C comme coup de fil

Ça avait commencé le mardi avec un petit mal de gorge dont on ne s’était pas inquiétée.

La nuit, il avait empiré, empêchant de dormir – non pas que le mal fût si intolérable, mais dans la tête on débattait de la grande question: que faire? Faut-il suivre les directives officielles « je suis malade, je reste chez moi et j’appelle le médecin » ?

Normalement, l’Adrienne doit être quasiment à l’article de la mort avant de faire appel à la Faculté – ou en tout cas totalement incapable de faire la classe.

Maintenant qu’elle est une paisible retraitée, le problème ne se poserait normalement pas, elle pourrait tranquillement rester chez elle, se reposer et attendre que ça passe.

Bref, elle décide d’obéir aux consignes et dès huit heures – l’heure d’ouverture du cabinet – elle téléphone au médecin.
Subit des musiquettes.
Entend de temps en temps une voix suave qui la remercie de sa patience et lui précise combien de personnes sont encore avant elle.

Finalement, voilà la secrétaire, à qui il faut expliquer les symptômes. C’est elle qui juge si oui ou non il faut une action immédiate. Adieu le secret médical.

Le symptôme ‘mal de gorge’ entrant dans la catégorie ‘danger’, elle lui dit que le médecin la rappellera.
Quand?
Impossible de le savoir.
Pas même si ce sera avant ou après dix heures ou plutôt l’après-midi.

Mais cela finit par arriver:

– Vous restez chez vous, vous prenez un antidouleur et si ça ne va pas mieux, vous me rappelez.

Vous voyez bien, se dit l’Adrienne, que j’aurais tout aussi bien fait de me taire?

Surtout que des antidouleurs, elle n’en prend pas non plus 😉

***

la photo date d’une paire d’année, à une expo, mais vu qu’il faut que je me repose, je n’ai pas cherché où ni quand exactement 😉

Stupeur et tremblements

Ce n’est que tout récemment que l’Adrienne a reçu le choc de cette info: à l’époque où elle était petite fille, on opérait les bébés et les jeunes enfants sans anesthésie.

Oui, rétrospectivement elle en a éprouvé un réel choc.

Il lui a même fallu quelques jours pour s’en remettre 😉

Après avoir vérifié l’info, bien sûr, qui semble être une chose connue et révélée au grand public depuis plusieurs années, comme en attestent ce reportage sur Arte et cet article de Sciences et avenir. Ainsi que beaucoup d’autres.

Depuis, l’Adrienne a bien réfléchi.

Et elle croit mieux comprendre ce que voulait dire le chirurgien, quand juste avant de lui taillader le ventre, alors qu’elle n’était âgée que de trois semaines, il s’est tourné vers sa mère et lui a déclaré: « J’aimerais mieux couper dans votre ventre à vous! »

T comme Tantale

by Jean-Michel Folon | Jean michel folon, Folon et Michel

Avant de partager avec vous son cabinet, l’ophtalmo veut s’assurer que vous ne toussez pas. C’est ce que dit une affichette très artisanale placardée sur toutes les portes.

Ce n’est pas qu’il soit pinailleur – c’est un homme d’un naturel courtois et affable – mais ne tergiversons pas et passons au désinfectant tout ce que le patient précédent pourrait avoir touché.

D’ailleurs, regardez ses pauvres mains, à la peau rongée par les produits qu’il passe et repasse deux fois par quart d’heure sur tous ses appareils. Et sur le boîtier pour le paiement par carte, même si désormais vous payez sans contact.

Allons-nous vers un abêtissement des relations humaines ou au contraire vers un monde plus véritablement convivial? Vers plus de conscience verte ou plus d’emballages et autres plastiques que jamais? Chi lo sà?

Mais vous espérez être bientôt débarrassée de cette nouvelle forme du supplice de Tantale: l’interdiction de porter la main au visage, de se gratter le nez ou de se frotter les yeux.

***

Ecrit pour Olivia Billington – merci Olivia! – avec les mots imposés suivants: cabinet – tergiverser – Tantale – abêtissement – pinailleur – emballage – partager – convivial – sniper.

L’image représente un Folon qui est accroché dans la salle d’attente de l’ophtalmo.

