 piétons, 3 bus et 1 cycliste.

Entre 17.30 et 17.45 h. sont passés 204 autos/motos, 17 camionnettes, 7 camions, 4 cyclistes, 3 bus et 2 piétons.

Entre 17.45 et 18.00 h. sont passés 184 autos/motos, 12 camionnettes, 5 camions, 2 bus et aucun cycliste ni piéton.

Or ici, ce n’est pas une « autostrade », c’est une rue entre une double rangée de petites maisons ouvrières parmi lesquelles il y a aussi une petite école de quartier.

Et pas de passage zébré: les enfants et leurs parents, nous ont dit les responsables de la ville, n’ont qu’à prendre l’autre sortie. A plus de cinq cents mètres.

Z comme zut!

Zut! se dit l’Adrienne en entendant le flot de muzak envahir la maison.
Il est temps d’intervenir.

On ne peut empêcher ses voisins d’avoir certains goûts musicaux mais on peut essayer de leur faire baisser le son.

Elle prend donc sa plume la plus diplomatique pour écrire sur un ton guilleret « vous aurez sans doute déjà remarqué vous aussi à quel point le mur entre nous est fin ».
Mais non, la voisine ne l’avait pas encore remarqué, et pour cause, l’Adrienne mène une vie de souris – et même moins bruyante encore.

« Moi j’entends tout ce que vous dites, répond l’Adrienne, je comprends juste un peu moins bien quand c’est Monsieur qui parle, à cause de son dialecte gantois. »
Ce dernier détail devant servir à convaincre tout à fait la voisine que oui, zut et flûte, l’Adrienne entend tout!

« Même, ajoute-t-elle, que je me sentais fort mal à cause de ça, comme un voyeur. »

Parce que c’est régulièrement reality TV chez les nouveaux voisins.

Bref, la voisine remercie de l’avoir prévenue et conclut par un « On en tiendra compte à l’avenir! »

Quant à savoir quand c’est, « l’avenir », la question reste ouverte: ils continuent à crier dans leur téléphone et à parler si haut et si fort, alors qu’ils ne sont que deux dans la maison, que l’Adrienne – zut et flûte – continue de tout entendre.

Mais au moins elle n’a plus l’impression de faire du voyeurisme 🙂

***

et douze minutes de Mozart pour se remettre les oreilles à l’endroit 🙂

écrit pour le Défi du samedi n°648 – merci Walrus!

E comme escape room

C’est en rentrant des courses hier midi et en observant combien de toits, dans la rangée de maisons, ont été refaits dans le courant de l’année, que l’Adrienne observe la disparition de plusieurs cheminées.

Bien sûr, vu qu’à peu près tout le monde en ville se chauffe au gaz, la cheminée sur le toit n’a plus aucune utilité.

Sauf pour le passage de saint Nicolas.

Il faudra, aux parents comme aux enfants, de plus en plus d’imagination et de recours à la magie pour expliquer comment le grand saint s’y est pris pour remplacer la carotte et le biscuit du petit soulier par des jouets et des bonbons 🙂

H comme humeur

Quand dimanche dernier Monsieur Nouveau Voisin a repris dès le matin sa scie, sa perceuse et son marteau pour la huitième journée consécutive – à quoi peut-il bien les utiliser dans une maison qui vient d’être refaite à neuf de bas en haut, on se le demande – bref dimanche dernier donc, l’Adrienne a décidé d’être d’une bonne humeur INOXYDABLE.

Alors elle s’est coupé les ongles et a ouvert son piano.

Après presque un an, oui oui.

Ce qui fait qu’il a fallu recommencer par les toutes premières leçons, les toutes petites pièces d’il y a quatre ans.

Mais c’était chouette 🙂

***

Tania reconnaîtra le somptueux piano, qui ne ressemble en rien au petit Roland blanc de l’Adrienne 😉

C comme Cave canem!

Mosaïque de Cave Canem. 40x40cm - Vente de mosaïques romaines

Le 31 octobre, de nouveaux voisins se sont installés dans la maison d’à côté.

A l’époque de gentille voisine Casque d’Or, les seuls bruits qu’entendait l’Adrienne, c’était la sonnerie du téléphone ou un coup de mouchoir trompette.

