F comme froid

Antverpia Mercatorum Emporium

Il faisait excessivement froid, les derniers jours de janvier 1841. Les rues d’Anvers étaient en habit hivernal et brillaient d’un blanc intense; la neige ne tombait pas en doux flocons, n’enchantait pas le regard par la danse de ses milliers de petites plumes; au contraire, elle tombait dru et fouettait comme des grêlons les vitres des maisons fermées – le vent aigre venant du nord chassait vers la chaleur du poêle la plupart des gens qui se risquaient sur leur seuil.  

Het was uitermate koud in de laatste dagen der maand Januari 1841. De straten der stad Antwerpen hadden hun winterkleed aangenomen en glinsterden van zuivere witheid; de sneeuw viel echter niet bij zachte vlokken, noch verheugde het oog met hare duizende dooreenspelende pluimkens; integendeel, zij viel kletterend en als hagel tegen de vensterglazen der geslotene huizen, — en de bittere noordewind joeg de meeste burgers, die zich op hunne dorpels vertoonden, terug naar de gloeiende kachel.

Wat Eene Moeder Lijden Kan, in De Volledige werken van Hendrik Conscience. Brussel, A.N. Lebègue & Co., 1884 (la première édition date de 1843)

Incipit – traduction de l’Adrienne – à lire en entier sur de nombreux sites, dont celui du Gutenberg Project. – source de l’illustration ici (vue d’Anvers/Antwerpen – musée Vleeshuis) – idée de billet inspirée par Walrus et son commentaire d’hier 🙂

 

 

 

 

V comme vive le vent!

Kursaal 2018 (c) VRT

Puisque le Kursaal d’Ostende ouvre ses portes aux visiteurs du lundi 24 au jeudi 27 février, l’Adrienne y a emmené sa mère hier, pour visiter les lieux et y voir ou revoir les fresques de Delvaux et les autres œuvres d’art à l’intérieur du bâtiment.

Ce n’est pas la ‘zacht briesje‘ qui les en a empêchées 😉

Puis, quand elles étaient à mi-chemin du parcours de visite, sa mère se tourne vers elle et lui demande:

– Qu’est-ce qu’on est venues faire ici, au juste?

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source de l’illustration et info sur le Kursaal ici.

la météo du jour à la côte belge ici.

I comme intense

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Personne, jamais, n’a réussi à raconter quelque chose à belle-maman qu’elle n’ait vécu elle-même, en plus fort, en plus intense, en plus grandiose. Avec une spécialité pour les cataclysmes, qu’ils soient causés par les humains – comme la guerre et le bombardement de sa ville – ou par les éléments – avec comme points forts le raz-de-marée en 1953 ou le froid si intense que la mer était gelée, l’hiver de 1962-63: elle avait tout vu, tout vécu, rien ne lui en imposait et Ostende sortait toujours gagnante.

La meilleure façon de vous ridiculiser, c’était de lui dire que là où vous étiez, il y avait beaucoup de vent.

– Du vent? s’écriait-elle, mais vous ne savez pas ce que c’est, vous, à l’intérieur du pays!

C’était un point d’honneur d’appeler « een zacht briesje« , ‘une douce petite brise’, tout ce qui ne dépassait pas les 7 Beaufort. Au moins.

– Le vent fort, disait-elle, on en reparlera quand avec ton vélo, tu feras du surplace.

Alors en voyant les gens marcher contre le vent, penchés à angle aigu, l’Adrienne ne pouvait que penser à belle-maman et se demander comment elle aurait qualifié cette « zacht briesje » qui a fait s’écraser des arbres et des pylônes, s’envoler des toits, des panneaux et du mobilier de jardin, même « à l’intérieur du pays ».

Mais le pire de tout, pour sa fierté d’Ostendaise, aurait sans doute été que le record de vitesse du vent a été enregistré à Blankenberge 😉

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photo prise à Ostende ce samedi, avant la tempête: on voit que le sable et la mer commencent à s’agiter 🙂

T comme tapis de sable

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C’est en roulant en direction de Mons et de ses monuments un dimanche matin que l’Adrienne a repensé à ces sorties dominicales organisées par le grand-père à l’occasion de son anniversaire, fin octobre.

Par une de ces étranges pirouettes de la mémoire, elle s’est tout à coup souvenue d’un endroit où la famille s’est arrêtée une ou deux fois, pour que les hommes puissent y prendre leur « collation ».

Ça s’appelait Le tapis de sable parce qu’il y avait effectivement un énorme tableau réalisé en différentes couleurs de sable. « On ne touche pas! », criait-on au petit frère, qui aimait surtout admirer avec les doigts, « va plutôt faire un tour du côté des balançoires! »

Les hommes ayant sifflé – pardon, bu – une bière, ils battaient le rappel et chacun remontait en voiture.

