O comme On sonne!

Dans la maison d’autrefois au milieu de nulle part, les seuls qui sonnaient à la porte étaient des Témoins de Jéhovah – on s’en était d’ailleurs émerveillé. Tous les autres visiteurs entraient par la porte-fenêtre.
Sans sonner.

En ville, c’est différent. Il faut sonner pour faire savoir qu’on est là. Sauf les quelques-uns qui entrent par la porte côté jardin.

Bizarrement, ces cinq ou six dernières années on n’a plus vu de Témoins de Jéhovah. Par contre, on a régulièrement un jeune homme qui se propose de faire payer moins cher le gaz et l’électricité.

Chaque fois il vous donne l’impression d’être là par pure bonté d’âme.

– Si je comprends bien, lui a demandé l’Adrienne, vous êtes une sorte de philanthrope?

Et il a eu l’honnêteté de répondre:

– Oh non! il faut que je gagne ma vie, aussi!

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photo de la porte-fenêtre d’autrefois, un jour de lavage de vitres, avec Mama Moussa sur la table du jardin.

X c’est l’inconnu

L’Adrienne s’était inscrite pour une visite guidée dans une de ces nombreuses demeures disséminées sur les hauteurs de sa ville, que les habitants comme sa grand-mère appelaient des « châteaux » et qui étaient les secondes résidences des industriels du textile – ou comme dans ce cas-ci, d’un notable. Il était juge de paix. Eux-mêmes appelaient ça leur « villa ».

La plupart datent de l’époque charnière entre le 19e et le 20e siècle – celle-ci a été achevée en 1906 – et sont d’un style qu’on appelle ‘éclectique’, souvent un mélange au goût personnel de l’architecte et de son client, souvent néo-gothique, parfois art-nouveau.

Le visage grimaçant sur la photo d’illustration accueille le visiteur de part de d’autre de la porte d’entrée. Il sort de la mythologie germanique et est supposé protéger la maison des visiteurs mal intentionnés.

Il porte un nom, bien sûr, que l’Adrienne n’a pas jugé nécessaire de noter – j’arriverai bien à retenir ce mot-là, s’est-elle dit – mais voilà, à peine rentrée chez elle, elle l’avait déjà oublié 😉

V comme voyage, voyage

Cette année, écrit Monsieur Filleul, nous ne sommes pas partis, nous passons nos trois semaines de vacances à la maison.

On en a profité pour réorganiser le garage, ajoute-t-il.

C’est ainsi que Monsieur Filleul, cet été, a fait de nombreux voyages…

A la déchetterie 🙂

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photo d’il y a deux ans, Monsieur Neveu et Monsieur Filleul, le jour de son mariage.

Stupeur et tremblements

Déjà dans le « jardin d’avant », l’Adrienne s’efforçait de respecter au maximum le bien-être écologique: pas de pesticides, uniquement des engrais naturels, du compost, la rotation des cultures en quatre parcelles…

Avec des plans de jardinage de plus en plus compliqués au fil des ans s’il fallait aussi tenir compte des légumes qui apprécient la compagnie de certains autres ou au contraire la détestent. Ceux qui aiment la présence de tagètes ou de capucines. Ceux qui détestent les glaïeuls 😉 Mettre les rangs d’oignons à côté des carottes ou du persil, pas auprès des fèves, des pois ou des haricots…

Maintenant qu’elle n’a plus qu’un petit jardin de ville, la situation est différente. Mais la volonté de respecter la nature est toujours intacte.

Alors l’idée lui est venue de se lancer dans la permaculture.

Il existe de nombreux tutoriels sur le sujet et des tas de vidéos pour aider pas à pas ceux qui sont désireux de « monter une planche » pour y cultiver des fraisiers ou des tomates. Mais s’il s’agit du concept total pour le jardin, il vaut mieux faire appel à un spécialiste.

L’Adrienne en a trouvé un pas loin de chez elle et l’a contacté pour lui expliquer son souhait et sa situation.

– Je vous recontacte dès la fin du confinement, lui a-t-il répondu.

De sorte que début juillet, elle a reçu une offre.

Le spécialiste s’occuperait de faire son plan de jardin et proposait un premier rendez-vous pour en discuter, prendre les mesures, vérifier l’ensoleillement etc.