A l’époque des gros travaux de Monsieur l’entrepreneur, c’était le boucan des outils et le fracas des murs qu’il faisait écrouler.

Quand l’Adrienne lui a gentiment demandé s’il envisageait d’insonoriser les murs, il lui a ri au nez: il ne voulait pas la croire quand elle lui disait qu’elle l’entendait poser un balai contre le mur ou dire ‘f*ck’ quand il faisait tomber un truc à terre.

Moi, disait-il, je n’entends rien qui vient de chez vous!

Ça peut compter comme preuve, n’est-ce pas, vu que l’Adrienne ne fait pas plus de bruit qu’une mouche.
Une mouche qui ne vrombirait pas.

Bref, les nouveaux voisins se sont installés, l’Adrienne entend Madame tousser – une toux de fumeuse – les enfants papoter, les parents discuter.
Quand ils ne parlent pas tous à la fois, elle comprend même ce qui se dit.

Ça promet, soupire-t-elle en se mettant au lit le soir du 31 octobre.

Ça promet, se dit-elle le matin du premier novembre, un dimanche pourtant, alors que les voisins la réveillent vers cinq heures et demie du matin.

Puis, comme elle a une nature optimiste, elle se dit que ça aurait pu être pire.
Qu’ils auraient pu avoir un chien, en plus.

Et bien vous savez quoi?

Une demi-heure plus tard, les aboiements ont commencé.

🙂

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la photo est une réplique de la mosaïque trouvée à Pompéi.

O comme On sonne!

Dans la maison d’autrefois au milieu de nulle part, les seuls qui sonnaient à la porte étaient des Témoins de Jéhovah – on s’en était d’ailleurs émerveillé. Tous les autres visiteurs entraient par la porte-fenêtre.
Sans sonner.

En ville, c’est différent. Il faut sonner pour faire savoir qu’on est là. Sauf les quelques-uns qui entrent par la porte côté jardin.

Bizarrement, ces cinq ou six dernières années on n’a plus vu de Témoins de Jéhovah. Par contre, on a régulièrement un jeune homme qui se propose de faire payer moins cher le gaz et l’électricité.

Chaque fois il vous donne l’impression d’être là par pure bonté d’âme.

– Si je comprends bien, lui a demandé l’Adrienne, vous êtes une sorte de philanthrope?

Et il a eu l’honnêteté de répondre:

– Oh non! il faut que je gagne ma vie, aussi!

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photo de la porte-fenêtre d’autrefois, un jour de lavage de vitres, avec Mama Moussa sur la table du jardin.

X c’est l’inconnu

L’Adrienne s’était inscrite pour une visite guidée dans une de ces nombreuses demeures disséminées sur les hauteurs de sa ville, que les habitants comme sa grand-mère appelaient des « châteaux » et qui étaient les secondes résidences des industriels du textile – ou comme dans ce cas-ci, d’un notable. Il était juge de paix. Eux-mêmes appelaient ça leur « villa ».

La plupart datent de l’époque charnière entre le 19e et le 20e siècle – celle-ci a été achevée en 1906 – et sont d’un style qu’on appelle ‘éclectique’, souvent un mélange au goût personnel de l’architecte et de son client, souvent néo-gothique, parfois art-nouveau.

Le visage grimaçant sur la photo d’illustration accueille le visiteur de part de d’autre de la porte d’entrée. Il sort de la mythologie germanique et est supposé protéger la maison des visiteurs mal intentionnés.

Il porte un nom, bien sûr, que l’Adrienne n’a pas jugé nécessaire de noter – j’arriverai bien à retenir ce mot-là, s’est-elle dit – mais voilà, à peine rentrée chez elle, elle l’avait déjà oublié 😉

V comme voyage, voyage

Cette année, écrit Monsieur Filleul, nous ne sommes pas partis, nous passons nos trois semaines de vacances à la maison.

On en a profité pour réorganiser le garage, ajoute-t-il.

C’est ainsi que Monsieur Filleul, cet été, a fait de nombreux voyages…

A la déchetterie 🙂

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photo d’il y a deux ans, Monsieur Neveu et Monsieur Filleul, le jour de son mariage.