M comme Monsieur Météo

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Le week-end dernier, Belle-Maman d’Ostende aurait encore eu raison: il a fait un temps magnifique à la côte belge (1), alors que les météorologies nationale et webinesques ne parlaient que de pluie pour tout le pays.

– Les nuages de pluie, disait belle-maman, le vent de la mer les souffle jusqu’à Bruges. C’est là-bas qu’il pleut. Pas à Ostende. (2)

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(1) comme le montre cette photo prise dimanche dans le kiosque à musique, dans le parc Léopold.

(2) où on aime tant les Brugeois qu’on dit « zie je van Brugge? zet je vanachter » (tu es de Bruges? va t’asseoir dans le fond)armand pien 1

Nous qui étions de « l’intérieur du pays » (3), nous avions plutôt l’impression contraire. Nous soupçonnions Armand Pien (4) d’avoir des accointances avec le secteur Horeca côtier chaque fois qu’il annonçait qu’il ferait beau à la mer.

Luigeniere! (Menteur!) criait mon grand-père, que ça n’empêchait pas d’écouter chaque jour fidèlement le bulletin météo d’Armand Pien et d’exiger un silence religieux pour ne pas en perdre une miette. 

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(3) pour Belle-Maman, il y avait deux sortes de gens: ceux de la côte (van de kust) et ceux de l’intérieur du pays (van het binnenland), qui ne savent pas ce que c’est du poisson frais ni ce que c’est du vent.

(4) notre Monsieur Météo de la télévision flamande de 1953 à 1990, voir la photo ci-dessus en noir et blanc. Célèbre en Flandre pour y avoir introduit le mot ‘straalstroom‘, (jet-stream en bon franglais) et pour ses bulletins météo toujours présentés avec humour et pédagogie.

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Z comme zèle (ter)

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– Alors? dit la mère de l’Adrienne, à peine leur improbable trio était-il monté dans le train du retour vers Hull. Alors? tes activités sont déjà planifiées, pour le mois de septembre?

Mes activités pour septembre, se dit l’Adrienne interloquée. Quand on n’est que le 20 juillet et qu’on rentre de vacances dans le Yorkshire? Était-elle supposée régler ça depuis Skipton? 

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Vendredi dernier, l’Adrienne téléphone à sa mère. La semaine a été caniculaire, mais la mère de l’Adrienne refuse d’ouvrir une fenêtre du côté de la rue, en matinée ou en soirée. Ça ferait entrer des poussières. Au troisième étage.

Elle refuse aussi de se tenir tranquille aux heures les plus chaudes: elle sort pour ses promenades entre 13.30 h. et 16.30 h., point barre.

– Alors? lui dit-elle au téléphone, tu as géré ton mois d’août?
– Gérer mon mois d’août? répond l’Adrienne. Qu’est-ce que ça veut dire?
– Et bien ça veut dire profiter de tes vacances!

Décidément, l’Adrienne et sa mère ont des vues très opposées.

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Photo prise du train entre Skipton et Hull le 20 juillet dernier.
Admirez surtout les beaux gros nuages aux nuances variées de gris 😉

M comme mills

Ce qu’on remarque surtout dans le paysage urbain, ce sont ces massives anciennes usines, installées le long du canal qui va de Leeds à Liverpool, de grands bâtiments aujourd’hui recyclés en habitations, pour la plupart.

Il reste peu de cheminées. Il y en a une, bien conservée, de forme octogonale.

Ces usines, mills en anglais, datent du 19e siècle, quand la révolution industrielle a fait passer la région – exactement comme ma ville – de la filature ou du tissage à domicile, artisanal, aux filatures, teintureries et tissages à grande échelle.

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photo prise le long du canal, le vendredi 12 juillet, par 20°C sans pluie.

– S’il ne pleut pas pendant 3 jours, dit le marié, il faudra arroser le jardin.
– Ah bon? fait l’Adrienne, incrédule. Vraiment?
– Ah oui! sinon ça ne pousse pas.

