G comme Gaboriau

File:Pierre Mignard, Portrait présumé d'Armande Béjart, vers 1660.jpg
source ici

« Quand on considère l’œuvre de Molière, si complexe et si varié, infini, pour ainsi dire, comme le cœur et l’esprit humains, on en vient vite à se demander quels acteurs étaient capables de supporter l’écrasant fardeau de tant de génie. Combien donc étaient-ils pour suffire à tant de passion, à toute cette verve, à cette mordante ironie, à ces luttes, à ces amours? Combien étaient-ils pour jouer l’humanité tout entière, avec ses vices et ses faiblesses, ses grands sentiments et ses mesquineries, ses ridicules et ses grandeurs? Aux plus beaux jours de la faveur de Louis XIV, à l’apogée de leur fortune, ils étaient vingt-quatre. Et encore, dans ce nombre, je comprends peut-être un moucheur de chandelles. »

De nombreuses pages sont évidemment consacrées à Armande Béjart.
Mais sa description physique ne semble pas « coller » au portrait présumé ci-dessus, puisqu’il est dit qu’elle a « les yeux petits » et « la bouche grande » 🙂

***

Émile Gaboriau, Les comédiennes adorées, édition de 1863, l’extrait ci-dessus vient de la p.233, consultable sur Gallica

I comme Isère, misère!

Béline a gardé la doudoune et le duvet. Elle a horreur d’avoir froid et ce matin, avec le temps qu’il fait, elle aurait préféré rester près du feu.

Et elle a dû quitter la maison si tôt qu’elle a à peine eu le temps de déjeuner, alors évidemment elle a des vertiges et en route elle a dix fois frôlé la catastrophe. Elle espère qu’elle ne devra pas prendre ces risques chaque matin, dorénavant!

Mais voilà son copain Panurge qui arrive dans la cour! Elle s’empresse d’aller froufrouter de son côté, du sirop plein la voix en s’adressant à lui, comme dans un film d’amour qu’elle a vu l’autre soir.

Et lui, le pauvre, dans un vieux réflexe machiste, se dit « J’emballe, j’emballe sec! Cette nana, elle est à moi, je le sens, ça va marcher comme sur des roulettes! »

***

Ecrit pour Les Plumes d’Asphodèle chez Emilie avec les mots imposés suivants: DUVETHORREUR – AIMER – TEMPS – FEU – FROUFROUTER – VERTIGE – SIROP – FROID – FRÔLER – FILM – ROULETTE – RISQUE – RÉFLEXE

Emilie a rajouté six mots à la collecte.  On pouvait laisser de côté les trois derniers (ci-dessus en italiques). Mais j’ai fait la totale 🙂 

***

On a parlé de l’Isère dans nos quotidiens de Flandre, pour cette affaire du plus haut comique…

Voir les articles en français ici et ici, deux exemples parmi des tas d’autres.

J’ai surtout aimé les prénoms des élèves à quatre pattes, j’espère qu’il y avait parmi eux une Béline, en hommage à Molière 🙂

J comme jargon

2017-08-22 (19).JPG

Beaucoup de gens, déclare le spécialiste consulté, se plaignent d’un manque d’hygiène conversationnelle… 

Faut que je note ça pour ne pas l’oublier, se dit l’Adrienne. 

Un manque d’hygiène conversationnelle, elle n’est pas sûre d’avoir bien compris ce que ça voulait dire mais elle devine que c’est un bel euphémisme. 

Bref, les pédagogues d’aujourd’hui ont leur jargon comme les médecins de Molière, et la préciosité n’a pas pris fin avec le 17e siècle: aujourd’hui plus que jamais on se doit de remplacer par des tournures alambiquées les mots jugés « bas ». 

Comme ragots, cancans, commérages et racontars, par exemple. 

*** 

photo prise à l’Hôpital Notre-Dame à la Rose

Premier agenda ironique

Je suis le ténébreux miroir inconsolé
Ma batterie est morte et je suis constellé 

de taches de café et d’autres petits reliefs de nourriture: c’est assise devant moi qu’elle boit et qu’elle mange. Car 

Elle a pris ce pli depuis des temps très lointains
De venir m’allumer très tôt chaque matin 

et de prendre tranquillement son petit déjeuner tout en me tapotant le clavier. Quand c’est l’heure de partir au travail, je sens bien qu’elle me quitte à regret. Elle me rallume dès son retour, nous voilà repartis pour des heures, 

Voici des O, des I, des E, des U, des A,
Qu’elle a usés avec ses ongles et ses doigts 

Elle m’emporte partout où elle va, j’ai vu l’Irlande et l’Italie, la mer du Nord aussi. 

