L comme litanie

Saint Anatole
Ouvrez les écoles

Saint Lombard
Ouvrez les bars

Saint Laurent
Ouvrez les restaurants

Sainte Cléopâtre
Ouvrez les théâtres

Saint Corbières
Ouvrez les frontières

Saint Cochléaire
Organisez des concerts

Saint Plougastel
Offrez-nous des hôtels

Sainte Clémence
Donnez-nous des vacances

Sainte Marie
Faites qu’elles soient infinies

Litanie des confinés, d’après la Litanie des écoliers, de Maurice Carême.

L comme Lali

Les arbres timides et forts
La nuit parlent à voix haute
Mais si simple est leur langage
Qu’il n’effraie pas les oiseaux

Marcel Béalu, Voix des arbres, in Poèmes 1936-1980, éd. Le Pont traversé, 1981

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image trouvée chez Lali mais la source et l’artiste sont ici:  

http://shihonakaza.blogspot.be/2010/10/illustration-friday-beneath.html 

L’écureuil et la feuille

Un écureuil, sur la bruyère,
Se lave avec de la lumière.
Une feuille morte descend,
Doucement portée par le vent.
Et le vent balance la feuille
Juste au-dessus de l’écureuil ;
Le vent attend, pour la poser
Légèrement sur la bruyère,
Que l’écureuil soit remonté
Sur le chêne de la clairière
Où il aime à se balancer
Comme une feuille de lumière.

Maurice Carême (1899-1978)La Lanterne magique, 1947 

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octobre 2016

Adrienne et les frelons

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– C’est tout de même incroyable! dit l’Adrienne à sa mère, en voyant la cathédrale Saint-Jean et la colline de Fourvière en contrebas.

C’est tout de même incroyable qu’hier on a pris le funiculaire, parce qu’on jugeait la montée à pied jusqu’à Fourvière trop ardue, et qu’aujourd’hui on a grimpé bien plus haut encore… et sans funiculaire!

***

photo prise à Lyon le 16 juillet

pour le projet du Hibou

semaine 31 – relief

***

Et les fous, les plus ingambes
Montent et descendent le long
De mon cou comme des frelons

écrit Maurice Carême dans son joli poème sur la tour Eiffel.

C’est exactement ce que l’Adrienne et sa mère ont fait, en parfaites touristes: monter et descendre comme des frelons…

cool 

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famille de frelons belges rencontrés en montant vers la Croix-Rousse

« Kijk papa! daar is België! » criait le cadet en montrant l’horizon

tongue-out

B comme Bonjour, facteur!

Madame a beaucoup fait rire sa classe de 5e économie-langues modernes (1). Vraiment, ils se tordaient.

Simplement parce que, suite à un reportage audiovisuel sur les moyens de communication moderne, elle a raconté qu’entre ses dix-huit et vingt ans, elle a passé les mois d’été à guetter le facteur et à courir à la boite aux lettres, jour après jour, dans l’attente d’un courrier de son chéri.

Tordant, vraiment.

***

Le soir, en repensant à tout ça, Madame s’est souvenue d’un poème qu’elle a appris par cœur à l’école primaire. Et que sûrement on n’apprend plus aux enfants d’aujourd’hui.

Le facteur – Maurice Carême

Le facteur n’a jamais de lettre
A me remettre.
Il rit quand je l’attends
Sous l’auvent.
Je tremble chaque fois
Qu’il ouvre devant moi
Sa sacoche a secrets.

« Cette facture-là,
C’est pour votre papa.
Et la carte en couleurs,
Avec un cœur,
C’est pour votre grande sœur.
Pour vous, il n’y a toujours rien,
Mademoiselle  » (2)

Et pourtant je l’attends
Chaque jour sous l’auvent

***

(1) ce qui correspond à une classe de Première dans le système français.

(2) ici j’ai l’impression qu’il manque quelque chose, ma mémoire me joue des tours… « Et il rit de plus belle en s’éloignant sur le chemin »? Je crois que c’est ça, ça me revient Rigolant

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Première fois

Le week-end dernier, à l’occasion de son anniversaire, ma mère a vu Paris pour la première fois.

Dans le bus 72 qui nous conduisait à l’Hôtel de Ville pour y voir l’expo Sempé, elle a eu un premier aperçu des beautés que nous visiterions de plus près par la suite.

Pour la toute première fois, elle a vu la tour Eiffel autrement que comme minuscule petite flèche entraperçue depuis le tohu-bohu du périphérique, lors d’un retour de vacances.

