B comme Black

Moors Blackamoors | Journey to the Source

Tout comme la statue de ce saint Maurice noir dans la cathédrale de Brandebourg, qui date du 13e siècle, la figure de l’homme noir est rarissime dans la littérature de la même époque.

En néerlandais, le tout premier personnage littéraire à la peau noire est Moriaen, dans une chanson de geste du cycle arthurien.

L’oeuvre originale date des environs de l’an 1200 en dialecte flamand (Flandre Occidentale et sud de la Flandre Orientale) mais les manuscrits qui la reprennent ont été rédigés un siècle plus tard en dialecte brabançon de la région de Louvain (Veltem): à la rime, on a gardé le vocabulaire d’origine, à l’intérieur des vers on a choisi les mots brabançons.

Contrairement aux autres héros arthuriens, comme Lancelot, Gauvain, Perceval… Moriaen n’a pas son équivalent dans les différentes langues européennes ayant une littérature de la « matière de Bretagne ».

Son père est Acglavael (Agloval), frère de Perchevael (Perceval), et sa mère une reine mauresque. Sa quête à lui a pour but d’obtenir la reconnaissance paternelle (la légitimité) et de réunir ses parents par le mariage. 

Doe was di swarte ridder blide
Ende scoet ane lanceloets side
Ende ontecte sijn hoeft al daer
Dat pec sward was oppenbaer
Het was di sede vanden lande
More sijn sward alse brande
Maer dat men an ridders soude prisen
Haddi also scone na sire wisen
Al was hi sward wat scaetde dat
An hem was sake di hem messat
Ende hi was langer een haluen voet
Dan enech ridder bi hem stoet
Nochtan was hi van kinscen dagen
Hem begonst so wel behagen
Doe hi horde hare tale
Dat si spraken van acglauale
Dat hi knilde ter eerden neder
Ende walewein. hiuen op weder
Ende seide hem die niemare
Dat haer gelijc een bode ware
Ende behorden tarturs houe
Di werd was van groten loue
Ende si voren beide te male
Percheuale. soeken met acglauale
Die de coninc. beide begeert

***

source de l’illustration ici.

7 lettres

« Aime assez à chahuter », disait la définition, et il fallait trouver Guillaume de Machaut.

Machaut, si on l’épelle, ça donne M A C H A U T (emme – a – cé – hache – a – u – té)

Moi j’aime assez Machaut 🙂

Dame, a vous sans retollir (sans le reprendre)
Dong cuer, pensée, desir, (je donne mon cœur)
Corps, et amour,
Comme a toute la millour
Qu’on puist choisir,
Ne qui vivre ne morir
Puist a ce jour.

Le texte complet de la chanson se trouve ici.

F comme Fauvel

Fauvel

Dès qu’il s’agit de littérature française, l’Adrienne se croit en devoir de connaître. La voilà donc bien marrie l’autre soir, quand la prof d’histoire de la musique parle du Roman de Fauvel, oeuvre majeure du début du 14e siècle dont l’Adrienne n’avait à ce jour jamais entendu parler.

Epoque de Philippe le Bel. Une oeuvre satirique dans la veine du Roman de Renart mais qui, en plus, est un monument musical: le manuscrit comporte 132 morceaux de musique dans les genres les plus divers, « œuvres monodiques (empruntées aux répertoires sacré et profane) [qui] montrent toute la multitude des formes musicales de l’époque: conductus, séquence, prose, rondeau, lai, virelai, séquences et répons [et des] pièces polyphoniques (à 2 ou 3 voix) [qui] ont toutes la forme du motet.  » (wikipédia)

Voilà donc une grave lacune qu’il fallait combler.

Lacune qui prouve aussi à quel point l’éducation musicale devrait faire partie de tout cursus, et pas seulement être offert aux enfants dont les parents décident de les envoyer à l’école de musique à l’âge de huit ans.

***

On peut voir 40 illustrations du manuscrit ici

Pour ceux qui aiment la musique ancienne, voici l’oeuvre interprétée par le Clemencic Consort:

source de l’image en haut de page: wikipédia

H comme histoire

Je compte sur toi pour les précisions historiques, tu le sais, n’est-ce pas! dit-elle à la dame qui a travaillé toute sa vie à la bibliothèque communale mais est historienne de formation.

Ce soir Wim nous fera un petit exposé sur l’architecture gothique, dit-elle un autre lundi, vu qu’on a la chance d’avoir un architecte parmi nous…

Non mais hé ho! on est venus ici pour avoir un cours sur l’histoire de la musique, s’insurge mentalement l’Adrienne.

C’est à ce moment-là que la prof se tourne vers elle:

Tu voudras bien nous faire un petit cours sur la langue d’oc et la langue d’oïl, lundi prochain? Et tu nous parleras d’Aucassin et Nicolette? Et des troubadours?