Ainsi, toujours poussé vers de nouveaux rivages,
Je suis très heureux d’avoir fait de beaux voyages. 

Depuis quelque temps, je montre des signes de fatigue, nous luttons ensemble contre mon inexorable obsolescence programmée et je crains qu’elle ne pense bientôt à me remplacer. Même si 

Il le faut avouer, l’amour est un grand maître.
Ce qu’on ne fut jamais, il vous enseigne à l’être. 

C’est ainsi qu’elle a réussi à me tirer d’affaire, déjà une fois ou deux, et je lui suis reconnaissante d’avoir pu prolonger mon temps de vie, notre temps de vie commune, bien que nous ayons parfois nos nuages… 

Mon plus grand ennemi se rencontre en moi-même
Je vis, je meurs, je me sens l’âme plus qu’humaine. 

*** 

merci à Gérard de Nerval, Victor Hugo, Rimbaud, Verlaine, Molière, Racine, Louise Labé, Lamartine, Du Bellay, à mon ordinateur bien-aimé et à l’Agenda ironique de juin 

jeu,parodie,pastiche,poésie

L comme livres

J’ai trouvé dans ma bibliothèque
de gros volumes cartonnés
portant la signature du grand-oncle Aimé.

J’ai trouvé dans ma bibliothèque
recouverts d’un vieux papier vert
les livres de classe de mon beau-père.

J’ai trouvé dans ma bibliothèque
dans un manuel de bricolage
une photo de notre mariage.

Les romans d’amour hérités de tante Simonne
Les Comtesse de Ségur reçus de Marie-Louise
Les Jules Verne cadeaux de madame Henriette

 boeken (2) - kopie.JPG

 Les grands classiques, les lectures imposées, une collection de romans pour la jeunesse, les recueils de poèmes, les anthologies historiques, tout le théâtre de Ghelderode et d’Ionesco, de Racine et de Molière, toute la poésie du 16e siècle, de Verlaine et de Rimbaud.

 boeken (3) - kopie.JPG

Jacques Prévert et Jacques le fataliste. François Mauriac et François le Champi. Madame de la Fayette et madame Bovary.

Tout emballer, tout répertorier, tout déménager, tout reclasser, tout replacer.

 boeken (1) - kopie.JPG

Pourtant je ne suis pas bibliothécaire Clin d'œil

***

texte écrit pour les Croqueurs de mots n°127
http://c-estenecrivantqu-ondevient.hautetfort.com/archive/2014/06/30/defi-n-126-5383002.html

 Merci à Enriqueta de m’avoir prévenue!

Et bonne fête nationale aux amis français Sourire

N comme No time to waste

Une dernière remarque. Sur un accord à faire. La place de la négation. Une conjugaison. Une tournure de phrase. Une expression idiomatique. Un mot argotique.

Un ultime conseil.

Le temps presse: bientôt, dans quelques semaines, quelques jours, quelques heures, Madame les lâche. Pour toujours. Parce qu’il le faut bien.

prof,école,élèves,français,langue

zut! Madame n’a rien lu de Molière, cette année!

Jusqu’à un soir sur fb ou dans la boite à mail. Quand ils lui écriront, l’air de rien et en français: « Bonjour, Madame! Vous allez bien? »

Tandis que la vraie demande sera: « Voulez-vous faire ceci ou cela pour moi? »

(signer une pétition, résoudre un problème linguistique, participer à une enquête, soutenir un projet…)

Alors Madame-plus-prof-que-moi-tu-meurs leur répondra:

– Bonsoir!

Et ils se reprendront, pauvres pitchouns, comme s’ils étaient encore sur les bancs de l’école Langue tirée 

***

Et bien vous savez quoi?

Madame s’en émeut et s’en réjouit d’avance.

(oui elle est grave grâââve)

 

 

U comme une bonne chose de faite!