Ce qui l’a le plus étonnée, c’est que ce monument se trouve si près de la Seine. Mais elle ne l’a pas trouvé particulièrement joli. Ce qui a plu à ma mère, ce sont les grands boulevards haussmaniens avec leurs maisons à sept étages (elle ne pouvait s’empêcher de les compter, partout où on passait, mais je crois que souvent elle oubliait l’étage des bonnes Langue tirée)

Voici donc la tour Eiffel telle que ma mère l’a vue pour la première fois

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le bus roulait, donc une photo sur deux on voit mieux le platane que la tour

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et ce jour-là, la girafe broutait les nuages, comme le dit si joliment notre Maurice Carême

http://fr.ulike.net/Maurice_Car%C3%AAme

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une dernière photo à un arrêt du bus puis j’ai arrêté mes tentatives: « On ne la verra pas, avec cet arbre devant! », a dit ma mère Langue tirée

22 plus jolis vers de la langue française

« Le geai gélatineux geignait dans le jasmin »
Voici, mes zinfints
Sans en avoir l’air
Le plus beau vers
De la langue française.

écrit René de Obaldia en 1969 dans Les Innocentines.

Alors pour vous chers lecteurs amoureux des plus beaux vers de la langue française, cette petite sélection qui tient beaucoup du hasard et que je limite à 22: vous comprendrez donc que c’est forcément incomplet et très injuste envers tous ces autres plus jolis vers de la langue française.

Comme je sais que bon nombre d’entre vous ont l’esprit joueur et aiment les défis, je vous laisse chercher un peu 😉 pour cette première liste de onze plus jolis vers de la langue française et je vous donne rendez-vous le 22 juillet pour les onze suivants.

Mais rassurez-vous, toutes les références se trouvent ci-dessous.

Allons-y gaiement:

1.la plus jolie façon de dire « tue-moi »:
Ote-moi le moyen de te jamais punir

2.la plus jolie façon de dire que c’est pour la vie:
Plutôt seront Rhône et Saône disjoints,
Que d’avec toi mon coeur se désassemble

3.la plus jolie façon de dire que des amis vous ont laissé tomber:
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta

4.la plus jolie façon de dire qu’on se retrouve tout seul:
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

5.la plus jolie façon de dire qu’on souffre:
Moi, mon âme est fêlée

6.la plus jolie façon de dire que l’amour fait mal:
Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé

7.la plus jolie façon de dire des choses scabreuses:
Laisse mon branc d’acier tranchant

8.la plus jolie façon de dire que l’amour vous a mis la tête à l’envers:
Je vis, je meurs, je me brûle et me noie.

9.la plus jolie façon de dire en français l’amour de ma Flandre:
Mon âme elle est là-bas
Mon âme en joie et en alarme,
Elle est là-bas
Où l’on s’élance, où l’on se bat,
Dans la clameur et dans les armes.

10.la plus jolie façon de dire en français l’amour de l’Afrique:
Tiède petit matin de chaleur et de peurs ancestrales
par-dessus bord des richesses pérégrines
par-dessus bord mes faussetés authentiques
Mais quel étrange orgueil tout soudain m’illumine?

11.et pour terminer cette première série, un poème entier d’un poète wallon que j’aime beaucoup et sa plus jolie façon de dire son amour pour les chats:
Le chat ouvrit les yeux
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi le soir,
Quand le chat se réveille,
J’aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

***

ci-dessous, le nom des auteurs et les titres avec leur date:

1.Théophile de Viau – Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé (1623), acte V scène 1
2.Maurice Scève – Délie, objet de plus haute vertu (1544)
3.Rutebeuf – Poèmes de l’infortune
4.Guillaume Apollinaire – pont Mirabeau (1913)

5.Charles Baudelaire – La cloche fêlée (1857) la phrase complète occupe les deux tercets:
Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.

6.Louis Aragon – Il n’y a pas d’amour heureux (1945)
7.François Villon – Le Lais ou petit Testament (1457)  les trois vers:
Item, a maistre Ythier Merchant,
Auquel je me sens tres tenu,
Laisse mon branc d’acier tranchant
8.Louise Labé – Sonnet VIII (1555)
9.Emile Verhaeren – Les ailes rouges de la guerre (1916)
10.Aimé Césaire – Cahier d’un retour au pays natal (1945)
11.Maurice Carême – Le chat et le soleil (A l’ami Carême, Fondation Maurice Carême- Hachette, 1993)