Et que le ciel soit d’azur ou de grisaille, chaque fois grand-mère Adrienne répétait comme un mantra: « Het weer doet al wat het kan! », « La météo fait tout ce qu’elle peut. »

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texte écrit avec 9 des 13 mots imposés par 13 à la douzaine: sable, tapis, touche, vernaculaire, collation, azur, tissage, balançoire, siffler, adamique, pirouette, poing, monument.

Photo prise à Mons le dimanche 13 octobre, dans une rue dont les habitants se sont amusés à peindre les pavés en de multiples couleurs, de sorte qu’elle est devenue très instagrammable 😉

 

M comme Monsieur Météo

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Le week-end dernier, Belle-Maman d’Ostende aurait encore eu raison: il a fait un temps magnifique à la côte belge (1), alors que les météorologies nationale et webinesques ne parlaient que de pluie pour tout le pays.

– Les nuages de pluie, disait belle-maman, le vent de la mer les souffle jusqu’à Bruges. C’est là-bas qu’il pleut. Pas à Ostende. (2)

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(1) comme le montre cette photo prise dimanche dans le kiosque à musique, dans le parc Léopold.

(2) où on aime tant les Brugeois qu’on dit « zie je van Brugge? zet je vanachter » (tu es de Bruges? va t’asseoir dans le fond)armand pien 1

Nous qui étions de « l’intérieur du pays » (3), nous avions plutôt l’impression contraire. Nous soupçonnions Armand Pien (4) d’avoir des accointances avec le secteur Horeca côtier chaque fois qu’il annonçait qu’il ferait beau à la mer.

Luigeniere! (Menteur!) criait mon grand-père, que ça n’empêchait pas d’écouter chaque jour fidèlement le bulletin météo d’Armand Pien et d’exiger un silence religieux pour ne pas en perdre une miette. 

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(3) pour Belle-Maman, il y avait deux sortes de gens: ceux de la côte (van de kust) et ceux de l’intérieur du pays (van het binnenland), qui ne savent pas ce que c’est du poisson frais ni ce que c’est du vent.

(4) notre Monsieur Météo de la télévision flamande de 1953 à 1990, voir la photo ci-dessus en noir et blanc. Célèbre en Flandre pour y avoir introduit le mot ‘straalstroom‘, (jet-stream en bon franglais) et pour ses bulletins météo toujours présentés avec humour et pédagogie.

armand pien 2

Z comme zèle (ter)

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– Alors? dit la mère de l’Adrienne, à peine leur improbable trio était-il monté dans le train du retour vers Hull. Alors? tes activités sont déjà planifiées, pour le mois de septembre?

Mes activités pour septembre, se dit l’Adrienne interloquée. Quand on n’est que le 20 juillet et qu’on rentre de vacances dans le Yorkshire? Était-elle supposée régler ça depuis Skipton? 

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Vendredi dernier, l’Adrienne téléphone à sa mère. La semaine a été caniculaire, mais la mère de l’Adrienne refuse d’ouvrir une fenêtre du côté de la rue, en matinée ou en soirée. Ça ferait entrer des poussières. Au troisième étage.

Elle refuse aussi de se tenir tranquille aux heures les plus chaudes: elle sort pour ses promenades entre 13.30 h. et 16.30 h., point barre.

– Alors? lui dit-elle au téléphone, tu as géré ton mois d’août?
– Gérer mon mois d’août? répond l’Adrienne. Qu’est-ce que ça veut dire?
– Et bien ça veut dire profiter de tes vacances!

Décidément, l’Adrienne et sa mère ont des vues très opposées.

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Photo prise du train entre Skipton et Hull le 20 juillet dernier.
Admirez surtout les beaux gros nuages aux nuances variées de gris 😉

M comme mills

Ce qu’on remarque surtout dans le paysage urbain, ce sont ces massives anciennes usines, installées le long du canal qui va de Leeds à Liverpool, de grands bâtiments aujourd’hui recyclés en habitations, pour la plupart.

Il reste peu de cheminées. Il y en a une, bien conservée, de forme octogonale.

Ces usines, mills en anglais, datent du 19e siècle, quand la révolution industrielle a fait passer la région – exactement comme ma ville – de la filature ou du tissage à domicile, artisanal, aux filatures, teintureries et tissages à grande échelle.

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photo prise le long du canal, le vendredi 12 juillet, par 20°C sans pluie.

– S’il ne pleut pas pendant 3 jours, dit le marié, il faudra arroser le jardin.
– Ah bon? fait l’Adrienne, incrédule. Vraiment?
– Ah oui! sinon ça ne pousse pas.

L’Adrienne regarde autour d’elle: une petite pelouse bien verte et bien drue, quelques arbustes, quelques fleurs, une terre humide… qui ont dû se passer toute une semaine des soins de leurs propriétaires et de l’eau du ciel. Car – étonnamment, peut-être – il n’a pas plu ces derniers jours.

– Et arroser quoi, exactement? demande-t-elle.
– Tout!
– Tout?
– Oui, tout.

Ils sont vraiment daft, ces Anglais.