Mais là où l’Adrienne a failli tomber à la renverse, c’est en voyant le prix de ce premier rendez-vous, au bas du feuillet:

Le prix de cette visite et de la rédaction du rapport de visite s’élève à 450 EUR HTVA, soit 544,50 EUR TVAC, dont 50% seront payés à la signature de la présente offre pour accord et dont le solde sera dû à la remise du rapport de visite.
Deux fois.
Deux fois elle l’a lu et relu, espérant qu’il y avait un zéro en trop.
Une fois la stupeur passée, elle a poliment répondu au spécialiste que si déjà la première visite coûtait plus de cinq cents euro, elle se rendait bien compte que la permaculture n’était pas faite pour un budget comme le sien.
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les photos ci-dessus sont du « jardin d’avant », sauf les deux premières avec la mâche, les tomates cerises et les figues, qui sont du jardin actuel.

V comme vacances à la maison

– Cet été, dit la carissima nipotina, j’organise une staycation.
– Excellente idée! fait l’Adrienne.
– Une staycation en Italie, précise-t-elle.
– Magnifique! Je ferais bien la même chose, tiens!

La nipotina a plein d’idées pour ses vacances italiennes à la maison: il y aura uniquement de la musique italienne, des plats italiens, de la lecture italienne, de la télé italienne… et elle parlera italien à ses chats.

Depuis ce vendredi où elles en ont discuté, assises chacune à un bout du couloir pour avoir au moins deux mètres entre elles – il ne s’agirait pas que la nipotina attrape un virus de plus – elles en reparlent régulièrement sur whatsapp.

Elles ont même convenu de dates pour ce séjour italien, en juillet, pendant le congé du bâtiment 😉

– La seule chose que je ne sais pas encore, dit l’Adrienne, c’est si je vais y aller en train ou en voiture.

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à voir les photos ci-dessus à la frontière entre l’Italie et la Suisse, et le souvenir de l’expérience du giro d’Italia, la dernière fois, l’été 2017, le train serait préférable, même si le voyage n’aura lieu qu’en rêve 😉

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Pour ceux qui seraient intéressés par la formule ‘staycation’, voici les conseils du HuffPost: How to Perfect Your Family’s Fun Filled Staycation

Septième étape

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D’abord, une dame est passée dans chaque maison pour faire signer un papier par lequel on donnait son accord d’être exproprié. Même si on n’était pas d’accord. C’était vers 2016.

En 2018, les haies et les arbustes des jardinets ont été arrachés à la grue aussi facilement que des fétus de paille.

En 2019, la terre des jardinets a été ouverte pour renouveler les conduites de l’eau, du gaz, de l’électricité, les câbles divers pour le téléphone, internet, la télé.

Le béton de la route a été cassé avec une telle force qu’on a craint que nos maisonnettes ne s’écroulent en même temps.

Un tronçon à la fois, la route a été creusée comme pour y installer des piscines: d’énormes collecteurs d’eau de pluie en béton y ont été placés. Les modèles carrés ont été coulés sur place, les ronds ont été apportés.

Enfin, ces dernières semaines la route a été refaite, ainsi que des trottoirs et une piste cyclable. Ici et là, un arbre a été planté. Des liquidambars. Les marquages au sol ont été refaits.

Et demain comme prévu la route sera rouverte à la circulation.

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La photo a été prise le matin du 21 avril: les arbres ont été apportés – petite motte, long fût, branches déjà tout en feuilles – plantés le lendemain… ils auront bien du mérite s’ils s’en sortent tous vivants en 2021!

 

M comme mystère(s)

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Une photo proposée à votre sagacité 🙂
Quel est cet objet mystère avec vue sur le ciel?

Et puis un autre mystère, bien plus mystérieux encore, c’est la question de savoir pourquoi les gens de nombreux pays – à commencer par l’Australie mais les USA et la Grande-Bretagne ont suivi – se sont rués sur le papier toilette, ont dévalisé les rayons des magasins et se sont même battus pour en remplir leur caddie…

Du papier WC, c’est vraiment la dernière chose à laquelle l’Adrienne aurait pensé, surtout que chez soi, on a au minimum un lavabo et donc tout le loisir de sortir bien propre d’une visite aux ‘cabinets’

La question a été posée au professeur Dimitrios Tsivrikos (University College London), un spécialiste du comportement. Il explique qu’en cas de stress, de panique, d’incertitude, dus au manque d’info et aux messages contradictoires véhiculés, on entre dans un cercle vicieux qui nous rend de plus en plus irrationnels.