Vous croyez que ça intéresse quelqu’un? a répondu l’Adrienne.

Non mais hé ho!

Adrienne et Charles

Le temps a gardé son manteau
De vent de froidure et de pluie, 

N’est pas vêtu de broderie 
De soleil luisant clair et beau 

Il n’y a bête ni oiseau
Qu’en son jargon ne chante ou crie: 

Le temps a gardé son manteau! 

Rivière, fontaine et ruisseau 
Gonflent leur livrée jolie. 
Chacun s’enferme bien au chaud: 
Le temps a gardé son manteau. 

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Charles prisonnier dans la Tour de Londres
source wikipedia

F comme fotoboek

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Sur la couverture de l’épais album, le titre est en anglais: Birth Day. Peut-être pour indiquer dès l’emblée son approche internationale. Planétaire.

Le sous-titre est en néerlandais: Comment le monde accueille ses enfants. Ou plus littéralement: leur souhaite la bienvenue

Lieve Blancquaert est une photographe belge (d’expression néerlandaise) qui est très célèbre en Flandre grâce à ses reportages pour la télévision et son engagement humanitaire en faveur des femmes, principalement pour améliorer les conditions précaires (et trop souvent mortelles) dans lesquelles des millions de femmes de par le monde doivent accoucher. 

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L’idée de Birth Day a germé dans la capitale afghane, Kaboul. C’est là que j’ai vu pour la première fois dans quelles horribles circonstances des femmes devenaient mères. Plus tard, je l’ai revu au Burundi et au Congo.

Où et comment un enfant naît, c’est un miroir de la société. Toute sa vie semble déjà fixée par ces deux mètres carrés où sa mère l’a mis au monde. Dans l’utérus, il n’y a pas de place pour la frime. Pauvre, riche, blanc, noir, croyant ou pas… chaque enfant commence par un même premier cri. Ce moment ne dure pas plus d’une fraction de seconde. Après, nous sommes tous différents. Le premier contact, le premier lange définiront le reste de notre vie.

Ça m’a tellement touchée que l’idée m’est venue de parcourir le monde pour voir de mes propres yeux comment ce monde accueille ses enfants. J’ai rencontré des parents, des grands-parents, des sages-femmes, du personnel médical et des tas d’autres gens qui s’investissent pour les mamans et leurs enfants. Ce que je raconte est basé sur mes expériences personnelles, émouvantes et effarantes. J’ai surtout essayé de ne pas juger mais de comprendre.

***

Voulez-vous que je vous dise? 

C’est un très beau livre. 

Émouvant, toujours. 

Effarant, souvent. 

***

pour le projet Hibou

 https://hibou756.wordpress.com/portfolio/52hibou-2016-suj…

 thème 10 – couverture

Des photos du livres sont visibles sur le site de Lieve Blancquaert 

http://www.lieveblancquaert.be/portfolio/birth-day/193

Et moi, en voyant le thème « couverture », j’avais d’abord pensé à celle-ci: 

Christine de Pisan: Virelai

Je chante par couverture,
Mais mieulx plourassent mi œil,
Ne nul ne scet le traveil
Que mon pouvre cuer endure.
 

Pour ce muce ma doulour
Qu’en nul je ne voy pitié,
Plus a l’en cause de plour
Mains treuve l’en d’amistié.
 

Pour ce plainte ne murmure
Ne fais de mon piteux dueil ;
Ainçois ris quant plourer vueil,
Et sanz rime et sanz mesure
Je chante par couverture.
 

Petit porte de valour
De soy monstrer dehaitié,
Ne le tiennent qu’a folour
Ceulz qui ont le cuer haitié
 

Si n’ay de demonstrer cure
L’entencion de mon vueil,
Ains, tout ainsi com je sueil,
Pour celler ma peine obscure,
Je chante par couverture.

J comme jardin

A l’arrière du palazzo Madama on peut encore parfaitement voir la construction qui date du moyen âge, en briques rouges, avec ses deux tours de garde. C’est là aussi qu’on a reconstitué le « jardin médiéval », dont voici le plan:

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C’est tout mimi et entretenu par des bénévoles. En les voyant balayer les trois feuilles tombées sur une minuscule pelouse, je me suis dit que moi aussi, si j’étais torinese, je porterais leur badge et je gratterais la terre…

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les carrés de potager sont entourés de claies d’osier

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les tours très imposantes « écrasent » le jardinet

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le jardin de ruines, voir à gauche du plan ci-dessus

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le « potager »

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le « jardin du prince », avec fontaine et berceau de roses blanches simples, très parfumées.
(voir à droite sur le plan)

E comme enclise

– Que fait ce point qui apparaît ici et là dans la graphie d’un mot? demande une des participantes au MOOC sur le forum. (1)

Car oui, il y a aussi un forum. Je ne connais rien de plus ‘chronophage’ que cette invention-là, surtout si on y pose des questions intéressantes et que les réponses le sont tout autant.

