R comme repos!

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Quel silence, la nuit, depuis que les travaux à la rue ont atteint la maison de l’Adrienne, rendant toute circulation impossible!

Quel calme monacal succède à la tonitruante symphonie des jours, ce mélange étrange de cris d’enfants – miracle quotidien des voix suraigües poussées à l’extrême sans qu’elles ne se cassent – et du bruit des camions, des remorques, des bennes, des chenilles qui compromettent l’intégrité des murs de la maison – combien de fois déjà n’ont-ils pas tremblé, au point que l’Adrienne craint de les voir se fissurer ou s’écrouler…

Et pour ceux ou celles ayant le culte de la propreté, l’autre prix à payer c’est la couche de poussière de terre et de sable, épaisse comme le doigt, qui s’accumule chaque jour et s’infiltre jusque dans les armoires de la cuisine.

Rien n’est parfait, soupira le renard 🙂

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écrit pour les Plumes d’Asphodèle reprises par Emilie – que je remercie – avec les mots imposés suivants: SILENCE – BRUIT – DOIGT – SYMPHONIE – DISCRETION – CALME – MOUCHARDER – MONACAL – MIRACLE –  plus trois en bonus que vous utiliserez si cela vous en dit : CULTE – CRI – COMPROMETTRE

L’Adrienne ayant reçu une éducation très stricte, elle n’a évidemment pas utilisé ‘moucharder’ 🙂

photo prise dans ma rue le 9 septembre

A comme Antoinette

Alors que l’autre dimanche l’Adrienne raccompagne une amie jusqu’à sa voiture qu’elle a dû laisser sur l’avenue, vu que la rue est en travaux, elles passent devant toute la rangée de maisons ouvrières qui la bordent.

– Tiens! fait Antoinette en en désignant une particulièrement basse et étroite, il y a donc des maisons qui sont encore plus petites que la tienne!

Que voulez-vous que l’Adrienne réponde à ça?

Elle a ri, bien sûr, et elle a dit oui, en effet, il en existe d’encore plus petites.

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Puis samedi en rentrant de Bruxelles en train, elle a le sourire aux lèvres en repensant à une question posée la veille par Tania: « Tu n’as jamais pensé à t’installer à Bruxelles? »

Et au « standing » qu’aurait eu cette habitation-là, si elle en avait cherché une dans la capitale 🙂

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Retour de vacances ? demandait le Goût-des-autres pour son devoir du lundi.

C’est la rentrée. Même pour Hopper qui dans ce tableau a l’air de nous poser des questions étranges et indiscrètes. À quoi peut-elle penser qui lui donne cet air ?
Je n’en sais rien mais je compte sur vous pour le dire lundi.
Après tout, c’est aussi la rentrée pour vous et moi…

 

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les photos en tête du billet sont celles de la maison d’avant, son jardin et son environnement – la dernière est celle de la fenêtre-sur-rue de la maison d’aujourd’hui.

D comme décision

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Il y a de ces décisions que vous n’avez pas envie de prendre.

D’abord, parce que vous aimez énormément l’endroit où vous vivez et que vous ne voulez pas en changer. Ne pas partir, rester là « pour toujours » comme l’Homme l’avait promis en vous quittant.

Ensuite, parce que vous devez la prendre seule et que ce n’est pas simple. Parce que vous n’y connaissez rien. Parce que vous ne savez pas quels critères il faut privilégier.

Alors vous visitez des maisons à vendre à vous en fatiguer les jambes et la tête. Elles sont toujours trop sombres. Trop confinées. Trop mal situées. Trop inconfortables.

Puis vous en voyez une dont vous vous dites: ici, peut-être? Et vous vous demandez si c’est par lassitude ou si c’est vraiment celle que vous attendiez.

Vous y emmenez des amis plus avisés pour qu’ils donnent leur opinion objective. Mais ils essaient de se mettre un peu trop à votre place et d’aimer ce qu’ils croient que vous aimez.

Après vous y emmenez Monsieur l’Entrepreneur. Qui vous conseille un « strip » complet. Vous ne savez même pas de quoi il parle, alors il vous le montre sur un de ses chantiers: ne restent de la maison que les murs extérieurs.

Vous refusez poliment.

Parce que ce que vous aimiez le plus à cette maison que vous avez finalement achetée – il fallait bien finir par prendre une décision – c’est ce carrelage ancien qui vous rappelait celui de votre grand-mère…

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tableau et consignes chez le Goût que je remercie!

Z comme zèle

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Surprise de l’Adrienne, en rentrant de l’école lundi dernier, surprise et surtout de la gêne devant cet étalage sur le trottoir de gentille voisine Casque d’Or.

Comme si on exposait sa vie intime. Les vieilleries accumulées, qui datent de l’époque de ses parents et dont elle n’a jamais su se défaire.

Et aussi de plus belles choses, qui sont déposées dans le camion. Le reste subira un second tri le lendemain.

L’Adrienne ne peut s’empêcher d’y voir de l’excès de zèle: il n’y a pas une semaine que la voisine est enterrée, pas quinze jours qu’elle est morte.

Sans doute que la semaine prochaine il y aura une affichette ‘maison à vendre’…

M comme mœurs

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– La musique adoucit les mœurs, se dit l’Adrienne.

Alors, après avoir refermé la porte sur deux voisines venues réclamer que ce tas de terre, dans son jardin, ces « mauvaises herbes », tout ça doit disparaître au plus vite… alors donc, l’Adrienne, le cœur gros, va chercher le réconfort de son piano.

C’est vrai que depuis l’installation de l’abri pour l’auto, il y a là un tas de terre qui attend que l’Adrienne ait trouvé quelqu’un apte à réaliser ce qu’elle a en tête, deux grands carrés de potager surélevé.

C’est vrai que chez l’Adrienne, ce n’est pas un « beau gazon » stérile et des bordures nettes, passées au glyphosate. Depuis qu’elle a semé de la roquette, il y en a partout. De même que l’oignon et la mâche montés en graine.

Parfois une belle étrangère s’installe, apportée par le vent, comme cette magnifique digitale en pleine floraison ce mois-ci. Ou un buddleia, que les voisines abhorrent autant que les papillons l’adorent.

Sur le tas de terre de l’Adrienne, les dernières butineuses sont à la fête.

Alors tout en pianotant péniblement, elle réfléchit à une solution qui satisferait tout le monde, les reines du pulvérisateur et l’amoureuse de la nature.

Elle n’en trouve pas: jamais le jardin de l’Adrienne ne sera conforme à leurs souhaits.

R comme respire!

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La maison a plus que jamais une allure de bicoque délabrée, depuis que la rue est le théâtre de travaux successifs en vue du jour J.

Depuis des mois, les piétons sont obligés de louvoyer tels des matelots ivres, entre des pavés descellés, des trous de tailles diverses, des monticules de gravats, des câbles attendant d’être raccordés…

Couverte de poussière de sable, son jardin rempli de pissenlits parmi les hautes herbes – la tondeuse n’est plus passée depuis février – la maison fait le gros dos en attendant des jours meilleurs.

Quant aux habitants, s’ils se sentent un peu les fantoches de l’histoire, à subir des désagréments et des coûts dont ils se seraient bien passés, ils espèrent qu’en retour ils pourront enfin passer des nuits au calme, où l’esprit comme le corps trouveront le repos dont ils ont si fort besoin.

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Les mots récoltés chez Olivia: ivre – travaux – fantoche – matelot – esprit – théâtre – bicoque – allure