L’Adrienne regarde autour d’elle: une petite pelouse bien verte et bien drue, quelques arbustes, quelques fleurs, une terre humide… qui ont dû se passer toute une semaine des soins de leurs propriétaires et de l’eau du ciel. Car – étonnamment, peut-être – il n’a pas plu ces derniers jours.

– Et arroser quoi, exactement? demande-t-elle.
– Tout!
– Tout?
– Oui, tout.

Ils sont vraiment daft, ces Anglais.

Question existentielle

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Comment voulez-vous que les patates poussent si après l’été le plus chaud et le plus sec depuis que l’Institut Royal de Météorologie existe (1833), alors que les nappes phréatiques sont toujours à un niveau si bas et si critique, qu’il devrait pleuvoir pendant des semaines sans s’arrêter pour les remettre à niveau, et qu’on a encore un printemps chaud et sec?

Comment voulez-vous que les patates poussent, me suis-je demandé hier après-midi en voyant ce champ, alors qu’on se promenait en T-shirt et que le vent balayait une terre devenue poussière.

Première ou dernière?

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On regarde avec ravissement tomber la première neige.
C’est toujours aussi féerique et les amies de l’Adrienne ne manquent pas de souligner que maintenant qu’elle habite en ville, elle n’a plus de souci à se faire pour les déplacements, comme à l’époque où elle vivait sur « sa montagne« . Elle peut donc en jouir sans arrière pensée, même si c’est infiniment moins joli qu’en pleine nature.
On se demande si cette première neige tant attendue – après la météo « ridicule » qu’on a eue en Islande, aux dires des Islandais eux-mêmes – sera aussi la dernière, comme il arrive souvent. On est déjà à la fin du mois de janvier et les crocus montrent le bout du nez.
On se sent en complet accord avec la lectrice de Lali, avec ses guirlandes de Noël allumées fin janvier, délaissant son livre, oubliant sa boisson chaude, entièrement prise par le spectacle des flocons, leur blancheur, leur légèreté trompeuse.
Et c’est justement parce qu’on ne sait pas si cette première neige sera aussi la dernière de la saison, qu’on s’en remplit les yeux avec tant d’avidité.
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Photo et consignes chez Lali, que je remercie: « Les montagnes de neige, les trottoirs glacés et glissants, le froid qui brûle les joues, le vent qui traverse les vêtements, rien de tout cela ne donne envie de mettre le nez dehors en ce dimanche. Je resterai donc bien au chaud, comme a choisi de le faire la lectrice de l’illustratrice russe Margarita KukhtinaÀ vous maintenant de vous approprier la lectrice, de vous glisser dans l’illustration, de la raconter en vos mots. » 

T comme tout beau, tout blanc

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Quand il a commencé à neiger mardi matin, Madame était en classe avec ses élèves de cinquième (la Première) et ils ne l’ont remarqué qu’en sortant dans le couloir, à neuf heures et quart. Sans doute parce que la classe était bien éclairée et qu’il faisait encore un peu sombre dehors.

Madame n’a pas été la dernière à s’écrier avec émerveillement « Oh! il neige! » et depuis la récré de mardi à dix heures, toutes les pauses sont désormais très physiques: au lieu de se coller aux radiateurs en grignotant des sucreries, grands et petits se ruent dehors pour des batailles de boules de neige.

Madame aussi a aimé marcher dans la neige, comme sur la photo ci-dessus, prise mercredi matin sur le chemin de l’école.

Il est question d’aller faire du ski de fond en Hautes-Fagnes jeudi prochain avec les 16-18 ans… Les klimaatspijbelaars choisiront-ils la sortie sportive ou le pavé bruxellois?

Les paris sont ouverts 🙂

7 choses

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Pour apprendre à connaître un peu mieux le pays, la lecture d’oeuvres littéraires a été bien plus utile que celle des guides touristiques.