22 rencontres (6 ter)

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– Bonjour, Madame! dit un grand gars aux jambes largement étalées devant lui.

– Oh! bonjour! répond joyeusement Madame, tout en cherchant follement son prénom, son nom, quelque chose où raccrocher sa défaillante mémoire.

Il n’y a pas six mois qu’elle l’avait encore en classe, pourtant. Et qu’il était précisément celui qui lui donnait le plus de fil à retordre. Dyslexique et réfractaire au français 😉 Et voilà qu’ils se retrouvent tous les deux à bavarder dans la salle d’attente du médecin, comme de vieilles connaissances. Heureusement pour les épanchements, ils avaient le lieu pour eux seuls.

Mais ne croyez pas, amis lecteurs, qu’une rencontre en cet endroit soit la plus désagréable.
Il y a plus fort.
Il y a l’infirmière du service de radiologie, par exemple.
La plus gentille et la plus jolie des Julie, à qui vous devez confier votre corps.

Vous avez même déjà dû le confier à un médecin, un spécialiste, la plus charmante et la plus intelligente des Annelien (prononcer anneline), dont vous savez encore exactement à quel banc, dans quelle rangée, elle était assise. 

C’est là qu’on se dit qu’on peut comprendre les collègues qui préfèrent continuer à habiter à quinze, trente ou quarante kilomètres de l’école.
Aucun élève ne voit leur caddie.
Aucun ne voit les secrets de leur corps.

Mais ils ratent tellement de belles rencontres 🙂

H comme Henri Beauvillard

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« C’est grâce à Henri Beauvillard, dit le professeur émérite, botaniste, spécialiste en microbiologie, que j’ai appris des choses sur le corps humain. Mes parents avaient son livre « De geneesheer der armen » (1) et je l’ai dévoré en cachette. »

Voilà qui fait sourire l’Adrienne parce que ça lui rappelle meilleure-amie-depuis-l’âge-de-trois-ans, dont la maman tenait caché dans un buffet – caché, croyait-elle – un épais ouvrage médical à couverture sombre, où meilleure-amie-etc, qui à l’époque n’avait pas encore de petit frère, avait découvert – et voulait faire partager à Mini-Adrienne – ce qui différenciait physiquement l’homme de la femme.

Ce brave docteur Beauvillard le savait bien, vu qu’il précise en première page de son ouvrage, en guise de pub pour un autre de ses écrits:

« TRAITÉ DES Maladies Secrètes & Contagieuses DANS LES DEUX SEXES

Vu le caractère confidentiel de ces maladies, nous n’avons pu en parler plus longuement dans le Médecin des Pauvres, qui est lu par tous et se trouve même entre les mains des enfants.

Mais les personnes qui désirent avoir des renseignements complets sur ces terribles maladies peuvent nous demander l’ouvrage intitulé Traité des Maladies secrètes, etc, prix franco, 2 fr. 50. (Envoi discret.) »

Bref, nil novi sub sole 😉

Dans sa conférence (2), il s’agissait bien sûr de son domaine à lui: les plantes.
De leur classification au travers des âges.
Et du problème de savoir de quelle plante on parle, dans les écrits anciens, vu qu’il n’y avait ni classification, ni description, ni illustration.

***

(1) sur Gallica on peut lire l’ouvrage en ligne en français, « Le médecin des pauvres« , d’où vient l’illustration ci-dessus: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5455234c.texteImage 

(2) Sa conférence était, semble-t-il, basée sur un des nombreux ouvrages qu’il a publiés, De historia naturalis, et dont on peut lire les premières pages ici.

T comme trouille

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[…] Sarah avait pris les billets, avion direct pour Bandar Abbas par une nouvelle compagnie au nom chantant d’Aria Air, dans un magnifique Iliouchine de trente ans d’âge réformé par Aeroflot où tout était encore écrit en russe – je lui en ai voulu, quelle idée, des économies de bouts de chandelles, tes économies, tu me la copieras, tu me copieras cent fois « Je ne voyagerai plus jamais dans des compagnies loufoques utilisant de la technologie soviétique », elle riait, mes sueurs froides la faisaient rire, j’ai eu une trouille bleue au décollage, l’engin vibrait tout ce qu’il pouvait comme s’il allait se disloquer sur place. Mais non. Pendant les heures de vol j’ai été très attentif aux bruits ambiants. J’ai eu de nouveau une belle suée quand ce fer à repasser a fini par se poser, aussi légèrement qu’une dinde sur sa paille.