– Il s’agit d’un point d’enclise, répond la prof.

Jamais entendu ce mot-là, ni pendant mes cours d’ancien français, ni en espagnol, ni en italien. Voyons si g**gl* est notre ami…

enclise: nom féminin. Phénomène par lequel une particule, dite enclitique, forme avec le mot qui précède une seule unité accentuelle.
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/enclise/29199

Mon vieux petit Robert, qui ne connaît pas enclise, connaît enclitique:

enclitique: nom masculin. Mot dépourvu de ton qui a la propriété de prendre appui sur un mot précédent, porteur du ton, et s’unit avec lui dans la prononciation.

Le petit Robert, p.569

Un exemple?

E si.m partetz d’un joc d’amor
si + me = si.m

Le poème entier de Guillaume d’Aquitaine, Ben vuelh que sapchon li pluzor, est ici: 

http://colecizj.easyvserver.com/powildo2.htm, avec une traduction en anglais.

(1) voir ce billet Adrienne et Aliénor si vous ne savez pas de quel MOOC il est question Langue tirée

Adrienne et Aliénor

Dans ce lieu de perdition qu’est la vaste toile, l’Adrienne a trouvé un nouveau moyen de « passer son temps ».

Elle a découvert les cours en ligne.

Ça s’appelle des MOOC.

On choisit, on s’inscrit, et on est parti pour des heures et des heures de lecture ou d’écoute de documents audio-visuels.

C’est ainsi que l’Adrienne a passé son mercredi après-midi à la (re)découverte des troubadours, de la cour d’Aliénor d’Aquitaine et des chansons de son grand-père, Guillaume IX.

Ci-dessous, une chanson anonyme du 12e siècle qui relate l’histoire d’une Reine tombée amoureuse d’un jeune homme alors qu’elle est mariée à un jaloux.

On considère qu’il s’agit d’Aliénor, épouse de Louis VII de France, tombée amoureuse du jeune Henri Plantagenêt alors âgé de 19 ans:

A l’entrada del temps clar e e ya
Per jòia recomençar, eya,
E per jelòs irritar, eya
Vòl la regina mostrar
Qu’el’es si amorosa
A la vi’, a la via, jelòs,
Laissatz nos, laissatz nos
Balar entre nos, entre nos.

Le texte entier et sa traduction en français ici: 

http://www.chanson-limousine.net/paroles/2013-2014/jornada2014/03%20alentradadeltempsclar.pdf

***

Pour ceux que le sujet intéresse:

http://pdf.actualite-poitou-charentes.info/061/68.pdf

http://pdf.actualite-poitou-charentes.info/061/38.pdf

http://www.arllfb.be/ebibliotheque/communications/brogniet09042011.pdf

N comme Nil novi sub sole

On est sans doute toujours le con de quelqu’un, surtout si ce quelqu’un appartient à un groupe plus influent, plus puissant, plus nombreux. Le grand se moque plus du petit que l’inverse, ou en tout cas plus ouvertement, plus bruyamment, moins subtilement. 

Depuis les années 80, le Français de base a découvert que le Belge était le con qu’il lui fallait. Au 13e siècle, c’était le Breton.

La cible idéale, c’est le con qui ne parle pas tout à fait comme moi. Ça me permet de me moquer de son accent et de son vocabulaire: si son parler est différent du mien, il doit forcément être plus bête que moi, puisque je suis la norme (1).

Ce Breton bretonnant du 13e siècle s’appelle déjà Yvon. Et quand on narre la crucifixion « à la mode de Bretagne », Marie-Madeleine s’appelle « Marie Mauvaise haleine ».

Une étude sur les « heurs et malheurs » des Bretons arrivés à Paris à l’époque de saint Louis est consultable ici (2)

Le texte anonyme du 13e siècle est d’un intérêt sociologique et linguistique. Il s’agit de deux grands fragments satiriques dont on peut en lire un ici (3)

 ***

(1) Comme disait mon père à un Français qui commençait à l’énerver avec ses remarques sur son accent: « C’est vous qui avez l’accent! » 

(2) Les premiers immigrés. Heurs et malheurs de quelques Bretons dans le Paris de saint Louis, Jean-Christophe Cassard, 1984. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/medi_0751-2708_1984_num_3_6_958

Sur l’origine bretonne du mot balai: http://www.cnrtl.fr/etymologie/balai

(3) Le Privilège aux Bretons, en lecture ici: https://www.yumpu.com/fr/document/view/17213209/mimes-francais-du-13e-siecle-textes-notices-et-glossaire/23

 

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je sais que c’est la 3e fois que je publie cette photo 🙂