Voilà, depuis hier, j’ai une boite aux lettres que carissima nipotina a accrochée bien droit pour que les factures n’attrapent pas des crampes en attendant que je les libère.

augustus 2013 (21ter).JPG

et pour le reste

la saga du petit coin continue

augustus 2013 (18).JPG

 voilà l’état du jour
demain l’ouvrier continue de carreler
mais je ne sais pas encore quand j’aurai une porte

augustus 2013 (11).JPG

ce grand jeune homme bien fait
comme aurait dit Molière/Argan
fait partie du trio qui a posé les nouvelles fenêtres et les deux nouvelles portes extérieures 

et aujourd’hui

je peins le plafond de ma future chambre

https://www.youtube.com/watch?v=usfiAsWR4qU

G comme grands auteurs (ou G comme gageure…)

– Je n’ai pas lu une seule ligne de Molière, cette année! me dis-je en surveillant une de mes classes occupée à rédiger son « examen d’expression écrite ».

Sur le mur à ma droite, j’ai accroché les portraits des auteurs dont je lis un extrait au cours des deux dernières années du cycle secondaire. Ils sont bien classés dans l’ordre chronologique pour former une frise qui a pour but de mieux permettre aux élèves de situer les uns et les autres, depuis Charles d’Orléans jusqu’à Abdellatif Laâbi.

C’est ainsi que sous l’affichette « 17e siècle », un Molière en perruque sourit d’un air satisfait sous sa fine moustache, entouré par la marquise de Sévigné et Jean de la Fontaine.

Je sais bien que ce n’est pas ma vocation première, comme prof de FLE, d’enseigner de la littérature ou de l’histoire littéraire. Pourtant, je considère comme un devoir d’instiller au goutte-à-goutte ces quelques textes ou ces quelques auteurs incontournables.

Mais faire les choix, voilà la véritable gageure!

Le programme officiel ne s’occupe pas vraiment de littérature: il nous demande surtout de voir du vocabulaire, de la grammaire, et d’exercer les diverses compétences pour amener nos élèves au niveau B1-B2 du CECR (1)

A ce propos d’ailleurs, j’ai remarqué samedi dernier lors de la présentation des manuels conçus par les éditeurs français, que la littérature n’y avait plus sa place. La BD, les chansons, le cinéma, les magazines « jeunes », voilà ce qui doit représenter aujourd’hui l’aspect culturel de la francophonie… sous prétexte que la « Grande Littérature » n’intéresse pas les ados.

Ce que je conteste fermement.

***

(1) Cadre européen commun de référence, http://www.coe.int/t/DG4/Portfolio/?L=F&M=/main_pages/levelsf.html

MoliereparMignard.jpg

voici le portrait en question, peint par Mignard

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Moliere_Mignard.jpg

X pour la part de mystère

Ce séjour à Paris devait réunir plusieurs choses: tout d’abord, fêter dignement l’anniversaire de ma mère. Voir en même temps quelques expos intéressantes (j’en parlais au T comme trop Clin d'œil). Ensuite, faisant d’une pierre deux ou trois coups, rencontrer une collègue française avec qui je participe à un projet e-Twinning.

Nous avons donc tout d’abord fêté l’anniversaire: avec Sempé, ma Tante est épatante, une petite coupe de bulles le jour J au premier étage des Galeries Farfouillettes, une promenade aux Tuileries, les Champs-Elysées en tenue Christmas, Orsay de bas en haut et de haut en bas (mais sans aller voir véritablement du côté de l’Angleterre d’Oscar Wilde), la place des Vosges et le musée Carnavalet.

Nous avons donc vu madame de Sévigné, Molière, Voltaire, Diderot, Berthe Morisot, Van Gogh et tant d’autres, mais la rencontre in real life a été plus difficile à réaliser.

Pourtant, c’était à la demande de ma collègue qu’on s’était donné rendez-vous et on ne peut pas dire que nous ne nous y soyons pas prises à temps. Mais au jour J et à l’heure dite, elle m’a téléphoné pour me dire qu’on ne se verrait finalement pas.