Mathias Enard, Boussole, éd. Babel 2017, p.263.

J’ai beaucoup ri en lisant ce passage, parce que j’ai eu exactement la même « trouille bleue » en décembre 1991, avec le même genre de vieil avion russe qui circulait pour une compagnie roumaine entre Bruxelles et Bucarest.

Oui, « l’engin vibrait » et pas seulement au décollage…

Je n’ai cessé de garder l’œil fixé sur l’aile visible à ma gauche et où, me semblait-il, il manquait quelques vis. Je m’attendais à ce que des plaques de métal en tombent en plein vol 😉 

J’ai été moi aussi « très attentive aux bruits ambiants », avec « de belles suées » jusqu’à l’arrêt complet sur le tarmac dans la nuit de l’hiver roumain. Me demandant si le même miracle allait vouloir s’accomplir pour le voyage du retour vers Bruxelles.

L’amie Violeta, à qui je confiais mes craintes, m’a rassurée en me vantant la qualité inégalable des pilotes roumains 🙂 

Je ne sais pourquoi ça me faisait penser à cet ami de mon grand-père qui, dans un camp de concentration nazi, a été opéré d’urgence par un autre prisonnier, qui était médecin. A l’aide d’une boite à sardines.

source de la photo et info sur le site de l’éditeur.

G comme géographie domestique

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Où se retire-t-on pour avoir un moment à soi? la chambre, le bureau, le fauteuil, la terrasse, le jardin?

La réponse se trouve dans une enquête très sérieuse réalisée en Grande-Bretagne: selon celle-ci, un tiers des hommes se réfugient dans la salle de bains, contre seulement un cinquième des femmes.

Pour ceux que ça intéresse, c’est ic: The Independent

Ça m’a bien fait rire parce que ça m’a rappelé mon grand-père, qu’on avait interdiction absolue de déranger, le matin après le petit déjeuner, quand il se retirait aux toilettes avec son journal.

Chose que lui seul avait le droit de faire, parce que – disait ma mère – c’est très mauvais de rester assis longtemps sur les toilettes.

Lui seul et aussi le petit frère, qui avait des intestins se mettant en branle dès qu’il était question d’aider à la vaisselle. Il revenait toujours au moment exact où tout était propre et rangé.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai encore des doutes sur le bien-fondé de l’argument maternel 🙂

***

photo prise à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose

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Le mardi 3 et le mercredi 4 juillet ont eu lieu les examens d’entrée organisés – et imposés – par la Communauté flamande pour les jeunes qui désirent entamer des études de médecine ou de dentisterie. Mardi 5700 candidats en médecine – seul le millier supérieur aura accès aux études de leur choix – et mercredi 1227 candidats en dentisterie. Au total donc près de 7000 jeunes rassemblés dans une des immenses salles du Heysel.

Parmi eux, bien sûr, comme chaque année, quelques élèves de Madame et même si elle n’est pas leur mère, elle ne cesse d’y penser et en perd le sommeil.

Surtout pour sa chère fée Clochette, une de ses élèves « friandise« , qui a tellement la vocation que Madame est prête à lui confier sa précieuse santé d’iatrophobe.

Mais Madame, sa fée Clochette, les autres candidats et leurs parents devront encore attendre jusqu’au 12 juillet après 14.00 h. pour avoir les résultats. 

D comme découverte

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C’est grâce à l’ami P*, celui qui se vante d’avoir vu naître l’Adrienne, sous prétexte qu’il a vingt mois de plus,  

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qu’elle a enfin visité ce lieu merveilleux 

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dans la ville natale d’un certain René. tongue-out

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Avec son grand jardin 

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sa ferme

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sa glacière

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l’hôpital Notre-Dame à la Rose a fonctionné en autarcie dès le 13e siècle. 

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Certains instruments de torture peuvent effrayer les iatrophobes tongue-out

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mais ils ne pourront conclure qu’une chose: quel bonheur de ne pas être né aux siècles précédents (voir par exemple l’intéressante collection d’instruments pour la trépanation ou l’amputation, sans anesthésie bien sûr) 

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