Ainsi par exemple, Auður Ava Ólafsdóttir et son Rigning í Nóvember, Pluie en novembre, titre apparemment jugé peu racoleur car toutes les traductions ont préféré gommer la pluie et la remplacer par des papillons (versions néerlandaise, anglaise, allemande), une embellie (version française) ou ‘la femme est une île’ (versions italienne, espagnole et portugaise).

J’ai beaucoup aimé cette histoire où une jeune narratrice raconte avec humour son voyage autour de l’Islande, suite à son divorce, avec comme compagnon un enfant de quatre ans, le fils d’une amie hospitalisée, et elle qui ne se croyait pas faite pour être mère devient de jour en jour meilleure dans ce rôle.

La confrontation avec la réalité islandaise est des plus intéressantes: il y a tant de points communs entre ce que la narratrice vit, voit, raconte et ce qu’on a pu voir de l’Islande, fut-ce en seulement cinq ou six jours.

Petite tentative de liste:

1.la météo de novembre, dans le livre, est jugée « ridicule » tout comme la température et les conditions météo ont été jugées « ridicules » par notre guide de jeudi: il fait « ridiculement » chaud, ça veut dire dix degrés Celsius, le paysage est « ridiculement » détrempé au lieu d’être figé dans la glace et recouvert de neige.

2.on suit la route numéro 1 pour chacune de nos excursions (j’ai du mal à l’appeler autoroute, même si elle a généralement deux bandes de circulation dans les deux sens). Elle s’appelle numéro 1 mais il n’y a pas de numéro 2 et elle fait le tour de l’île. Qu’on aille au nord ou au sud, si on continue de rouler, on revient à son point de départ.

3.sur les 330 000 Islandais, plus d’un tiers vit dans la capitale, il n’y a pas d’autre ‘grande ville’ mais tout le long de la route numéro 1 on trouve ici et là une ferme, des maisons de vacances (en bois), un village, un camping rempli de caravanes, une station-service avec cafétéria et supermarché. Comme la narratrice, nous y avons fait halte pour y boire un café ou aller aux toilettes.

4.grâce à la géothermie, il y a des piscines chaudes à ciel ouvert un peu partout. Les Islandais s’y retrouvent comme d’autres au bar, à faire la causette et à s’observer. D’abord douche sans maillot puis baignade avec maillot (voir mon billet d’hier :-))

5.chacun semble avoir sa maison de vacances et la narratrice aussi, un joli cabanon qu’elle a gagné à une loterie et qu’elle va installer dans un endroit improbable, à l’ombre d’une montagne. On en a vu beaucoup dans de drôles d’endroits, avec mention spéciale pour la maisonnette placée toute seule sur une pente d’où tombent régulièrement de gros éboulis de blocs de lave. Roulette russe à l’islandaise 😉

6.on mange du skyr, du poisson pané, de l’agneau fumé, des pommes de terre. C’est vrai. Et on y mange très bien, les cuissons sont parfaites. Et beaucoup de choses (très) sucrées. La saison d’été est trop courte pour produire des céréales donc on a des herbages et on élève des vaches et des moutons. De nombreux fermiers louent des chambres aux touristes. Ce qui doit être importé coûte les yeux de la tête, une façon comme une autre de protéger le fermier autochtone et d’endiguer l’exode rural.

7.ce qu’on appellerait chez nous ‘catastrophe naturelle’ est monnaie si courante en Islande qu’on rigole bien d’entendre parler d’ouragan ici et là sur la planète: nous avons constamment des vents de cette force-là, dit le guide, même qu’un jour un camion s’est envolé, on n’en fait pas tout un plat. La seule fois où une ‘catastrophe naturelle’ a fait tout un plat dans les médias du monde entier, c’est parce que notre trafic aérien en a été arrêté. Mais la terre y tremble plus ou moins quotidiennement, des volcans sont en activité, des inondations, éboulis, avalanches coupent les routes ou font disparaître des maisons, une église: « pas grave, dit le personnage du livre, de toute façon elle était vieille et il en fallait une neuve ».

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source et info (couverture d’origine) ici, version française chez Zulma et néerlandaise (celle que j’ai lue) chez De Bezige Bij.

rigning ndl