Le seul voile qui ait été levé par ce coup de fil, c’est que maintenant je connais plus ou moins le son de sa voix Langue tirée

paris,voyage

ma mère chez Ma Tante, observant un reste de l’enceinte de Philippe Auguste (si je ne m’abuse…)

paris,voyage

ma mère admirant la place des Vosges

paris,voyage

ma mère N’admirant PAS le décor Christmas 2011 des Galeries Farfouillettes

 

L comme le livre qui a marqué votre enfance

Le jeu est proposé par Martin Winckler sur son site http://wincklersblog.blogspot.com/: Quel est le livre qui a marqué votre enfance?

Le mien commençait ainsi:

Tout était en l’air au château de Fleurville. Camille et Madeleine de Fleurville, Marguerite de Rosbourg et Sophie Fichini, leurs amies, allaient et venaient, montaient et descendaient l’escalier, couraient dans les corridors, sautaient, riaient, criaient, se poussaient. Les deux mamans, Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg, souriaient à cette agitation, qu’elles ne partageaient pas, mais qu’elles ne cherchaient pas à calmer; elles étaient assises dans un salon qui donnait sur le chemin d’arrivée. De minute en minute, une des petites filles passait la tête à la porte et demandait: « Eh bien, arrivent-ils?

– Pas encore, chère petite, répondait une des mamans.

– Ah! tant mieux, nous n’avons pas encore fini. »

Et elle repartait comme une flèche.

« Mes amies, ils n’arrivent pas encore; nous avons le temps de tout finir. »

***

La lecture m’était interdite, mais un jour une ancienne collègue de ma mère m’a offert toute sa collection de la comtesse de Ségur, parue chez Hachette vers 1930. Cet incipit, que je connaissais par coeur jusqu’à la troisième page, tellement je l’avais lu et relu, est celui des Vacances.

Je me souviens que dès les premières lignes, j’ai été subjuguée: cette lecture avait pour moi tout du conte de fées sans en être un cependant. J’apprenais beaucoup de choses, et pas seulement du vocabulaire, comme le mot ‘vaisseau’ ou ‘poltron’ ou ‘brodequins’. Ils ne m’étaient pas très utiles dans la vie courante mais ils m’enchantaient. En particulier, les ‘brodequins’ de mademoiselle Tourneboule Clin d'œil

Ce que j’apprenais surtout, c’est qu’il existait des maisons dans lesquelles il était permis de courir. De rire à haute voix. De sauter. Qu’il existait des mamans qui s’adressaient à leur fillette en l’appelant « chère petite ». Que parents et enfants faisaient des activités amusantes ensemble. Ils allaient pêcher des écrevisses. Cueillir des fraises des bois. Construire des cabanes.

Et puis il y a cette merveilleuse histoire du naufrage et comme dans l’Avare de Molière, que je n’ai lu que beaucoup plus tard, bien sûr, toute une famille est à nouveau réunie, madame de Rosbourg et Marguerite retrouvent leur père, capitaine de vaisseau naufragé, et Sophie retrouve son cousin Paul qui a lui aussi été sauvé du naufrage et adopté par le capitaine.

Je ne me souviens plus si bien du long récit de leur séjour sur l’île (hahaha il faudra que je relise Les vacances pendant les vacances Cool) mais je me souviens que ce livre m’a enchantée et m’a apporté beaucoup d’émotions à chaque fois que je le relisais.

Je me souviens bien aussi de la fin, absolument digne d’un conte de fée, puisque l’auteur nous rassure en nous disant que chacun des enfants de l’histoire a trouvé l’époux qu’il lui fallait: Sophie épouse Jean, Marguerite épouse Paul et une petite soeur naît encore juste à point chez les de Rosbourg pour devenir l’épouse de Jacques.

Et Léon le poltron? Il devient glorieux général de l’armée et se retire couvert de panache à l’âge de 40 ans.

Je me disais que 40 ans, c’était bien vieux Clin d'œil

lecture,souvenirs d'enfance,vive la famille

mon exemplaire date de 1930 et est illustré par A. Pécoud

***

C’est après la lecture de ce livre que j’ai pris du papier et un crayon pour me mettre à la rédaction de mon premier manuscrit. Je me suis assez vite rendu compte qu’écrire un livre, c’était un gros gros travail. D’autant plus que c’était moi aussi qui faisais les illustrations Langue tirée

Son titre: Les vacances.

Et j’ai fait plus fort que Romain Gary: j’ai signé mon oeuvre

Comtesse de Ségur née Rostopchine