On va alors essayer de reprendre le contrôle (ce qu’il appelle entrer en « survival modus ») en achetant de quoi tenir le coup au moins deux mois. On va au supermarché, on voit des rayons qui se vident – le personnel n’a pas le temps de réapprovisionner – on voit ce que les autres achètent, on voit les grands paquets de papier WC – grand volume, petit prix – ça a quelque chose de rassurant par sa taille et sa durée.

On en remplit son caddie.
Parce que c’est grand, rassurant et pas cher.
Et comme on est en mode irrationnel, on va jusqu’à se battre pour avoir le dernier.

R comme rubberwood

Vous vous souvenez d’Oliver Hardy et Tryphon Tournesolqui après avoir sonné chez l’Adrienne pour réparer sa connexion internet, l’avaient épatée par leurs connaissances en musique?

Et bien, ce n’est pas tout 🙂

Au moment de sortir, Oliver Hardy se tourne vers l’escalier et déclare devant l’Adrienne, interloquée:

Rubberwood!
– S’il vous le dit, c’est que c’est vrai, ajoute fièrement Tryphon Tournesol. C’est un pro!
– Et c’est bon, ça, rubberwood? s’enquiert-elle auprès de l’expert.

Oliver fait une petite moue, on sent une hésitation, puis il donne son verdict:

– Ce n’est pas mauvais… Et c’est surtout beaucoup moins cher que le hêtre.

Rubberwood, en français on dit plutôt hévéa, un arbre qu’on plante pour son latex, principalement en Asie du Sud-Est, et qu’on abat quand il ne produit plus assez. Son bois est alors récupéré pour du mobilier ou des escaliers… et on replante.

Mais ce que l’Adrienne ne s’explique pas – et ce qu’elle n’a pas osé demander – c’est pourquoi cet homme, qui a à peine une quarantaine d’années et qui semble si passionné par le bois et la menuiserie, a délaissé les copeaux pour les installations téléphoniques…

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texte écrit pour Olivia Billington – que je remercie – avec les mots imposés suivants: musique – cigogne – arbre – quarantaine – hésitation – envoûtement – copeaux – sonner

image du site de la FAO.

D comme don Giovanni

Vous vous souvenez peut-être de la charmante voisine Casque d’or?

Et de la hâte qu’avaient mise ses héritiers à mettre en vente sa maison?

C’est le week-end dernier que l’Adrienne a fait la connaissance des acquéreurs.

En ouvrant sa boite aux lettres pour en retirer son journal – heureusement que cette distribution-là se fait par des services indépendants de la Poste et que ni la boue ni la nuit ne font peur au valeureux qui vient le déposer un peu avant six heures du matin – bref donc un samedi matin sur le pas de sa porte l’Adrienne s’est retrouvée à serrer la main d’un homme qui venait déposer de gros sacs de plâtre et des outils divers.

– L’acte est signé depuis une quinzaine de jours, dit-il, alors je vais faire quelques travaux avant de la louer.

Un malin, cet homme-là, puisqu’il possède une petite entreprise de rénovation et qu’il va la mettre aux normes, avec l’aide de son fils, d’un week-end à l’autre.

Un malin, mais un bruyant.

Ça fore, ça cogne, ça tape… et ça met la radio à fond la caisse. Malheureusement pas le genre de musique qui plaît à l’Adrienne 😉

Alors elle qui supporte déjà toute la semaine le vacarme des camions, tracteurs, grues et autres engins indispensables aux travaux à la rue, ressort ses quelques CD, à commencer par le Don Giovanni dans la version ci-dessus, un vieux machin remastérisé en 2002 mais qui reste une des interprétations de référence.

Disons que c’est une petite révision avant d’aller le voir à la Monnaie en mars prochain 🙂

Info sur le site de la Monnaie ici.

Première impression

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Pour ceux que ça intéresse: les petits piquets métalliques et le bord fraîchement bétonné indiquent où sera la voie carrossable et quel espace sera réservé au trottoir et à la piste cyclable.
On commence à avoir une première impression de l’aspect final…

Les deux derniers hortensias, qui avaient survécu à toutes les avanies précédentes, ont été définitivement piétinés.

Mais la fin des travaux est en vue: il semble que la date finale – vers le 20 mai 2020 – sera respectée.

En attendant cet heureux jour, on patauge dans la boue.

Vous savez bien, celle qui est jugée trop dangereuse pour la sécurité du facteur 😉